GIRODET
Paris, le 8 septembre 1816.
Monsieur le Comte,
Je me suis mal expliqué lorsque j'ai qualifié le tableau projeté pour la Madeleine, et dont je suis chargé. Ce n'était point l'apothéose de Louis XVI que je devais le nommer, puisque ce pouvait être identique avec béatification, et qu'il ne m'appartient pas de prendre l'initiative sur le pape.
J'appellerai donc le sujet que je dois traiter ainsi: Admission de Louis XVI dans le ciel, où il est reçu par saint Louis. Tous les élus n'étant point canonisés, l'objection <jue pourrait faire le Roi sur l'apothéose ne serait plus fondée, et Sa Majesté ne la ferait certainement qu'autant que, dans le mot apothéose, serait renfermée l'idée de la canonisation. Je ne voudrais que rendre les paroles du confesseur du roi martyr : Fils de saint Louis, montez au ciel. Autour de Louis XVI, la Reine, Madame Élisabeth, le Dauphin; plus loin, les plus illustres victimes de la Révolution, et enfin la disposition pittoresque résultant de l'effet convenable à conserver, relativement à l'architecture, et à la forme obligée du champ du tableau, serait ultérieurement déterminée. Je ne vois pas, M. le Comte, de sujet plus convenable pour sa destination, et c'est inutilement que je me suis creusé la tête à en chercher un autre.
Je soumets d'ailleurs ces observations avec toute déférence, et vous serai bien obligé de vouloir m'informer si vous les trouvez fondées.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Girodet-Trioson.
Cette composition n'a pas été peinte, mais Girodet l'a dessinée avec beaucoup de soin. On lit à la page 85 du tome I des Œuvres posthumes de Girodet-Trioson, par A. Coupin : « 1819. Saint Louis recevant dans le ciel Louis XVI et sa famille. Dessin très terminé. Lithographié depuis la mort de Girodet par M. Lancrenon. — Appartient à M. Becquerel. » L'ouvrage de Coupin porte la date de 1829. En quelles mains se trouve aujourd'hui le dessin jadis possédé par M. Becquerel?