LE PAYSAGE DANS L'ÉCOLE ESPAGNOLE
ÉCLOSION TARDIVE DE l'ÉCOI.E ESPAGNOLE. — DIEGO \ ELAZQUEZ. — SON AMOIR DE LA NATURE. — PLACE IMPORTANTE DU PAYSAGE DANS SES ŒUVRES. — J.-B. DEL MAZO. — KR. COLLANTES.
\] 'kst avec Rembrandt que nous avons pris congé de l'école hollandaise dont, après lui, la décadence allait bientôt s'accuser, rapide et définitive. Née avec l'indépendance de la Hollande, cette école s'était développée en même temps que la prospérité de la nation, tandis qu'au contraire, à l'autre extrémité de l'Europe, l'épanouissement de l'école espagnole coïncidait avec l'amoindrissement graduel de l'h^spagne. Absorbés longtemps par leur lutte opiniâtre contre les Maures, ses souverains n'avaient guère eu le loisir d'encourager les arts, et quand Charles-Quint, à l'apogée de sa
VELAZQL'HZ. — JARDINS UK I.A VILLA MKDICIS.
Musée du I*rado. (l*hotog. I.évy.)
puissance, s'était proposé de rehausser l'éclat de son règne en s'entourant des chefs-d'œuvre des maîtres les plus en vue, c'est des Flandres et surtout de l'Italie qu'il avait tiré ceux qui font encore aujourd'hui l'ornement du Musée du Prado.
Les débuts de la peinture espagnole avaient donc été tardifs et ses progrès assez lents. Peu à peu cependant, à côté des imitations des œuvres des Italiens, principalement des Vénitiens, réunies dans les palais de la Couronne, apparaissent quelques essais d'art religieux, en accord intime avec les sentiments populaires. La nature n'y tient qu'une place minime. Dans les sévères compositions où Zurbaran, avec sa gravité et son impeccable correction, a si fortement exprimé, les sombres ardeurs de la vie des cloîtres, l'horizon est toujours très borné. A peine, çà et là, par quelque portique entr'ouvert, aperçoit-on un coin de ciel, la nudité d'une cour déserte et dénuée de toute végétation. Dans ces retraites accrochées aux Hancs des farouches Sierras, plus d'une fois l'artiste s'était oublié lui-même. Partageant ses journées entre la pratique de son art et la prière, il retraçait, avec une éloquence inconsciente, les visages émaciés de ses compagnons, leurs pauvres vêtements, leurs regards tout pleins du feu d'une vie intérieure très puissante et très concentrée. Ne cherchez point parmi ces rudes images les tendresses charmantes d'un Angélique de Fiesole, ni la piété aimable et fleurie d'un saint François d'Assise qui voit dans la nature une amie et qui en exprime ingénument toutes les grâces. Chez Zurbaran la dévotion est âpre et sévère; la nature semble une ennemie; les distractions qu'elle donnerait sont coupables et ses pièges dangereux. L'àme doit y résister pour ne chercher que dans l'immolation et le renoncement à tout ce qui est terrestre le sujet de ses méditations et le chemin de son salut. C'est dans ces données austères qu'en dehors des pastiches italiens, la peinture espagnole avait jusque-là trouvé ses sujets habituels et produit les seules (euvres qui attestent alors chez elle quelque originalité.
Mais presque en même temps que Zurbaran, Diego Velazquez allait, avec des visées tout à fait différentes, frayer à l'art des voies nouvelles. Né à Séville, où il était baptisé le 6 juin i^qo, il descendait d'une ancienne famille portugaise appauvrie au service de la couronne, mais qui possédait encore une modique aisance, puisqu'elle vivait de ses revenus. L'enfant avait reçu une bonne éducation et ses parents ne