‹ Les Maîtres et l'œuvre théosophiqueChapitre 4 sur 17 · RAPPORTS DES MA[TRES · texte numérisé non relu

RAPPORTS DES MA[TRES

Mes auditeurs du dimanche soir au Queen^s Hall se rappellent que j’y parlais, il y a quinze jours, des « Rapports des xMaîtres et des Religions ». J y exposais naturellement le sujet de façon la plus générale, et je me propose de le traiter ce soir de plus près ; mais je dois vous demander à vous tous qui m’écoutez, comme je l’ai fait jeudi dernier et le précédent jeudi, de vous souvenir qu’en parlant de la Société Théosophique.je n’envisage qu'une partie d’une histoire mondiale, s’étendant sur des siècles et des millénaires, l’histoire des rapports du monde spirituel et du monde physique. Rien que je doive vous parler spécialement des rapports des Maîtres avec notre Société, je voudrais que vous gardiez dans l’esprit la relation plus générale dont j’ai parlé ailleurs. Je ne veux pas répéter ce que j’y disais, mais je désire vous remettre en mémoire ce grand

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principe que la Société Théosophiqiie ne saurait prétendre à un droit exclusif à quelque privilège spirituel spécial, que les privilèges dont elle jouit sont ceux qui proviennent du commun héritage spirituel du monde, et qu'il faut envisager chaque cas spécial dans ses rapports avec les grands principes généraux.Donc en pensant aux rapports des Maîtres avec notre propre Société, gardons à Tesprit les très larges relations qu’ils gardent avec tous les grands mouvements spirituels, toutes les religions, et que tous ceux que les religions reconnaissent comme leurs fondateurs répondent à la désignation de Maître.

Je viens d’hésiter un instant à finir ma phrase, parce qu’on est presque obligé, en employant ici ce terme, d’expliquer qu’il renferme un peu plus que dans l’acception spéciale où nous allons l’employer à présent. Lorsqu’il s’agit en effet de la religion des Hindous, des Bouddhistes et des Chrétiens, le Fondateur de la religion est un grand personnage qui, dans la Hiérarchie Occulte, dépasse en grade Ceux que nous nommons les Maîtres :

Dans l’Hindouisme, le Manou est le Seigneur vraiment de la Cinquième Race-Mère tout entière; dans le Bouddhisme, le Bouddha est

l’Instructeur de^ dieux et des hommes ayant qu’il ne prenne la place de suprême Bouddha, l’Illuminé. Et dans le cas de la religion chrétienne aussi, vous avez quelque chose de particulier dans la vie de son Fondateur. On voit d’abord un être auquel nous donnons le nom de Jésus^ un disciple, mais dont la vie dans le monde d'alors revêtait des conditions extrêmement étranges et particulières.Certains d'entre vous auront lu avec quelque soin cette Section du troisième volume de la Doctrine Secrète qui a pour titre « Le Mystère du Bouddha », Je^dois reconnaître que telle qu’elle est écrite, elle est très confuse, en partie à ce que je crois avec l’intention de l’auteur, mais partiellement aussi à cause de ce fait mentionné dans le volume, qu’il se compose d’un grand nombre de fragments rassemblés par moi-même en un temps où je connaissais beaucoup moins qu’aujourd’hui l’économie, pour ainsi dire, de ces rapports entre les mondes supérieurs et inférieurs. De là quelque obscurité due soit au sujet lui-même, soit à l’incompétence du compilateur. De cette double cause, il résulte une grande confusion pour l’étudiant qui n’en a pas la clef. Je n’envisage eu ce moment que l’une de ces affirmations, ce qui y est appelé « les res-

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tes du Bouddha », phrase assez déplaisante, parce qu^elle suggère Tidéed^un cadavre, mais qui désigne les corps abandonnés par le Bouddha sur les divers plans. Ces corps ont été conservés sur les plans supérieurs pour des fins spéciales, et sont utilisés parfois dans des conditions très particulières, lorsque des corps subtils d’une pureté très haute sont nécessaires en vue d’un but particulier. Or, dans le cas de Celui qui fut connu sous le nom de Jésus, les corps subtils étaient ceux-là mêmes qu'on conserve sur les plans supérieurs, et il Lui fut permis de les utiliser quelques années, de les occuper, pour ainsi dire, comme tenancier du grand personnage qui devait plus tard en prendre possession. Vint alors l’être très élevé qu’on nomme le Bodhisattva. Il prit possession de ces véhicules qu’on lui conservait prêts ; Celui qui était le disciple, et qui est aujourd’hui le Maître, Jésus, s’incarna plus tard, devint Apollonius de Tyane, et poursuivit pas à pas sa voie pour devenir enfin l’un des Maîtres de la Sagesse.

J’ai dû me livrer à cette courte digression parce que je vous aurais quelque peu égarés en employant la phrase « tous les Fondateurs de religions ». Le mot Maître, exactement em-

ployé, désigne parmi nous un rang distinctement marqué dans la Hiérarchie Occulte; il est un être qui a atteint ce que l’Orient appelle la « libération » et TOccident « le salut » ; un être dont Tâme et l’Esprit sont unifiés, qui vit consciemment sur le plan supérieur de notre univers quintuple, et dont le centre de conscience est sur le plan âtmique, parfois dénommé nirvânique. Vivant en pleine conscience sur ce plan. Il n’a aucun sens de limitation dans toute forme à laquelle il lui plaît de s’associer. Il a franchi, au grade d’arhat, le désir de la vie formelle, et de la vie non formelle. Il a rejeté ces chaînes, ainsi que la faculté qui crée la limitation du « Moi », la limite de l’individualité ; elle aussi a disparu. Sa conscience, donc, active sur le plan âtmique agit indifféremment du haut en bas des cinq plans, dont l’ensemble forme pour lui un seul plan, le plan de Sa conscience à l’état de veille. C’est là un point important qu’il faut se rappeler, car il règne souvent une certaine confusion de pensée au sujet de cette expression « conscience à l’état de veille ». Elle ne signifie pas seulement cette conscience que vous et moi pouvons avoir à l’état de veille, confinée au monde physique ; mais une conscience qui.

