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J. VAS DK CAPPFLLE. 263

consistant, outre la teinturerie, en de nombreuses maisons, terres et jardins, et des valeurs dont le total, soit en argent comptant, soit en obligations souscrites s'élevait à la somme de 92720 Horins, fortune très considérable pour l'époque. Peu de temps après, le 22 décembre 1679, il était enterré à la Nieuwe-Kerk,et l'inventaire de sa succession est particulièrement instructif. La liste détaillée des tableaux, dessins et gravures laissés par le défunt atteste à la fois l'importance de la collection qu'il avait réunie et la sûreté de son goût. Mais ce qui montrait bien les préférences spéciales du possesseur, c'est la grande quantité d'oeuvres exécutées par les peintres de marines les plus célèbres de ce temps : Cornelis Vroom. Willem van de Velde le Vieux, Porcellis qui figure avec 17 tableaux sur cet inventaire, et surtout Simon de Vlieger qui n'en compte pas moins de 12, avec plus de 5oo dessins et plusieurs albums d'études.

Assez absorbé d'abord par la gestion de sa teinturerie, Johannes n'avait pu, sans doute, travailler lui-même d'après nature autant qu'il l'aurait désiré; mais du moins il employait ses moments de liberté à copier les œuvres de Porcellis et de Vlieger, et l'inventaire mentionne aussi un certain nombre de ces copies, faites notamment d'après Vlieger. Si donc van de Cappelle n'a pas été l'élève de ce dernier, en tout cas il a subi son influence. Avec le temps, d'ailleurs, poussé par sa passion pour la peinture, il s'était réservé plus de loisirs afin de demander à la nature elle-même les enseignements qu'elle pouvait lui donner. Ses progrès avaient été décisifs. Ce qui l'attirait, ce qu'il excelle à rendre, ce sont surtout les effets de clair-obscur par un temps calme. Au Musée de l'Ermitage, un de ses meilleurs ouvrages, daté de 1649, Eau Irauqiiillc près d'un porl, a passé longtemps pour être de Rembrandt. Van de Cappelle était l'ami de ce maître, qui avait fait son portrait et dont il possédait, en outre, un Eccc homo en grisaille, un petit paysage, une tète de Christ, une étude d'après son père, des eaux-fortes, 280 dessins, parmi lesquels un assez grand nombre d'études de paysages et une série de <( i35 croquis de la vie de la femme et de l'enfant », tout un ensemble remarquable qu'il avait probablement acquis à la vente faite en i656, à la suite de la déconfiture du grand artiste. Mais cette préoccupation du clair-obscur, alors très fréquente dans l'école, a pris chez van de Cappelle une physionomie très personnelle : ce n'est pas, comme d'habitude

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chez SCS confrères, par un largo parti d'ombres et d'oppositions franchement accusées entre les valeurs qu'elle se manifeste chez lui: c'est, au contraire, dans la clarté elle-même qu'il cherche le nnstère. A demi voilé par de légers nuages, le soleil répand partout une lumière diffuse et les moindres objets enveloppés par elle en sont comme imprégnés et transfigurés. Ces effets de brume transparente dans l'air immobile sont très particuliers à la Hollande. Ils prêtent aux aspects de la mer assoupie sous le ciel tranquille une poésie en quelque sorte immatérielle que le peintre s'est appliqué à exprimer. Sans contrastes violents et même sans grand effort pour varier ses compositions, il a su les rendre attachantes. Les plans s'y indiquent délicatement, avec une justesse impeccable, par des transitions presque insensibles, jusqu'aux lointains perdus dans un radieux mirage. Tout est calme et l'eau à peine ridée reflète complaisamment la blancheur dorée des voilures immobiles. L'impression d'immensité et de doux éclat qui se dégage de cette atmosphère tiède et sereine est la vraie caractéristique du talent de van de Cappelle, et ces qualités d'intime poésie nous les retrouvons dans ses meilleurs ouvrages : au Ryksmuseum; à Berlin, au Musée et dans la collection du baron von Carstanjen; en Angleterre, à la National Gallery, chez lord Lindsay, chez lord Northbrook et chez M. Ch. Creys. A côté de ces Marines, l'artiste a peint aussi quelques rares Effets d'hiver, qui. tout remarquables qu'ils soient, n'ont pas la même originalité et rappellent les œuvres similaires d'Esaïas van de Velde, d'Avercamp et d'Aert van der Neerdont van de Cappelle possédait aussi de nombreux spécimens dans ses collections.

Avec les maîtres dont nous venons de parler s'éteint la brillante période de la peinture de Marines considérée comme un genre spécial. Après eux, la décadence s'annonce rapide et définitive. Pour avoir joui d'une réputation au moins égale à la leur, Ludolf Rakhuyzen i633- 1708}, qui fut pourtant élève d'Everdingen et de Dubbels, marque bien cette décadence. Sa main est sure, son exécution irréprochable: il a une connaissance complète de tous les détails techniques que comporte son métier et sa scrupuleuse exactitude était bien i\iite pour ravir ses contemporains. Mais à part quelques-uns de ses tableaux, toute cette science apprise n'émeut guère. Dans sa correction impeccable, Hakhuyzcn est sec, froid, souvent criard dans sa couleur; ses eaux, avec

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