Livre
Garçon 200
Deux garçons de cuisine. / . . . 400
Chef d'office. 400
Autre chef d'office ^. . 400
Aide d'office ' . . 200
Garçon d'office ,. 150
Sonunelier 400
Garçon sommelier 150
Piqueur 800
Suisse 600
Quatre laquais - . . 1,800
Porte-flambeaux ' 300
Deux nègres 1,800
Un concierge 400
Un portier 400
Deux premiers porteurs 1,118
Deux porteurs de barquettes 768
Trois cochers. . 2,674
Trois postillons. 1,666
Quatre . palefreniers 1,766
Trois, brodeuses 1,600
238 UYRE DEUXIÈME.
royaume, empressées à une camaraderie qui peut devenir une protection plus tard (1) !
La fille de madame de Pompadour est élevée en princesse; elle ne s'appelle, comme les princesses, que de son nom de baptême; et sa mère a si bietl élevé son petit orgueil, qu'elle dispute le pa« à mademoiselle de Soubise (2). La marquise, songeant pour elle à un duché du Muine, avait un Jour, à sa flguerie de Bellevue, fait amener un bel enfant qui^ dans ses traits, ses gestes,* ses attitudes, était tout le portrait du Roi son père : cet enfant était le comte de Luc, le fils de Louis XV et de madame de Vinti mille. Madame de Pompadour essâysût d'intéresser le cœur du roi à l'union de ces deux beaux enfants, et elle tentait de mener sa pensée attendrie à ce joli château en Espagne , une famille où s^uniraient la ressemblance du grand-père et la ressemblance de la grand'mère; une race souriant à leur vieillesse et par- . lant à tous les yeux, qui mêlerait le sang de Louis et de la Pompadour (3). Mais à ce projet le Roi restait froid; et madame de Pompadour se rejetait sur une alliance avec le duc de Fronsac , le fils du maréchal de Richelieu. Si bon courtisan que fût Richelieu, si soumis que fût son orgueil à son ambition, il était presque blessé de l'honneur que voulait lui faire la marquise, et îui répondait ironiquement « qu'il était très-sensible à
(r) Mémoires du marquis d'Argenson, vol. m.
(7) Mémoires historiques pendant la faveur de madame de Pompadour* Bertrand, 1802.
(3) Mémoires de madame du Hausset. Baudouin.
Bon choix, mais que son fils avait l'honneur d'ap'partenir aux princes de la maison de Lorraine par sa mère, et qu'il était obligé de leur demander leur agrément. » Ces deux échecs ne décourageaient pas madame de Pompadour, et ne lui faisaient rien rabattre de ses prétentions. Elle se retournait d'un autre côté de la cour, et elle était à peu près satisfaite de négocier le mariage d'Alexandrine avec le fils du duc de Chaulnes qui apportait trois millions à la famille où il entrait (1), quand un frisson, pris au salut du couvent de l'Assomption , et dégénéré en petite vérole maligne, lui enlevait cette fille de ses espérances, et ne laissait qu'un frère et un père à l'ambition de ses affections.
Mars que pouvait, et que voulait faire madame de Pompadour pour son père , sinon le cacher et le tenir au second plan de la faveur, dans une de ces obscurités satisfaites, dans une de ces aisances repues et sans éclat où les courtisanes enterrent par pudeur un père sans préjugés? Le père Poisson apparaît, dans quelques gros mots que l'histoire a gardés de lui , comme le type d'un traitant en sous-ordre qui encanaille, dans sa grossière et robuste personne, l'esprit, le scepticisme, les goûts , les vices et jusqu'à l'insolence de la haute finance du temps. C'est un gros homme, plein de vie, de sang et de vin , allumé et débraillé par la débauche, crapuleux et suspect, qui cuve son scandale dans son
(1) Journal anecdotique de Barbier^ vol. Ul*
cynisme, et roule, dans cette tête, qui a entrevu la potence, les théories et la morale d'un neveu de Rameau*. Épanoui, raillard, et brutal, carrément installé, le chapeau sur la tète, dans l'impunité de sa fortune et la honte de ses pensions, il rit de tout avec l'impudeur de l'ironie et la crudité des mots; il rappelle aux laquais de sa fille son titre de père dans une langue qui ne peut être citée ; il échappe au mépris des autres par l'affiche du mépris qu'il fait de lui-même ; il impose des ordres à la Pompadour, il lui arrache les grâces par l'intimidation de sa vue et la menace du tapage ; et c'est lui qui, une nuit , partant au milieu d'un souper d'un éclat de rire qui arrête l'orgie, jette à ses convives, jette à Montmartel, d'un ton bourru comme un coup de poing : « Vous, Monsieur de Montmartel , vous êtes fils d'un cabaretier... Vous, Monsieur de Savalette, fils d'un vinaigrier... Toi, Bouret, fils d'un laquais... Moi ?. . . qui l'ignore (1) ?. . . »
C'était un tout autre homme, un parent parfaitement avouable , que le frère de madame de Pompadour. Il n'avait rien, de son père, rien du fond, rien de la mine. Avant que la graisse l'eût envahi , il était beau à l'égal de sa sœur, de cette beauté souriante et comme princière que nous montre le portrait de Tocqué. 11 était élégant, gracieux, de jolie tournure, de belles façons, avantagé enfin de tous les dehors qui mettaient un
(l) Vie privée de Louis XV. Londres, Peter Lyton, vol. III. — Histoire de la marquise de Pompadour, 1759.
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homme à sa place dans la cour élégante de Louis XV. Le Roi Taimait, l'admettait à ses soupers tête à tête avec la marquise de Pompadour, l'appelait du nom de petit frire (1). Il réussissait, il plaisait; il n'était ni exigeant, ni compromettant; il avait enfin pour sa sœur un entier dévouement. Et cependant dans ce frère si bien doué , si heureusement approprié à la position de la favorite, et faisant un tel contraste avec ce père indigne et compromettant , il y avait une malheureuse qualité qui refroidissait les bons vouloirs de madame de Pompadour , en s'opposant aux rêves de sa vanité et aux ambitions de son amitié. Le frère de madame de Pompadour, élevé et entretenu par le père Poisson dans une excessive défiance de lui-même, était modeste jusqu'à la timidité; il avait cette pudeur qui ôte l'assurance à l'ambition, comme elle ôte l'aisance à la contenance ; et il rappelait lui-même avec une charmante naïveté son embarras quand, tout jeune, il ne pouvait laisser tomber son mouchoir dans la galerie de Versailles, sans voir à l'instant des cordons bleus se baisser et se disputer l'honneur de le ramasser. C'étaient là de trop ridicules faiblesses en un tel pays, à la cour, pour n'être pas raillées et calomniées. La timidité du frère de la marquise fut déclarée nullité par tous les courtisans ; et il n'y eut pas assez de moqueries à Versailles pour le marquis d'^uan^-Ater, sifflé par la chanson :
(1) Vie privée de Louis XV, vol. lit