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s^étendant par degrés à mesure que le centre conscient, actif, s^élève intérieurement sur les divers plans, perçoit tout ce qui est au-dessous de ce centre; et le perçoit sans qu’il soit nécessaire de quitter le corps physique pour que cette conscience trouve sa condition d’ac« tivité et de travail. La conscience à Tétât de veille est la conscience normale, journalière : elle peut comprendre, soit le plan physique seul; ou le physique etTastral; ouïe physique, Tastral et le mental; ou un plan de plus quand s’ajoute le bouddhique, et enfin un encore quand s’ajoute le plan âtmique. Et pourvu que la personne dont il s’agit n’ait pas besoin de quitter son corps d’action pour utiliser saconscieiice sur Tun quelconque de ces plans, qu’il ne soit pas obligé de plonger son corps en trance pour être conscient sur Tun ou Tautre plan, nous dénommons cette conscience sa conscience à Tétat de veille. Certains disciples, par exemple, font entrer dans leur conscience à Tétat de veille les plans physique, astral, mental, et même bouddhique; mais c’est la marque du Maître seul qu’il unisse dans sa conscience à Tétat de veille l’ensemble des cinq plans sur lesquels s’opère la lente évolution de notre univers. Nous pouvons donc défi-

nir la position du Maître, pour le présent, celle d'une Personne qui a atteint la libération ; ce qui signifie qu^Il vit dans TEsprit consciemment ; qu'il est en relation consciente avec la Monade, au-dessus du plan âtmique; son centre de conscience s’y trouve placé, et parce que son centre de conscience est dans la Monade, Tensemble des cinq plans devient partie de sa conscience à Pétât de veille. Les corps aussi montrent une différence : Tensemble des cinq corps sur ces plans agit pour lui comme un seul corps, son corps d'action.Gela ne signifie évidemment pas qu’II ne puisse en séparer les parties s'il a besoin de le faire; mais que dans son état ordinaire et normal, tous Ses corps forment les couches d'un corps unique, de même que les solides, liquides, gaz ou éthers, chez vous et chez moi, forment notre corps physique, et que nous n'avons pas à prendre la peine de distinguer la matière appartenant à tel ou tel sous-plan. Chez le Maître, donc, la matière de l'ensemble de ces cinq plans forme son corps d'action ; et bien qu’il soit capable de séparer un élément de l'autre s’il le désire, Il agira normalement avec l'ensemble de ces corps qui constituera pour Lui l'instrument de Sa conscience physique ou à l'état de veille.

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11 est à peine besoin d'ajouter à cette définition qu’il est toujours en possession d'un corps physique; cela est impliqué dans ce que je viens de dire, et n'a d'importance seulement ou surtout, que si vous envisagez la question de la libération par rapport à diverses classes, pourrions-nous dire, de la grande Hiérarchie Occulte dont les noms ne sont pas familiers en Occident, et dont il est inutile pour l'instant de vous donner les noms sanscrits. En général, vous avez une classe dont je viens de parler, celle des Maîtres qui possèdent le corps physique, et une autre qui est dépourvue de ce corps et qu’on ne nomme par conséquent pas la classe des Jivanmuktas (le nom si souvent appliqué dans nos livres aux Maîtres), mais des Muktas, avec un préfixe, qui signifie « sans corps ». Oa peut encore mentionner d’autres classes d’Etres qui remplissent diverses fonctions dans l’univers. Les uns,par exemple, animent l'ensemble de l’univers physique, et sont désignés comme étant, à ce qu’on dit, fondus dans la matière, la classe qui donne cette sensation de vie, de conscience, à toutes ces choses dans la Nature qui émeuvent l'âme parfois quand nous sommes seuls, devant quelque splendide paysage, une grande forêt, peut-

être, dans le silence. Il est inutile de donner le détail de ces diverses classes; je les mentionne seulement dans le but de distinguer des autres cette classe particulière de personnes affranchies, libérées, ou si vous préférez le terme chrétien, sauvées, qui n’ont plus besoin d^entrer malgré elles en incarnation, mais sont libres, à Tégard à la fois de la conscience et de la matière.

Or, ces grands Etres que je viens de définir doivent être distingués dans votre pensée pour une raison très pratique que nous verrons dans un moment ; ils doivent être distingués de ces autres Êtres plus puissants encore dans les grades de la Hiérarchie Occulte qui s^élève de plus en plus haut dans les mondes invisibles. Car on perd réellement beaucoup quand on les réunit en un seul groupe, et qu’on ne peut reconnaître la fonction particulière d’un Maître vis-à-vis du monde où II s’incarne volontairement. C’est une distinction analogue à celle que nous avons exposée à l’égard du sens des mots Jésus et Christ ; Jésus dénote spécifiquement Thomme, l’homme vivant, le Maître qui est encore en possession d’un corps physique, et en relation étroite avec la terre physique. Le Christ, en un sens plus élevé, est un

