DEUXIÈME PARTIE
La Place des Phénomènes dans la Société Théosophique
Autorité spirituelle et Autorité temporelle
Rapports des Maîtres et de la Société Théosophique
L’Avenir de la Société Théosophique
Quatre conférences données à la Loge Blavalsky de la Société Théosophique, à Londres, les 13 et juin, 4 et 1 i juillet 1907
LA PLACE DES PHÉNOiMÈNES DANS LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE
J'ai choisi pour ces quatre conférences, réservées aux membres de la Société Théosophique, quatre sujets d’un puissant intérêt pour nous. Je vous demande de les envisager d'un point de vue élevé, et non étroit, et de considérer le mouvement Théosophique et la Société Théosophique, non en tant que mouvement ou société isolée, en tant qu’objet séparé, mais bien plutôt comme faisant partie d’une série d’afflux spirituels, analogue à ses prédécesseurs du même ordre, intéressée aux mêmes questions, et soumise aux mêmes conditions d’existence.
Nous constatons, en examinant l’histoire du passé, que de grands afflux spirituels se produisent de temps à autre ; chacune de ces impulsions a été l’origine d’une religion, ou a apporté dans une religion déjà existante un
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changement important. L’effusion spirituelle qui a donné naissance à la Société Théosophique doit être considérée comme identique dans sa nature à celles qui ont fondé Lune après l’autre les religions du monde. Si nous l’envisageons ainsi, nous pourrons, parfois, embras-^^ sant la série entière de tous ces mouvements, reconnaître certains principes distincts et constants, qu’il nous sera facile d^appliquer ensuite au mouvement présent. C’est là, me semble-t-il, une manière plus sage et plus saine d’envisager la Société Théosophique, que si nous en faisions un mouvement unique et isolé. 11 sera certainement plus aisé de poursuivre ainsi la solution des difficiles problèmes contemporains si nous les considérons comme analogues aux problèmes qui s’offraient à nos devanciers. Nous sommes, en effet, toujours enclins à compliquer et à troubler les problèmes actuels de questions secondaires qui surgissent autour d’eux, et à répandre ainsi nousmêmes l’obscurité sur l’objet de notre étude. Au contraire, si nous parvenons à saisir le principe fondamental, et à l’étudier dégagé des difficultés propres à l’heure présente, nous pourrons ensuite appliquer ce principe isolé des circonstances contingentes, avec l’espoir de
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rappliquer avec plus de justice au milieu des troublants événements du jour. C’est ce que je désirerais faire dans ces conférences : envisager notre mouvement comme un des éléments d’une série universelle, étudier les principes qui sont à la base de cette série, retracer l’action de ces principes au sein des sociétés qui nous ont précédés dans le monde spirituel, et puis, sûre de les avoir bien saisis, les appliquer à la solution des problèmes que nous offre l’heure présente. 11 est une tendance, dans la Société Théosophique, en effet, à se restreindre à la mesure du moment présent, au lieu de viser à élargir la pensée moderne. Nous voyons cette tendance s’attaquer à toute religion, à toute Église, à chaque grande société, et il serait vain de reconnaître ce fait dans l’histoire du passé, si nous n’en tirions profit pour notre conduite.
Dans toutes les religions du passé, soit que nous les envisagions dans les reconstitutions de l’histoire, ou bien dans ce qu’on nomme « les annales occultes )►, nous constatons à leur origine la présence de phénomènes considérés comme anormaux. J’ai employé le mot phénomène, bien que son emploi dans ce sens soit illégitime. On l’emploie ainsi parce que cette
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acception s’est généralisée ; mais rien ne justifie sa restriction à certaines manifestations objectives plutôt qu’à d’autres. A proprement parler, le mot phénomène s’applique naturellement à tous les objets du monde, au Non-Soi, à tout ce qui est extérieur au Soi; mais son gens a été restreint, surtout à notre époque, à ces faits qui, autour de nous, dans le Non-Soi, sont exceptionnels, peuvent sembler anormaux, et qui sont l’effet de lois peu familières; de tels faits ont donc été considérés par certains comme surnaturels, et par d’autres, plus soigneux de leur langage, simplement comme hyperphysiques. Et ce n’est pas sans un sérieux dommage que l’on isole ce que nous nommons des faits « anormaux », les prétendus « phénomènes », des faits quotidiens et normaux de la vie. Car il n’est aucune différence fondamentale entre eux. Tous les plans sont également sous l’empire de la loi; tous les mondes, à l’organisation matérielle plus ou moins dense ou grossière, sont également régis par un ordre et une loi. Il n’est rien dans la Nature de vraiment anormal. Certains faits sont plus rares que d’autres, sont exceptionnels, mais cette notion même d’anormalité me semble à bien des égards fâcheuse et trompeuse. Mieux vaut
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envisager l’ensemble du monde, ou univers^ quelque nom que vous lui donniez, comme formant partie d’un ordre défini où tout ce qui arrive se produit suivant une loi, où il n’est point d’hiatus, d’accidents, mais seulement des limitations de notre connaissance à nous, en un moment donné. Toutes les lacunes de la Nature sont des lacunes dans la science des observateurs de la Nature. Rien n’est miraculeux ou surnaturel, tout est refifet conséquent de la Nature agissant selon des voies définies et guidée par une intelligence définie.
L’une des raisons pour lesquelles il est si important de reconnaître ce fait est la nécessité de dissiper cette atmosphère de surprise, d’émerveillement, de crainte superstitieuse ou religieuse qui tend, au grand dommage des observateurs, à rendre obscur tout fait anormal, toute manifestation d’une force qui ne nous est pas familière, tout ce qui, jadis, était dit « miraculeux. » Ce que je voudrais faire pénétrer, profondément en vous, c’est la nécessité d’appliquer à tout ce qui répond au nom de « phénomène » les mêmes lois, les mêmes canons d’observation, que vous appliquez aux phénomènes qui vous sont le plus familiers sur le plan physique. Ne considérez pas un phéno-
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mène exceptionnel comme vous obligeant nécessairement au moindre sentiment respectueux. Il n est pas le moins du monde nécessaire de chuchoter quand on parle des prétendus « phénomènes ». Parlez-en de votre voix naturelle, et appliquez-leur votre ordinaire bon sens et les lois ordinaires du sain jugement. Si vous agissez ainsi, au lieu de marquer l’alarme ou la surprise ; si vous restez debout au lieu de tomber à genoux, votre étude des autres mondes en sera rendue plus profitable, et les dangers que vous pourrez rencontrer en seront diminués.
Revenons aux origines de tous les mouvements religieux. Nous les voyons débuter dans une atmosphère de « phénomènes ». L’Houmie divin qui fonde la religion, et ses disciples immédiats sont toujours des êtres possédant la connaissance de plus d’un monde. Et parce qu’ils ont cette connaissance directe, ils peuvent parler avec autorité. Or la seule autorité admissible en cette matière est l’autorité de la connaissance.
Une autre difticulté qu’il nous faut écarter, dans l’étude des phénomènes, est l idée que la production d’un certain fait dû à une loi que nous ignorons dans notre monde matériel, con-
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fère uae autorité quelconque sur des questions de connaissance spirituelle, ou donne aux investigateurs le droit de parler avec autorité de choses extérieures aux lois particulières suivant lesquelles s^accomplissent ces phénomènes. Le danger de la vieille notion de miracle était qu^on Tenvisageait comme une preuve, non de la connaissance, chez l’auteur du miracle, d’un autre monde ou d’autres forces; mais de son droit à parler avec autorité de questions morales ou religieuses. En réalité, la connaissance des faits du plan astral ou du plan mental, ou le pouvoir d’utiliser les forces de ces plans pour produire ici-bas certains faits exceptionnels, ne confèrent pas la moindre autorité pour trancher les problèmes moraux ou décider des questions spirituelles. C’est là un point de la plus haute importance ; la connaissance du monde astral et mental est du même ordre que la connaissance du monde physique ;un clairvoyant ou un clairaudiant, un homme capable d’utiliser ici-bas Tune des forces des plans subtils n’a pas nécessairement plus d’autorité religieuse ou morale qu’un bon mathématicien, un bon électricien ou un bon chimiste.
