LE ROLE DE LA THÉOSOPHIE DANS LE MONDE DE LA PENSÉE
L’aftiche annonçant cette conférence vous a appris qu’elle coïncide avec mon entrée en fonctions comme Présidente de la Société Théosophique. J'ai ce soir le dessein de vous montrer, au moins en quelque mesure, la valeur que prend la Société, du point de vue des activités humaines manifestées dans le monde de la pensée. Je veux essayer de vous montrer que, lorsque nous parlons de Théosophie, il s'agit d’une valeur réelle qui peut servir l'humanité dans les diverses branches de la vie intellectuelle. Je me propose, dans ce but, de définir en premier lieu, brièvement l'idée fondamentale de la Théosophie ; ensuite, passant dans les domaines de la pensée religieuse, de la pensée artistique, de la pensée scientifique, et enfin de la pensée politique, de vous montrer dans quelle mesure ce que nous appelons
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Théosophie peut apporter de précieuses contributions à chacun.
La Théosophie^ comme son nom Timplique, est une Sagesse, une Sagesse Divine ; historiquement, vous le savez, elle est identique à ce que les pays d'Orient ont connu sous d'autres noms : le Tao, en Chine, Brahmavidya dans rinde, la Gnose chez les Grecs et les premiers Chrétiens; Théosophie enfin au Moyen Age et dans les temps modernes. Elle implique toujours une connaissance, une Sagesse qui dépasse la connaissance ordinaire, la science ordinaire de la terre; elle implique une Sagesse à Tégard de la vie, une Sagesse qui embrasse la nature essentielle des choses, et que Ton résume en deux mots : Sagesse de Dieu.
Car il a toujours été entendu, jadis, bien que les temps modernes Paient presque entièrement oublié, que Thomme ne saurait jamais rien connaître véritablement s’il ne se connaissait lui-même, et ne se connaissait divin ; que la connaissance de Dieu, Vie suprême et universelle, est la racine de toute vraie connaissance aussi bien de la matière que de l’Esprit, aussi bien de ce monde que d’autres mondes différents du nôtre; que dans cette unique et suprême connaissance, toute autre connaissance a sa ra-
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cine, en cette suprême lumière toute autre lumière trouve son origine, et que si rhomine peut savoir quelque chose, c'est parce qu’il est divin par nature, et qu’ayant part à la Vie qui s’exprime dans un univers, il lui est possible de connaître à la fois la Vie qui crée et la matière qui obéit.
Partant d’un tel point de vue, vous voyez de suite que la Théosophie est une théorie spiritualiste du monde et non une théorie matérialiste. Elle voit dans l’Esprit l’agent qui façonne, donne la forme, à la matière, et dans la matière l’expression obéissante et la servante de l’Esprit ; elle voit dans l’homme un être spirituel qui cherche à développer ses énergies par l’expérience dans un univers de formes matérielles; et elle déclare que l’homme Se méconnaît, et manquera sa fin véritable, s’il s’identifie avec la forme qui périt plutôt qu’avec la vie qui est immortelle. Donc, opposée au matérialisme dans sa science à la fois et sa philosophie, elle édifie un système spiritualiste de l’univers; elle est nécessairement idéaliste dans sa pensée, et maintient l’importance de l’idéal comme guide à toute activité humaine. L’idéal conçu appliqué à la conduite, telle est la tonique delà Théosophie et sa valeur vis-à-
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vis des diverses branches de la pensée; et le pouvoir de la pensée, la force qu’elle est, la faculté qu^elle a de revêtir des formes dont la vie dépend seulement de la constance de la pensée qui leur a donné naissance, c^est là un caractère fondamental dans tous les remèdes qu elle applique aux maux humains. Partout idéaliste : en religion, en art, en science, idéaliste dans la vie pratique que les hommes appellent politique, dans tous les domaines idéaliste ; mais elle échappe à une erreur commune à bien des idéalistes et sait que la pensée humaine n’est qu’une portion d’un tout, et non le tout de rhomme. Le Théosophe reconnaît que la pensée divine dont Tunivers est une expression, impose des limitations à sa propre pensée, à son activité créatrice. Il comprend que le tout conditionne la partie et que sa propre pensée ne peut se mouvoir qu^au sein du vaste cercle de la Pensée Divine, dont il est lui-même une expression fragmentaire; en même temps donc qu’il maintient que tout ce qu’on appelle dans les mondes inférieurs, le « réel » dépend de l’idéal, il réalise que son énergie créatrice ne peut que lentement modeler la matière à son gré ; et bien que chaque résultat doive dépendre d’une pensée créatrice, les résultats appa-
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roîtront souvent avec lenteur, adaptés à la pensée qui leur aura donné naissance. C’est pour cela que, bien qu’idéaliste, il n’est point impratique ; tout en reconnaissant la puissance de la pensée, il reconnaît ses limitations dans l’espace et dans le temps : et tout eu affirmant l’importance capitale de penser bien et de croire juste, il reconnaît que la fleur de la pensée ne laisse que lentement place au fruit de l’action.
