W. VAN DE VELDE EN ANGLETERRE
cothèque de Munich, dans VEaii calme du Musée de la Haye et dans plusieurs tableaux du Ryksmuseum. Mais il n'excellait pas moins dans ces aspects mouvementés de la mer, dont la Hollande offre plus fréquemment l'exemple, et nous possédons au Louvre un bon spécimen de ces Bi-ises qui sont presque aussi nombreuses dans l'ceuvre du peintre. L'exécution précise, un peu froide, est d'une grande justesse et il semble qu'on sente la pureté de cet air frais qui soufHe librement à travers l'espace, penchant les barques sur le tiot grisâtre, soulevant les vagues courtes et pressées, chassant devant lui la troupe légère des nuages qui fuient ou se dissipent dans le pâle azur du ciel. L'ensemble, il convient de le dire, n'a pas grand éclat, et vous pourriez passer à côté de cette petite toile sans songer à la regarder; mais elle retient ceux qui se sont arrêtés devant elle et leur donne bien l'idée de ce talent correct et discret. Quoiqu'il ait larement peint des tempêtes et que le caractère de son tempérament posé et consciencieux paraisse moins fait pour les sujets pathétiques, Willem a parfois montré, en les traitant, des qualités pareilles de vérité et d'observation, par exemple dans le G?-os Temps de la Pinacothèque de Munich et dans la Tempête de la National Gallery.
Outre ces aspects purement pittoresques de la mer que van de Velde avait à peindre pour des amateurs, il fut plus d'une fois aussi chargé de représenter quelques-uns des faits de guerre les plus glorieux de la marine hollandaise. Associé à la mission officielle que l'amirauté avait confiée à son père, il put, en l'accompagnant dans ses expéditions nautiques, profiter des facilités qu'elles lui accordaient pour ses études. On raconte même que pour lui permettre d'observer plus exactement les etfets qu'il voudrait rendre, de Ruyter, qui l'avait en haute estime, faisait quelquefois tirer exprès pour lui les canons du vaisseau amiral. C'est là, du moins, le sujet du Coup de Canon de la collection van der Hoop, dans lequel van de Velde a représenté, au milieu d'un calme plat, un grand vaisseau de guerre dont les voiles, éclairées en plein par le soleil, se détachent éclatantes sur les fumées épaisses produites par les décharges de l'artillerie de ce bâtiment.
Après le départ de Willem le Vieux pour l'Angleterre, son fils était resté en relations suivies avec lui, et le roi Charles H, ayant vu quelquesunes des oeuvres qu'il avait envoyées à son père, fut si frappé de leur
mérite qu'il voulut également l'attacher à son service. l*ar une ordonnance rendue le 16 février M);?, il accorda aux deux artistes le même traitement annuel de 100 livres sterling. A partir de ce moment. Willem II résida aussi en Angleterre, où son succès à la cour et près des membres de raristocratic alla toujours croissant. Ses œuvres, trcs recherchées, étaient payées un prix fort élevé, et les châteaux de Saint- James et d'Hampton-Court, ainsi que les collections privées en possèdent un grand nombre. La Marine de lord Lindsay et celle de la collection de sir Richard Wallace nous paraissent devoir être signalées parmi les plus importantes et les plus remarquables. Les dimensions de cette dernière sont assez grandes pour que le peintre ait pu y figurer, avec la plus minutieuse exactitude, les moindres détails de la construction et du grécment des nombreux bâtiments qui s'y trouvent réunis.
Bien que fixé en Angleterre, Willem revint plusieurs fois dans sa patrie. Il y fit même, en 1680, un assez long séjour pendant lequel il peignit, pour la corporation des bateliers, une \^ue d'Amsterdam prise de l'y, exposée aujourd'hui au Ryksmuseum. Dans cette toile, la plus grande que nous connaissions de lui {i"\'/C} sur 3'", i i) il a représenté le panorama de la ville, avec son port, ses chantiers et ses principaux édifices. Au centre, est placé le vaisseau marchand le Hollaiid. a son retour d'un des premiers voyages aux Indes Orientales, accueilli' par les saluts des navires à l'ancre, avec le yacht de la ville, richement paré, qui vient à sa rencontre. Les colorations plus vives de ce tableau, sa facture plus large et plus animée sont en parfait accord avec les dimensions et le caractère du sujet qu'il avait à traiter. Cependant van de Velde devait bientôt regagner l'Angleterre où Jacques II, à son avènement, lui continuait la pension que lui avait allouée son prédécesseur. Le peintre avait donc repris ses fonctions auprès de l'amirauté et. logé îi (irecnwich,il s'y trouvait à portée de ses études. C'est là qu'il mourut à l'âge de soixante-quatorze ans, le 6 avril 1707, et qu'il fut enterré.