Vous n’êtes pas enclins, sur le plan physique, à l’erreur de croire que parce qu’un homme
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est un bon chimiste, il a autorité en matière de morale : vous en saisissez immédiatement l’absurdité. Mais beaucoup ne voient pas quil en va de même à l’égard des bons chimistes ou électriciens du plan astral ou mental. Leur connaissance de ces plans ne leur confère pas plus qu’au chimiste physique la moindre autorité. Je souhaite souvent qu’on se rappelle et qu’on applique mieux dans la Société ïhéo. sophique cette fable ancienne des Deux Rabbis: Deux Rabbis discutaient; l’un d’eux, pour donner plus de force à son argument particulier, fit écrouler un mur ; à quoi l’autre non sans raison répondit : «Depuis quand les murs ont-ils voix dans nos discussions?» C’est là un esprit d’une importance considérable, et qui n’infirme en rien le fait que les grands Fondateurs de religions et les hommes spirituellement illuminés qui les entouraient, furent capables de produire des phénomènes de diverses sortes, tels que guérir des malades, rendre aux paralytiques l’usage de leurs membres, etc., et que des phénomènes ont toujours dans le passé accompagné le grand Initiateur religieux. Il ne tirait pas d’eux son autorité religieuse ; ils résultaient seulement de sa connaissance des lois naturelles ; l’homme entièrement spi-
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ritualisé tient en sujétion la matière de tous les plans de la Nature. Mais cela n’implique nullement que Thomme capable de manier à son gré la matière des plans inférieurs puisse parler des plans supérieurs avec autorité. Le fait que l'homme spiritualisé est toujours un grand iDsychique, capable de modifier la matière physique au moyen des forces supérieures, encore que très réel, ne prouve pas la vérité du fait contraire, que Thomme maître de la matière a nécessairement développé en lui l’Esprit. 11 est vrai, certainement, que les fondateurs de religions étaient entourés de phénomènes, mais la raison de ce fait vient d’être indiquée : la matière est l’humble servante de l’homme vraiment spiritualisé, ou dans les termes du livre Hindou ; « Les siddhis sont prêts à servir l’homme vraiment spirituel. »
Il était nécessaire à la fondation d’une religion et pour l’enseignement de nombreuses doctrines religieuses relatives aux mondes invisibles à l’œil physique, que l’homme qui devait les enseigner eût une connaissance directe des états dont elles traitent. Rappelez-vous que toute religion présente son enseignement sous un double aspect; les vérités spirituelles accessibles seulement à la conscience divine déve-
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loppée; et celles qui ont trait à Texistence d^autres mondes que le nôtre, et aux conditions de leur existence, côté très important pour l’homme, puisqu'il lui faudra passer dans ces mondes après sa mort, et important aussi en ce qu’une grande partie du symbolisme, des rites et des cérémonies, se rattache à ce qu’on peut appeler grossièrement la science occulte. Ainsi que le disait le Bouddha des mondes hyperphysiques : « Si vous voulez connaître le chemin qui conduit à un village, et aussi tout ce qui concerne ce village, vous questionnez un homme qui y réside et a parcouru les chemins qui y conduisent; ainsi vous faites bien de venir à moi pour entendre parler des Devas et des mondes invisibles, car je connais ces mondes et les chemins qui y mènent. > Donc, quand nous regardons ces grands Instructeurs spirituels et ces Révélateurs de l’invisible, nous constatons qu’ils possèdent toujours cette connaissance directe. Elle était partagée par Leurs disciples immédiats, qui poursuivirent l'exposé de la doctriné après que le Maître se fut retiré. Peu importe la religion envisagée, vivante ou morte, vous constatez partout ce même fait :
la fréquence des phénomènes aux premiers jours de la prédication de cette religion.
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Laissez-moi prendre deux religions typiques.
Tune en Orient, Tautre en Occident, au point de vue de la conservation de ces phénomènes des premiers jours; THindouisme en Orient, le Catholicisme en Occident. Dans ces deux grands mouvements religieux, nous voyons les phénomènes se perpétuer. Ni THindouisme, type de la religion orientale, ni le Catholicisme, la forme la plus répandue du Christianisme en Occident, n^ont jamais consenti à dire que la vie répandue par les premiers chefs de la religion s’était tarie et ne venait plus irriguer les champs de la religion. Au contraire, ces deux religions typiques revendiquent la pérennité de la vie et de la connaissance. C’est une banalité chez les Hindous d’affirmer les possibilités de la Yoga; de dire qu^aujourd’hui aussi bien qu’au temps de Manou ou des grands Rishis, il est possible d’accomplir ce qu’ils ont accompli, de se libérer du corps physique, de parcourir les autres mondes de la Nature, d’apprendre à connaître les forces, les objets de ces autres mondes, et d’y poursuivre Tétude du Non-Soi avec autant de précision qu’on en peut apporter à l’étude du Non-Soi dans le monde physique. Jamais cette prétention n’a été abandonnée, jamais sa réalisation n’a entièrement
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disparu. Il en est de même dans l’Église Catholique. On y trouve une succession de saints et de voyants qui ont toujours prétendu être entrés en rapport avec d'autres mondes, et ont manifesté les forces de ces mondes sur notre plan physique. Aujourd’hui même, dans le Catholicisme, dit-on, des phénomènes analogues se produisent encore, et certes, les preuves qu’on apporte de ces phénomènes sont plus aisément vérifiables que celles des phénomènes semblables des premiers siècles de Tère chrétienne. Et de même chez les Hindous, il est plus aisé de prouver aujourd’hui les pouvoirs que possède un Yogi que de prouver la réalité de ces pouvoirs il y a des milliers d’années, dans les brumes où se perdent les origines de l’Hindouisme. Et vous trouvez par conséquent parmi les Catholiques et les Hindous la croyance définie que ces choses sont encore possibles; peut-être ajouteront-ils seulement, à l’égard de leur production, que la matérialisation progressive du peuple a fait de la possession de ces pouvoirs une caractéristique beaucoup plus rare du fidèle, qu’aux premiers jours où coulaient à flots l’enthousiasme et la vie spirituelle. Il n’y a aucun doute, en ce qui concerne le Christianisme, que les livres sacrés
des chrétiens confirment la prétention de l’Église Catholique. Je ne veux point entrer dans l’examen de rauthenticité de telle ou telle phrase particulière; je prends seulement le Nouveau Testament^ reconnu par tous conmie un livre sacré. Vous y trouvez, dans la bouche même de Jésus, la déclaration très claire que ceux qui croiront en Lui accompliront des œuvres plus grandes que les siennes; et dans un autre passage, rejeté,je le sais,par bien des critiques, comme absent des manuscrits originaux, mais cependant descendu d’une haute antiquité chrétienne, vous avez Faffîrmation catégorique qu’ils pourront boire du poison, etc. Il est donc bien dans la tradition nettement chrétienne que ces pouvoirs prétendus anormaux sont à la portée des croyants chrétiens. Et je pourrais vous apporter pour THindouisme la même démonstration.
Il est un point à souligner encore, à cet égard ; c’est qu’au cours de la religion transmise de génération en génération, de siècle en siècle, on voit diminuer ces pouvoirs et s^espacer la production de ces pseudo-miracles.
Parallèlement à cet affaiblissement des pouvoirs et à la raréfaction des phénomènes, on voit se produire aussi un graduel amoindris-
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sement de rinfluence de la religion sur le cœur et la vie de ses adhérents. Les incursions d autres formes de pensée, le relâchement de la croyance à la réalité des mondes invisibles, ont diminué Tautorité de la religion, et le pouvoir de ces réalités invisibles s^est affaibli avec le temps. Si nous envisageons encore THindouisme et le Christianisme, nous les voyons reculer sous l’assaut d^une philosophie plus matérialiste, d’une science plus sûre d’ellemême. Nous trouvons que les individus cultivés et réfléchis, en Orient comme en Occident, saisissent de moins en moins les enseignements de la religion, et que l’influence exercée sur la vie des fidèles est devenue moins réelle qu'aux premiers jours. Cela est inévitable, c’est le résultat du cours du temps, et la nécessité du retour périodique de nouvelles effusions spirituelles réside précisément dans ce fait qui se renouvelle périodiquement. Et nous lisons aussi dans le Bhagavad-Gîtâ qu’au cours du temps cette yoga disparaît, et qu’a lors quelque instructeur apparaît pour infuser au monde une vie nouvelle; et le fait se reproduit à maintes reprises pour chaque grand mouvement spirituel.
Or, si nous appliquons ces principes et ces faits évidents au plus récent de ces mouvements
spirituels, celui qui a donné naissance à la Société Tliéosophique, nous voyons se reproduire, en une très courte période, la même série do faits qui caractérisa les religions du passé. Ici comme là, une masse considérable de phénomènes dans les premiers temps ; H. P. B, vivait au sein d’une atmosphère de phénomènes et ceux qui l'approchaient se trouvaient environnés de phénomènes de tous genres. Vous pouvez voir le résultat de cette première discipline chez notre feu Président, le Colonel 01cott,pour qui les phénomènes, au sein de la Société Théosophique, étaient choses les plus naturelles du monde. Il en parlait sans aucune hésitation, il ne tarissait pas du récit de ceux dont il avait été témoin. Vous vous rappelez combien il y pensait, lorsqu’il était ici, quel plaisir il éprouvait à raconter ses premières expériences et à montrer les objets matériels fabriqués phénoménalement dans les premiers temps. On ne peut lire ses Feuilles d'un vieux journal^ sans être frappé par cette production journalière de phénomènes. La vie,en ce temps-là, semblait faite d’anormal, au sens qu’on donne généralement à ce mot. Le normal avait pour un temps disparu.
