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PREMIÈRES PEINTURES DE VELAZQUEZ

s'étaient point opposés à sa précoce vocation pour la peinture. Dès sa jeunesse, il se montrait très épris de la nature et c'est à elle seule que toute sa vie il devait demander ses enseignements. Sans tirer grand profit des leçons d'Herrera le Vieux, son premier niaitre, il profitait surtout d'une méthode fort usitée alors en Espagne et à laquelle il était initié par un artiste assez médiocre, Pacheco, dont il recevait ensuite les leçons. Cette méthode, qui respectait entièrement les instincts individuels des élèves, consistait à mettre immédiatement ceux-ci en présence d'objets quelconques, des fruits, des légumes, des tieurs, des poissons, etc., qu'ils devaient copier, avant d'aborder l'étude de la figure humaine. En choisissant avec goût ces objets, de manière à en composer des ensembles agréables, les débutants se familiarisaient avec les formes et les couleurs qu'ils avaient à reproduire et ils acquéraient, en même temps que le sentiment de l'harmonie, l'habileté dans le maniement de la brosse et une souplesse de touche qui leur permettait de rendre avec justesse la diversité infinie de modèles posant complaisamment devant eux.

Velazquez apprenait ainsi à voir par lui-même la nature et à dégager des réalités les plus humbles qu'il avait à rendre leurs traits vraiment significatifs. Quelques-unes de ces natures mortes, connues en Espagne sous le nom de bodt'i^oues, nous ont été conservées. Avec une imitation très exacte des objets qu'il reproduit, le jeune artiste y manifeste les rares qualités de son esprit et de son talent : une force singulière unie à une délicatesse exquise dans l'exécution. On conçoit les ressources que de tels moyens d'expression mettaient entre ses mains. En se livrant ensuite à l'étude de la figure, Velazquez avait autour de lui les mêmes facilités pour s'instruire. Les désceuvrés ne manquent pas en E^spagne et, moyennant quelques maravédis, il trouvait à sa portée le gamin de la rue, le portefaix en disponibilité, le vieux pauvre ou la paysanne du marché voisin, et les faisait poser à son gré, dans toutes les attitudes, sous tous les éclairages. Quelques-unes des études qu'il peignit alors : un ]'L'i!daitg-eiii% la Vieille au Gâteau et surtout VAg-uador d'Aspley- House. ont une intensité de franchise et de vie qui ne pouvait manquer d'attirer l'attention sur leur auteur, et le brave Pacheco, pressentant les succès qui attendaient son élève, avait jeté sur lui son dévolu. Ainsi qu'il le raconte naïvement lui même, « après ces cinq années d'enseignement, je le mariai à ma fille, séduit par sa jeunesse, sa droiture, ses bons

instincts et par les espérances que m'inspirait son génie naturel. » Le 3 avril 1618, Velazqucz épousait la fille unique de son maître, cette Juana qu'il avait vue grandir à côté de lui et de laquelle il s'était, sans doute, épris peu à peu. Le bonheur devait sourire au jeune ménage et si Juana fut pour l'artiste une compagne très dévouée, il demeura toute sa vie un mari excellent, très fidèlement attaché à son intérieur.

Avec son talent à la fois facile et plein d'une distinction exquise. Velazquez était préparé pour toutes les tâches, et la mort de Philippe III allait bientôt fournir à son activité un théâtre digne de lui. Sur les conseils de son beau-père, il s'était rendu à Madrid où, grâce aux relations de Pacheco, il obtenait de faire un portrait équestre de Philippe IV. Son royal modèle, satisfait de cette œuvre, l'attachait à son service avec le titre de peintre de la cour. Dans cet emploi qu'il occupa trente-sept ans, le maître, grâce à la sûreté de son caractère et à la grâce de sa personne, conserva jusqu'au bout la confiance et la faveur du roi. Étranger aux intrigues qui s'agitaient autour de lui. il acceptait, avec une bonne humeur constante, toutes les tâches qui lui étaient imposées. même les plus ingrates, et de toutes il s'acquittait à son honneur. A côté des portraits des membres de la famille royale et des grands personnages de la cour, il avait à faire ceux des fous, des nains et des avortons de toute sorte, véritable ménagerie de caricatures humaines, qu'entretenaient autour d'eux les tristes souverains de l'Espagne. L'artiste nous les montre les uns et les autres étudiés avec la même conscience et les mêmes scrupules de véracité. Pour achever de donner tout leur prix à ces loyales images, c'est à la nature qu'il demande les fonds sur lesquels s'enlèvent franchement ses figures. Sans recourir aux contrastes forcés, usités par ses devanciers et dont ses premières œuvres n'étaient point exemptes, il répudie ces ciels assombris, ces draperies complaisantes, ces architectures banales, tous ces expédients traditionnels destinés à faire ressortir l'éclat des visages, et il aborde résolument le redoutable problème du plein air. Bien que très modérés, les tons gris, verts, bruns ou bleuâtres du ciel, des végétations et des terrains, soutiennent heureusement les carnations de ses modèles et en rehaussent la fraîcheur. Les oppositions bien réparties de ces nuances maintiennent l'équilibre et assurent le grand aspect des ensembles. Les paysages qui se déroulent derrière ces portraits d'apparat sont à la fois très réels et très espagnols.

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