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Etre spirituel intérieur, aiicpiel ou parvient par FEsprit, mais que ne peuvent voir les yeux d’aucun monde phénoménal. 11 est un Etre plus sublime encore auquel, parmi les Chrétiens, on donne le nom de Christ, lorsqu’on veut parler de Celui que nous appelons le Second Logos. Ce sont là des Etres de grades différents, et ayant des rapports différents avec rhumanité. Mais le Maître, en tant que Maître, est un homme, et il ne faudrait jamais oublier son humanité. C’est sur ce point que H. P. B. insistait avec tant de force quand elle parlait de ces Êtres qu’elle avait rencontrés sur le plan physique, qu’elle connaissait dans leur corps de chair; et vous vous souviendrez qu’une chose qu elle ne pouvait tolérer, à l’égard de cette classe d’Êtres, était qu’on les éloignât de la sympathie et de l’amour humains, qu’on creusât ainsi un abîme entre Eux et l’humanité où disparaissait Leur valeur à Pégard de ceux qui pensent ainsi. Elle se plaignit une fois^ je vous ai déjà cité cette phrase, « qu’on eût fait de nos Maîtres de froides étoiles lointaines, au lieu des hommes vivants qu’ils sont. » Elle insista toujours sur ce fait qu’ils sont des hommes vivants ; car c’est en vertu de cette humanité vivante qu’ils peuvent jouer

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leur rôle dans l’évolution de la race. D^autres ont une autre tâche dans rhumanité, vis-à-vis des destinées des nations, etc. ; mais ces êtres en particulier demeurent en étroit contact avec l’humanité à laquelle Ils appartiennent ; et Ils refusent fermement de s’en éloigner, jusqu’à ce qu’elle ait, au moins chez une très vaste majorité de ses membres, atteint la position qu’Eux-mêmes occupent actuellement, promesse de ce que sera l’humanité à venir, prémices de Thumanité d’aujourd’hui. C’est Eux qui s’occupent spécialement et directement d’instruire, de guider, et d’aider riiomme et d’accélérer son évolution. La raison pour laquelle Us conservent le corps physique est qu’ils puissent conserver cet étroit contact personnel, d’abord avec Leurs disciples, ensuite par Leurs disciples, avec comparativement un grand nombre d’hommes. C’est un fait très signiflcatif que dans la mesure même où une religion a cessé d’être en contact avec cet aspect de la Vie Divine que nous nommons la Vie du Maître, elle tend à devenir plus formaliste, moins hautement vitalisée, moins spirituelle; elle contient moins de l’élément mystique,et davantage de l’élément littéral ; ce qui rend nécessaire, avec le temps, que par inter-

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valles un Maître se détache de la Grande Loge Blanche, et vienne témoigner encore sur terre de la réalité du lieu qui unit les Frères Aînés de la race et leurs frères plus jeunes qui vivent constamment encore dans le monde physique.

Un trait distinctif du Maître, Sa fonction principale, pourrions-nous dire, est d’accomplir le plus grand acte de Sacrifice qui soit connu dans la Grande Hiérarchie, à Fexception »de l’Être qu’on appelle Le Grand Sacrifice, le Veilleur Silencieux, dont l’acte sacrificiel est plus grand encore que celui qu’accomplissent les Maîtres. Cet acte de sacrifice, qui se produit de temps en temps à l’aurore d’une ère nouvelle de la religion et de la civilisation, est accompli par un Membre de la Fraternité, qui s’offre pour donner au monde une nouvelle impulsion spirituelle, et porter le Karma de cette impulsion qu’il imprime. Cela peut, à première vue, si vous n’avez pas étudié le sujet avec soin, ne pas vous apparaître un sacrifice aussi sublime qu’il l’est réellement. Il peut vous sembler comparativement insignifiant de donner naissance à une impulsion de ce genre ; très vagues, probablement, sont les idées de beaucoup au sujet du sens complet de

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la phrase ; « porter le Karma » qu’implique la génération de ce mouvement. Le grand acte de sacrifice réside non seulement dans ce fait qu’il revêt un corps physique de matière grossière, qui l’entrave de temps en temps, mais \ en ce qu^Il ne peut rejeter ce corps, une fois qu’il Ta utilisé pour donner naissance à cette grande impulsion spirituelle, jusqu^à ce que \ cette impulsion soit entièrement épuisée, et que \la religion,ou l’association qu’elle a créée ait disparu du monde physique. Prenez pour exemple 1 le cas du Maître Jésus. Par un acte volontaire ; à l’origine, car c’est toujours en volontaire, qu’il s’offre, un tel sacrifice ne saurait être I imposé. Il abandonne son corps et plus tard, recevant des mains du Bodhisattva la garde de la jeune plante dont le Bodhisattva avait mis la graine en terre pour qu'elle devînt l’ar- ^ bre immense du Christianisme, Il s’obligea, par l’acceptation de cette tâche, à demeurer enchaîné au corps physique jusqu’à ce que l’Église Chrétienne ait achevé son oeuvre et que le dernier Chrétien eût disparu, soit par la libération, soit en passant par la renaissance dans quelque autre religion. Il en va de même pour toutes les autres grandes confessions, dont beaucoup aujourd’hui sont mortes : celle

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de rÉgypte, de la Chaldée, et bien d’autres* Les Maîtres qui les dirigeaient ont depuis longtemps rejeté leur corps physique, et cessé ainsi d'être ce que nous nommons des Maîtres, parce que la religion que chacun a créée avait accompli son œuvre et qu’il n^était plus d’âmes ayant besoin d’êtres aidées par le passage dans l’instruction et la discipline de cette religion. Telle est l’idée centrale de cet acte de sacrifice, et il implique un sacrifice d’autant plus réel que Celui qui entreprend cette tâche immense ne peut dire comment l’impulsion ira se ramifiant dans tous ses détails ; Il ne peut même estimer la grandeur de la difficulté, du retard, et même du mal, qui pourra sortir de l’impulsion qu’il a donnée. En premier lieu, il est Lui-même limité par ces corps qu’il a revêtus. Il ne peut utiliser toute Sa vaste conscience dans les limitations d’un cerveau et d’un corps physiques.

