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RKMliRAADT PAYSAGISTE. 273
fondent à distance dans une harmonie à la fois éclatante et délicate, vrai régal pour un œil de peintre. On y revient sans cesse et, après avoir bien souvent admiré cette oeuvre étonnante, chaque fois qu'on la revoit, elle cause le même émerveillement. Un tel sujet, absolument dénué de littérature, ne vaut que par la seule puissance de la peinture, et l'on se demanderait volontiers comment, sans l'ombre d'une pensée qui s'y mêle, il est capable de solliciter à ce point notre esprit, si le fait même de si bien voir et de si bien peindre ne marquait dans une pareille œuvre l'excellence de l'artiste.
En dépit de son talent, Vermeer ne vendait ses tableaux que difficilement, à très bas prix, et sa vie s'écoula misérable, au milieu des soucis constants que lui causaient ses dettes. Enfant de Delft, 011 il était né le 3i octobre i632, il ne s'était presque jamais écarté de cette petite ville sur laquelle, malgré sa physionomie paisible, planent des souvenirs assez dramatiques : celui de l'assassinat de Guillaume d'Orange, et cette terrible explosion de la poudrerie, dont fut victime, le 12 octobre 1654, Carel Fabritius, le maître de Vermeer. Toujours besogneux, ce dernier n'eut pas à se louer de la destinée. Quand, le i5 décembre iG-b., il mourait prématurément, sa veuve était obligée de céder, pour une somme dérisoire, plusieurs de ses tableaux afin de solder un vieux compte contracté chez le boulanger, et l'on croit que parmi eux se trouvait un de ses meilleurs ouvrages, celui où il s'est représenté lui-même peignant dans son atelier (collection du comte Czernin.) Vingt-six autres tableaux du maître étaient à ce moment déposés à Harlem, chez un marchand de curiosités, pour y être vendus au profit de ses créanciers. Le nom de Vermeer, on le voit, doit être ajouté à ce long martjTologe sur lequel figurent en si grand nombre les représentants les plus illustres de l'école hollandaise.
Quel que soit le talent des paysagistes dont nous venons de parler, il faut reconnaître que les genres spéciaux où ils se sont renfermés étaient assez restreints. Les aspects de la mer et ceux des villes hollandaises qu'ils ont représentés otfrent certainement bien des ressources pitto-
270 LES MAITRES DU l'AYSAGE
resques; mais à s'y cantonner, comme ils l'ont fait, un artiste risque fort, à la longue, de ne plus y trouver un inté'rèt suffisant et de se fatiguer lui-même des redites inévitables auxquelles il est condamné. Avec des visées plus hautes, les maîtres qui embrassent la totalité de leur art ont aussi plus de facilités pour se communiquer ii nous et nous toucher davantage.
Comme la plupart des grands artistes, Rembrandt devait, en abordant le paysage, y mettre la marque de son originalité et de son génie. Sa vie est assez connue pour que nous n'ayons besoin que d'en rappeler ici les traits principaux. Né à Lcyde en 1606, il est le cinquième des six enfants d'un meunier, Harmen (lerrits/.. qui, jouissant d'une très modeste aisance, lui fait donner quelque instruction. Mais le jeune garçon ne montre pas grandes dispositions pour ses études, et sa vocation de peintre est si précoce et si marquée que, de bonne heure, il est mis en apprentissage, à Lejde même, chez Jacob van Swanenburch, oij il reste trois ans; puis à Amsterdam chez Pieter Lastman, un des italianisants les plus en vue, qui, dans le peu de temps qu'il garde son élève, exerce cependant sur lui une influence dont celui-ci ne devait que tardivement se dégager. C'est de Lastman, en etfet, qu'il tient cette recherche du style soi-disant académique, ce goût des accoutrements bizarres et des lurqueries que manifestent ses premiers ouvrages. Rentré à Leyde, le jeune homme est heureux de se retrouver parmi les siens, et de travailler avec ardeur, en toute liberté. Entouré de deux ou trois camarades, qui subissent l'ascendant de sa supériorité, il apprend à la fois la pratique de la peinture et celle de l'eau-forte dans laquelle il acquiert bien vite un talent et un sens très personnels. .Mais son attention n'est pas tout d'abord attirée vers le paysage, et dans les tableaux de ses débuts la nature est absente. Absorbé par l'étude de la figure, il s'y consacre tout entier. Le plus souvent les personnages de ses compositions sont placés dans des intérieurs clos où l'intervention du clair-obscur est surtout ce qui le préoccupe : c'est la prison du Saint Paul et le taudis du Changeur^ tous deux de \ù-i-^\ la chambre de Dalila dans le Sanisou de i(J2tS, la grotte du Saint Jérôme, le temple de la Présentation et du Judas, l'oratoire de Saint Anastase et le pauvre logis de la Sainte Famille, de i63i. Quand, de hasard, la campagne sert de cadre à ces épisodes, l'artiste ne se met pas en frais d'étude pour la