Mais sur l’importance de la pensée, il met une insistance peu habituelle dans la vie moderne. C’est la mode du jour de juger de la valeur d’un homme en disant: « ce qu’il croit n’importe pas, mais ce qu’il fait ■». Cela n’est pas vrai. 11 importe infiniment qu’un homme croie ceci ou cela ; car l’homme est ce qu’est sa croyance; comme sa pensée est aussi son action. Il fut une époque de l’histoh'e de la pensée où l’on disait, avec une égale erreur : « Qu’importent les actions d’un homme pourvu que sa foi soit correcte I » Si le mot foi avait désigné la pensée dans toute son intégrité, l’erreur eût été faible, car la pensée bonne aurait inévitablement amené une bonne action. Mais à cette époque la bonne pensée était seulement la pensée orthodoxe, conforme à un étroit
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canon d'interprétation, la répétition obéissante de credos, Tacceptation aveugle de croyances imposées d^autorité. C'était l’Orthodoxie quij en ces temps, était la mesure de l’homme et le jugement dépendait de l'acquiescement à l'orthodoxie. Contre cette erreur, le grand mouvement qui mit fin au Moyen Age fut une protestation de l'intelligence ; il affirma que nulle autorité extérieure ne doit enchaîner l’intelligence, que nul n'a le droit d'imposer du dehors la pensée qui est l'essence même de l’homme ; c’est la grande affirmation du droit au jugement individuel, du principe suprême de la liberté d'examen, si essentielle au progrès de l’humanité. Comme toute chose, cependant, ce mouvement fut suivi d’une réaction, et l’on courut à l’autre extrême : rien n’importe sinon la conduite, il ne faut rien considérer que l'action. Mais votre action d’aujourd'hui résulte de votre pensée d’hier, et la suit comme son expression; votre pensée d'aujourd’hui est votre action de demain, et votre avenir dépend de son exactitude et de sa vérité, de sa consonance avec la réalité. Il est donc de toute importance dans le monde moderne de rendre à la pensée sà place légitime au-dessus de l'action, dont elle est l'inspiratrice et le guide.
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L^esprit humain, par Tentremise de sa manifestation intellectuelle, juge, décide, ordonne, guide. Son activité est Teffet de sa pensée, et si, sans égard à la pensée, vous vous plongez dans l’action, vous aurez les constantes expériences, si mesquines et infécondes, qui caractérisent en général notre vie moderne.