Aussi bien qu’il ait unifié Ses corps et soit capable, pour ainsi dire, de monter et de descendre à son gré sur l’échelle des plans, Il est grandement entravé dans Ses activités lorsqu’il agit dans la matière si peu plastique du plan physique ; et ainsi lorsqu’il entreprend une I telle œuvre. Il génère des causes dont la tota- 1 lité des effets dépasse ses calculs; Il accepte le

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risque qui accompagne toute grande entreprise. Il SC soumet aux conditions de la tâche qu’il va commencer, et II est obligé, lavant une fois acceptée, de la soutenir jusqu’à ce que succès ou échec résulte de son effort.

Ceux d’entre vous qui ont soigneusement réfléchi à ces questions se rendront compte que si la connaissance d’un Maître est, par rapport à vous ou à moi, une véritable omniscience, elle n’est nullement l’omniscience sur son propre plan, par rapport aux problèmes qui se posent à Lui et qu’il doit résoudre. Un Maître au milieu des Maîtres, au sein de la Grande Loge Blanche est là parmi Ses pairs, en la présence de ses Supérieurs, et les problèmes qui préoccupent la Loge, les questions qu’elle a à décider, sont, si je puis dire, aussi difficiles et embarrassants sur ce plan de ^existence que le sont nos problèmes à nous sur notre propre plan. D’où la possibilité d’évaluations inexactes, la possibilité d’erreurs;et il vous sera aisé do comprendre que ces Etres soient sujets à ces limitations si vous vous souvenez de cette étonnante assertion que le Seigneur Bouddha Lui-Même, si loin qu’il fût au-dessus des Maîtres, commit une erreur dans son œuvre sur le plan physique. Donc, lorsqu’un Maître s’offre

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pour être ce qu'à la lettre on peut nommer le bouc émissaire d'un mouvement spirituel nouveau, 11 assume un Karma dont il ne peut prévoir tout le déroulement. Et ce n'est plus nécessairement une surprise de savoir que lorsque le temps approcha où devait, selon la loi cyclique, se fonder un nouveau mouvement spirituel, lorsque les deux Maîtres qui s'offraient pour entreprendre cette tâche et accomplir ce sacrifice, se présentèrent au sein de la Grande Loge Blanche, des différences d'opinion se manifestèrent quand on examina s'il était, ou non, désirable que fût fondée ce que nous nommons aujourd'hui la Société Théosophique.

Le temps arriva, beaucoup d'entre vous le savent, je suppose, de tenter un effort quelconque. Il en était ainsi depuis le xiv* siècle, car c'est au XIII® siècle qu'un puissant personnage, alors vivant au Thibet, promulgua son ordre 1 à la Loge qu'à la fin de chaque siècle, un effort fût tentépouréclairer les barbares blancs d'Occident ». Cet Ordre ayant été donné, il devint évidemment nécessaire d’y obéir ; car dans ces régions toute désobéissance est inconnue. C'est pourquoi, à la fin de chaque siècle, comme vous pourrez le vérifier vous-mêmes par une révision soigneuse de l'histoire, de-

puis le moment où Christian Rosenkreuz fonda la Société Rosicrucienne vers la fin du xiv* siècle, vous constaterez qu'à chaque fin de siècle un nouveau rayon de lumière est apporté.

Dans la dernière partie du xviii® siècle un grand effort fut tenté, dont le poids porta tout entier sur deux grands personnages en relation étroite avec la Loge, bien que ni Tun ni Tautre, à ce que je sache, ne fût alors un Maître : celui qui avait nom le Comte de Saint-Germain, qui est maintenant Tun des Maîtres et Son collègue dans cette grande tâche, intimement attaché à lui, membre d'une noble famille autrichienne et qui nous fut connu plus tard sous le nom d'H.P. B. Leur tentative de changer la face de TEurope échoua, car les temps n^étaient pas mûrs. La misère et rabaissement de l'époque, la dégradation des masses populaires, l'horrible pauvreté, la honteuse disette,furent autant de rocs sur lesquels vint frapper et se briser en écume, la vague spirituelle dont ces deux êtres formaient la crete. Le Karma de tout cela, pour celui que nous avons connu sous le nom d'H. P. B., fut 1 incarnation douloureuse et ardue qui se déroula parmi nous, où elle fonda, sur l'ordre de son Maître, la Société Théosophique et, pour

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qu’elle vécût, lui donna sa vie. Et c’est ce fait que le dernier grand effort spirituel eût été noyé dans le sang, qui lui donna l’horreur qu’elle éprouvait à voir confondre le mouvement spirituel avec une tentative politique quelconque; elle comprit qu’avant qu un mouvement spirituel pût réussir dans le monde, il devait former, élever, régénérer la conscience de ceux qu’il touche et s’abstenir de prêter la main, en tant que corps constitué, à un grand mouvement politique et social avant d’être assez fort pour diriger les forces qu’il avait libérées. C’est pourquoi elle redouta toujours d engager la société, en tant que telle, dans 1 action politique ou la réforme sociale. Non que les membres de la Société ne puissent, individuellement, s’y adonner, et vouer le meilleur de leur pensée et de leur énergie à soutenir et à rendre fécond tout mouvement réellement consacré au progrès de l’humanité. Mais la société en tant que Société, véhicule de ce grand torrent de vie, ne le déverse dans aucun vase physique et terrestre, de peur qu’il ne mette ce vase en pièces, de peur qu’on ne fasse revenir en arrière, comme cela s’est produit en France, les aiguilles de l’horloge qu’on s’efforçait d’avancer. Il fallait donc, cette fois, un