S’il y avait un torchon à ourler, un élémental
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le faisait; si l’on avait besoin de crayons, une main s’avançait, roulait les crayons et en laissait douze à la place de deux, et ainsi de suite. De bien plus grands êtres que H. P. B. s’employèrent à produire ces phénomènes.Le Colonel Olcott nous raconte qu’H. P. B., un jour^butde l’eau tiède qu’un Maître avait tirée d’une outre sus un chameau, puis magnétisée, et qu’elle l’avait prise pour du café. Mais aj)rès qu’il eut retiré le magnétisme, la tasse à demi bue,elle découvrira son grand dégoût,qu’elle avait bu cette eau tiède. Le théosophe d’aujourd’hui aurait sans doute protesté contre une telle légèreté, mais ces choses se produisaient continuellement dans les premiers temps. Quand le Colonel Olcott entra dans la Société, il venait de se livrer à l’étude des phénomènes spirites; c’était un observateur admirablement dressé, et son grand scepticisme du début avait été peu à peu dissipé par ses propres constatations dans d’innombrables séances de spiritisme. Il n’était donc pas, à l’époque où il rencontra H. P. B., un homme crédule et inattentif, ébloui par une foule de phénomènes merveilleux, mais un observateur froid et parfaitement équipé pour l’étude des faits hyperphysiques, et il fît tout naturellement porter
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ses facultés d'observateur sur ces faits merveilleux. Il a laissé le récit détaillé de cette première période. Vous trouvez des histoires analogues, quoique moins nombreuses, dans le livre de M. Sinnett, le Monde Occulte mêmes phénomènes produits par H. P. B. dans le but d'éveiller son attention, et de lui démontrer l'existence de certaines lois qui seraient autrement demeurées, pour ainsi dire, en l’air. Il y eut aussi une foule de faits extraordinaires ; des lettres dans les taies d’oreiller, des lettres sur des branches d’arbres, etc. Il vous serait bon de relire les Feuilles d'un vieux Journal ou le Monde Occ^^/^e. Chacun devrait se demander résolument : « Pourquoi crois-je à ces choses? » Car il me semble bien que de nombreux membres de la Société Théosophique se laissent descendre à cette attitude où se trouve le chrétien moderne, en viennent à penser que, pour qu’un miracle soit vrai, il faut qu’il soit vieux,et que s'il se produit de nos jours, il doit être immédiatement discrédité. Cela n’est pas rationnel. Mais il est parfaitement rationnel de dire, à propos de tous les phénomènes: je n’en accepterai aucun si je n’ai entière satisfaction quant aux preuves qui l’établissent ; c'est là une attitude parfaitement raisonnable. Mais il
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me semble un peu moins raisonnable d’accepter en bloc les phénomènes des premiers jours, et de jeter le doute sur ceux qui se produisent aujourd’hui; de se montrer fiers du passé, et de regarder les faits présents comme illégitimes et mauvais. Si cette attitude est la bonne, alors il faut la maintenir partout, vis-à-vis des premiers phénomènes à l'origine de la Société Théosophique, comme de ceux d’aujourd’hui, et la même exigence quant aux preuves doit être appliquée dans les deux cas. Mais d’autre part, si la preuve est aussi entière et satisfaisante aujourd’hui qu’autrefois,alors il ne semble pas raisonnable d’accepter les premiers et de repousser les derniers.
Voyons pour l’instant jusqu’à quel point la Société a suivi les mêmes phases que les autres religions : disparition graduelle des phénomènes et leur remplacement par des enseignements faisant appel à la seule raison et non aux sens, fondant son autorité sur des raisons justiciables de la conscience intime, autant que possible séparée de la matière, ou bien à cette conscience agissant au travers de voiles matériels comparativement denses ou grossiers.
Après les troubles de l’affaire Coulomb, il y eut un arrêt presque absolu de ces phénomè-
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nés dans la Société Thépsophique. Deux causes amenèrent ce résultat: en premier lieu la profonde répugnance que montrait H. P. B. ellemême à continuer de s’exposer aux attaques dirigées contre sa bonne foi. Elle était si décriée et calomniée, tant d’amis s’étaient détournés d’elle pour qualifier de fraudes et d’artifices les pouvoirs qu’elle possédait, que lorsque son Maître la releva du lit de souffrance qui aurait pu être son lit de mort, et l’aurait été, s II n^était venu vers elle à Adyar, elle posa cette condition qu’elle ne serait plus obligée de produire des phénomènes du genre de ceux qu’elle avait auparavant accomplis ; qu’il lui serait permis de les mettre de côté. L’autorisation lui fut donnée. Quel que fût son courage, elle recula devant la tempête d’outrages qui avait éclaté sur elle. L’autre raison fut l’effroi qui s’empara des membres de la Société. La pression de la réprobation publique fut si forte, si irrésistible la force de l’incrédulité, que la Société, elle-même, recula, eut peurd’aflronter l’opinion publique, et son ignorance et sa persécution; l’intérêt se mêle d’émotion à la lecture des lettres qu’écrivit H. P, B. dans les années qui suivirent immédiatement les troubles de l’affaire Coulomb, et où elle montre que ceux à
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qui elle avait apporté la lumière eurent honte de la soutenir dans la situation où elle se trouvait alors. Elle se plaint que les écrits de la Société changèrent de caractère ; qu’ils n’étaient plus occultes et pleins des vérités de l’invisible mais qu’ils étaient devenus purement philosophiques et métaphysiques, que sa propre revue s’était détournée de son occultisme des débuts, et se bornait à des articles adressés au seul intellect. Elle s’écrie dans une de ses lettres: « Quoique vous puissiez dii’e,c’est sur mes phénomènes que la Société Théosophique fut fondée. Elle fut édifiée au moyen de mes phénomènes. » C’est un sentiment naturel de demiréaction contre l’attitude de l’époque, qui l’avait reléguée à l’arrière-plan, et qui avait placé la Société dans une situation toute nouvelle. C’est au sujet de cette terrible période, dans le tourbillon des opinions en conflit, que lui furent adressées les paroles suivantes de son Maître, conservées dans une des notes laissées à la Société : « La Société s’est arrachée à notre étreinte et à notre influence ;... elle n’est plus... un mouvement sur qui plane l’Esprit venu de par delà la Grande Chaîne. » La Société marcha dans sa voie nouvelle, et il en est beaucoup pour dire : « C’est une voie meilleure. Il
est préférable que ces faits anormaux passent à Tarrière-plan, et ne soient plus offerts à un mondo sceptique et méprisant ; que nous nous en tenions à notre littérature présente, sans chercher à Tétendre par une étude nouvelle où des moyens anormaux sont nécessaires à Taccroissement de la Science. Mieux vaut nous reposer sur ce que nous avons, et ne point essayer d’y ajouter. » Un grand nombre de nos membres adoptent cette opinion, et c^est une opinion parfaitement raisonnable, et qui doit avoir sa place dans la Société Théosophique, une opinion utile en ce qu’elle corrige heureusement la tendance à une illégitime crédulité qui sans elle risquerait de régner sans conteste. Car la vie de la Société dépend de ce fait qu^elle doit comprendre une grande variété d’opinions sur toutes les questions où la différence d^opinion est possible ; il n’est pas désirable qu’il n’y ait qu’une seule école de pensée dans la Société. Au contraire, il y faut beaucoup d’écoles de pensée, autant d’écoles qu’elle contient de penseurs capables de formuler leur pensée ; chacun avec un égal droit de parler et d’exiger une respectueuse audition. Nul n’a le droit de dire : « Il n’est pas de place pour vous dans la Société Théosophique, » Le
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partisan des phénomènes ne doit pas imposer le silence à ceux qui accueillent les phénomènes avec scepticisme, ou les croient dangereux; et d’autre part, celui qui n’accepte que la philosophie et la métaphysique ne doit pas dire au Théosophe partisan des phénomènes :
« Votre opinion est fausse et dangereuse. »
Une parfaite liberté de pensée est la loi et la vie de la Société ; et si nous n’en sommes pas capables, si nous n’avons pas atteint à cette attitude où nous pouvons comprendre que plus nous aurons enrichi la Société de points de vue et d’opinions différents,et plus elle sera susceptible d’accomplir son œuvre et de vivre dans les siècles à venir, quand d’autres possibilités de connaissance se seront ouvertes devant elle, nous ne sommes pas prêts à être membres de la Société Théosophique.
