MARINES ET PLAGES DAD. VAN DE VELDE
AD. V. DK VEI.DE. — PARTIK DE CAMPAGNE. RyksmuSLnim d'Amsterdam. (Phot. Hanfstacngl.)
à rendre plus saisissante cette impix'ssion de l'étendue, car, tout en conservant, sous la clarté du jour, une j^pande netteté jusqu'aux plans les plus reculés, ils offrent dans le dessin et la couleur ces atténuations progressives qu'amène l'éloignement. Nous pouvons admirer, au Musée d'Anvers, à la National Gallerv et à la (Jalerie de Dresde, les œuvres les plus saillantes qu'Adrien ait produites en ce genre — elles sont datées de i()()8 et lillu) — et. sans avoir leur importance, le petit (^aiial glacé du Louvre, également daté de i()68, est un vrai bijou.
Peut-être les Marines et les Plages de van de Velde sont-elles plus remarquables encore et, c'est là qu'il a le plus complètement donné sa mesure. De bonne heure, il avait été attiré par la mer. Dès son séjour à Harlem, il avait pu recueillir, parmi les dunes qui avoisinent cette ville, de nombreuses études. Mais les environs de Scheveningue devaient surtout lui fournir des motifs à son goût, qu'il a reproduits dans quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres. Le tableau du Musée de
25o LES MAITRES DU PAYSAGE.
Cassel daté de i638 est le premier, croyons-nous, où il ait traité cette donnée. On reste confondu d'admiration quand on songe que l'artiste avait à peine vingt-trois ans lorsqu'il peignit cet ouvrage accompli, où la maturité du talent égale la fraîcheur de l'impression. Adrien devait, par la suite, revenir plus d'une fois à cette donnée : dans un tableau qui fait partie de la collection de Buckingham-Palacc ; dans le chefd'œuvre bien connu, la Plage de Schevenitigue du Louvre, où il a représenté le prince d'Orange se promenant en carrosse avec sa suite 1 1660;; dans la Plage hollandaise du Musée de La Haye (i 665), animée de matelots, de femmes et d'enfants qui se reposent ou jouent dans le sable ; enfin dans le délicieux petit panneau signé des initiales A. V. V., que possède M. Six. Jamais l'artiste n'a mieux manifesté la spontanéité, l'entrain et la sûreté de son exécution que dans cette dernière peinture qui semble prestement enlevée, en face même de la nature. On y sent comme le souffle de la brise qui courbe les herbes paies, agite les flots et soulève les vêtements des personnages qui, du haut de la dune, contemplent ce spectacle. La conservation parfaite de ces divers ouvrages, peints comme du premier coup, atteste l'excellence de la pratique, d'ailleurs très simple, d'Adrien.
La variété et le nombre même des tableaux exécutés par lui durant sa vie, si courte cependant, attestent sa fécondité. Smith, dans le catalogue de son œuvre, arrive à un total de 170 à 180 peintures, sans parler des dessins et des eaux-fortes. Mais ce n'est pas seulement à cet ensemble déjà fort respectable de travaux que s'est bornée son activité ; ses collaborations multiples avec les principaux paysagistes de son temps lui font une place unique dans l'école hollandaise. De nombreux artistes, en effet, ont profité du talent d'Adrien et, pour apprécier à sa valeur cette collaboration, il suffit de la comparer à celle d'autres peintres d'un talent cependant très réel. Nous avons dit l'eftet malencontreux que produisent dan<, la Grande Fore'/ de Ruisdael, au Louvre, les figures si peu justifiées que Berchem y a introduites; ce sont là des fautes dont le goût de van de Velde l'a toujours préservé. Avec un tact exquis il sait quels personnages et quels animaux conviennent à un motif déterminé, la dimension qu'ils doivent avoir, la place où il faut les mettre, les colorations par lesquelles il faut les accommoder à l'harmonie générale ou les faire contraster avec elle. Sur ce point, son talent et son sen-
COLLABORATIONS D'AU. VAN DE VELDE. ibi