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mouvement uniquement spirituel, intellectuel et moral. C’étaient là ses caractéristiques et son oeuvre spéciales. Aussi lorsque les deux grands Instructeurs chargés de ce mouvement, le Maître d’H. P. B., et le plus intime de ses collaborateurs dans la Grande Loge Blanche, ces deux Êtres qui dans les siècles passés avaient continuellement associé leurs efforts au sein des civilisations disparues ; lorsqu’ils s’offrirent pour cette grande mission, un doute, comme je l’ai dit, s’éleva parmi Leurs pairs. La leçon du xvm* siècle était encore présente ; inévitablement la question se posa: « L’Occident est-il prêt pour un mouvement de ce genre ? Peut-il être créé dans un tel milieu sans faire peut-être plus de mal que le bien qu’il est capable d’accomplir ? Une grande discussion s’éleva ainsi, si étrange que cela puisse paraître à certains, en compagnie si auguste, et la plupart s’y déclarèrent opposés, et affirmèrent que le temps n’était pas venu; mais Eux s’offrirent à en accepter les risques et à en soutenir le fardeau: Us demandèrent à porter le Karma de cet effort, et à donner Leur vie pour le canaliser, le conduire et l’élever. Et comme la question du Temps est toujours une des plus compliquées pour Ceux qui ont charge de la grande

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loi des cycles et de révolution de l’homine, on sentit qu'il était possible que Teffort réussît, quand bien même les temps n'étaient pas tout à fait mûrs, quand même l'horloge n'avait pas encore sonné l’heure. Alors la permission fut accordée et Ils assumèrent tous deux la responsabilité du mouvement. Les premiers débuts nous sont à tous familiers; vous savez qu^lls choisirent ce noble agent, l'H. P. B. que nous avons connue, et la préparèrent pour le travail qu’elle allait accomplir; qu’ils l’envoyèrent ensuite en Amérique à la rencontre d’un collègue qui fournirait ce dont elle manquait elle-même,la puissance d'organisation, la faculté de parler aux hommes et de les retenir autour de lui, et de les grouper en un mouvement public. Vous savez tous l'histoire de leur rencontre et de leur collaboration. L’un d’eux en a fixé le récit, pour l’instruction des jeunes membres de la Société, aujourd'hui et dans l’avenir. Le mouvement commence, vous le savez, sous la surveillance étroite et la constante protection des deux Maîtres qui avaient pris sur Eux la charge de sa responsabilité. Vous pouvez lire, dans de nombreuses lettres d’H. P. B., combien étaient constants ce contact et cette direction; et il en fut ainsi année après année pendant les sept

premières années au moins de la vie de la Société, et même un peu plus: Le numéro de juin du Theosophist contient une lettre de 1 un de ces Instructeurs, qui montre avec quel iutérêt étroit, de quelle étroite observation ils suivaient les moindres détails de la marche de la Société. J’ai seulement cru juste de supprimer de cette lettre les noms propres de Toriginal. Il ne serait ni bien ni juste de les livrer encore à la publicité, comme le sait bien celui qui pourrait en remplir les blancs. Vous verrez dans cette lettre que le Maître qui l’écrivit avait suivi les travaux d’une certaine Branche, qu’il avait indiqué à propos d’une autre Branche ceux de ses membres qui travaillaient mal ou ne travaillaient pas bien, qu’il suggéra que tels membres seraient mieux hors de la Branche que parmi ses membres, et constituaient des obstacles plutôt que des aides, toutes indications montrant combien étroite était leur surveillance des Branches de leur jeune Société, Vous pouvez encore lire dans d’autres lettres qu’ils conseillèrent d’écrire aux journaux et d’autres preuves analogues qui vous frapperaient par leur trivialité si elles provenaient des Maîtres aujourd’hui ; Ils demandaient qu’on écrivît ici une lettre, qu’on répondît là à un ar-

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ticle,quon ne laissât pas un article important propager des notions fausses pouvant nuire à la Société, et ainsi de suite. Mais il vint un temps où, avec l’augmentation du nombre des membres, il s’en trouva beaucoup qui n’avaient pas la foi robuste d’H.P. B. et de H.S. Olcott dans la réalité de l’existence des Maîtres et de leurs rapports avec la Société Théosophique, et des discussions et controverses s’élevèrent.Aussi, si vous consultez le Theosophist de cette période, vous y trouvez beaucoup de discussions sur le sujet de savoir qui étaient les Frères, et ce qu’ils faisaient, et quels étaient leurs rapports avec la Société Théosophique, jusqu’à ce qu’enfin Us se lassèrent de ces doutes constamment émis quant à leur existence, leur action, leur sollicitude, et transmirent l’avertissement qu’on trouve encore dans les archives de la Société, que si, dans un temps très bref, ces discussions n’étaient pas apaisées, et le fait de leur lien avec la Société généralement reconnu, Ils se retireraient pour un temps dans le silence où Ils étaient demeurés si longtemps, et attendraient que les conditions fussent plus favorables pour reprendre une part active à la direction de la marche de la Société. L’avis, malheureusement, ne fut pas entendu ; cette

retraite dans un quasi silence eut lieu, et la Société entra dans ce nouveau cycle de son action où, comme vous le savez, elle s’attira le jugement du Maître que je citais l’autre jour : « La Société s’est arrachée à notre étreinte et à notre influence et nous l’avons abandonnée à elle-même; nous ne faisons point d’esclaves contre leur gré. Elle est maintenant un corps sans âme, une machine assez bien conduite jusqu’ici mais qui tombera en morceaux quand...,. Des trois objets le second seul est mis en pratique : elle n’est plus une Fraternité^ ni un groupement sur qui plane l’Esprit venu de par delà la Grande Chaîne. > Ainsi changèrent pour un temps les rapports des Maîtres et de la Société ; ils devinrent moins directs, moins constants. Leur influence directe se confina à quelques individus, et fut soustraite à l’ensemble de la Société sauf pour généralement la soutenir, non parce qu’Eux-mêines désiraient qu’il en fût ainsi, mais parce que la Société l’avait voulu, et que la Société est maîtresse de sa destinée, et peut l’infléchir d’un côté ou de l’autre au gré de la majorité de ses membres. Ils continuaient cependant de veiller sur elle, mais sans pouvoir intervenir dans sa marche extérieure autant qu’ils l’avaient fait aux pre-

miers jours, et H. P, B. fut obligée de déclarer qu’ils ne la guidaient plus. Les rapports subsistèrent, mais en grande partie atténués, latents pour ainsi dire, jusqu’à un certain point, et Ils attendirent l’heure où la possibilité de nouveau s’offrirait à Eux d’agir plus activement au sein du mouvement qu’ils avaient fondé, et dont ils avaient l’obligation de subir le Karma.

