‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 105 sur 116 · L.-A. EUDE, J.-G. THOMAS, ETC · texte numérisé non relu

L.-A. EUDE, J.-G. THOMAS, ETC

avec ardeur, mais ne pouvait, bien entendu, exécuter qu'une partie du travail.

Le patron à son retour trouvait la tête de Vénus ébauchée :

— Ah! disait-il, ce n'est pas mal, mais ce n'est pas tout, n'est-ce pas? Où est le reste ?

— Mais, Monsieur, je n'ai fait que cela !

— Diable ! diable ! mon garçon, vous êtes lambin, il faudrait tâcher de prendre de l'activité.

L'élève mit à profit ces recommandations, car Schœnewerk travaillait très vite. S'il en eût été autrement, chacune de ses statues, très finies, aurait dû lui coûter des années, et, souvent, elle ne lui demandait que quelques mois !

Ces souvenirs me reportent à la jeunesse de mon ami. J'en profiterai pour parler de ses premières œuvres.

A la sortie de l'atelier de David d'Angers, son véritable maître, il exposa. La plus ancienne des œuvres qui le firent remarquer, fut un groupe de Sainte Elisabeth secourant les pauvres, qui lui valut une troisième médaille ( 1845). Cet ouvrage, de grande jeunesse, fut suivi de plusieurs autres également importants, dont chacun révélait un progrès incontestable. Je citerai seulement le buste en marbre (ï Albert Durer, au musée de Strasbourg (1853 ), ainsi que le groupe en bronze de V Amour vaincu ; quelques statues, aux Tuileries, enfin une Bacchante en marbre (1860) qui est actuellement dans la cour du Louvre.

Schœnewerk avait obtenu déjà une réelle notoriété aux divers Salons, lorsqu'il s'affirma positivement, en 1861, par un succès d'atelier et de public. Je

veux parler de sa jeune fille intitulée : Au bord d'un ruisseau, statue accroupie, d'un mouvement souple et plein de charme. Elle fut achetée par l'Impératrice, et placée au château de Fontainebleau. Cet éloignement fait qu'aujourd'hui beaucoup d'artistes même ignorent ce qu'est devenue une œuvre de grand mérite.

Au Salon de 1861 figurait également le Jeune Pêcheur, et les deux marbres réunis furent récompensés d'une première médaille. Nul ne trouva que ce fût trop.

Dès lors, Schœnewerk était classé. Plusieurs productions pour le Louvre (groupes d'enfants, figures isolées, frontons ), un Guerrier florentin, en costume du quinzième siècle, pour M. de Rothschild, placé au château deFerrières; diverses œuvres enfin, destinées à nos monuments publics, soutenaient dignement la réputation de l'auteur.

Mais je dois mentionner spécialement son exposition de 1863, comprenant deux groupes en marbre : V Amour fatigué, pensée charmante, et la Lêda, qui montre que l'artiste marchait à grands pas dans la voie des études féminines, sa bosse particulière, si j'ose le dire. L'une de ses dernières compositions, avant le moment de son premier accès de folie, fut V Aurore, parue en 1867, pendant qu'il était à Charenton. Cette œuvre, d'un joli mouvement, d'une exécution très soignée, fait déjà penser aux idylles d'André Chénier. Schœnewerk leur emprunta plus tard le sujet de Myrtho, dont j'aurai à parler.

En 1866, Schœnewerk, dans la plénitude de l'âge et du talent, justement fier de la place qu'il s'était

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