timent de l'à-propos sont irréprochables. Parmi les paysagistes qui ont profité de la collaboration de van de Velde, il convient de citer : J. Ruisdael, Hobbema, Ph. de Koninck, J. van der Hagen, Verboom, G. Dubois, J. Hackaert et F. Moucheron. Mais plus encore que tous ceux que nous venons d'énumérer, Wynants et van der Heyden ont trouvé en van de Velde un concours actif et efficace. Durant toute la vie de son élève, Wynants a largement profité de son aide. Plusieurs de ses tableaux, encore plus richement étoffés que les autres, nous montrent même leurs deux signatures fraternellement associées : le Paj-sage du Louvre et celui de l'Ermitage, par exemple, et nous ne comptons pas moins de ido ouvrages de Wynants auxquels Adrien a collaboré. Pour van der Heyden, le total monte à plus de loo, et jamais coopération ne fut plus heureuse que celle de ces deux artistes. On connaît la correction impeccable de van der Heyden, son exécution d'une finesse extrême, mais parfois un peu froide et sèche dans sa précision. Ses Intérieurs de villes n'auraient assurément pas tout leur prix sans les délicieuses figures d'Adrien. C'est van de Velde qui a donné la vie aux quais, aux rues, aux places d'Amsterdam que peignait son ami, en les animant de ses nombreux personnages. Dans un petit tableau de van der Heyden, véritable chef-d'œuvre appartenant à M. le baron Edmond de Rothschild et qui représente le portique d'une riche habitation, Adrien a même su, avec une habileté accomplie, réveiller la tonalité effacée de ces ai'chitectures un peu froides, en plaçant à gauche, accoudés à une balustrade, deux petits pages vêtus de rouge, d'une désinvolture et d'une grâce tout à fait charmantes.
Aucun document ne nous renseigne sur les conditions dans lesquelles Adrien mettait ainsi son pinceau au service d'autres artistes; mais il est permis de croire que ce concours ne devait pas être gratuit. On ne s'expliquerait guère sans cela que ceux-ci lui eussent pris, sans l'indemniser, une si grande part de son temps. Il eût été curieux de connaître le tarif des redevances que pouvaient valoir à van de Velde des travaux de ce genre. Ses prix n'étaient probablement pas très élevés et ceux qui recouraient ainsi à lui trouvaient un avantage évident à le faire, puisqu'ils réclamaient si souvent son concours, certains que leurs œuvres en recueilleraient une plus-value bien supérieure à leurs déboursés.
Houbraken, qui tient d'une des filles d'Adrien la plupart des rensei-
gncinents qu'il nous a transmis sur lui, nous le représente comme un homme de mœurs très régulières, bien élevé, extrêmement actif et toujours préoccupé de son art. De bonne heure, il avait voulu fixer sa vie et se créer un intérieur. Le 22 février 1(07, assisté de son père, chez lequel il avait demeuré jusque-là, il faisait dresser par un notaire d'Amsterdam son contrat de mariage avec une jeune fille de dix-neuf ans, qu'il épousait le 5 avril suivant. Il n'était âgé luimême que de vingt et un ans et ne possédait à ce moment aucun argent, mais seulement quelques objets d'art, dont la liste ne nous a malheureusement pas été conservée. Les deux jeunes gens avaient d'ailleurs grande affection l'un pour l'autre, car deux ans après, le 16 mai i65g, ils se faisaient mutuellement donation de ce qu'ils possédaient, par un testament dans lequel il est parlé de huit volumes de « papiers artistiques », probablement des gravures et des dessins qui appartenaient à Adrien. Le 18 octobre 1669, les deux époux avaient renouvelé les dispositions de ce testament; ils habitaient alors sur le Schapenmarkt, où avait également demeuré Paul Potter. Le ménage avait eu cinq enfants et en avait successivement perdu trois en bas âge.
Grâce à sa vie correcte et laborieuse, Adrien, dont la collaboration et les œuvres étaient de plus en plus recherchées, devait jouir de quelque aisance ; cependant van Gool et van Eynden nous apprennent que, malgré son travail, il avait peine à suffire à l'entretien de sa famille et que. pour l'aider h y pourvoir, sa femme avait été obligée d'entreprendre un
WILI.EM V. DU VELDE. — LE COUP DE CANON. Rylcsmuscum d'Amsterdam, (l'h .t. Hanfslaengl.)