Le fait qu’ils portent le Karma de la Société dans son ensemble me semble un de ceux que les membres ne devraient jamais oublier; car entrés comme nous le sommes dans ce mouvement, ayant trouvé grâce à la Société des enseignements qui ont transformé notre vie, et reçu d’elle une lumière qui a transformé toute notre pensée, rendu la vie intelligible et familière l’existence sur d’autres plans, au moins en théorie, et chez quelques-uns en pratique, il semblerait que la plus élémentaire gratitude, telle que des hommes et des femmes du monde peuvent en éprouver pour quelque service rendu d’ami à ami, tout faible et pauvre que soit ce sentiment, dût vivre au cœur de chaque membre à l’égard de Ceux qui ont rendu possible l’existence de la Société Théosophique. Je laisse évidemment de côté ceux qui ne croient pas en Leur existence; et il

en est, comme cela est juste et bien, beaucoup parmi nous;car c’estla base même de laSociété Théosophique que des hommes de toutes les opinions y soient admis et jouissent de la splendeur de ses doctrines, qu’ils les acceptent toutes ou non. L’absence de foi chez eux ne change en rien le fait que ces enseignements leur sont parvenus par l’entremise de la Société, et leur viennent de Ceux qui ont fait de la Société une organisation vivante. Et si je dis que ce sentiment de gratitude devrait exister au cœur de chacun, je n’entends point que personne doive nécessairement adopter la conception spéciale des Maîtres qui est la mienne, toute fondée qu’elle soit peut-être, sur une connaissance plus certaine que n’en possèdent beaucoup de ceux qui personnellement la repoussent. En ces matières, tout membre est libre, et je n’insiste auprès de vous aujourd’hui que sur la responsabilité qui est la vôtre d’essayer au moins de comprendre, quand vous touchez à des questions d’une importance aussi considérable ; et de comprendre au moins que vous devez vous abstenir d’ajouter au fardeau de ces puissantes épaules plus de poids qu’il n’est inévitable d’en ajouter. Or nul d’entre nous, quelle que puisse être notre science, et

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les différences entre nos connaissances sont infimes, comparées à la différence qui nous sépare, nous tous, des Maîtres, nul de nous ne saurait vraiment échapper au devoir de considérer si par son ignorance, son insouciance, sa folie, son indifférence, il n^ajoutepas à Leur fardeau. Us ne peuvent se soustraire au Karma que vous et moi générons si largement, en vertu de Leur union avec cette Société, et de ce fait que Leur vie circule en elle, et quUls se sont offerts en sacrifice afin qu’elle vive. A cause de ce sacrifice, Ils ne peuvent s’empêcher d’avoir part au Karma que vous et moi formons par nos pensées frivoles, nos actions irréfléchies, notre ignorance volontaire ou involontaire, fardeau qu’ils ont pris sur Eux par amour pour Thomme et pour lui venir en aide.

J’ai bien souvent pensé, quand j’essayais d’entrevoir confusément les mystères de cette divine compassion, et la grandeur de Famour et de la pitié qui pousse ces grands Êtres à • descendre parmi nous, infimes petites créatures, combien doit Leur sembler étrange, à Leur point de vue, l’indifférence avec laquelle nous recevons ces inappréciables bienfaits, cet immense sacrifice. L’amour qu’ils méritent surpasse sûrement de loin celui que réclament les

liens de la famille et du sang, les plus forts liens qui unissent Thomme à Thomme; plus haut que tous ces droits est celui qu'ils ont sur nous, ces Hommes qui sont des Maîtres et des Instructeurs; carce qu'ils ont donné et rendu possible pour vous et moi m’apparaît un droit qui dépasse toute mesure, une dette qu'on ne saurait évaluer. Et lorsqu'on envisage la Société dans sa masse, etqu’on voit combien peu en général elle tient compte de ces profondes vérités occultes qui sont à sa portée, combien peu elle comprend Timmense possibilité que ces actes de suprême sacrifice ont ouverte devant chacun de nous, cela semble trop triste pour être croyable, trop pathétique pour l’exprimer ; on comprend combien parfois Leur cœur doit se déchirer, comme se déchira le cœur du Christ quand II s’arrêtait pour contempler Jérusalem, sachant que le peuple auquel Il appartenait repoussait de plus en plus les occasions offertes et méprisait la rédemption qu'il lui apportait. Combien de fois son cri : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et lapides ceux qui te sont envoyés, que j’ai souvent voulu te rassembler comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! > Combien de fois ce cri doit

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jaillir du cœur des Maîtres, quand Ils contemplent le mouvement dont Ils sont responsables, et voient combien peu sa grandeur est comprise par ceux qui sont ses membres et sont inscrits sur ses rôles * ! Si seulement, pendant une heure brève, vous pouviez vivre à Tunisson du cœur du Maître, sentir ce qu’il éprouve à Tégard de ce mouvement qui est Sien, il me semble qu^à la clarté, même d^une si brève méditation, il y aurait un abandon général de personnalités, on foulerait aux pieds un sot orgueil, on rejetterait une obstination inconsidérée, on brûlerait du désir d’avoir quelque part à ce sacrifice, et de se donner, si faibles qu’on soit, en face de ce sacrifice sublime qu’ils accomplissent année après année pour nous qui sommes indignes de Leur compassion. Et pourtant il n^est rien moins, ce mouvement, qui vit de Leur vie ; il n’est rien moins, ce rapport des Maîtres à la Société ïhéosophique. Ils la portent dans Leur cœur, Ils la portent sur Leurs épaules ; Ils s’offrent en sacrifice journalier pour que cet effort spirituel puisse réussir à aider et à ennoblir le monde. Les

1. Ceci fut prononcé plusieurs semaines avant la publication de l’extraordinaire manifeste de M. Sinnett niant des choses € certainement admises parmi nous ».