Laissons maintenant cette première assertion de l'importance de la pensée, et voyons quel message la Théosophie apporte à la pensée religieuse. Qu’est-ce que la religion? La religion est l’inextinguible soif de l’Esprit humain pour le Divin. C’est TÉternel,plongé dans un monde de phénomènes transitoires, qui s’efforce de retrouver son éternité propre. C’est l’Immortel, précipité dans un monde de morts, qui veut retrouver son immortalité. C’est l’Aigle blanc du Ciel, né des espaces illimités, qui bat de ses ailes les barreaux de la matière, et cherche à les briser pour s’élever dans les immensités qui sont son lieu de naissance et sa véritable demeure. C’est là la religion : l’effort de l’homme tendu vers Dieu. Cette soif de rhomme pour Dieu, beaucoup ont essayé de l’étancher avec ce qu’on nomme la Théologie, ou des ouvrages qu’on dit sacrés, des traditions réputées saintes, ou des cérémonies et des rites qui ne
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sont que des expériences locales d^une vérité universelle.il vous est aussi impossible d’étancher cette soif de FEsprit humain par rien d’autre que l’expérience individuelle du Di vin, que d’étancher la soif du voyageur altéré et mourant dans le désert en lui faisant écouter le bruit de Feau qu’un autre boit. L’expérience humaine, et elle seule, est le roc sur lequel la religion est fondée, le roc inébranlable sur lequel toute Eglise véritable doit s’édifier. Les livres, il est vrai, sont parfois sacrés; mais déchirez en morceaux tous les livres sacrés du monde, et aussi longtemps que demeurera Fhomme, et Dieu pour l’inspirer, on écrira de nouveaux livres et de nouvelles pages débordantes d’inspiration. Réduisez à néant toutes les cérémonies si belles, si édifiantes qu’elles soient ; FEsprit qui les a conçues pour s’exprimer n’a point perdu sa puissance artistique, et saura créer de nouveaux rites et des cérémonies nouvelles pour remplacer celles qu’on a brisées et rejetées, L’Esprit est immortel comme Dieu est immortel; dans cette immortalité de FEsprit résident la certitude, l’immortalité de la Religion. Et la Théosophie, en faisant appel à cette expérience immortelle, indique à nouveau au monde des religions,
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Iroublé par tant d’attaques et d^assauts,à demi intimidé devant la vérité nouvelle que chaque jour découvre avec la frayeur de voir miner les fondations antiques, et la critique déchirer tant de documents, la Théosophie indique à nouveau à la religion sa source intarissable, et lui crie de ne redouter ni le temps ni la vérité, puisque l’Esprit est lui-même vérité et éternité. Tout ce que la critique peut vous ôter c’est la forme extérieure, jamais la réalité vivante; et il est excellent vraiment pour les églises et les religions du monde que les documents, ces ouvrages avancés, soient rasés au niveau du sol,et qu’éclate plus indubitable Timpossibilité d’emporter la citadelle, qui est la connaissance elle-même et Texpérience directe.
Il est d’autres services, moins importants, certes, que celui dont je viens de parler, mais importants encore et précieux pour les religions. La Théosophie rapporte à l’homme, enfermé dans la tradition, le témoignage d’une connaissance réelle transcendante à la connaissance sensorielle et au raisonnement des facultés mentales inférieures. Elle arrive les mains pleines de preuves, preuves contemporaines, témoins vivants de la réalité des mondes invisibles plus subtils que le monde physique. Elle
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vient, comme sont venus les Fondateurs et premiers Instructeurs de toute religion, pour témoigner à nouveau par l’expérience personnelle, de la réalité des mondes invisibles dont les religions sont les constants témoins. Avez-vous remarqué dans l’histoire des religions combien elles ont graduellement vu s’affaiblir leur influence sur les hommes à mesure que la foi remplaçait la connaissance, la tradition, le témoignage vivant d’hommes contemporains ? C’est l’un des rôles de la Théosophie, vis-à-vis des religions, qu’elle enseigne à parcourir les mondes invisibles et à rapporter dans le cerveau ce qu'on y a vu et étudié ; qu’elle enseigne à l’homme sa vraie nature et lui permet de séparer son corps et son âme, et à voyager sans son corps physique dans des mondes longtemps supposés hors d’atteinte, sinon par le portail de la mort. J’ai dit: « longtemps supposés hors d’atteinte », mais les livres sacrés de toutes les religions témoignent de la possibilité d’y parvenir. L’Hindou vous dira que l’homme doit se sépar er de son corps comme la tige du gazon s’enlève de sa gaine. Le Bouddhiste nous dit que par la pensée profonde et la contemplation l’esprit peut se connaître comme esprit,libéré du cerveau physique. Le Christianisme nous
