‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 100 sur 116 · APPEL D'UN MOURANT · texte numérisé non relu

APPEL D'UN MOURANT

A M. Hippolyte, baron Larrey.

Station d'Asnières, rue Saint-Denis, n° 237, ce 29 septembre 1875.

Cher maître,

L'envoi de votre carte, à l'occasion de l'article du Figaro, me fait un devoir de venir vous en exprimer ma gratitude, et vous dire personnellement tout ce que je pense de votre sollicitude. Mais, hélas ! le pauvre artiste malade a perdu l'usage de ses jambes ; à peine peut-on le mouvoir, après deux ans et demi d'une maladie chronique. Des amis, et particulièrement mes parents, me disent que l'envoi de votre carte est sans doute un désir de me voir, de me donner vos bons conseils ou vos soins ; au surplus, cela se trouverait bien, car je n'ai plus de médecins depuis plusieurs jours. Je suis abandonné.

Dans cette bonne pensée, je serais bien fier, et très préparé à recevoir votre visite, quand il vous plaira.

En attendant, cher maître, j'ai l'honneur d'être

votre très reconnaissant T ~ ~

J.-B. Carpeaux.

Du cabinet de M. Hippolyte, baron Larrey, membre de l'Institut. — Dans l'étude qu'il a consacrée à Carpeaux, Ernest Chesneau, le critique d'art qui a signé Régamey, Peintres et statuaires romantiques, l'Art japonais, et maint autre livre applaudi, a voulu célébrer dignement le sculp-

GARPEAUX

teur à!Ugolin. L'éditeur Quantin s'est fait son complice. Les sculpteurs comptent peu d'historiens. Puisse l'audace d'Ernest Ghesneau devenir contagieuse ! Les Coustou, Houdon, Pradier, Barye attendent un biographe. Toutefois, si l'historien de Garpeaux nous avait instruit de son projet, il eût fermé son livre sur une page touchante qu'il n'a pas connue. M. Jules Glaretie, le devancier d'Ernest Ghesneau, n'a rien dit non plus des relations de l'artiste avec le baron Larrey, membre de l'Académie des Sciences. C'est de lui que nous tenons la lettre qui précède. Elle s'explique d'elle-même. Tout au plus est-il besoin de rappeler que le dernier billet de Garpeaux, cité par M. Glaretie, est adressé à Gounod, sous la date du 21 mai 1874. Chesneau a clos la suite, trop courte, des écrits du maître, par une lettre à M. Gherrier datée du 8 août 1875. La nôtre est du 29 septembre 1875. Or, nous lisons dans le livre de Ghesneau : « De crise en crise il atteignit les premiers jours d'octobre. Le 11, à huit heures du soir l'agonie commença terrible, accompagnée, aux premières heures, de cris déchirants parmi lesquels on distinguait ces mots : « La vie ! la vie ! » Le 12, un mardi, à six heures un quart du matin, Garpeaux rendait le dernier soupir. » La lettre adressée au baron Larrey fut donc écrite douze jours avant la mort du sculpteur. Sommesnous présomptueux en supposant que ce dut être la dernière ?

JEAN- JOSEPH PERRAUD

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