BONAPARTE SIGNANT LE CONCORDAT
Bernes, près Beaumont, 9 août.
Au baron Vivant-Denon.
Monsieur,
Je crois devoir appeler sans délai votre attention sur un objet qui intéresse votre administration. Je veux parler de la gravure qui vient d'être faite d'après le dessin du Concordat. Veuillez, je vous prie, ne point la laisser paraître sans l'avoir vue. Personne n'est meilleur juge que vous des productions du burin ; vous déciderez s'il est possible d'offrir celle-ci aux yeux du public, avec votre attache, et au nom du Gouvernement dont elle représente le chef.
Je n'ai su que cette gravure était ordonnée qu'au moment où elle s'achevait. Encore ne l'ai-je appris qu'indirectement. Le procédé ne m'a paru remarquable que parce qu'il devait nuire nécessairement au succès même de l'entreprise. En effet, il est rare qu'on fasse graver l'ouvrage d'un auteur vivant sans réclamer sa surveillance.
J'avais, le premier, offert tous mes soins. Au reste, M. Avril fils avoue que ce dessin ne pouvait guère être gravé qu'à l'eau-forte. Vous seul, Monsieur, c'est du moins mon opinion, pouviez exécuter cette planche. Mais je sais que tout s'y opposait.
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Retenu à la campagne pour quelque temps encore, je ne me flatte pas d'avoir l'honneur de vous voir au moment de votre arrivée, et je me décide à vous adresser de suite cette réclamation. Croyez, toutefois, Monsieur, que je ne mets pas moins d'empressement à vous renouveler l'assurance de mon respectueux attachement.
J'ai l'honneur de vous saluer.
F. Gérard.
Lettre sans millésime, mais vraisemblablement écrite vers 1805. La Signature du Concordat (15 juillet 1801) n'est pas un tableau, mais un dessin, composé par Gérard, pour la gravure. La composition renferme six portraits : Le premier Consul, Joseph Bonaparte, le cardinal Consalvi, l'abbé Bernier, Crétet et Portalis. C'est à Vivant-Denon que s'adresse Gérard. Le peintre regrette que les hautes fonctions de Denon l'aient empêché de se charger de la planche que l'on vient d'exécuter d'après son dessin. Est-ce Avril qui est en faute? Est-ce Laurent? Je l'ignore. La planche, signée de ces deux noms, prendra place à la Chalcographie. Elle y est encore. Laurent (Pierre-Louis- Henri), fils de Pierre, eut la garde de la collection des planches des musées royaux. Le dessin de Gérard, si mal traduit par Laurent et Avril, est au musée de Versailles.
DUFOURNY, HEURTIER