Or la Société a suivi toutes ces voies, qui sont celles de toutes les religions, depuis l’époque de l’affaire Coulomb. Quel en a été le résultat pour les religions? Un constant affaiblissement. Il nous faut prendre garde que le Sort des religions du passé ne devienne le nôtre ; prenons garde surtout dans une ère où la science ordinaire s’apprête à pénétrer dans les domaines supérieursduplanphysique, arriveau
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seuil du plan astral, et promet de franchir ce seuil, et d^y trouver l’application de sa méthode, prenons garde que, malgré nos prétentions à marcher en tête de ce grand mouvement, nous ne retombions à Tarrière-garde, indignes de porter le drapeau de la connaissance. C^est pourquoi je revendique, au nom de la Société, sa place parmi les chercheurs de la Science nouvelle, la recherche au moyen de ce que nous appelons la clairvoyance, la mise en œuvre régulière et précise du troisième objet de la Société qui a été beaucoup trop négligé ces dernières années. En vérité, là même où, il y a bien des années, la Société montrait la voie dans l’investigation des lois cachées de la nature et des pouvoirs cachés dans l’homme, il lui faut maintenant se contenter d’un rang inférieur quant à la contribution qu’elle apporte à cet objet spécial en vue duquel, entre autres, elle avait été fondée. Il a été accompli davantage, depuis quelques années, par la Société des Recherches Psychiques et autres Sociétés analogues, que par la Société Théosophique et cela tfest ni juste, ni sage : pas juste, parce que aussi longtemps que nous maintenons cette recherche parmi les objets que nous nous proposons, il nous faut mettre en action notre
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programme ; pas sage, parce que les leçons que nous avons apprises, les diverses théories que nous avons étudiées, sont de meilleurs guides dans la recherche que n’en ont les autres Sociétés, qui n’ont pu, elles, formuler encore aucune théorie, et en sont encore à rassembler des phénomènes. C’est pourquoi il me semble que notre Société peut accomplir une tâche que les autres ne sauraient accomplir.
Elles collectionnent et vérifient avec un soin patient des masses de très intéressants et précieux phénomènes. L’œuvre de MM. Gurney et Myers et de leurs nombreux collaborateurs est une œuvre inestimable aux yeux de l’étudiant théosophe. Mais il ne s’y trouve point d’ordre; on n’y trouve point de raison. C’est un chaos de faits; ils ne peuvent ni les expliquer ni les relier entre eux. Ils ne peuvent les classifier ni les mettre en ordre. Ils n ont aucun système universel de connaissance qui leur permettra de situer chaque fait à sa place propre et de montrer les rapports d’une série de faits à une autre. On y trouve de magnifiques observations, mais point de coordination, point d’essai pour en édifier une science ; et il me semble que c’est le devoir de la Société Théosophique, non seulement de tirer parti des faits que d’au-
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très ont vérifiés, mais de poursuivre des recherches grâce aux personnes qualifiées qu’elle compte dans son sein ; d’utiliser ses magnifiques théories, sa connaissance, car elle a plus que des théories, pour Texplication de nouveaux phénomènes et l’évolution graduelle de nouvelles facultés chez un nombre croissant de ses membres, et je ne crois pas qu’il y ait là autant de dangers que certains le craignent.
Je ne crois pas que Tétude du côté caché de la nature soit aussi périlleuse que d’aucuns l’imaginent. Toutes les recherches de première main, à l’origine de la science, offrent quelque danger ; la chimie, l’électricité, ont eu leurs dangers pour leurs pionniers, mais ce ne sont pas des dangers devant lesquels les gens sages et courageux doivent reculer ; et je crains pour l’avenir de la Société Théosophique si elle suit la trace de plusieurs des religions et délaisse la connaissance des autres mondes pour en venir à ne plus dépendre que de l’ouï-dire, la tradition, la foi en l’expérience d’autrui, et à cesser de revérifier les expériences faites. Car il faut se souv’enir qu’en donnant au monde une vaste somme de connaissance, H. P. B.
affirma nettement que cette connaissance pouvait être revérifiée par chaque génération d’ob-
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servateurs; elle n^apportaitpasuncorpsde doctrines pour qu’on l’absorbâtd^unebouchée,pour qu’on l’acceptât d’autorité^ avec une foi aveugle ; mais un corps de doctrines vérifiables, de faits qu’on pût réexaminer, qu’on pût faire servir à de nouvelles expériences, et étudier scrupuleusement, avec le soin qu’apporte le savant à l’étude de la région du monde qu’il connaît. Si nous n’y parvenions pas, je crains bien que nous tendions à devenir une religion comme les autres déjà existantes ; que nous perdions notre influence sur la pensée de notre génération ; et quant au splendide résultat des années écoulées, la diffusion de ces idées qui deviennent des lieux communs aujourd’hui auprès des gens cultivés et intellectuels, un arrêt surviendra, et l’influence cessera de se faire sentir, parce que nous aurons délaissé une part de notre œuvre, négligé une part de notre message. Je voudrais à ce sujet insister à nouveau sur un point signalé au début de cette conférence : il est dans ces questions une condition de recherche commune à la science ordinaire et à la science des mondes supérieurs, c’est le jugement équilibré, l’observation pénétrante et sûre, et la disposition à constamment refaire et revérifier les
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observations antérieures à la clarté des plus récentes. Toute science croît par modification à mesure que des faits nouveaux sont rassemblés par les chercheurs; aucun savant ne j)rogresserait dans sa science s’il conservait toujours l’attitude révérencieuse de Tâme religieuse devant une vérité spirituelle, alors qu’il exécute des expériences dans son laboratoire. Vous pouvez montrer du respect pour des grands êtres comme les Maîtres, l’attitude respectueuse est ici légitime ; mais vis-à-vis des phénomènes du plan astral, point n’est besoin de montrer plus de respect qu’à l’égard des phénomènes du plan physique. Le respect y est superflu et si vous y créez cette atmosphère, vous serez sans cesse à la merci d’illusions et d’erreurs multiples. Il faut s’efforcer, dans toute étude psychique, dans toute critique des observations de phénomènes, de cultiver en soi le pur esprit scientifique, indifférent à tout sauf à la vérité, à la précision des résultats, et qui regarde tonte question d’un œil clair, sans préjugé ni parti pris. On ne cherche pas des faits pour vérifier une théorie déjà admise, mais on fouille les faits pour en tirer des conclusions quant aux lois et aux vérités du monde caché. Il n’est aucun autre moyen sûr
CONFÉRENCES DE LONDRES
d’investigation, aucune autre attitude raisonnable de l’esprit en face du monde objectif; et s^il y a quelque possibilité parmi nous de rem verser ce mur qui sépare le physique, Tastral et le mental, de voir tous les objets dans tous les mondes simplement comme des portions du Non-Soi que nous étudions, et de les envisager de la même façon, de les interpréter dans le même esprit, alors nous pourrons peut-être ajouter à notre connaissance sans risquer de perdre le jugement ou de devenir de simples enthousiastes, emportés par des faits surprenants, incapables à la fois d’observer juste et de juger bien. Le rôle des phénomènes dans la Société Théosophique m'apparaît constant. Ils doivent être reconnus comme dignes de Fétude du théosophe. 11 nous faut reconnaître avec franchise que notre littérature à venir dépend du développement de ces pouvoirs qui j)euvent être utilisés dans les mondes hyperphysiques; qu’il ne saurait nous suffire d’être des récepteurs seulement, mais que nous désirons aussi être des chercheurs et des étudiants ; que tandis que nous contrôlons les observations d’aujourd’hui par celles du passé, et tenons nos conclusions pour incertaines jusqu’à ce qu^elles aient été à maintes reprises vérifiées, nous ne vou-
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Ions pas reculer sous Feffroi de cette idée que le psychisme est une chose à détester,à fuir, à redouter. Certains penseront que j’ai insisté avec trop d’emphase à legard des observations faites dans les autres mondes, sur les probabilités d’erreur. On m'a blâmée parfois de me garder ainsi et de dire ; « Il est probable que des erreurs se sont glissées dans ces observations. » Mais c’est seulement en conservant scrupuleusement cette attitude que l’observation réitérée corrigera les erreurs qui entachent inévitablement nos premières recherches. Il n’est pas au monde un homme de science qui, se livrant à des expériences dans une branche nouvelle de la science, ignore qu’il est sujet à l’erreur, et qu’illui faudra se corriger et s’apercevoir qu’une connaissance plus étendue fera surgir entre ses faits des rapports nouveaux. J’ai voulu insister sur ce fait que tout cela est vrai à l’égard du plan astral tout autant qu’à l’égard du plan physique ; qu’il ne s’agit point là d’une révélation due à quelque être hautement développé, mais d’observations dues à des êtres en voie de développement graduel, ce qui est très différent. Et à moins que vous n’adoptiez cette attitude, et ne tolériez dans les recherches des fautes et leurs corrections successives, sans les
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relever bruyamment, ou les condamner de n’être pas invariables et définitives, vous élèverez une muraille sur la voie d’une science plus large, serez une entrave à la Société, et lui fournirez une tradition au lieu d'une science toujours directe et croissante.
J^assigne ainsi ce rôle aux phénomènes dans la Société Théosophique. J’affirme qu’elle fut fondée par leur moyen, édifiée grâce aux phénomènes, nourrie de phénomènes, et que les phénomènes doivent continuer à être une bran che de notre œuvre et un domaine ouvert à nos recherches. Mais ne permettez pas à la foi d’introduire la confusion dans cette région des phénomènes. 11 n’est qu’une seule acception légitime du mot foi : c’est la conviction de la Divinité en nous.G’est là la vraie foi: la foi dans le Soi intérieur, la certitude inébranlable et impérieuse de la Divinité qui est la racine de notre nature. Cette foi est véritablement supérieure à la raison ; cette certitude domine toute preuve et tout raisonnement; mais rien dans le monde objectif n’est un objet de foi; il n’est que des objets de connaissance. Si vous pouvez garder claire dans l’esprit cette distinction ; si vous pouvez vous rappeler que la seule certitude garantie au-dessus de la raison est
PHÉNOMÈNES DANS LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQüE 133
cette certitude de votre éternité, alors vous pourrez pénétrer sans danger dans cette région des phénomènes, au sein des manifestations et des événements du monde objectif, avec un clair jugement, une vision nette, besprit sans parti pris ; et la connaissance récompensera votre étude de la Nature, car la Nature a toujours une récompense pour qui sait pénétrer dans ses régions secrètes.