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apporte la fréquente affirmation de la connaissance personnelle de ses premiers instructeurs, de ce ministère des anges qui se poursuivit dans rÉglise, et de maîtres angéliques instruisant les néophytes. L^Islam nous dit que son grand prophète passa lui-même dans d'autres mondes et en rapporta les vérités qui civiKsèrent l'Arabie et fournirent la science qui ralluma le flambeau de la connaissance enEurope après la conquête de l'Espagne parles Maures. Ainsi une religion après l'autre apporte son témoignage à la possibilité d’une connaissance en dehors du monde physique; nous ne faisons qi\e proclamer à nouveau l’antique vérité, avec cette addition devant laquelle certaines religions aujourd’hui reculent : ce que l’homme a fait dans le passé, il peut encore le faire aujourd’hui, les pouvoirs de l'Esprit ne sont pas épuisés, la connaissance des autres mondes est encore à notre portée. En outre de la connaissance pratique d’autres mondes, la Théosophie apporte par cette même méthode l'affirmation catégorique de la survivance de l’Esprit humain après la mort. Les temps modernes seuls ont vu ce doute largement répandu. Çà et là dans le monde antique, chez un Lucrèce à Rome, peut-être un Démocrite en Grèce ; un
Chârvâka, aussi, dans Tlnde, on trouve quelques individus pour douter de Tinimortalité de l’Esprit ; mais dans nos temps modernes, cette incroyance, ou le cynisme impuissant qui croit la connaissance impossible, a pénétré profondément la classe cultivée, et par elle les masses populaires. C’est un phénomène observable dans les seuls temps modernes qi^e par centaines et par milliers Thomme désespère de son immortalité. Et cependant la conviction la plus profonde de l’humanité,la pensée lapins profonde en Thomme, est la persistance de soi-même, la conscience du« Moi» qui ne peut mourir. Par une splendide généralisation, par une méthode unique, la Théosophie affirme à la fois l’immortalité de l’homme et l’existence de Dieu; car elle dit à Thomme ce qu'ont toujours affirmé les temps anciens : « La preuve de Dieu n’est pas hors de vous; elle est en vous. > Tous les plus grands Initiateurs ont réitéré ce message, si plein d’espérance et de consolation, car il n’exclut personne de la connaissance directe. La méthode? la voici : dépouillez les sens, vous trouvez rintellect ; dépouillez l’intellect vous trouvez la raison ; dépouillez la raison pure, vous trouvez le vouloir-vivre ; dépouillez le vouloir-vivre, vous
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trouvez rEspritdaus son unité; dépouillez les limitations de TEsprit, et vous trouvez Dieu. Tels sont les divers degrés, décrits il y a bien longtemps, répétés aujourd’hui. « Perdez votre vie, dit Je Christ, et vous la retrouverez pour la vie éternelle, » Cela est vrai. Dépouillezvous de tout ce dont vous pouvez vous séparer; vous ne pouvez vous séparer de vousmême, et dans l’impossibilité de vous perdre, vous trouvez la certitude de TUniversel Soi, de rUniverselle Vie.
Arrivons à un autre point de la question religieuse. J’ai mentionné les cérémonies, les rites de toutes les religions. La Théosophie les étudie et les comprend. Beaucoup ont rejeté les cérémonies même s’ils les trouvent utiles parce qu^ils ne les comprennent point, et qu’ils craignent, en les utilisant, de tomber dans la superstition. La Science a deux grands ennemis : la Superstition et le Scepticisme. La connaissance détruit la Superstition aveugle par 1 ^assertion et Fexplication des vérités naturelles dont la Superstition a exagéré les aspects essentiels ;et elle détruit le Scepticisme en prouvant la réalité des phénomènes du monde invisible. La cérémonie, le rite est, dans le monde des sens, Fombre des vérités du monde de FEs-
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prit; toute Religion, toute Eglise a dans ses cérémonies l'expression physique extérieure de quelque éternelle vérité spirituelle. La Théosophie leur apporte une défense, une justification, en leur donnant une explication ; une fois comprises, elles cessent d’être des superstitions qui aveuglent et deviennent des béquilles qui aident l’intellect infirme à s’élever jusqu’à la vie spirituelle.
