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LES PEINTRES DE MARINES

Si longue que soit la liste des paysagistes hollandais dont nous avons déjà parlé, elle est pourtant fort incomplète, et avant d'en venir a Rembrandt, qui doit également avoir ici sa place, il nous faut signaler brièvement quelques-uns des artistes les plus éminents qui, en nous montrant d'autres aspects de leur pays, en ont ainsi complété pour nous la fidèle image. Les peintres de marines sont de ce nombre.

Dès les commencements de l'école hollandaise, la mer a tenu, dans les œuvres de ses peintres, une place considérable, bien en rapport, d'ailleurs, avec l'importance qu'elle a dans la vie même de la nation. C'est, en effet, un ennemi qu'il faut contenir et vaincre tous les jours, mais qui, dompté par la ténacité vigilante d'un peuple courageux, est devenu pour lui, au moment de la lutte contre l'étranger, la sauvegarde de son indépendance et, après la paix, le principal élément de sa prospérité. En s'attachant exclusivement à la peinture de la mer, les maîtres hollandais créaient un genre nouveau et vraiment national. Retracées par eux, les actions d'éclat des intrépides marins de cette époque rappelaient la gloire dont ils s'étaient couverts en combattant pour le salut commun.

C'est à un Flamand, Julius Porcellis, originaire de Gand, vers la fin du xvi'' siècle — mais devenu Hollandais en se fixant d'abord à Rotterdam, puis à Harlem (1622-1628) et enfin près de Leyde, à Soeterwoude, où il mourut en 1632 — ■ que sont dues les premières tentatives de représenter la mer pour elle-même, sans y figurer les épisodes pittoresques ou dramatiques dont elle avait été le théâtre : combats, naufrages, débarquements de grands personnages, etc. Dans les deux tableaux du Musée de Stockholm, Bateaux de pêche par iiiie forte bi-ise et Barques en pleine mer, aussi bien que dans le Cali?ie du Musée d'Oldenbourg, la mer grisâtre et tranquille, ou menaçante et noirâtre sous les nuages épais amoncelés dans le ciel, fait le sujet principal de la composition. Si les oppositions y sont encore un peu trop tranchées, du moins les eaux sont-elles indiquées avec plus de souplesse et de transparence.

LES MMi' R /-: .S" ni ' PA y s a g e .

i. VAN DE CAPHhLLK. LA HtGA TK.

Ryksmuscum d'Amsterdam. (Phot. Hanfslaengl.)

Simon de Vliegcr, qui fut probablement l'élève de Porcellis. marque un progrès décisif. C'est d'ailleurs un maître tout à fait hollandais, par son talent comme par sa naissance à Rotterdam, en 1601. et par sa vie tout entière passée en Hollande. Nous le trouvons, en effet, inscrit en 1(334, il 13elft à la Gilde de Saint-Luc, puis, dès le commencement de 1(538, à Amsterdam, où il acquiert, le b janvier i(")43, le droit de bourgeoisie et enfin à Weesp où il meurt vers 1(0 3. Les aptitudes de Vlieger étaient très diverses. Il a peint des tableaux de genre et des portraits, fait des cartons pour des tapisseries et des vitraux, et exécuté des dessins destinés à être gravés par Pieter Noipe; mais il fut surtout peintre de marines et c'est par lui que ce genre spécial doit être considéré comme définitivement constitué. Ainsi que ses devanciers, il put. à l'occasion, s'acquitter des commandes officielles qui lui étaient faites. Cependant il montre mieux tout son mérite dans des sujets plus simples et des toiles de dimensions restreintes, comme, à l'Ermitage, une Mer houleuse datée de 1624; au Musée d'Anvers, une Marine d'un ton léger, avec de petites barques très bien dessinées; à la collection Wesselhoeft à Hambourg, une Jetée au bord d'un fleuve; à Stockholm, des Bateaux de pèche près du riva^re: au Musée de La Haye, une Plag-e datée de 1(143,

WILLEM VAN D F. VF.LDE.

AERT V. DER NEKR. CLAIR DE LUNE.

