‹ Les maîtres du théâtre, d'Eschyle a CurelChapitre 5 sur 40 · FRANÇOIS COPPÉE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS COPPÉE

C'est le 14 janvier 1869 qu'éclata le nom de François Coppée. Un petit acte en vers, le Passant, en une nuit, lui avait donné la gloire : un tout petit acte en vers, à deux personnages, à peine un acte, une sérénade à deux voix, offerte par un jeune honime au public de l'Odéon, une nuit où ce public ne s'y attendait pas. Deux personnages : la bonne courtisane, chère aux romantiques, et un petit page florentin du xV siècle avec une guitare, de quoi composer un joli tableautin à la manière de Botticelli ou de Ghirlandajo. La courtisane ici était la grande tragédienne Agar, et le page, c'était Sarah Bernhardt, dans tout l'éblouissement de sa jeunesse. Et les vers de cette Sérénade avaient une fraîcheur, une grâce printanière et des sonorités jeunes, qu'on n'avait pas encore entendues. Partout on croyait voir

neiger Des plumes de tourterelles.

Pour bien goûter cela, il fallait se laisser emporter par la musique de ces vers, d'où pleuvaient des mots délicieux et ne pas trop regarder à l 'arrière-texte et au fond de la pensée, qui n'étaient guère que de l'a peu près. Le Passant, c'était une série de variations

charmantes sur un vieux thème romantique, déjà bien faux et bien usé, mais rajeuni cette fois par un poète qui y croyait pleinement, comme à l'essence même de la poésie ou du moins de ce qui était la poésie pour lui.

François Coppée, en ce temps-là, n'était qu'un gamin de Paris, pauvre, intelligent et résolu, rêveur certes, mais « malin comme un singe » et ne perdant jamais pour longtemps le sens des réalités. Ce poète, remarquablement doué, avait une âme de petit employé sérieux ; c'était le frère des commis aux écritures et des calicots, le cousin des bons artisans et des midinettes, entre lesquels il se détachait avec sa tête élégante aux traits fins et précis de médaille, au milieu desquels il marchait d'une allure nerveuse et assez aristocratique, en homme sûr de sa distinction naturelle et de sa supériorité. Il avait fait, sans éclat, ses premières classes au lycée, mais, dès la troisième, une maladie de son père l'avait forcé à les interrompre et à travailler pour aider les siens. De cette interruption il n'apparaît pas qu'il ait souffert beaucoup. H dut juger qu'il en savait assez long pour ce qu'il voulait faire. Cette demi-culture, qu'il avait reçue, suffisait amplement à remplir son horizon intellectuel et, s'il y avait dans sa formation des lacunes, il dut se dire certainement qu'il n'aurait pas de peine à y suppléer.

Il avait lu les poètes, Lamartine, Hugo, Musset, Baudelaire ; il avait le sentiment de les mieux sentir et de les mieux comprendre que ceux qui avaient monté tous les degrés de la rhétorique et de la philosophie scolaires. La fréquentation des poètes vivants lui apprendrait le reste.

Eût-il terminé ses études classiques, il ne semble pas, en effet, que cela lui eût été fort profitable. Son siège était fait. En rhétorique, il eût continué et perfectionné sa troisième, rien de plus. Un décret

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