Arrêtons-nous maintenant pour un instant dans le monde de la pensée artistique. C’est dans l’art, plus peut-être que dans tout autre domaine de l’activité humaine, que l’idéal est nécessaire à la vie. On se demande parfois pourquoi l’architecture, pour nous borner à ce seul exemple, pourquoi l’architecture du passé est si supérieure en beauté à l’architecture actuelle. Quand vous voulez construire quelque grand édifice national, il vous faut emprunter à la Grèce, à Rome, ou au Moyen Age, votre modèle. Pourquoi n’avez-vous pas une architecture nouvelle, expressive de votre temps, comme celles que j’ai mentionnées exprimaient le passé? L’ordre sévère de l’Égypte trouva son expression dans les temples massifs de Karnak ; la beauté et la lucidité de la pensée grecque s’incarnèrent dans la chaste et simple
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splendeur des monuments de la Grèce ; la sévérité de la loi romaine trouva son expression idéale dans ces merveilleux édifices dont les ruines ont survécu à Rome; la foi du Moyen Age s’incorpora dans l’arche de l’architecture gothique et l’exquis dessin du style orné. Mais allez dans la cathédrale gothique. Qu’y trouvez-vous? Ce n’est pas seulement dans l’arche merveilleuse et le pilier superbe, s’élançant dans sa force délicate et svelte depuis les dalles jusqu’à la voûte, que l’art de l’architecte s’exprima. Pénétrez jusqu’aux coins les plus détournés, montez sur le toit de ces grands édifices, et vous trouverez qu’en des lieux perdus, en des coins cachés, l’amour de l’artiste s’est exprimé en tracés délicats, qui donnent vie à la pierre morte. Alors on sculptait par amour et non pas seulement pour la renommée ; on sculptait pour l’amour de la beauté, et non pas seulement par l’appât du gain;et les monuments étaient parfaits parce que l’amour et la foi, ces divins architectes, s’incarnaient euxmêmes dans la pierre immortelle. Avant que vous ne puissiez être mieux que des copistes, il vous faut découvrir votre idéal moderne, et alors seulement vous édifierez des monuments capables de braver le temps. Mais vous ne
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Tavez pas découvert encore; Fartiste parmi nous est beaucoup trop un copiste, et pas assez mi inspirateur et un prophète. Nous n’avons point besoin que le peintre nous représente seulement les choses que notre œil peut voir. Nous avons besoin que Fœil de Fartiste voie davantage que ne le peut Fœil du vulgaire, et qu’il incarne ce qu’il voit dans une forme de beauté pour Finstrucliion de notre aveugle vision. Qu’avons-nous besoin de peintures exactes de choux et de navets et autres objets de cette sorte? Si habilement qu’ils soient représentés, ce ne sont jamais que des navets et des choux. L’homme qui pourrait peindre pour nous la pensée qui a créé le chou, serait lui, Fartiste, celui qui connaît la Vie. Il nous faut ainsi pour notre art un idéal qui soit splendide. Voulez-vous savoir jusqu’à quel point Fart peut s’abaisser lorsque le matérialisme triomphe, dégrade et vulgarise ? Allez voir Fexposition d’art français qu’on montrait dans Bond-Street il y a quelques années, et qui attira les chercheurs d’indécence beaucoup plus que les fervents de la beauté, et vous comprendrez comment Fart peut périr lorsqu’il n’est pas inspiré et vivifié par le souffle de Fidéal. La Théosophie voudrait ramener en
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faveur de Tartiste ce respect de l’art qui regardait jadis Fartiste du Beau comme un des plus hauts révélateurs de Dieu à la race dont il était membre ; qui voit dans le grand musicien, sculpteur ou peintre, un homme inspiré par Dieu, par qui la grâce du ciel descend pour illuminer les plans si teriiement gris de la terre. Les artistes devraient être les prophètes de notre temps, les révélateurs du Divin que le matériel étouffe. S’ils étaient cela, ils seraient des objets d’amour et de respect ; car l’art vrai a besoin du respect pour grandir, et l’artiste, plus que tous les hommes délicat, sensitif, sensible à tout ce qui le touche, a besoin d’une atmosphère d’amour, de respect pour donner son plein épanouissement à sa puissance la plus haute, et fixer pour le monde quelques visions de la Beauté qui est Dieu.
