L.-A. EUDE, J.-G. THOMAS, ETC
lettre touchante qui va suivre. Eude et Thomas n'avaient pas parlé du mariage de l'artiste. Cependant, cette circonstance de sa vie ne fut sans doute pas étrangère à la fin malheureuse du sculpteur. Il y avait donc intérêt à entrer dans quelques détails sur l'union que contracta Schœnewerk. Il avait été très lié avec Adolphe-Pierre Riffaut, graveur à l'aquatinte. Riffaut est mort, privé de sa raison, à Charenton, en 1859. Sa femme, qui avait apprécié les soins attentifs dont était entouré le malheureux graveur durant sa maladie, demeura en relations suivies avec le personnel administratif de l'asile. Survint l'accident raconté par Eude, et qui conduisit Schœnewerk à l'asile de Charenton. Mme Riffaut vint le voir assez fréquemment. Quand le statuaire eut recouvré la santé, il demanda la main de celle qu'il avait appris à bien connaître pendant son séjour à Charenton. Il l'obtint. Ceci se passait en 1869. Dix années s'écoulèrent sans que la paix du foyer fût troublée. Puis, m jour, Mme Schœnewerk donna des signes d'aliénation. L'artiste lui prodigua des soins de toute sorte. Peine inutile. La pauvre femme qui, par deux fois, s'était faite la consolatrice d'infortunés, enfermés à Charenton, dut y être conduite à son tour. Schœnewerk ne parvint pas à surmonter cette épreuve. On le vit se rendre chaque semaine auprès de sa femme, puis la contagion du mal l'atteignit lui-même, et l'on sait ce qui advint. Une seule personne, parmi les proches du statuaire, ignora toujours le drame de la rue Vavin, ce fut Mme Schœnewerk. Quand on lui parlait de son mari, elle répondait qu'elle l'avait vu la veille ! La lettre de Bonnassieux permet de saisir les premiers symptômes du mal qui devait triompher du talent, de la tranquillité, et finalement de la vie de Schœnewerk.