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ASPECTS FAMILIERS DE LA HOLLANDE

RKMBRANDT. — ENTREE DE Vll.I.AGK.

Musée Teyier a Hariem.

La précieuse série de dessins qui, après avoir fait partie de la collection de G. Flinck, son élève, fut acquise de celui-ci par le duc de Devonshire, se rapporte, sans doute, à l'un de ces séjours aux champs pendant lesquels, heureux d'échapper à ses souvenirs et à ses créanciers, Rembrandt se consolait auprès de la nature, cette amie qui ne l'avait jamais abandonné. Les divers dessins qui composent cette suite sont probablement les feuilles détachées d'un album d'études faites à la même époque, et ils ont été certainement exécutés dans la même contrée. Tous les aspects de cette contrée, que nous croyons très voisine d'Amsterdam, s'y rencontrent: ses plages basses, ses immenses nappes d'eau, ses horizons plats sur lesquels tout fait saillie, les bouquets d'arbres espacés autour des habitations, les barques avec leurs voiles gonflées par labrise, les chaumières serrées les unes contre les autres, comme pour mieux résister aux assauts du vent qui souffle du large, un village qui s'étale sur la rive ou une cabane de pêcheur avec des filets qui sèchent au soleil. Les moindres accidents forment tableau, tant la silhouette est ferme, nettement découpée, consciencieusement suivie dans ses moindres inflexions. Ces indications tracées d'habitude à la plume, sont

rehaussées de quelques teintes d'encre de Chine ou de bistre, qui rendent avec autant de sûreté que de justesse la diversité des valeurs et des plans. Souvent l'artiste revient aux mêmes lieux, et comme il l'avait fait pour la figure humaine en prenant à plusieurs reprises ses proches et lui-même pour modèles, il tourne autour d'un même motif, en quête de la meilleure place; il le reproduit à quelques pas de distance, cherchant ainsi à se rendre un compte plus exact des formes et des effets, s'efforçant de découvrir, sous l'infinie variété des aspects de la nature, les traits significatifs qui déterminent le caractère d'un paysage.

Les dessins de la collection de Chatsworth nous fournissent des preuves nombreuses de ces croquis réitérés faits d'après les mêmes motifs pendant un séjour d'été à la campagne. Les eaux-fortes de cette époque offrent le même caractère de décision et d'entière sincérité dans la facture. Contentons-nous de citer le Paysage à la tour carrée (B. n" 218, la (/range à foin B. n" 224), le Canal (B. n" 221 bordé d'arbres dépouillés, le Paysage aux Irois cliaitinièrcs B. 217. et l'Obélisque (B. 227). Deux de ces planches cependant méritent d'être particulièrement signalées à raison de la sobriété extrême du travail et de la franchise de l'effet : le Paysage à la Tour B. 223), dans lequel cet effet très piquant est obtenu par les moyens les plus simples, et la Campagne du peseur d'or, de i()3i (B. 284), d'une facture tout aussi concise, mais peut-être plus savante encore. En quelques traits, sans hésiter, le maître établit avec une correction absolue l'assiette de son paysage: il spécifie nettement la diversité des objets et jusqu'aux essences variées des arbres et. par quelques accents mis à propos, il colore et achève son œuvre.

Cette concision éloquente dans l'interprétation de la nature, dont les dessins et les eaux-fortes de Rembrandt nous présentent des modèles accomplis, devait lui susciter de bonne heure et jusqu'à notre temps de nombreux imitateurs. Dans ces synthèses intelligentes du maître, rien de trop, rien d'inutile : tous les coups portent et l'intime accord entre la clairvoyance de l'esprit qui conçoit et la sûreté de la main qui exécute, donne à ces images sommaires un charme de spontanéité et de vie qui les distingue entre toutes. De la constante sincérité que le grand artiste mettait à ces études dérivait aussi l'impartialité absolue des jugements qu'il portait sur ses confrères. Sa seule préoccupation était de

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