LE SERMENT DU JEU DE PAUME
A David d'Angers.
Mercredi 29 mars 1848.
Mon cher confrère,
Je m'empresse de vous faire parvenir les trois bustes de Siéyès, de La Revellière-Lepaux et de l'abbé Grégoire que vous avez eu l'obligeance de me prêter pour mon tableau du Jeu de Paume.
Je vous réitère mes bien sincères remerciements, en même temps que mes regrets, de ce que vos occupations du moment ne vous permettent pas de faire une courte visite au Salon, et d'y voir un ouvrage où j'ai fait mon possible pour ne pas rester trop au-dessous du sujet, et montrer que j'ai toujours présentes les leçons de notre maître. Dans cette pensée, j'aurais été heureux de savoir que vous en ayez eu cette opinion.
Je suis, avec toute l'affection d'un ancien camarade, votre tout dévoué confrère,
Auguste Couder.
Le Serment du Jeu de Paume, par Couder, est au musée de Versailles. C'est une page historique très digne de figurer dans le voisinage du Rochambeau à la prise d'York- Town, de l'Ouverture des États généraux et de la Fédération, du même auteur, exécutés de 1837 à 1844. Couder est demeuré le disciple de Louis David, dont il se plaît à
AUGUSTE COUDER
être le continuateur dans le domaine de l'histoire. Il se réclame, d'ailleurs, au cours de la lettre qui précède, de son passage dans l'atelier du peintre de Napoléon Ier, où il a connu le statuaire auquel il écrit, David d'Angers. Ce qui est plus particulier, et tout à l'honneur du statuaire, c'est l'emprunt que lui a fait Couder des bustes de Siéyès, de Grégoire et de Larevellière, considérés par lui comme des documents de toute sûreté. Les portraits authentiques de ces deux conventionnels n'étaient pas rares, et Couder aurait pu s'en procurer de plus d'une sorte. S'il s'adresse à son camarade de 1810, c'est donc qu'il apprécie toute la valeur iconique de deux bustes sculptés ad vivum avec une science et un art dont on trouve peu d'exemples dans l'école du dix-neuvième siècle. L'autographe de Couder est entre nos mains.
JACQUÈME, LOUBON, DUMAS