LES IIAL-Y1TA5TS
më Pechino, à qui les vœux stériles ne snfiL^aieDt pas et qui trouva que, pour qu'une roue marche, il est bon d'y pousser un peu.
Un jour donc que le hasard avait amené Yittori dans la cabane de Pechino, celui-ci s'écria avec des démonstrations de joie comme s'il lui survenait'dix mille ëcus de rente :
— Ârrivez-donc, camarades! c'est le ciel qui vous envoie.
Les Italiens du peuple mettent volontiers le ciel à tontes sauces.
— Quel ciel ? demanda Vittori ; que voulez-vous dire?
— Je veux dire^ reprit le berger, qu'il y a dans la contrée un mauvais riche, un mécréant gorgé des dépouilles de tout le monde; que ce gredin va tous les jours dans la montagne avec Tarpenteur, et que ce serait pain bénit que vous le débarrassiez d'une partie de ses trésors mal acquis.
Yittori avait trop la conscience de ses devoirs pour ne pas partager cet avis.
Tous renseignemens pris, le bandit désigna un jour très-prochain où il tirerait à vue sur la caisse deGiammaria.
11 y a des gens qni se noieraient dans un verre d'eau; il y en a d'autres que vous jetteriez au beau milieu de l'Océan, et qui en sortiraient mouillés tout au plus. Le hasard leur envoie toujours là,
à point nommé, un souiQe, un grain de sable; moins que rien qui les fait prendre à gauche quand le danger est à droite, et à droite quand il est à gauche.
Au jour fixé pour s'emparer de sa personne, la bonne étoile de Giammaria lui envoya la fièvre, en sorte qu'il ne put accompagner Tarpenteur selon sa coutume.
Le vice-délégat n'ayant personne sous la main, se décida provisoirement à le remplacer.
C'était un excellent homme nommé Spezza, aussi généralement aimé que Giammaria Tétait peu.
Ce que c'est que la chance I ce fut lui qui fut arrêlé.
Le géomètre et les hommes de peine le furent en même temps.
Une fois en montagne, Villori, qui croyait s'être emparé de Giammaria, se trouva fort étonné d'avoir pris le vice-délégat.
Toutefois, Vittori ne voulut pas avoir travaillé pour le roi de Prusse, et fixa à deux mille écus la rançon de Spezza. Le géomètre et lesmanuales en furent quittes pour la peur.
Ces /w«m^«/e5 s'appelaient, l'un Pilotti, l'autre Trombctta. Ce damier resta en otage avec le viccdélégat, pendant que Piloti allait à Patrica chercher la somme exigée.
LES MAL-VIVASTS V.S
Les Spezza étaient riches; mais, soit qu'ils n enssent pas d'argent sous la main, soit qu'ils ne déliassent que difficilement les cordons de leur bourse, le délai fixé par Vittori était expiré dopais longtemps, sans que le messager fut de retour.
— Monsieur Vittori, disait de temps à autre le yice-dëlégat au brigand, faites-moi le plaisir de me dire l'heure qu'il est à ma montre, aujourd'hui la vôtre.
Et, à mesure que le temps s'écoulait, il lui pre^ nait des sueurs froides qui le faisaient grelotter, à ce point que Vittori finit par le rassurer, en lui disant que, quelle que fût la somme apportée, il le renverrait quille et libre.
Trombelta n'eut pas plus tôt entendu celte promesse que, se mettant à flâner de côlé et d'autre, les mains sur le dos, il se coula doucement vers le chemin par lequel son camarade devait revenir.
Pilolti arrivait enfin, nanti d'une sacoche.
— Combien apportes-tu ? demanda Trombelta.
— Toute la somme, reprit Pilotti.
^Quelle simplicilét dit Trombelta; de si bol
argent.
Et il lui insinua que, Vittori étant disposé à se contenter d'une somme quelconque, ils seraient bien sols de ne pas garder mille écus pour eux.
Pilolti se rangea à cet avis. Le sac fui évenlré, le partage fait, et le corps du délil disparut provisoi-
rement sous quelques pelletées de terre, au pied d*un arbre que Ton marqua d'une croix.
