‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 32 sur 116 · APOTHÉOSE DE LOUIS XYI · texte numérisé non relu

APOTHÉOSE DE LOUIS XYI

A Son Excellence Monsieur le Ministre de l'Intérieur.

Paris, le 14 juillet 1816.

Monseigneur,

Je vous prie de me pardonner si je n'ai pas répondu de suite à la lettre par laquelle Votre Excellence m'annonce qu'elle a daigné me charger d'un tableau pour l'église de la Madeleine, destiné à figurer au-dessus du monument de Louis XVI.

Cependant, conformément aux ordres de Votre Excellence, j'ai médité plusieurs sujets ; le résultat de mes réflexions m'a fait abandonner toute autre idée que celle qui m'est venue en dernier lieu, de représenter, au-dessus de ce monument, l'apothéose du bon martyr auquel il sera consacré ; il me semble que ce sujet, à la fois français, héroïque et religieux, aura, outre l'avantage de présenter une scène toute lumineuse, très favorable à l'effet de l'architecture, celui plus particulier d'une concordance morale avec le monument au-dessus duquel il sera placé. Je soumets cette idée au jugement et au goût de Votre Excellence, et j'attendrai ses ordres pour préciser de suite mes idées, et commencer l'esquisse. J'ai l'honneur de vous observer, Monseigneur, que cette portion circulaire, divisée en trois parties, fera peut-être un meilleur effet, pouvant alors disposer le groupe

principal au centre, et des groupes d'Anges dans les angles, et sauverait les inconvénients d'une composition toujours un peu lâche ou confuse lorsqu'elle est trop étendue.

Je suis avec respect, Monseigneur, le très humble et très dévoué serviteur,

Girodet-Trioson.

Rue Neuve-Saint-Augustin, no 55.

À l'exemple de Guérin, Girodet se refuse à remplir l'arc qui lui est réservé, s'il ne scinde l'espace et ne groupe des figures allégoriques dans les angles. Nous essayons de traduire la pensée du peintre en inscrivant ici Apothéose de Louis XVI. Girodet désigne l'infortuné monarque sous le titre : « le bon martyr. » Au ministère de l'Intérieur, on parut surenchérir sur cette qualification. Nous trouvons, en marge de l'autographe du peintre, cette mention curieuse : « Apothéose de saint Louis XVI. » Mais la note inscrite au ministère sur l'autographe de Girodet n'a pas le sens que nous aurions eu le droit de lui attribuer à première lecture. Le peintre a parlé d'apothéose, mot profane qui demande une traduction dans le langage catholique. Évidemment Girodet a conçu le plan d'une glorification de Louis XVI. Sans être théologien, François Grille, chef du service des Beaux-Arts, se rend compte de l'exagération de l'hommage, et vite, de sa plume la plus incisive, il outrepasse la pensée du peintre avant de placer sa lettre sous les yeux du Roi. Louis XVIII a trop de bon sens pour souscrire à ce crescendo. Il charge quelqu'un de son entourage, le comte de FEscabelle, d'avertir Girodet de l'erreur dans laquelle l'a fait tomber un sentiment, louable assurément, mais excessif. Le respect qu'il garde à la mémoire de Louis XVI n'autorise pas l'artiste à canoniser son héros. Que va répondre le peintre ?

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