AUTORITÉ SPIRITUELLE ET AUTORITÉ TEMPORELLE
J'ai choisi ce sujet de l’Autorité Spirituelle et Temporelle, dont nous traiterons ce soir, parce qu’il est, comme les autres de cette série, d’un intérêt immédiat pour la Société Théosophique. Mais comme dans la dernière conférence, je voudrais, si je le puis, vous élever au-dessus de toute controverse actuelle ; vous apporter une grande esquisse, plutôt que de simples détails ; et vous conduire à envisager toutes ces questions du point de vue plus étendu de l’expérience 4u passé, pour appliquer ensuite cette expérience autant qu’il sera possible, aux questions et difficultés de l’heure présente. Cette question que j’ai choisie pour sujet de notre étude, ce soir, nous reporte très loin dans le passé, aux origines mêmes de l’histoire humaine sur notre globe ; nous pouvons la suivre au travers des civilisations successives, et observer enfin,
AUTORITÉ SPIRITUELLE ET TEMPORELLE
par contraste pourrions-nous dire, plusieurs de nos civilisations modernes. Il se peut qu'il en sorte pour nous une leçon quant à nos petites préoccupations du moment. Car les questions locales n’ont vraiment d’intérêt que si nous les regardons comme des manifestations des grands principes qu’on voit à l’œuvre dans l’histoire de l’humanité tout entière ; alors seulement, me semble-t-il, nous pourrons comprendre la force du Mouvement Théosophique, si nous le voyons à sa place légitime dans l’histoire, et non comme une simple bulle flottant sur les eaux du présent.
Dans le lointain passé, non de l’histoire, diront quelques-uns, car l’époque dont je parle appartient à la préhistoire, lorsque les grands Seigneurs venus de la planète Vénus arrivèrent sur notre globe pour diriger et conduire l’humanité qui venait de naître, nous trouvons un groupe d’instructeurs et de Chefs politiques, non pas membres de notre humanité mais venus, comme je l’ai dit, de Vénus, de l’humanité infiniment plus développée qui habitait cette planète. Ils vinrent dans le but précis de rendre l’évolution de la nouvelle humanité plus rapide qu’autrement elle ne l’eût été.
C’était, vous le savez, une époque]où l’humanité affrontait un danger terrible. Le corps physi-
CONFERENCES DE LONDRES
que avait été développé jusqu’à un certain point, l’Esprit planait sur chaque corps, mais l’évolution intellectuelle avait à peine vu poindre son aurore; l’intellect,tel que nous le connaissons aujourd’hui, s’était encore à peine affirmé; seules les facultés mentales que nous voyons chez l’animal s’étaient lentement épanouies dans leur ascension vers la lumière. Et comme il est toujours vrai qu’une force déversée dans un corps ne peut couler que dans les canaux que ce corps lui a préparés, lorsque ces hommes-animaux, comme nous pouvons les nommer, reçurent un nouvel afflux de vie spirituelle, ou, si nous préférons, à mesure que cet afflux
devenait graduellement plus fort en eux, cette
vie nouvelle, cette force additionnelle, inévitablement coula dans des canaux animaux, privée qu’elle était de la force directrice de l’intelligence. Il en résulta immédiatement qu’à chaque nouvel afflux du plan spirituel, s’augmentait l’animalité de l’homme en évolution ; et sous cette influence, son corps, que sa croissance tendait à éloigner du règne animal, bien que dès l’origine,humain, vous le savez, mais reniant à ce moment sa race, fut poussé par cette vie nouvelle dans diverses voies d’activité qui, inof¬
fensives pour la brute, auraient été destructives
AUTORITE SPIRITUELLE ET TEMPORELLE
de J'être humain en devenir. Une intervention rapide devenait donc indispensable de la part des gardiens de toutes les humanités ; et notre Logos planétaire appela à Son aide une humanité d’une chaîne plus âgée que la sienne,afin d’avoir pour Ses enfants si jeunes des guides qui les protégeraient contre le danger et les conduiraient dans leur marche ascendante plus vite qu’ils n’eussent eux-mêmes marché sans aide. De là la venue de ces Puissants Êtres ; ce sont Eux qui furent pour notre humanité les premiers Adeptes, les premiers Maîtres. Nous n’avons en ce moment aucun autre terme à leur appliquer bien que le terme de Maître soitàleur égard vraiment inexact. Ils étaient beaucoup plus élevés, dans la Hiérarchie Occulte, que ceux que nous désignons sous le nom de Maîtres de Sagesse et de Compassion. Ils devinrent les premiers Instructeurs et Rois de l’humanité enfant, et Ils étaient de bien des degrés. « Rois Divins » les nomment les anciens livres ; à la fois Instructeurs et Rois. Ils orientèrent le développement des jeunes nations ; Ils leur donnèrent leur religion ; et à cette époque primitive comme à celle qui clora notre histoire humaine, on ne reconnaissait aucune distinction entre le sacré et le profane, üncomprenait que l’Esprit.
CONFÉRENCES »E LONDRES
se revêtant de la matière, devait être regardé dans chacun de ses tabernacles comme un individu distinct. L'Esprit et la matière n’étaient point conçus, pour ainsi dire, comme distincts l’un de l’autre, sinon en qualité. Tous deux s’unissaient pour constituer l’homme. La vie de l’homme était une vie humaine, et le corps était guidé par une conscience humaine; mais le corps n’était pas considéré comme séparé de l’Esprit, ni TEsprit comme séparé du corps ; tous deux, combinés, formaient un seul être.
Dans toute organisation vraie, c’est là le point qu’il faut viser : que la vie animatrice vienne à façonner l’organisme qui fournit une expression à la vie sur les plans dé matière ; que l’organisme soit un organisme animé par l’Esprit, façonné par la vie, et devienne une expression toujours plus parfaite de la vie qu’il enferme. Nous verrons bientôt que pour un temps, lorsque l’Esprit eut été entièrement aveuglé par la matière, cette matière pour ainsi dire prit le dessus, et prétendit régner en maîtresse. Mais en ces temps lointains, il était encore admis que l’Esprit était souverain de la matière, et les Dieux marchaient parmi les hommes et étaient par eux reconnus pour leurs Instructeurs et leurs Rois. L’humanité, dans son enfance, resta
AUTORITK SPIRITUELLE ET TEMPORELLE
groupée autour cVEux, qui étaient pour la race comme Père et Mère et elle s’adressait à Eux pour tout ce qui était nécessaire à la nourriture et au développement de sa jeune vie. Si donc nous portons nos regards vers ces temps primitifs, nous voyons que les grands législateurs, les Manous, étaient à la fois Prêtres et Rois. Ils donnèrent tout à Thumanité dont Ils avaient la garde : littérature, science, art, architecture, tout ce qui était nécessaire à la vie nationale. Sous leur puissante protection les vastes civilisations du passé se développèrent. Vous trouvez leur trace, naturellement, en Égypte ; vous trouvez leur trace, au reste, dans toutes les vieilles nations, aujourd'hui disparues ou envoie de disparition. Ces Prêtres- Rois, ces Rois-Prophètes, résumaient en leur seule personne divine toutes les puissances directrices de TEsprit à la fois et de la matière. L’État était une Église, ou l’Église un État.
Graduellement, à mesure que ces Grands Êtres se retirèrent, à mesure que Ceux dont toute la vie était consacrée au service virent que rhumanité avait commencé à faire ses premiers pas, et avait moins besoin de direction physique et d’aide visible, d’autres, grands encore,mais non surhumains comme Eux, assu-
CONFKRENCIVS DE LONDRES
(nèrent les charges royale et pontificale. Les deux charges se confondaient encore : le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel étaient réunis en une seule main^ et le furent longtemps encore après FAtlantide, Il en survit encore quelques traces, dans la civilisation hindoue, où Tidéal du monarque est toujours celui du représentant de Dieu sur la terre. Mais dans rinde, après les premiersjours, vous voyez survenir la division et les charges de Roi et d’instructeur graduellement se séparer Tune de l’autre. Avec le temps et la croissance de riiomme enfant, ceux qui dirigeaient l’État laissèrent tomber de leur main l’enseignement de la religion. Bonne et sage mesure, car il était nécessaire que l’humanité apprît à se guider elle-même. Elle était encore sur l’arc descendant, n’avait pas encore commencé à gravir l’arc ascendant, et il lui fallait se plonger au plus profond de la matière. Il fallait que les yeux de l’Esprit fussent voilés afin que les yeux de l’intelligence pussent s’ouvrir et ainsi préparer graduellement l’humanité pour une manifestation plus haute de la vie spirituelle.
