‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 58 sur 116 · P. HÉROLD · texte numérisé non relu

P. HÉROLD

que dans les Arts l'émulation est tout. L'an passé, j'éprouvai une mortification qui altéra longtemps ma santé : j'eus la peine de voir mon nom dans tous les journaux, et de recevoir les compliments de tous les artistes, comme étant décoré, et rien n'était plus faux. Je ne sais à quelle personne officieuse je dus cette cruelle marque d'amitié, mais j'en conçus un chagrin extrême, et l'on m'assura que j'étais le premier sur une liste qui, apparemment, n'avait pu être adoptée.

Monsieur le comte, j'implore de votre bonté de vouloir bien accueillir ma prière avec un peu d'intérêt, et de me favoriser d'une parole bienveillante auprès de M. le vicomte, qui sait apprécier vos recommandations .

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le comte, avec le plus profond respect, votre très humble et très obéissant serviteur, Hérold

Cabinet Turpin de Crissé. — Il faut parfois plaider sa propre cause. Hérold se rendit compte de cette nécessité, et il n'eut pas tort. Sa lettre est du 8 octobre. Il demande la décoration. Il l'obtiendra le 3 novembre. A la vérité, l'auteur de Marie et du Roi René n'est pas encore l'auteur de Zampa et du Pré aux clercs. Mais Hérold a conscience de sa valeur; c'est d'ailleurs à lui que la France est redevable de la Pasta, dont le public est idolâtre depuis 1821, et qui n'est pas encore supplantée parla Malibran. Celle-ci, en effet, ne vint à Paris que dans les premiers mois de 1828, et débuta dans le rôle de Sémiramù, à l'Opéra, au bénéfice de ce même Galli, amené d'Italie par Hérold. Le succès de la Malibran fut réel ; il n'était pas encore incontesté. Hérold est donc fondé à se réclamer de la

Pasta, pour se faire bien venir de Turpin de Crissé, inspecteur général des Beaux-Arts. Et celui-ci fut bien inspiré en cédant aux instances du compositeur, qui devait mourir prématurément au début de 1833.

DAGNAN

Page 1