Musée de Dresde. (Phot. Hanfstaengl,)

et au Louvre, la Vue d'Anvers^ presque monochrome, avec un ciel gris mais profond et lumineux, et la silhouette basse de la ville, dominée par la flèche de Notre-Dame qui émerge au-dessus des eaux troubles de l'Escaut. Dans ce dernier tableau, comme dans plusieurs œuvres de Cuyp et de van Gojen, le trait de l'esquisse, soigneusement établie, est resté apparent. Vlieger est un dessinateur accompli. Il avait été à bonne école chez Willem I''' van de Velde, qui, bien que plus jeune d'une dizaine d'années, lui avait donné quelques leçons. Ce dernier, qui n'a laissé qu'un très petit nombre de peintures, d'ailleurs assez médiocres, avait acquis une telle habileté à dessiner les vaisseaux et les embarcations de toute sorte, et son talent à cet égard était si apprécié de ses contemporains, qu'il avait été chargé par l'amirauté hollandaise d'exécuter à la plume sur des panneaux à fond blanc un grand nombre de dessins représentant des combats sur mer. La supériorité de van de Velde en ce genre avait même attiré l'attention de Charles II qui, en lui offrant le titre de peintre du roi, avec des appointements assez élevés, le décidait à se fixer en Angleterre. Jacques II lui ayant conservé sa charge, l'artiste était demeuré à Londres où il mourut âgé de plus de quatrevingts ans. Son fils aîné, Willem II, le frère d'Adrien, après avoir appris de son père les éléments de son art, était entré ensuite dans

l'atelier de Simon de Vlicgcr. Nous sommes peu renseignes sur ses premiers travaux; mais nous savons que sa précocité fut extrême, car nous trouvons à l'Krmitage et au Musée de Cassel deux de ses tableaux datés .de i()?3, dans lesquels apparait déjà la perfection un peu sèche qu'il devait mettre dans ses œuvres.Né à Amsterdam en i633, il n'avait alors que vingt ans.

L'année d'avant, le 23 mars i()32, il épousait une jeune fille de SVeesp, nommée Pieternelle Lemairc, et peut-être Vlieger, son maître, retiré dès lors dans cette ville, avait-il servi d'intermédiaire pour cette union. Le mariage ne fut pas des plus heureux et, si nous en croyons la chronique, la légèreté de la femme de Willem avait provoqué maint scandale; mais il ne devait pas durer bien longtemps. Les notes biographiques recueillies par M. de Vries nous apprennent, en effet, que, le 23 décembre i656, l'artiste prenait pour seconde femme Magdaleentje Walrafens d'Amsterdam, âgée de vingt et un ans, et que son père assistait à ce second mariage.

La vérité scrupuleuse que Willem apportait à ses études était fort goûtée de ses compatriotes, et ce n'est pas seulement parmi les peintres qu'il rencontrait des admirateurs de son talent. Mieux qu'eux encore, les marins pouvaient attester au point de vue technique la justesse absolue de ses représentations. Amis de l'exactitude en toutes choses et familiers avec tout ce qui a trait à la mer, les Hollandais n'auraient pas admis d'erreurs ou d'à-peu-près en pareille matière, et le savoir acquis par Willem lui permettait de satisfaire les plus exigeants. Dans un de ses premiers ouvrages, cette Marine du Musée de Cassel. datée de i()53, que nous venons de mentionner, il a su exprimer avec un rare bonheur l'impression de ce calme complet qu'on n'a pas souvent occasion d'observer sur la mer du Nord. Des barques habilement groupées élèvent dans l'air tranquille leurs voiles qu'aucun souffle ne gonfle et que l'eau immobile reflète avec une netteté parfaite. La douceur du coloris, la tiède moiteur de l'atmosphère, le charme pénétrant de cette lumière caressante qui adoucit tous les contours, tout dans cette œuvre exquise témoigne d'une étude attentive et intelligente de la nature.

C'est là, du reste, une des données qu'affectionnait van de Velde et que bien souvent il a reproduites avec un pareil succès, notamment dans les Marines de la National Galler}-, dans une autre Marine de la Pina-

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