Nous voyons ensuite qu’avec la séparation des deux charges, le Roi cessa de plus en plus d’être le père de son peuple, et de plus en plus
devint un tyran.Le principe de gouvernement, aux premiers temps, était clair et simple : plus grande la puissance, plus grand le sacrifice; plus étendue Fautorité, plus étendu le devoir. G"est sur ce principe delà Loi du Sacrifice que les antiques civilisations furent édifiées ; à lui qu’elles durent leur splendeur et les longs siècles de leur vie florissante; au sacrifice, base de la vie nationale et religieuse, était due la vigueur, la jeune vigueur de riiumanité. Leur littérature fut grandiose, leur architecture magnifique, leur art sublime. On y trouve partout la trace de la divinité.
Mais malgré sa beauté, il n’était pas bon que cet état de choses durât, car Thumanité se fût trop aisément accoutumée à dépendre de cette vie Divine manifestée qui marchait incarnée à son côté. II était nécessaire que Fenfant grandissant mît à Fépreuve ses jeunes membres et que Fintelligence en croissance apprît à se confier à ses propres forces. Nous arrivons alors à une longue période ou la tyrannie du Roi mit de plus en plus en relief Futilité de FInstructeur religieux, et où celui-ci s’interposa continuellement entre la puissance du tyran et Fimpuissance du peuple, où la religion devint le bouclier du faible, un frein à la violence du fort.
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Nous traversons ainsi cette longue période de rhistoire humaine où les opprimés trouvèrent leur unique refuge auprès des prêtres des religions et furent par eux efficacement protégés contre le glaive du pouvoir séculier. Ainsi se poursuivit des centaines, des milliers d’années,le développement de l’humanité; les deux pouvoirs divergèrent de plus en plus^ jusqu’à l’opposition radicale. Et les peuples, les nations, graduellement crûrent en puissance, en intelligence, à un degré considérable. Le prêtre était encore l’instructeur et l’école était encore jointe au temple. Malheureusement, avec le temps les religions se corrompirent comme les gouvernements,et en vinrent à partager la mondanité qui avait déjà dégradé la Royauté; et alors, avec la déchéance de la prêtrise, l’éducation du peuple fut interrompue pendant des siècles et des siècles, et l’intelligence n’avait point atteint tout son développement, et devait maintenant se manifester sans aide.
Le cours du temps nous amène à l’Europe du Moyen Age ; nous y trouvons un prolétariat foulé aux pieds, une royauté et une prêtrise indifférentes et débauchées, alliées de nouveau, mais pour opprimer,non pour élever. De là antagonisme entre l’Église et l’État jusqu’à
AUTORITÉ SPIRITUELLE ET TEMPORELLE
ce que le Pontife de Rome demeurât seul à représenter l’union de l’autorité spirituelle et de l’autorité temporelle, la première énorme, la seconde diminuant graduellement, et de plus en plus mal employée, en sorte qu’on trouve dans les États de l’Église en Italie à son apogée, presque, le pire gouvernement temporel ; et il eût été difficile, en vérité^ de se décider entre les États de l’Église et l’odieuse tyrannie de Naples, Dans les États de l’Église, l’antique idéal du Prêtre-Roi était tombé au plus bas degré de la dégradation et ni du côté du Pontife, ni du côté du Roi, le chef de Rome n’était le père de son peuple; bien plutôt souvent un loup dévorant. Dernière dégradation d’une charge autrefois sublime 1 Cependant croissait la Démocratie, et les masses commencèrent à réclamer l’exercice de leur pouvoir, jusqu’à ce que le peuple, ayant constaté l’incapacité gouvernementale de ses rois et de ses prêtres, pensa qu’il ne saurait, après tout, faire bien pire lui-même s’il s’emparait de l’autorité par la force du nombre, et prenait en mains la barre des États, des Nations, pour les diriger d’une étreinte rude et mal assurée. Ainsi s’est élevée, dans la vie de l’Europe moderne, la puissance de la Démo-
cratie. On peut dire que. de nos jours, la Démocratie est à Pépreuve. Elle ne peut se targuer jusqu^à présent d’un très grand succès, mais sa probation n^’est j)as terminée et de nombreuses années s’étendent encore devant elle, afin que le monde ait devant lui cette leçon de choses, et apprenne que la seule autorité véritable est celle de la Sagesse et non celle du nombre, et qu^il ne sera pas possible pour l’humanité de faire un nouveau j)as en avant jusqu’à ce qu elle soit parvenue à tirer des leçons du passé et du présent quelque méthode qui synthétise les diverses expériences par lesquelles elle a passé. Tous ceux qui étudient l’évolution du monde et croient que ce monde n’est pas un tout isolé, mais n’est qu’une partie reliée à d’autres mondes, et que d’autres êtres, au-dessus de l’humanité, ont une action dans l’évolution humaine ; tous ceux qui observent rhistoire et voient les puissances cachées derrière le voile, qui font mouvoir ceux que nous appelons rois, hommes d’État, généraux, grands delà terre,savent qu’aucune des grandes expériences humaines ne peut être dénuée de valeur, ne saurait manquer de renfermer quelque fruit de sagesse. En sorte qu’aucun sage, aucun théosophe réfléchi, ne doit regarder avec un
AUTORITÉ SPIRITUELLE ET TEMPORELLE
sentiment de répulsion et de colère les expériences que par le monde tentent les nations pour s’efforcer de se diriger par le nombre plutôt que par la sagesse. G^est une expérience nécessaire. C’est ainsi seulement que les facultés mentales inférieures pourront achever leur évolution, et passer leur sceptre à cette Raison Pure qui doit être la marque de la sixième Race, et s'exprimer dans son organisation. Toutes ces expériences nous seront utiles, tous nos succès et tous nos échecs seront les lettres qui épelleront la leçon sur laquelle la Sixième Race s’édifiera, comme sur une fondation sûre. Car si l’on apprécie à sa valeur fa Société Théosophique,elle est comme Tun des maçons de cette époque future, Fun des constructeurs de cette civilisation qui n’a pas encore vu poindre son aurore sur la terre, la civilisation de la Sixième Race Mère, et elle l’édifiera au moyen des expériences qui l’attendent dans les Sixième et Septième Sous-Races de la Cinquième car ces expériences s^effectuent sur une longue période ; comme Fa dit un grand Instructeur ; « Le Temps n’est rien pour nous ». Tout le temps nécessaire est alloué pour toutes les expériences, toutes les erreurs et tous les insuccès; c’est d eux que
CONFÉRENCES DE LONDRES
sortira le succès de l’avenir, parce qu’à bien considérer, tout échec est la semence d’un succès futur, et ce n’est que par les échecs nés de notre ignorance que la plante de la Sagesse croîtra, pour s’épanouir en fleurs et mûrir en fruits, et nourrir toutes les nations. Le temps est devant nous ; point n’est besoin d^impatience, devant les errements de nos divers gouvernements démocratiques. Mais il est grand besoin que les gens réfléchis s’efforcent de reconnaître les signes des temps, et de comprendre les forces en action afin que nous ne voyions pas se reproduire Terreur qui termina pour la France le xviii® siècle. A cette époque un grand effort fut tenté pour réaliser un pas en avant, un pas trop grand, peut-être, pour le moment, et qui n’aboutit qu’à voir s’arrêter dans le sang le mouvement commencé; et la France recula, au lieu d’avancer comme certains le supposent; car depuis lors elle porte au cœur un ver rongeur par qui tous ses efforts échouent. Il est même possible que ce fût là l’occasion qui lui était offerte, et qu’elle perdît son occasion, qui devra passer maintenant à d’autres peuples et tenter l’effort d’autres mains.