C’est à la science, après la religion, que la I héosophie a peut-être le plus à offrir. Voyez la psychologie. Quelle confusion ! quelle masse de faits sans classification ; quel chaos de phénomènes attendant son cosmos ! La Théosophie, par sa claire et précise définition de 1 homme, des rapports de la conscience et de ses corps, de l’Esprit et de ses véhicules, apporte l’ordre dans cette vaste masse de faits
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rii se débat la psychologie. Elle introduit dans ce merveilleux inconscient ou subconscient qu'on offre aujourd'hui, mais sans le comprendre, en réponse à tous les problèmes; elle y apporte la clarté de lexpérimentation directe ; sépare l’inconscient venu du passé de celui qui est la promesse de l’avenir et sous le nom de subconscient distingue Théritage de notre longue ascendance, de Thyperconscient, dont le génie fournit un exemple ; elle montre que la conscience humaine est transcendante au cerveau ; prouve que la conscience humaine entre en contact avec des mondes autres que le monde physique, et change en certitude l'espoir exprimé par la science, que ce qui est inconscient aujourd'hui pourra devenir demain le conscient, que l'homme pourra entrer en relations avec un univers et non plus seulement avec un monde limité. Ce que Myers a désigné parfois sous le nom de «conscience cosmique »,pour l'opposer à notre conscience bornée, est une profonde vérité, qui porte en elle la prophétie de la future grandeur de l’homme. Ainsi que le poisson est limité à l'eau et l'oiseau à l'air, ainsi l'homme est limité à son corps physique et s’est imaginé qu'il n'avait pas de rapport avec d’autres espa-
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ces, auxquels il appartient légitimement. Votre conscience en réalité vit dans trois mondes et non dans un seul, elle touche à de hautes possibihtés, elle arrive au contact de phénomènes plus subtils ; vous en pouvez trouver des tra ces dans la plus récente psychologie, et vous avez là les preuves de ces nombreuses théories de la constitution humaine que la Théosophie a enseignées depuis bien des siècles, ou plutôt bien des millénaires.
Trouverons-nous aussi dans le domaine de la physique et de la chimie quelque donnée de valeur parmi les conceptions et les recherches théosophiques, qui puisse apporter quelque secours à nos physiciens et chimistes déroutés par la subtilité des forces dont il leur faut maintenant s’occuper? N’est-il jamais venu à l’esprit de quelque physicien et matérialiste plus intuitif qu’il puisse exister des sens plus subtils, capables de poursuivre l’étude de ces mêmes forces ? que l’homme puisse posséder des sens dont l’épanouissement lui permettra de percer les secrets dont il cherche maintenant en vain à lever le voile? N’a-t-il jamais frappé quelque physicien ou chimiste que s’il refuse de croire à la possibilité de développer en luimême les organes de ces forces subtiles, il peut
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les utiliser chez les autres pour pousser plus loiu ses investigations ? C'est une méthode qu’on commence à appliquer en France, où Ton tente de se servir de ceux qu'on nomuie « lucides >>, c'est-à-dire des personnes qui voient au moyen d’yeux plus perçants que les yeux physiques ; cette faculté a été utilisée en médecine pour le diagnostic des maladies, et dans rintention d'établir si l'homme possède uncori^s plus subtil que le corps physique. Aussi tout en me refusant à inviter le savant à se rallier à nos théories, je voudrais lui dire: « Acceptezdes comme des hypothèses en vue d’orienter de futures expériences, et les découvertes se succéderont pour vous plus fréquentes qu’elles ne le sont aujourd'hui. » Bien des clairvoyants, en effet,placés devant un élément chimique, pourraient Tanalyser beaucoup mieux que ne saurait le faire votre méthode de fractionnement. Dams d'autres voies, la chimie et l'électricité il reste certes bien des sujets d'indécision ; ne disait-on pas il y a quelques années que l’atome était un composé de myriades de particules^ alors que l’année dernière on affirmait qu'il peut n’être constitué que par une seule particule? Ne serait-il pas sage d’essayer de voir les atomes grâce à une vision plus subtile que
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la vision de l’œil physique, comme cela est possible, soit au moyen du claiivoyant ordinaire, parfois suffisamment développé, soit par un sensitif non entraîné dont les sens sont libérés des limitations du cerveau physique, et grâce auquel on pourrait recueillir d’utiles informations au sujet de la composition de la matière, et guider les recherches ultérieures de la science ? J’entends bien que ce qu’ont vu une, deux, ou même vingt personnes, n’est pas une preuve pour le savant; mais ce peut être une indication capable d’orienter les déductions mathématiques, et des calculs dont autrement on n’eût pas eu l’idée- Je suggère donc seulement l’utilisation par la science de certaines facultés actuellement utilisables, plus pénétrantes que celles des sens ordinaires, un nouveau genre de microscope ou de télescope humain, qui permettra de percer jusqu’à l’infîniment petit ou à l’infiniment grand, hors de la portée de vos microscopes et télescopes physiques, faits de métal et non d’intelligence manifestée dans la matière.
Que contiennent les idées théosophiques, dirai-je maintenant, d’utile pour la médecine? Selon les uns, la médecine n’est pas encore une science et fait œuvre purement empirique.