GS 1,KS MAITRES DU THÉATRJ
udLc servie par le Lalent le plus sûr et le plus vigoureux, la lucdiocrité défiant le génie.
Aiigier continuait, en somme, la comédie du genre Scribe, la comédie sentimentale et romanesque, mais en la renouvelant, et en essayant surtout de la ramifier à la comédie de Molière, dont ses vers rendaient le son plein et traditionnel et dont il s'efforçait de retrouver la forte simplicité, la tranquille carrure et le robuste bon sens, sinon toute la verve. Il se proposait visiblement d'être le Molière de son temps, d'adapter au goût du jour la comédie moliéresque, d'être le plus grand des continuateurs de Molière, entendons-nous : du Molière des Femmes savantes, de Tartuffe, du Misanthrope, qu'il considérait comme le bon Molière et qui offrait cet avantage d'être aisément imitable, tandis que le Molière des Fourberies de Scapin, de V Avare et du Malade Imaginaire désespérerait toute imitation, car la verve en a quelque chose de diabolique et de quasi surnaturel. Mais, pour mettre son amour-propre en repos, Augier pensait, avec tout le monde alors, que ce n'étaient là que des farces, indignes caprices d'un si beau génie. Parlez-moi de Tartuffe et du Misanthrope, à la bonne heure ! N'est-ce pas le dernier mot de la comédie pour les lettrés et les délicats? Or, Augier se sentait parfaitement capable de bâtir des choses qui pussent, jusqu'à un certain point, être confrontées avec ces chefs-d'œuvre.
Cependant il lui fallait encore dissimuler ses ambitions et garder à ses comédies un petit air, comment dirai-je? florentin, sans quoi on l'eût pris pour un provincial et pour un philistin. Cela le rapprochait de Musset avec qui il souhaitait qu'on lui reconnût quelque parenté. C'est dans ces dispositions d'esprit qu'il composa V Aventurière, qui est restée une des pièces les plus fréquemment jouées du répertoire. Elle fut représentée pour la première fois, en cinq actes, en mars 1848, à la Comédie-Française, et reprise en