Considérons les démocraties contemporai-
AUTORITÉ SPIRITUELLE ET TEMPORELLE
nés ; nous les voyons rejeter les deux pouvoirs, le Roi et le Prêtre également ; la royauté réduite à n’être plus qu’une simple marionnette, la prêtrise objet de suspicion et de haine ; et il faut Tavouer, non sans quelque raison, car c’est le résultat de la révolte du peuple contre le mal que lui causa le pouvoir sans frein de TEglise et de PÉtat. Mais la révolte n’est qu’une chose passagère. L’humanité ne change véritablement pas ; seules changent ses manifestations transitoires ; et lors même que ses manifestations transitoires occupent des siècles d’histoire, qu’est-ce au prix d’une journée qui se compte par myriades d’années, et pour des peuples qui sont des intelligences spirituelles se servant de l’humanité pour développer leurs facultés? La Royauté et la Prêtrise sont deux grandes forces, et l’humanité en a le besoin profond. Mais sur l’arc ascendant, elles ne sont plus ce qu’elles étaient sur la voie de descente ; et la manière dont ces deux charges seront à nouveau restituées, reconstituées et rendues à la puissance, sera la réponse de l’expérience humaine après qu’elle aura constaté que la suprématie de l’ignorance est une erreur et mène à l’échec. Graduellement, d’une manière que nous ne voyons pas encore, se découvrira le moyen de
CONFÉRENCES DE LONDRES
trouver les sages, qui seuls ont le droit de diriger. Car il n’est d^autre autorité pour Tiutelligence libre de l’homme, que Tautorité de la Sagesse, devant laquelle l’intelligence s'incline, parce que la Sagesse n’est que l’intelligence elle-même dans son épanouissement. Et ceux qui développent ^intelligence des hommes, à mesure qu’elle s^ouvre à la vie chercheront leurs Rois et leurs Prêtres là où ils trouveront une Sagesse, une science supérieures à la leur, qui sera la promesse de ce qu’ils atteindront eux-mêmes dans l’avenir. De toutes les douleurs d’enfantement du présent, et des formes de laideur que revêt l’humanité, sortira la naissance de la Sagesse, et une fois de plus elle montera sur le trône réuni du Prêtre et du Roi. Car il est nécessaire que la vie humaine retrouve son unité, qu’on reconnaisse l’Esprit pour le Maître, et le corps pour son instrument, son outil, son expression. Nous retrouverons sur l’arc ascendant les mêmes étapes que nous avions franchies sur l’arc descendant dans les siècles passés. Au début du demi-cercle, nous eûmes tout d’abord le Prêtre-Roi ; puis le Prêtre et le Roi côte à côte, collaborateurs ; puis leur séparation et leur rivalité ; et finalement leur alliance pernicieuse pour
AUTORITÉ SPIRITUELLE ET TEMPORELLE 1 iO
l’oppression des ignorants et des pauvres. Puis lentement nous remonterons le sentier où Pesprit se manifeste de mieux en mieux, où la matière devient de plus en plus obéissante ; T histoire humaine franchira les mêmes stages, et enfin TEsprit sera roi sans conteste et la matière humble servante pour l’exécution de sa volonté. Dans l’humanité de la grande Sixième Race, dont Bouddhi,la Raison Pure, sera la caractéristique, où la Sagesse réalisera les fins de l’humanité, où la force de la matière sera employée à les réaliser, en ces temps la double autorité renaîtra à Texistence, et parviendra à des destins plus divins que n’en faisaient prévoir les premiers jours de l’enfance humaine. Alors Roi et Prêtre seront à nouveau confondus en un seul, jusqu’à ce que l’unité soit réalisée dans la vie de ceux qui accomplissent leur évolution sur la terre ; et enfin dans chaque individualité spirituelle, s’épanouiront ces deux caractéristiques, et chaque homme sera Prêtre et Roi, unira ces deux phases dans sa propre individualité, et apprendra à dévouer ces deux forces au service de ceux qui sont moins développés-que lui-même. Vous voyez jusqu’à un certain point cela lorsque la Religion Chrétienne est envoyée dans le monde ; ce splendide
CONFÉRENCES DE LONDRES
idéal apparaît lorsque l’apôtre écrivant à sa jeune Église, parle de ses membres comme de « Rois et Prêtres devant Dieu » ; dans chaque individu cette identité doit être enfin réalisée et aucune règle extérieure n’est plus nécessaire, la règle intérieure étant devenue suffisante. Cette unité marquera les dernières scènes de la vie terrestre de chacun de ceux dont l’évolution humaine sera terminée, et qui devront passer vers d’autres mondes, lorsqu’ils auront unifié ces deux caractéristiques en leur personne et emploieront cette double faculté en vue de l’éducation de l’humanité encore au-dessous d’eux, pour l’amener à monter à ce point qu’ils ont eux-mêmes conquis et occupé.
Telle est la vaste courbe de l’évolution de l’humanité. Elle part de l’Esprit, descend au travers de la matière dense, et remonte vers l’Esprit en y rapportant les pouvoirs qu’elle a conquis par son expérience dans la matière.
Tel est le grand cycle, la grande histoire. Quel rapport a-t-elle avec notre petite Société et notre petit mouvement ? D’aucuns inclineront à dire : « Aucun rapport. On ne peut introduire dans un si petit microcosme ces grands principes à l’œuvre dans un vaste macrocosme. »
Et cependant si vous et moi, dans nos infimes
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personnalités reproduisons en miniature la vie du Logos dans le vaste élan de son activité créatrice, qui dira que dans un mouvement tel que le nôtre, il n’existe pas de même la possibilité de retrouver les grandes lignes de croissance de l’humanité tout entière ? Et qui dira que nous ne comprendrons pas notre mouvement bien mieux, et ne le dirigerons pas avec plus de sagesse si nous reconnaissons ces correspondances entre la vaste croissance du monde et la petite croissance de notre mouvement, l’image du monde reflétée dans un minuscule miroir ? Ce n’est pas l’humilité vraie de restreindre trop les nombreuses opérations de la Grande Loge Blanche dans le monde des hommes, et ce n’est pas l’humilité vraie non plus pour l’individu d’avoir honte de se réclamer de son divin héritage et de se regarder seulement « comme un ver de la terre ». Les hommes et les femmes qui se sentent n’appartenir qu’à la terre et non à la Divinité, leur vie devient plus vulgaire et banale qu’elle ne devrait être : c’est une grande chose de reconnaître les possibilités et de voir les correspondances, et d’en tirer la valeur d’inspiration, la force de renouvellement qu’elles renferment. Et de même que vous et moi avons le droit de dire
CONFÉRPNCES DE LONDRES
que nous sommes des Dieux en devenir, et qu'il n’est rien dans la puissance immense du Logos qui ne gise caché en germe en chacun de nous, et nous avons le droit de le dire, car l’homme se comprend le mieux lorsqu’il se connaît divin, aperçoit ses possibilités cachées, et voit la route qu’il doit suivre jusqu’à la Divinité; ainsi tout mouvement spirituel est grand dans la mesure où il saisit son unité avec le grand mouvement du monde, et faible et petit quand les hommes et les femmes qui le composent ne savent que fixer leurs yeux sur la boue de la terre, au lieu de les élever vers la couronne d’étoiles que l’ange tient au-dessus de leur tête. Je ne redoute point, certes, de provoquer un faux orgueil, mais bien plutôt de faire justice d’une fausse humilité, si je vous demande de voir dans ce Mouvement, qui appartient à la grande Loge, et est son enfant, d^y voir à l’œuvre les mêmes forces que vous voyez agir dans l’histoire du monde lui-même, et de comprendre qu’il y a là aussi des correspondances, et que nous imprimerons à notre Mouvement la direction la meilleure quand nous verrons ces correspondances et les utiliserons pour le bien de tous.
Arrêtons-nous donc, après cette vaste envo-
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lée, dans la petite vallée où nous vivons, et voyons si, dans la Société Théosophique, on peut suivre la même série d'événements que nous avons vus se dérouler sur la grande scène du monde, dans le drame de l’humanité en évolution. Remarquez qu’en effet, nous n’avons aucune signification si nous n’y sommes point rattachés ; notre Mouvement n’a pas de sens s’il ne suit les pas du vaste drame mondial, comme le font tous les grands mouvements spirituels, depuis l’heure de sa naissance jusqu’à sa disparition et sa réincarnation dans une forme nouvelle. Je ne revendique pas cet honneur pour notre seule Société, mais pour tous les grands mouvements spirituels : Eglises, religions, de quelques noms que vous les désigniez.
Or, notre mouvement a débuté tout de même que l’humanité avait commencé son éducation.
Il n’y avait aucune différence entre le spirituel et le temporel. La Société tout entière était considérée comme un mouvement spirituel ; et si vous vous reportez aux jours de son origine, et lisez ses premiers documents, vous y trouverez que la Société existait en ce qu’on appelait alors trois Sections : La Première était la Fraternité, les Frères Aînés de l’Humanité,
CONFÉRENCES DE LONDRES
la Seconde ceux qui s’efforçaient de mener la vie supérieure spirituelle et étaient instruits et guidés dans ce but ; la Troisième Section formait la masse de la Société. Ces Trois Sections réunies constituaient la Société Théosophique. Elle débuta donc sur un niveau très élevé, et sa Première Section, les Frères aînés. Ceux que nous appelons les Maîtres, étaient regardés comme formant la première Section de la Société, comme étant dans son sein; et la Société unissait étroitement la Seconde et la Troisième Section sous la Première, comme aux jours où les Dieux marchaient parmi les hommes, dans Penfance de l’humanité. Us allaient et venaient alors beaucoup plus librement que plus tard, et se mêlaient davantage à la Société, prenaient une part plus active à son œuvre ; il est merveilleux de lire certaines des anciennes lettres de ce temps, et de constater Fétroite et intime connaissance montrée par ces Grands Instructeurs, des détails de la marche de la Société, même de ce qu’en disait tel journal hindou, et ce qu’il fallait répondre, etc. La Société grandit, devint plus nombreuse, et se répandit dans bien des pays, et naturellement à mesure qu’elle s’étendait, beaucoup de ces liens s’affaiblirent, du moins pour la So-
AUTORITÉ SPIRITUELLE ET TEMPORELLE
ciété dans son ensemble ; non avec les individus, mais quelque peu avec la majorité des membres. Et ainsi les choses continuèrent et la Société passa par ce stage qu^avait traversé rhumanité quand les Prêtres-Rois en disparurent tout à fait ; alors Tun des Grands Etres prononça ces paroles ; « La Société échappe à notre étreinte et à notre influence et nous l’avons laissée s'affranchir ; nous ne faisons pas d’esclaves contre leur gré... Des trois objets, le second seul est poursuivi ; elle n'est plus une Fraternité ni un groupement sur qui plane l’esprit de par delà la Grande Chaîne. » Quand cette transformation fut bien établie, un changement fut opéré dans l’organisation de la Société. Elle cessa d’être, pour ainsi dire, une et indivisible ; deux parts y furent ménagées : l’Exotérique etl’Esotérique. Comme vous le savez, pendant quelque temps, le Colonel protesta, pensant que c’était une division peu sage et dangereuse de l’autorité dans la Société, jusqu’au moment où, venant ici avec l’intention de s’opposer à la proposition d’H.P.B. relative à la formation de la Section Esotérique, il reçut à bord du vapeur où il voyageait, une lettre de son Maître lui disant d'exécuter le vœu d’H. P. B. Toujours obéissant, ne connais-
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sant aucune hésitation devant Tordi'e de son Maître, à son arrivée en Angleterre, il fit ce qui lui avait été dit et autorisa la formation de ce qu’on appela alors la Section Ésotérique de la Société Théosophique. Tout cela vous pouvez le lire dans les documents imprimés.
