MORT PRÉMATURÉE DA. VA .\ DE VELDE
WH.LEM V. DE VHI.DE. — MARINE.
Musée du Louvre. (Phot. Lcvy.)
commerce de bas. Il nous semble qu'un des ouvrages les plus importants et les plus remarquables de l'artiste nous fournit sur sa situation des informations plus rassurantes. Nous voulons parler de l'intéressant tableau du Ryksmuseum daté de 1667, où l'on croit qu'il s'est représenté lui-même avec sa femme au milieu de la campagne, tous deux vêtus avec une élégante simplicité. A gauche, une servante assise sur un tronc d'arbre renversé, porte dans ses bras leur dernière fille, et le petit Pierre, alors âgé d'environ neuf ans, tient en laisse un épagneul blanc; près de là, au second plan, un domestique habillé de gris arrange les harnais de deux beaux chevaux gris pommelés attelés à un char à bancs qui a conduit nos promeneurs dans le joli coin où ils ont mis pied à terre. Cet équipage, ces serviteurs, leur tenue et celle de leurs maîtres, tout, dans le tableau du Ryksmuseum, nous paraît indiquer un état de maison assez large. A cette date de 1667, Adrien, très estimé de ses confrères et dans sa pleine maturité, voyait ses œuvres fort appréciées du public. L'extrême souplesse de son talent lui permettait de se tirer avec honneur des ttiches très variées qui lui étaient confiées par les
princes ou les riches amateurs de cette époque. Mais cette vie, qui s'annonçait heureuse et facile, ne devait plus être longue. Cinq ans après qu'il eut peint le tableau du Ryksmuseum, l'artiste mourait prématurément ; il n'avait pas encore trente-sept ans. Il était inhumé dans la Nouvelle Église le 21 janvier 1^)72, et ses œuvres, datées de 1670 et de 1671 au Musée d'Amsterdam, nous prouvent que jusqu'à sa mort il n'avait pas cessé de peindre.
La plupart des grandes collections de l'Europe possèdent des tableaux de van de Velde. Déjà recherchés de son vivant, leurs prix a toujours été en augmentant, sans qu'ils aient jamais été l'objet des engouements ou des dépréciations de la mode. Quant à ses dessins, ils avaient, même de son temps, une telle vogue, qu'au lieu de se borner à en faire des études pour ses compositions, il cherchait à en tirer parti et les cédait à des amateurs. Ceux qu'il destinait ainsi à la vente sont, en général, exécutés à la plume, avec quelques teintes lavées à l'encre de Chine ou au bistre, pour indiquer largement les valeurs et l'effet. Leur légèreté, l'aisance et la sûreté avec lesquelles ils sont faits expliquent assez la faveur dont ils n'ont pas cessé de jouir. Cependant nous préférons de beaucoup à ces compositions destinées au public les croquis exécutés simplement par van de Velde, en face de la nature : des personnages, pâtres ou bergères, pris sur le vif, ou des animaux saisis dans leurs poses familières, en pleine campagne. Le Musée Fodor est particulièrement riche à cet égard et les nombreux spécimens qu'il possède de ces études donnent bien l'idée des rares qualités du maître.
Sans affectation, sans manière, au moment où déjà les subtilités et les mièvreries commençaient à prévaloir dans l'école, Adrien van de Velde a dit simplement ce qu'il voulait, et il l'a dit en perfection. Bon camarade, modeste, avenant, d'humeur facile et serviable, il n'est guère de physionomie plus attachante que la sienne. Sa fin prématurée prête à cette honnête existence, remplie par l'amour de son art et de la nature, je ne sais quel charme touchant; elle ajoute encore à la sympathie que son talent est si bien fait pour inspirer.