‹ Les maîtres du paysageChapitre 84 sur 193 · AERT VAN DER NEER · texte numérisé non relu

AERT VAN DER NEER

Féclat d'un métal poli, en ont aussi la rigidité. Il avait débuté par être calligraphe et commis dans un bureau; il demeura toute sa vie un virtuose du pinceau et un commerçant très ponctuel, venant régulièrement à bout de la tache qu'il s'imposait chaque jour, sans prendre à son travail plus d'intérêt qu'il ne nous en inspire à nous-mêmes.

Les nappes d'eau douce, qui dans les plaines basses de la Hollande couvrent de si immenses étendues, ont plus d'une fois aussi tenté le pinceau des paysagistes, et nous avons vu que dans quelques-unes de leurs meilleures (cuvres, van Goyen et Salomon Ruisdael, entre autres, en ont bien rendu l'aspect mélancolique. Mais un peintre d'un rare talent, Aert van derNeer, devait en faire le sujet exclusif de ses tableaux. D'habitude, l'espace occupé par le terrain y est réduit à une bande étroite qui, séparant l'infini du ciel de l'infini des eaux, va s'amincissant de plus en plus, jusqu'à disparaître à l'horizon. On comprend qu'avec cette donnée, d'une simplicité élémentaire, l'intérêt se trouve concentré dans les mouvements du ciel et dans cette eau qui les reflète. D'un motif si pauvre, van der Neer a su tirer des compositions très poétiques, variées par les elfets de la lumière et par la disposition des éléments pittoresques qu'il y introduit : arbres, villages, barques, personnages ou animaux. Il semble que c'est très particulièrement à lui que peut s'appliquer cette observation si juste des Maiires d'autrefois : « Toute peinture hollandaise est concave; je veux dire qu'elle se compose de courbes décrites autour d'un point déterminé par l'intérêt, d'ombres circulaires autour d'une lumière dominante. Cela se dessine, se colore, s'éclaire en orbe, avec une base forte, un plafond fuyant et des coins arrondis, convergeant au centre; d'où il suit qu'elle est profonde et qu'il y a loin de l'œil aux objets qui y sont reproduits. Nulle peinture ne mène avec plus de certitude du premier plan au dernier, du cadre aux horizons. On l'habite, on y circule, on y regarde au fond, on est tenté de relever la tête pour mesurer le ciel. Tout concourt à cette illusion : la rigueur des perspectives aériennes, le parfait rapport de la couleur et des valeurs avec le plan que l'objet occupe. » Telle est bien la donnée qu'a le plus souvent traitée van der Neer et qui fait reconnaître de loin les œuvres assez

nombreuses que possèdent de lui les divers musées de l'ICurope : ceux de Berlin, de Stockholm, de Brunswick, de Bruxelles, et celui de l'Ermitage qui n'en compte pas moins de neuf. Mais c'est surtout en Angleterre qu'il faut voir l'artiste pour bien apprécier tout son mérite, nos voisins ayant depuis longtemps recherché ses tableaux. L'un des plus importants, le Coucher de Soleil, de la National (jalleiy, nous parait un de ses chefs-d'feuvre. La disposition, l'effet, la couleur, tout y est excellent, et la signature de Cuyp, inscrite sur le seau de cuivre d'une des figures que celui-ci y a peintes, indique assez le prix que van der Xecr lui-même attachait il ce tableau, pour recourir, 'comme il l'a fait, à un si illustre collaborateur. On sent dans ce bel ouvrage la pleine maturité d'un maitre chez lequel l'observation et l'étude incessante de la nature ont développé des dons manifestes. Et cependant van der Neer n'avait commencé à peindre que très tardivement. Ses premiers tableaux datent, en effet, de i()3(J à liViX; né à Amsterdam en 1603, il avait donc alors de 33 à 33 ans. Pendant sa jeunesse, ainsi qu'Houbrakcn nous l'apprend, il avait été au service des seigneurs d'Arckel et toute sa vie devait se passer dans la gène. La peinture ne lui procurant pas des ressources suffisantes, il s'était fait aubergiste; mais cette profession ne lui avait pas réussi davantage et, comme tant d'autres de ses confrères hollandais, il mourait dans une extrême pauvreté, le 9 novembre 1677.

Van der Neer a peint aussi, à la manière d'Avercamp, d'assez nombreux Effets d'hiver, animés par une foule de petits personnages qui se

E. DE WITTE. — INTÉRIEUR d'uN TEMPLE. Ryksmuscum d'Amsterdam. (l'hol. HanfstaenpI.)

Page 1