Maîtres, si grands, s’adressent à nous, si petits ; nul ne refusera, sûrement, d'écouter, s’il entrevoit le sens de Leurs paroles; nul ne rejettera Leur supplication, s’il peut entendre un lointain écho de Leur voix. La seule chose qu’on puisse espérer, désirer avec passion, pour soi-même et tous ceux qui sont membres de la Société, c’est qu’il se trouve parmi nous des oreilles pour entendre la voix des Maîtres, et des cœurs qui reflètent assez de Leur compassion pour vouloir se sacrifier au progrès du monde.

L’avenir de la Société Théosophique, qui retiendra ce soir notre attention, est double : l’avenir inunédiat et un avenir plus lointain. Je traiterai d’abord de cet avenir plus lointain, parce que c’est seulement en reconnaissant sa nature que nous pourrons, comme il convient, concevoir les moyens de le réaliser. Dans toutes les affaires humaines, il faut un but à l’effort, et la nature de cette fin détermine la nature des moyens. L’une des grandes fautes de la vie moderne, à mon avis, est de vivre, comme on dit, au jour le jour : de s’élancer vers tout avantage momentané, d’essayer d’amener un résxütat qui soit un progrès pour l’instant, sans essayer de comprendre ou vouloir considérer si, en bien des cas, le progrès temporaire peut n’apporter pas avec lui un mal plus grand que celui auquel il était destiné à apporter remède. Dans la Société Théosophique, tout au

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moins, où nous voulons étudier les tendances et apercevoir quelque peu les forces agissantes autour de nous, dans la vie, nous devrions éviter cette erreur générale de Fépoque, chercher à voir le but vers lequel nous allons, et choisir les méthodes immédiates qui nous y porteront. Il est bien entendu qu’en parlant de but et de fin, j’emploie ces termes dans un sens relatif et non absolu; qu’il s’agit de la fin, du but situé à une distance mesurable, et qui peut être ainsi regardé comme le point vers lequel doivent tendre les routes où nous marchons.

Examinons donc ce but, tout d’abord, sa nature, et le genre de méthodes qui nous aidera à le réaliser dans ce monde.

Vous êtes familiarisés, dans la Société Théosophique, avec la théorie des cycles, en sorte que vous avez accoutumé de regarder les événements comme tendant à se répéter sur des niveaux de plus en plus élevés de ce qu’on a appelé la « Spirale de l’évolution Car s’il est vrai que l’histoire ne se répète point sur le même plan, il est également vrai qu’elle se reproduit à des niveaux successifs et plus élevés, et tout étudiant des données théosophiques relatives à l’évolution de l’homme, des globes, des systèmes planétaires, des univers.

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verra son étude grandement facilitée s^il comprend les vérités fondamentales de chacun de ces cycles successifs. Nous répétons continuellement à un niveau supérieur nos actions d^un niveau inférieur. Nos termes sont une série continue de répétitions, en sorte que si nous comprenons leur signification dans une série, nous pouvons déduire leur sens dans une autre série. J’ai souvent attiré votre attention^ à l’égard de ces cycles récurrents d’événements et de termes, sur ce fait que chez les Hindous en particulier et dans la langue Sanscrite, vous trouvez des séries entières de termes dont le sens varie d’après celui qui commence la série ; la connaissance de l’un entraîne la connaissance de tous. Prenez l'exemple familier du mot « Samâdhi ». C’est un terme relatif^ le dernier d’une série, qui a trait à la conscience humaine à l’état de veille, et au plan où se trouve le centre de la conscience pendant la veille. Il en résulte que pour savoir le sens du mot Samâdhi pour un individu quelconque, il faut savoir d’abord sur quel plan de conscience son centre normal est actif; cette condition remplie, vous pouvez suivre pas à pas la série jusqu’au terme représenté par le mot « Samâdhi », 11 en est de même à chaque point de

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nos études théosophiques, et cela est vrai surtout dans les caractéristiques, importantes à ce point de vue particulier, des Grandes Races- Mères que Ton retrouve en miniature dans les Sous-Races de chaque Race-Mère. Si nous parvenons à découvrir ces caractéristiques, à les suivre et à saisir leur genèse au cours de l’évolution dans le petit cycle le plus proche de nous, celui de la Sous-Race, il nous sera comparativement facile, à l’égard de Favenir, de prévoir Fapparition de ces caractéristiques dans la Race-Mère qui correspond à la Sous- Race. C’est la méthode que j’entends suivre en traitant de l’avenir de la Société Théosophique, et c^est la raison pour laquelle j’attire votre attention sur ces cycles constamment récurrents de périodes et d’événements. Reportons-nous à la Quatrième Race-Mère ; nous pouvons y étudier Révolution de la Cinquième. Nous surprenons en activité les méthodes suivant lesquelles devait s^accomplir cette évolution ; nous pouvons suivre les moyens employés pour en amener la réalisation et nous pouvons voir, par une étude de cette époque lointaine, que la quatrième Sous-Race de cette Race-Mère montrait les caractéristiques de Fensemble de la Quatrième Race, et que la Cinquième Sous-Race

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montrait quelques-unes des caractéristiques de la Cinquième Race-Mère qui devait la suivre au cours de révolution. En appliquant ainsi le même principe d'analogie, si nous pouvons découvrir en quelque mesure les caractéristiques de la Sixième Sous-Race qui va suivre la nôtre, nous serons sur la piste du principe suivant lequel Révolution formera la Sixième Race-Mère en son temps. Revenons donc pour un instant en arrière, et examinons les grandes lignes de Révolution d'une Sous-Race et d'une Race.

