PREMIERS PAYSAGES DE REMBRANDT
RK.MBRANDT. — l'AYSAGK AUX TROIS ARBRKS. l']au-fortc du Maître.
représenter. Dans les Filles de Lotli (iG3i), la scène se passe au déclin du jour, avec un ciel sombre, des formes vagues et la silhouette de Sodome se détachant sur l'incendie qui embrase la ville maudite. Pour le Baptême de l'Eunuque (iG3i), il se contente d'un buisson, d'un morceau de terrain sur lequel des courges, étudiées pour la circonstance, étalent complaisamment leur large feuillage.
Lorsque, vers le milieu de i(»3i, Rembrandt quitte Leyde pour se fixer à Amsterdam, les premières années qu'il y passe sont presque entièrement consacrées à l'exécution des nombreux portraits qu'on lui demande et qui assurent aussitôt sa réputation. Cependant, curieux comme il l'est et jaloux dé ne pas aliéner sa liberté, il ne peut longtemps se résoudre à subir les exigences de ses modèles. Mais le pajsage continue à n'avoir qu'une importance très secondaire dans ses tableaux et ses eaux-fortes. S'il a besoin de quelques détails pittoresques qu'il juge nécessaire d'y introduire, il va, pour la circonstance, les copier à la campagne. Le jeune maitre est toujours plus à l'aise avec les sujets qui le ramènent à ses observations favorites du clair-obscur, pour lesquelles
il trouve facilement à sa portée des éléments d'étude. Citons cependant comme une exception cette représentation si vraie et si pathétique de la tempête et des flots en courroux qui donne déjà à son interprétation de la Barque de saint Pierre (collection de Mrs Gardner à Boston) une grandiose éloquence.
Si rares et si restreintes qu'elles fussent dans ses œuvres, ces apparitions furtives de la nature vont pendant quelque temps disparaître. Cette période de sa vie est, en effet, remplie par la passion que lui inspire Saskia. Depuis le moment où il l'a connue jusqu'à la mort de cette gracieuse compagne, il ne se lassera pas de la prendre pour modèle, de peindre, de dessiner ou de graver son image, d'abord vêtue de ses simples costumes de jeune fille, puis, après son mariage (26 juin 1634 . parée des accoutrements les plus magnifiques. Il ne bouge donc plu^ guère de son foyer, et c'est à ses souvenirs, ou aux gravures amassées dans ses cartons qu'il demande le cadre pittoresque de cette Annonciation aux Bergers (ir)34) dans laquelle, a [la parole de l'Ange proclamant la venue du Sauveur, les cieux qui s'entr'ouvrent, les arbres qui frémissent, l'agitation des pâtres terrifiés et de leurs troupeaux fujant pêlemêle prêtent le plus éloquent commentaire. Rembrandt, à cette époque, consulte si peu la nature que, dans l'admirable composition du Louvre. le Dépari de l'ange Raphaël (lôSy), c'est encore à un tableau de ses débuts, le Saint Jérôme en prières., qu'il emprunte le pied de vigne dont il enguirlande la porte de la demeure [de Tobie. En revanche, c'est peut-être pendant un séjour à la campagne nécessité par l'état de santé de Saskia qu'en 1G40 il peint, en s'aidant certainement de la nature. le Ménage du Menuisier, du Louvre, avec l'atelier où sont rangés les outils et les ustensiles du modeste ménage et, sous le ciel lumineux entrevu par la fenêtre, le paisible horizon d'un petit village enfoui dans la verdure.
La préparation et l'exécution de la Ronde de Nuit avaient absorbé le travail de l'artiste pendant les premiers mois de 1642. Un fils, depuis longtemps désiré, était venu, l'année d'avant, apporter aux deux époux le seul bonheur qui leur manquât. Mais bientôt la santé de Saskia s'était profondément altérée et moins d'un an après la naissance de Titus, elle mourait. La douleur de Rembrandt l'avait à ce moment attiré à la campagne, afin d'y chercher dans la retraite le calme qui lui était nécessaire.