Vitloritint sa parole, et le vice-délégat put rentrer le soir môme au sein de sa famille éplorée. Là il apprit que l'on s'était bien véritablement saigné de deux mille écus, et non de mille.
Quant aux deux complices, ils avaient dispafru.
Bien-vivans et mal-vivans, tout le motide se volait un peu. Aussi ne serais-je pas éloigné de trouver ce Trombelta plus brigand que les brigands euxmêmes.
Il échappa cette fois à toute punition, dit Masi; mais, en revanche, en 1845, bien longtemps après, on le fusilla pour un crime qu'il n'avait pas commis.
Masi ajoute que, dans le cours de sa mal-vivance, il n'a, en quelque sorte, vu que des serviteurs infidèles allant au-devant de la trahison, et prenant à tâche de faire dépouiller leurs maîtres.
Cependant il cite une noble exception..., mais ce n'est pas assez.
Non loin de Frosinone, dans une bourgade nommée Arnara, florissait un homme cousu d'or, dont les mal-vivants avaient eu, à diverses reprises, l'intention de dévaliser la villa. Ce qui avait jusque-là paralysé leur bon vouloir, c'est que Arnara étant à une assez grande distance des montagnes, il fallait tant de temps pour y aller et pour en revenir en
nne nnit, que c*élait tout an plus s'il en resterait
pour remplir ses poches.
Cependant ils se décidèrent. La villa de Salvalori, — c'était le nom du Crésus, — se -trouva cernée de brigands par une des plus longues nuits deThiverdeiSlO.
Trois bandits dressèrent une échelle et s'introduisirent, par une fenêtre, dans une chambre du premier étage. Un domestique était couché dans un cabinet contigu à cette chambre. Il entend du bruit, se lève dans l'obscurité, s'arme d'un fusil et se met à écouter, Toreille collée au trou de la serrure. En ce moment un bandit bat le briquet et allume une pelote de cire. Le domestique applique son œil là où était d'abord son oreille. Il reconnaît les mal-vivants à leur uniforme, ouvre brusquement la porte en criant: t Au voleur! i couche en joue l'un des brigands et l'étend par terre.
Ce brigand, -^ pour ceux qui aiment à tout savoir, — s'appelait Domenico Mangiafighi. Masi ajoute qu'il était de San-Stefano, et je suppose que le lecteur n'y voit pas d'inconvénient.
Ses deux compagnons n'eurent que le temps de jeter le cadavre par la fenêtre et dégringolèrent l'échelle au plus vile, sans demander leur reste. .
Comme ils sortaient d'Arnara, ils rencontrèrent
un paysan conduisant un âne, et mirent l'un et l'autre en réquisilion pour perler le cadavre.
Arrivés au mont Siserno, à l'ouest d'Ârnara, en un endroit appelé d Campo-Lupino^ ils forcèrent le paysan à y creuser une fosse.
— Plus grande que cela, dit l'un des brigands lorsque le paysan crut avoir fini.
Le paysan creusa de nouveau.
— Plus grande encore ! reprit le brigand.
Et, quand la fosse fut de dimension suffisante, on y enterra du même coup, non-seulement Mangiafighi, mais le paysan et son âne.
Cette atrocité avait pour but de dérober à la connaissance de l'auloriié le nom du bandit tué, et d'empêcher, en conséquence, le domestique de Salvatori de toucher la prime qui lui revenait.
11 est vrai que son maître le récompensa royalement.
Vers la même époque figurait dans la bande de Viltori, un jeune mal-vivant connu sous le pseudonyme de la Mecca, — son véritable nom était Angelo Coladeï, — il était amoureux fou d'une jeurie fille de Rocca Seccadi-Piperno, laquelle était sur le point de devenir mère.
Le digne père de cette ingénue conseilla à la Mecca de tuer tout simplement un de ses camarades, n'importe lequel, de porter à l'autorité la tôle du susdit, et dacquérir ainsi le droit de vivre