BOSIO
tombé en disgrâce peu avant l'avènement de la monarchie de Juillet, perdit sa femme. Une lettre de Bosio, en nous révélant l'existence du buste qu'il a sculpté, va nous apprendre à quelle époque son ancien ami et protecteur vit son foyer désert.
Paris, le 10 septembre 1843.
A Monsieur Grille, Bibliothécaire de la ville d'Angers. Monsieur et ami,
Il n'existe point de creux du buste de Mme Grille ; il m'est donc impossible, à mon grand regret, de répondre à votre désir sans faire un bon creux et, pour y parvenir, il faudrait m'envoyer le buste, car je craindrais qu'une main malhabile n'altérât l'original qu'il faudrait lui confier.
En tout état de chose, disposez de moi; j'éprouverai toujours un vrai plaisir à vous être agréable.
Agréez, je vous prie, l'assurance de ma haute considération, et croyez à toute la part que je prends à la perte douloureuse que vous venez de faire.
Le baron Bosio.
Bibliothèque d'Angers. Manuscrits. N° 572. — Ce qu'il faut retenir de cette lettre, c'est le sentiment de gratitude qui se fait jour après plus de quatorze ans de séparation. Lorsqu'il tient la plume, Bosio, membre de l'Institut, officier de la Légion d'honneur, est âgé de soixante-quinze ans. Il habite Paris. Il est le doyen de l'École. Il a ses admirateurs, ses amis, ses courtisans. Grille, au contraire, est un vaincu, presque un proscrit. Il remplit, là-bas, dans un département de l'Ouest, des fonctions modestes. Ses obligés d'autrefois ont oublié jusqu'à son nom. Bosio fait exception. Ni l'âge, ni les
travaux, ni la renommée ne feront obstacle à l'exécution du buste de Mme Grille, que la mort vient d'enlever. Combien de moins illustres que Bosio se fussent récusés si François Grille avait dû frapper à leur porte !