Quand sonna Rheure de la formation de notre Cinquième Race-Mère, certains types d'hommes furent choisis au sein de la Cinquième Sous-Race de la Quatrième Race-Mère, par le Manou qui devait diriger l’évolution de la Cinquième Race. Ces types montraient sons forme en quelque sorte germinale les caractéristiques mentales qui devaient se développer dans les groupes choisis. Vous pouvez apprendre, si vous le voulez, comment ces sélections furent opérées, et que la première aboutit à un insuccès. Bien que choisis par la sagesse ! de RÉtre sublime que nous nommons le Manou, Mes matériaux qu’il essaya d’abord de façonner se montrèrent néanmoins réfractaires,trop peu

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plastiques pour s’adapter à l’Influence qui s’efîorçait à les modeler. En conséquence, après de longs efforts, Il rejeta les familles qu’il avait ainsi isolées, et fit un nouveau choix, qu’il désirait voir plus heureux que le premier. La manière dont ce choix s’opéra était simple et effective ; 11 désigna un certain nombre de Ses disciples qu’il envoya comme messagers aux diverses nations qui constituaient cette portion de la vaste Quatrième Race qu’il avait choisie pour cette seconde expérience. Ils parcoururent toutes ces nations, avec la mission de rassembler autour d’eux ceux qui sembleraient propices à l’œuvre qu’il devait mener à bien ; Us essayèrent par diverses méthodes, parfois par invitation directe, lorsque le signe cherché était clairement développé : le type mental inférieur. C’est le développement du manas inférieur qui représentait l’objet de cette sélection, car la Cinquième Race-Mère devait réaliser ce développement du manas inférieur. Je dis € manas inférieur » plutôt que manas, parce que le développement complet du principe manasique en l’homme est réservé pour la Cinquième Ronde et non pour la Quatrième, où nous nous trouvons actuellement. Cette Quatrième Ronde, où l’élément kâmique do-

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mine, doit nécessairement colorer toute évolution qui se poursuit durant son cours, et si haut que nous puissions nous efforcer d’élever en nous les pouvoirs du Manas, nous ne pouvons nous affranchir de ce vice fondamental de notre nature au point de vue manasique, que nous sommes plongés dans la matière kâmique, la matière de la Quatrième Ronde, adaptée au principe kâmique, et non dans celle de la Cinquième Ronde, adajîtée au principe manasique. Le mieux que nous puissions faire est donc de développer en nous le Manas inférieur, le Manas profondément teinté de Kâma.

Au sein de cette Quatrième Race, donc, furent choisis ceux qui montraient avec le plus d’évidence le germe de cette intelligence désirée, les messages du Manou ayant fait résonner une note destinée à rallier ceux en qui ce principe du Manas inférieur était plus hautement développé que chez leurs frères de la Quatrième Race. Peu à peu, du sein des différentes nations, des groupes d’hommes et de femmes vinrent s’assembler autour des messagers du Manou, qui commencèrent alors à les guider à l’écart de leurs peuples et de leurs milieux,et les dirigèrent vers le lieu fixé où le Manou rassemblait pour la seconde fois les

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sujets de cette seconde expérience. Lentement se forma le groupe choisi parmi les nations de la Quatrième Race. L’élite de ces nations, attirée par l’appel des messagers^ s’assembla graduellement autour du Manou, et fournit le noyau, les matériaux de la nouvelle Race-Mère. Comme vous le savez. Il Remmena dans la lointaine Terre Sacrée, et l’isola des masses des Quatrième et Troisième Races, au moyen de barrières physiques, pour la préserver de tout contact impur et de toute contamination.

Quelle différence entre ces hommes et les générations qui devaient en sortir l’une après 1 autre, apres des milliers d’années! Pour ceux qui les entouraient, ils étaient plutôt des gens développés d’une façon anormale, nullement considérés ou admirés dans leur pays d’origine. Car la formation d’un nouveau type ne se fait point au moyen de ceux en qui s’est le plus largement épanoui le type de la vieille Race qui précède la Race en formation. Les types en qui triomphait Révolution de la Quatrième Race, selon son propre jugement, n’étaient point les meilleurs matériaux pour l’édification de la Cinquième. Ceux qui étaient le plus admirés dans la Quatrième, étaient regardés comme la fleur de leur Race, étaient ceux en

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qui la faculté kâmique,avec les ijouvoirs psychiques qui s’y rattachent, avait atteint son plus haut développement et réalisé ses plus hautes conquêtes. Souvenez-vous que dans la civilisation très différente de ce temps les pouvoirs psychiques jouaient un rôle énorme dans le développement des meilleurs représentants de la race. Chez ceux où le principe manasique naissant commença à triompher de Kâma, les facultés psychiques virent inévitablement diminuer leur puissance et se montrèrent plus faibles que dans les chefs des peuples, qui étaient les plus avancés de leur civilisation. Les facultés alors les plus prisées étaient beaucoup moins en évidence chez ceux que choisit le Manou ; car 11 recherchait surtout l’activité naissante du principe intellectuel qui doit nécessairement noyer pour un temps les facultés psychiques. Je ne puis m’étendre à présent sur les raisons de cette nécessité : le psychisme de ce temps était celui du corps astral dans son entier, et non celui qui suit le développement intellectuel et résulte d’une organisation supérieure du corps astral en organes spécialisés pour les sens astraux, les Chakras bien connus. Cette raison est familière aux étudiants des divers degrés de

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