‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 44 sur 116 · Van Dennieuwen Huysen · texte numérisé non relu

Van Dennieuwen Huysen

J.-B. DE BAY PÈRE

Je pris bientôt un vol plus haut; je me lançai dans la Mythologie, et me voilà à faire tous les Dieux et Déesses de l'Olympe, et même tous les diables du Tartare, car je faisais en même temps la Tentation de saint Antoine pour le médecin Leclercq, et si je ne faisais pas aussi bien que Phidias ou Polyclète, je le faisais au moins plus promptement. « On travaille quelquefois avec promptitude, disait un de nos célèbres artistes, parce qu'on n'en sait pas assez pour travailler plus lentement1. » Quelques portraits assez mauvais, mais ressemblants, me donnèrent pas mal de vogue et une certaine réputation.

Arrivé à dix-neuf ans, avec une tête assez volcanique, je travaillais le jour pour dépenser le soir, et même la nuit. Enfin l'on me trouvait partout où il y avait de jolies femmes.

Je rêvai un jour d'aller à Paris, mais comment faire, sans fortune, sans argent! Sans argent ! ! J'avais quatre louis, et, à vingt ans, ne croit-on pas avoir beaucoup de talent? Je partis donc de Malines, sans trompette ni tambour, ayant seulement mes quatre louis dans ma poche, prix d'une Minerve que j'avais faite pour M. Lefèvre, maintenant maître de poste à Bruxelles.

Me voilà à Paris, avec une lettre pour M. Van Spaendonck, qui me fit inscrire à l'Académie de Paris, et une autre pour M. Chenard, acteur de l'Opéra- Comique, lequel j'ai prié de me laisser faire son buste. Pendant ce temps-là, mes quatre louis se fondaient, et par-dessus le marché, j'eus le malheur d'en

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