Bien que la plupart des œuvres de van de Velde appartiennent à l'Angleterre, les musées du continent en possèdent un assez grand nombre. Nous avons dit les qualités d'exécution qui les distinguent d'ordinaire; il faut bien le reconnaître, cependant, on rencontre dans plusieurs d'entre elles quelques tons un peu criards qui détonnent sur l'harmonie générale. Dans le Calme du Musée de Rotterdam, les
HENDRIK DUBBKLS.
.'^i.JÊà^
fa
WWà
.mJA
ÉÊm^^"^
PniU
AKRT V. DKR NKER. — LK MATIN. Gravure de Ch, Jacquc, d'après le dessin du Musée du Louvre,
bateaux, l'horizon et la mer sont charmants; mais les nuages d'un rose trop accusé forment avec l'outremer du haut du ciel un contraste tout à fait choquant. Parfois aussi la précision extrême de la touche de van de Velde ne va pas sans quelque sécheresse. Il serait d'ailleurs tout à fait injuste de lui imputer la dureté et la froideur de quelques-uns des tableaux qui lui sont attribués et qu'il convient de restituer à l'un de ses fils qui, portant le même prénom que lui, a souvent copié ses œuvres et prête par conséquent à des confusions fâcheuses pour son père.
Les dessins de Willem van de Velde ont été de tout temps recherchés et payés assez cher par les amateurs. A côté de ces dessins pittoresques qui forment le meilleur de son oeuvre, il faut aussi mentionner ceux qu'il a faits pour s'acquitter des devoirs de sa charge. Leur nombre, en tout cas, prouve que cette charge n'était pas une sinécure et la collection qu'en possède le Musée de Rotterdam ne comprend pas moins de 1)24 feuilles dont quelques-unes ont une longueur de plus de trois mètres. Ce sont pour la plupart des croquis de batailles navales pris d'après nature, ou des portraits de vaisseaux. Parmi ces derniers nous en trouvons un qui porte l'inscription : « Mj'n gallfott « i|ma galiote) et qui représente l'embarcation mise par l'amirauté au service de l'artiste pour le conduire sur les points d'où il était le mieux posé pour voir les épisodes qu'il se proposait de reproduire.
Moins fil vue que Willem van de Velde, un autre peintre de marines, probablement élève de Simon de Vlieger, Hendrik Dubbels, naquit à Amsterdam en i(vio ou i6ai et y mourut en i («»("). Plus colorés que ceux de van de Velde, ses tableaux ont la même finesse et un sens plus dramatique. Son Naufrage du Musée de Stockholm, où il a peut-être un peu abusé des épisodes larmoyants, nous donne un avant-goùt des 'l'cmpèles de Joseph Vernet. Sans avoir des visées aussi pathétiques, la /irise du Musée de Copenhague, avec ses vagues moutonnantes, ses barques et ses personnages disposés très heureusement, est, croyonsnous, une des meilleures œuvres du maître, lumineuse, vivante, pleine d'eftet, d'une tonalité claire et argentine, très délicate. La Plage de la collection du comte de Moltke, également à Copenhague, nous offre les mêmes qualités.
A côté de ces Marines peintes par des professionnels, voués exclusivement à ce genre spécial, d'autres, exécutées par des paysagistes comme van Goyen, Allart van Everdingen, Salomon et Jacob Ruisdael, montrent parfois, nous l'avons dit, avec une facture plus ample et plus libre, un sentiment plus élevé de la nature. D'ailleurs, bien que Willem van de Velde soit généralement considéré en Angleterre comme le premier des peintres de marines, il n'est que juste de constater qu'il a eu tout au moins un émule dans un artiste sur la vie duquel les découvertes de M. Bredius dans les archives hollandaises nous ont valu de précieuses révélations'. A vrai dire, Johannes van do (".appelle n'était qu'un amateur et sa principale occupation était la surveillance de l'importante teinturerie : A la main couronnée, qu'avait exploitée son père, et qu'il transmettait après sa mort à ses sept enfants, en même temps que la grosse fortune qu'elle lui avait procurée. Né en 1(12400 i()25 à Amsterdam, Johannes y épousait, le 12 septembre i633, Annetje Jansd', et le 10 juin 1666, cette dernière étant « malade et alitée », les deux époux, demeurant alors dans la Koestraat, avaient fait un testament par lequel ils se donnaient mutuellement la moitié disponible de leurs biens. Treize ans plus tard, le 3 septembre 1679, van de Cappelle. devenu veuf et se trouvant à ce moment aussi « malade et alité mais jouissant de toutes ses facultés, » léguait à ses enfants tout son avoir,