III. — LE MARIAGE DE SCHŒNEWERK A Monsieur Henry Jouin
Paris, 15 novembre 1886.
Mon cher ami,
J'ai lu avec le plus vif intérêt la notice de M. Eude, ainsi que le discours de Jules Thomas sur Schœnewerk. Schœnewerk fut, en effet, un charmant artiste que nous regrettons tous. On ne saurait donc être trop prodigue de détails à son sujet. Pourquoi les deux écrivains n'ont-ils rien dit de la femme du statuaire? Je comprends le sentiment de réserve qui a motivé leur silence. Il est pénible d'entrer dans la demeure d'un artiste où, à trois reprises, la folie est venue tout rompre. Mais Schœnewerk ne doit pas être fait responsable de ces épreuves successives. On en peut sonder l'amertume, étudier la marche, sans manquer de respect à une mémoire que notre école contemporaine est fîère d'honorer. Tout ce qui permettra de bien saisir le caractère de l'acte tragique qui a brisé la vie de notre ami, a, ce me semble, son intérêt.
Il y a environ trois ans, je fus chargé de me rendre près de Schœnewerk pour savoir de lui s'il accepterait volontiers la charge de professeur de sculpture à l'École des Beaux-Arts de Lyon.
Je le trouvai seul, dans son atelier de la rue de Fleurus, assis près de son poêle, plongé dans ses réflexions. Non loin de lui, le modèle en terre d'une figure, — probablement le Lulli, — était soigneusement enveloppé de ses linges. L'objet de ma visite lui étant connu, Schœnewerk me répondit :