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LES ÉTATS DE SERVICE D'UN MUSICIEN

Au comte Turpin de Crissé.

Paris, le 8 octobre 1828.

Monsieur le comte,

La bienveillance soutenue que vous m'avez toujours montrée, m'enhardit à implorer, aujourd'hui, votre appui protecteur auprès de M. le vicomte de la Rochefoucauld, au sujet de la demande que je lui adresse de la décoration de la Légion d'honneur. Puissiez-vous ne pas trouver ma prière trop importune.

En 1823, pour le retour d'Espagne de Monseigneur le Dauphin, je fus chargé, avec Auber, de composer la musique de Vendôme en Espagne. Cet ouvrage, après un succès d'enthousiasme à l'Opéra, honoré de la présence de la famille royale, fut ensuite représenté à la cour, devant S. M. Louis XVIII, qui daigna, après la représentation, nous adresser des paroles pleinesde bonté. A cette époque, je fus proposé pour la décoration. En 1827, j'eus deux ouvrages qu'on jugea dignes d'être représentés au grand théâtre des Tuileries: Marie, opéra en trois actes, et le ballet de Joconde. J'avais déjà eu le bonheur de composer, avec Boïeldieu, en 1816, Charles de France, pour le mariage de feu monseigneur le duc de Berry, et seul, le Roi René, pour les fêtes du couronnement de S. M. Charles X.

Monsieur le comte , votre protection éclairée s'étend sur toutes les branches des beaux-arts. Les compositeurs n'ont pas été très favorisés. Pas un seul pensionnaire-musicien de l'école de Rome n'a obtenu la croix, et presque tous les pensionnaires-peintres sont décorés. MM. Chérubini, Lesueur, Berton et Boïeldieu ont fait, pour moi, à deux reprises et par écrit, la demande de cette faveur, et c'est, je pense, le peu de croix accordées à la musique, qui me prive d'une récompense à laquelle j'attache un prix indicible.

J'ai fait dix- huit ouvrages [représentés sur les théâtres royaux, et sept ont eu du succès. Quelquesuns ont obtenu plusieurs centaines de représentations, et sont traduits et joués en pays étrangers. J'ai fait aussi un grand nombre de compositions instrumentales, qui m'ont mérité l'estime de nos grands maîtres.

Depuis 1815, à mon retour de l'école de Rome, j'ai été attaché au Théâtre royal Italien, et, depuis 1826, à l'Académie royale de musique ; ce qui me fait treize ans de service actif. J'ai fait, par ordre du ministère de la Maison du roi, pour choix et engagements de premiers sujets, en '1821, un long voyage en Italie et en Allemagne, pendant lequel j'ai engagé Mmes Pasta, Bonini; MM. Juchelli, Galli, etc., etc. Récemment, mon petit voyage à Bordeaux vous a prouvé combien j'attache de prix à être agréable à l'Administration. Dans toutes ces circonstances, j'ai été honoré de l'estime et de la confiance illimitée de mes chefs.

Pardonnez-moi, Monsieur le comte, de vous entretenir si longtemps de moi et de mes ouvrages, mais j'espère que vous voudrez bien m'excuser en pensant

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