Vint ensuite la séparation distincte entre Exotérique et Ésotérique, avec leurs deux chefs H. S.Olcott et H. P. B., Tun présidant à l’autorité temporelle, l’autre à l’autorité spirituelle dans la Société. C’était le signe que la Société avait cessé d’être le véhicule spirituel qu’elle était aux premiers jours. Gomme on l’imprima alors, certains des membres désirèrent continuer à conduire la Société, dans ses voies originelles, et formèrent cette Section sous l’autorité d’H, P. B, sur le plan original. Les choses allèrent ainsi, comme dans la période correspondante de l’histoire de l’humanité, afin que certaines facultés pussent acquérir développement et force ; que l’Esprit pour un temps semblât mis de côté et que l’autre aspect poursuivît sa route sans entrave. Bien des difficultés en résultèrent qui n’étaient pas, somme toute, insurmontables, un certain conflit d’autorités parfois, quelque jalousie entre les uns et les autres. C’étaient là les conséquences inévitables de
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la séparation, des différences établies entre spirituel et temporel, entre l’Esprit et le corps en quelque sorte. Cela dura jusqu’au départ de ce monde du Président. Quand IL P. B nous avait quittés, elle m’avait laissée à la tête de son œuvre, et son collègue fît de même récemment à Adyar, unissant ainsi de nouveau les deux pouvoirs, les deux autorités, en une seule personne.
Que signifie cela pour la Société ? Telle est la question qui se pose à nous. Que va-t-il en résulter pour notre Mouvement ? Un mal ou un bien ? Il n’est possible d’indiquer, à ce commencement de route, que les résultats possibles. La Société et sa Présidente devront décider ensemble lequel des deux surviendra : il est possible que Ceux qui, derrière le Mouvement Tobservent, peuvent prévoir ce qui vient ; ou il est possible, comme il arrive souvent, qu’Eux-mêmes ne peuvent pas dire certainement ce qui sortira des volontés en conflit des hommes, des opinions contradictoires, des possibles antagonismes. Deux possibilités s'ouvrent clairement devant nous, dont chacune, à ce que je pense, peut se réaliser. C’est à vous et à moi de décider laquelle se réalisera. Je puis seulement vous montrer les cho-
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ses comme elles m'apparaissent ; à vous déjuger et d’agir comme vous le croirez bon. Car enfin notre Société, comme Thumanité, a atteint le point où l’individu doit accomplir lui-même son devoir, n’être plus un enfant, entièrement conduit de l’extérieur, mais un homme en qui le Dieu intérieur collabore avec le Dieu extérieur. Ce n’est donc pas une question que personne puisse résoudre à notre place, il nous la faut trancher nous-mêmes, et je le répète, je ne puis que vous indiquer telles qu^elles m’apparaissent les deux possibilités. Je vous présenterai d’abord la possibilité défavorable : il est possible que moi, qui détiens entre mes mains ces deux pouvoirs, je me montre trop faible pour porter ce fardeau, trop aveugle pour suivre ce sentier ardu. Il se peut que j’erre d’un côté ou de l’autre, rendant la Société, soit trop exotérique et vide, chose matérielle, ou bien d’autre part insistant trop sur le côté spirituel, avec tout le sens que cela comporte. Il est possible que la tâche soit trop lourde et que le temps ne soit pas venu. C’est une possibilité que j’admets; car en tout ce qui concerne les peuples, les personnes et les temps, on peut tenter des expériences qui, certainement échoueront, afin que de l’échec naisse une sagesse supé-
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rieure ; peut-être donc cette expérience aboutira-t-elle à un échec. Et s’il en est ainsi, peu importe, car de cet échec surgira un bien supérieur. C’est la conviction de ceux qui savent que le Soi est à jamais en nous, et que le Soi ne peut jamais périr ; ainsi il importe peu qu’une catastrophe survienne, pourvu que demeure la foi dans le Soi, avec Ses possibilités infinies de régénération, et ses facultés accrues de manifestation. 11 est très possible que dans des mains aussi faibles et avec une connaissance aussi limitée que les miennes, l’échec suivra cette expérience que les Maîtres tentent, et que nous constaterons que ni Présidente,ni Société n’est prête à faire ce pas en avant, toutes deux étant trop enfants, insuffisamment mûres pour cette œuvre, incapables par conséquent de gravir ce sentier qui monte à la vie spirituelle, quand l’organisation sera redevenue le simple voile extérieur de la vie spirituelle, apportant le message de régénération au monde, et le germe d’une civilisation nouvelle. C’est l’une des possibilités que nous devons envisager. Quelle est l’autre ?
L’autre possibilité, c’est que nous permettions aux Grands Êtres d’entrer suffisamment en contact avec nos petites personnes pour faire pas-
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ser à travers nous Leurs forces, et que Leur vie devienne la vie de la Société ; alors par cette nouvelle union du spirituel et du temporel une spiritualité plus grande courra dans les veines et vaisseaux de la Société et qu'elle deviendra une fois de plus un véhicule des Maîtres de la Sagesse. Il se peut qu'elle se prépare à une vie plus grande et plus noble, qu'elle prépare une place pour la venue d'un être plus grand qui exercera avec plus de force et de majesté le pouvoir que je ne puis exercer que faiblement, bien qu'avec assez de force peut-être pour rendre cette préparation possible. Peut-être sommes-nous, vous et moi, assez forts et assez sages pour travailler le champ ou quelque autre sèmera la graine d'où sortira une civilisation plus grande, qui marquera un pas en avant dans rhistoire de l'humanité. C'est là la splendide occasion qui nous est offerte, la possibilité que je vois s'ouvrir devant nous dans ce second changement d'organisation. Il se peut que nous ayons appris suffisamment dans les dix-huit dernières années pour suivre sans erreur ce sentier et préparer suffisamment le champ pour la venue d'un chef plus grand ; c'est l'espoir où je vis aujourd'hui. Je crois qu'il est possible si nous savons nous élever à la hauteur de cette
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belle occasion, que quelqu’un vienne à nous du lointain pays où de plus grands que nous vivent, et prenne cet instrument pour en faire un digne instrument dans la main d’un Maître; quelque Disciple plus grand et plus puissant que moi, appartenant à la même Compagnie, mais bien plus sage et fort que je ne le suis. Il façonnera ce mouvement pour Tamener à répondre davantage au désir du cœur des Maîtres, il en fera plus véritablement une Fraternité, plus remplie de connaissance, plus vraiment reliée aux mondes supérieurs par un centre de Sage Occultisme ; c’est là, me semble-t-il, la grande possibilité ouverte devant nous. Mais je le répète, j’ignore si nous sommes assez grands pour la saisir, ou si nous sommes encore trop faibles. Quoi qu’il en soit, c’est à cette grande œuvre que je vous convie à coopérer; c’est à cette tâche sublime que je vous demande de vous dévouer. Croyez au moins à sa possibilité ; levez au moins les yeux vers cette haute stature à laquelle peut-être notre Société atteindra. Si nous pouvons nous y élever, alors sachons que nous serons les constructeurs de la civilisation prochaine, que nos mains auront part à la fondation de l’humanité encore à naître ; sachons que nous serons ses avant-cou-
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reurs, ses hérauts, que nous serons les messagers dont les pieds resplendissent sur les montagnes et annoncent l’avènement d’un homme plus grand, la naissance d^une humanité plus spirituelle. Et même si, acceptant cet idéal, nous aboutissons à un échec ; si nous ne sommes pas assez forts, ni assez sages, ni assez désintéressés, pour le réaliser, alors, je vous répéterai les paroles de Giordano Bruno ; « Il vaut mieux voir ce qui est grand et échouer dans l’effort pour le réaliser, que de ne jamais le voir, et de ne jamais tenter sa réalisation.»