‹ Les maîtres du paysageChapitre 85 sur 193 · AERT VAN DER NEER · texte numérisé non relu

AERT VAN DER NEER

J. VAN DKR HEVDK. — CANAL HOLLANDAIS.

Ryksmiiseum d'Amsterdam. {l*hi)t. Hanfstaengl.)

livrent, sur la glace, aux divertissements les plus variés. Un de ses meilleurs ouvrages en ce genre est le Canal g'iacé, de la collection de sir Richard Wallace, dans lequel ces personnages surpris pai" une tourmente de neige, dont les rafales leur cinglent le visage, s'efforcent de lutter contre lèvent et. tout couverts de Hocons, regagnent en hâte leurslogis. Mais si remarquables que soient ces peintures, l'artiste a quelque peine à s'accommoder de la lumière du plein jour. Comme les oiseaux nocturnes, il se sent dépaysé, effaré au milieu de ces clartés trop vives, et ce qu'il aime surtout, ce sont les courts instants du crépuscule dans lesquels les silhouettes très vigoureuses des terrains et des arbres se détachent avec force sur l'or du couchant, tandis que dans le reste du paysage, déjà envahi par l'ombre, les détails se confondent et s'effacent peu à peu. Seul le ciel a conservé son éclat, et les nuages amoncelés ayant fini leurs grands combats, s'entr'ouvrent et se dispersent pour former comme une auréole de gloire au disque radieux du soleil qui va disparaître à l'horizon.

Captivé par ce spectacle, dont la majesté croît avec le déclin du jour,

van dcr Nccr s'attarde parfois dans la campagne jusqu'à la nuit tombée. Les petites vitres des habitations éparses se sont éclairées, les cheminées fument pour le repas du soir et, dans le ciel pacifié, l'une après l'autre, les étoiles s'allument et scintillent, alors que le peintre est encore là, perdu dans sa contemplation. Oublieux des heures qui s'écoulent, il note dans sa mémoire les impressions fugitives dont le lendemain, dans son misérable atelier, il s'appliquera à traduire le mystère et le recueillement, en peignant un de ces Effets de nuit, dont le Louvre possède un beau spécimen : la Rue de village au lever de la lune, toute pleine d'ombres transparentes, de clartés douteuses, et de vagues profondeurs. Les dessins de van der Neer expliquent et justifient sa supériorité à cet égard. Ils montrent une admirable entente du clair-obscur, et les dégradations les plus délicates de la lumière y sont rendues avec autant de finesse que de sûreté.

Ces aspects si variés de la nature hollandaise, ce ne sont pas seulement les paysagistes purs qui les ont reproduits. A côté des peintres confinés dans leur spécialité, plus d'une fois déjà nous en avons vu d'autres plus curieux, plus sensibles à toutes les beautés pittoresques, qui ne résistaient pas à la tentation de sortir de leur genre habituel pour appliquer leur talent à des tâches très diverses. Les deux Ostade sont de ce nombre. Originaires de Harlem, ils devaient tous deux y vivre et y mourir. Mais tandis que l'aîné, Adrien, élève de Frans Hais et influencé plus tard par A. Brouwer, se consacrait exclusivement à la représentation des tabagies et des modestes intérieurs de paysans ou de petits bourgeois, son frère, Isaak van Ostade i i()2i-i649\ — qui, après avoir reçu ses leçons, peignit d'abord les mêmes sujets que lui, — ne s'est pas laissé enfermer dans un cercle aussi restreint. Ses buveurs quittent volontiers leurs taudis enfumés pour respirer un air plus pur. Les voici, en effet, attablés sous quelque treille, près d'un massif de grands arbres qui abritent leur cabaret rustique, devisant, flânant, prêtant l'oreille aux accords équivoques de quelque musicien de hasard, en vue de l'horizon familier du hameau dont les pauvres chaumières s'échelonnent à demi cachées dans la verdure, sous un ciel bienveillant. Knhardi

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