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ETUDES A LA VILLA MEDICIS

force et la rude simplicité l'avaient complètement séduit; il trouvait qu'à côté de lui « les productions des autres ne semblent que peinture, tandis que lui seul est vérité ». A Rome, où il se rendait ensuite, les grands aspects de la ville éternelle et de ses environs l'avaient encore plus frappé que les chefs-d'œuvre du passé. L'hospitalité que, sur la demande de l'ambassadeur d'Espagne, le comte de Monterey, il recevait à la villa Médicis était bien faite pour le charmer, et le magnifique horizon qui, des jardins mêmes du palais, se déroule sur Rome et sur la campagne, le plongeait dans de profondes contemplations. Comme il n'était pas homme à demeurer longtemps inactif, un beau jour, il avait pris sa palette et deux études faites par lui d'après nature, — elles appartiennent toutes deux au musée du Prado, — nous offrent un précieux souvenir des deux mois pendant lesquels il avait habité la villa Médicis. Les motifs en sont des plus simples. L'une d'elles représente une allée du Bosco, avec un portique percé de trois arcades à travers lesquelles on découvre quelques maisons à demi cachées dans des ombrages d'un vert bleuâtre. Au milieu de l'arcade centrale est placée une statue antique d'Ariane étendue sur un lit de repos. Sur le terrain et sur les parois du portique, les arbres voisins projettent leurs ombres transparentes et l'artiste a exprimé avec une légèreté charmante le jeu de ces ombres mobiles qui semblent trembler sous nos yeux. L'autre motif, quoique plus simple encore, est cependant plus heureux. Audessus d'une bâtisse ornée de pilastres et surmontée d'une terrasse, de vieux cyprès élèvent dans le ciel clair leur sombre feuillage d'un vert olivâtre. Des planches disjointes garnissent les portes d'une espèce de hangar pratiqué dans la muraille et, au centre, une femme étend sur la balustrade quelques nippes pour les sécher. Avec cette mince donnée, Velazquez a peint un petit chef-d'ceuvre. Les blancs nuancés de la muraille, discrètement égayés çà et là par les tons roses de la brique, les deux colonnes bleuâtres et les gris variés des planches et du terrain contrastent franchement avec le velours intense des cyprès et composent une harmonie exquise. La touche large et sûre, tour à tour légère ou appuyée, est d'une souplesse merveilleuse. Telle qu'elle est, cette petite toile à peine couverte et dont la trame, par places, est restée apparente, suffirait à montrer le peu qu'il faut à un grand artiste pour nous révéler ce que les réalités les plus humbles peuvent contenir de poésie.

3oo LES MAITRES DU PAYSAGE.

A la suite d'un accès de tièvre, Velazquez avait dû quitter la villa Mcdicis pour se rapprocher du palais de l'ambassadeur d'Espagne et se trouver ainsi plus à portée des soins que réclamait son état. A peine rétabli, il reprenait ses pinceaux et peignait deux tableaux de figures : Apollon dans la Forge de Vulcain et Jacob recei>anl la tunique ensanglantée de Joseph; puis après un court séjour à Naples, il s'y embarquait pour rentrer à Madrid au commencement de i()3i et se remettre aussitôt à la disposition du loi.

La chasse tenait une grande place dans la vie de Philippe IV. qui fut toujours passionné pour ce genre d'exercice. Ses équipages et ses meutes passaient pour les plus magnifiques de l'Europe et, afin de satisfaire librement ses goûts, il s'était fait aménager, au milieu d'une contrée giboyeuse, le petit château de Torre de la Parada^ qu'il avait entièrement décoré de tapisseries et de tableaux représentant des sujets cjnégétiques. Entre les diverses manières de chasser alors usitées en Espagne, la Chasse à la Toile, la Tela^ était la plus en vogue. Dans un terrain choisi à cet effet, un grand espace était entouré à l'avance d'une clôture de toiles maintenues de distance en distance par des piquets. Le gibier rabattu vers cette enceinte, s'y engageait par l'ouverture assez large qu'on lui avait ménagée. Lorsqu'on jugeait qu'il se trouvait en quantité suffisante, l'ouverture était fermée et les bêtes prisonnières étaient refoulées dans une seconde enceinte disposée à l'intérieur et garnie de plusieurs épaisseurs de toiles plus élevées. C'est dans ce réduit qu'elles étaient assaillies et mises à mort par le roi et ses invités. Velazquez, ayant reçu mission de retracer quelques-uns des épisodes auxquels cette chasse pouvait donner lieu, s'était appliqué à les retracer avec la scrupuleuse exactitude d'un historiographe. La tâche n'était point aisée et les artistes qui s'y étaient essayés avant lui avaient échoué. On conçoit, en effet, la difficulté de réunir dans une même composition les éléments très divers de pareils épisodes pour en former un ensemble. La Chasse au sanglier de la National (iallery — la collection Richard Wallace en possède une réduction d'une conservation meilleure, avec quelques légères variantes, — nous offre à la fois une image fidèle de la Chasse à la toile et comme un tableau résumé des costumes, des mœurs et des types les mieux caractérisés de toutes les classes du peuple espagnol à cette époque.

LA CHASSE A LA « TOILE » 3oi

La scène s'ctalant en largeur, est disposée avec autant de goût que d'habileté et le paysage y joue un rôle considérable. Cette fois l'enceinte circonscrite par les toiles a été installée dans un site d'un aspect austère :

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