‹ Les Mal-vivants, ou, Le Brigandage moderne en ItalyChapitre 17 sur 22 · LES MAL VIVANTS 25'J · texte numérisé non relu

LES MAL VIVANTS 25'J

ment, elle mourut le lendemain. Les révérends pères farent abandonnés sar le champ de bataille et retournèrent à leur chartreuse, non sans force actions de grâce à la Madone.

Michel Magari dans les Abruzzes. — Le dernier repas. — Tuerie d'hommes et de béies. — Trop parler nuit. — Ëdit du cardinal Gonsalyi. — Généreux comme un voleur. — Monsignor Zacchia se fâche. — Difficulté de ménage. — La chèvre de l'autorité et le chou des brigands. — Horrible férocité de Gasparoni. -^ Un beau trait du nième. -^ Le colonel autrichien prisonnier des bandits. — Un fusij p^r écu. — Utilité de r uniforme. — Y avait-il prison? — Le parricide. —Courage d'une femme, lâcheté d'une autre.

Beaucoup de personnes s'imaginent de trjs-bonne foiquefes brigands ne versent le sang que par'absolue nécessité et que, en général, c'est surtout contre la force armée qu'ils tournent leurs armes.

Voici un fait entre mille qui démontre que ?es plus innoffensifs d'entre les habitants ne sont pas à l'abri de leur cruauté.

L'un des chefs de bande les plus sanguinaires, Michel Magari, s'était établi dans les Abruzzes après la fuite de M')nticello. Un chef de bergers, espèce dMntoiidant qu'on appelle inassaïo en Itilie, fut chargé par lui d'aller à la [irovision; niais^ au

lieu de cela, le massaïo se hâta d'aller faire son rapport à Tautorité. Donc, en place de vivres, Magari vit venir des gendarmes. Il ne jugea pas à propos de les attendre et prit la fuite, non sans jurer in petto de se venger de son mandataire infidèle.

Celui-ci se doutant bien du sort qui lui était rô- . serve, prit la résolution de se réfugier dans une autre partie du territoire. Il s'y croyait en sûreté ; malheureusement Magari ne larda pas à connaître le lieu de sa retraite; mais, cachant son dessein sous des dehors amicaux, il invita gaiement son ennemi à venir boire avec lui d'un certain vin, dont la veille quelques pauvres diables de voituriers avaient fait malgré eux la fourniture. Séduit par l'air cordial de Magari, le massaïo fit cuire deux moutons entiers, et appela tous les bergers à venir partager ce repas avec les bandits.

Tout alla bien d'abord; mais quand chacun fut rassasié et à peu près ivre de vin, Magari fit signe à l'un de ses compagnons de tuer le massaïo. La fatalité voulut que l'assassin se trompât : un des bergers présents paya pour son chef. Cette méprisa excita chez Magari une fureur qu'il tourna contre les bergers innocents; saisissant une bâche, il frappa de droite et de gauche sur ces malheureux et e:i ahallit plusieurs à ses pieds; les autres prirent Il fuite; mais une décharge générale de toute h bande les atteignit, de façon que, de douze qu'ils

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étaient, il n'en resta pas un seul vivant. Fous de colère, de vin et de sang, les bandits, sentant croître leur rage avec l'horreur de cette tr.-^gédie, se ruèrentsar les immenses troupeaux restés sans gardiens, et immolèrent plusieurs milliers de moulons. La nuit venue, ils traversaient la grande roule afin de quitter ce séjour devenu dangereux pour eux, quand ils rencontrèrent un pauvre diable que son mauvais sort jetait sur leurs pas.

— Où vas-tu? lui demanda Magari sans se faire connaître et de Tair le plus simple du monde.

— Je vais porter, dit l'homme, une dépêche au gouverneur du pays voisin, pour l'avertir d'un horrible massacre que viennent de faire ici les brigands.

— De quel massacre et de quels brigands veuxtu parler, mon ami ?

— Eh quoi 1 ignorez-vous que la bande de Magari infeste la contrée et y commet les crimes les plus affreux. Ah I monsieur, puisque vous êtes armés, vous et les vôtres, vous devriez bien purger la terre de ces misérables assassins.

— Je vais d'abord la délivrer d'un imbécile tel que toi, dit Magari en tirant son poignard.

Une minute après, le corps de l'infortuné messager gisait dans la poussière.

Cet épouvantable carnage, accompli en si peu

d'instants, redoubla la terreur des populations et la rigueur des autorités pontificales. Plusieurs crurent que Gasparoni en était l'auteur, et monsignor Zacchia, dôlôgat de Frosinone, signala juslement ce dernier dans un manifeste menaçant, comme un ennemi de Dieu et des hommes, un monstre vomi par l'enfer, un tigre qui dévorait également la main qui le frappait et la main qui le secourait. Le prélat rappelait, à cette occasion, un édit du secrétaire d'État cardinal Consalvi, en date du 7 juillet 1821, édit d'après tequel une récompense de douze cents francs était promise à tout individu qui ferait connaître la retraite des bandits; les biens de ceux-ci et les biens de tous leurs parents devaient être confisqués, leurs maisons étaient vouées à la destruction; enfin, toute amnistie devait élre désormais refusée aux mal-vivants,

Gasparoni qui se trouvait alors dans leg naontagnes d'Alatri, résolut de faire mentir paonsignor Zacchia aux yeux des populations,

La foire de Yeroli devait avqir lieu le jour de la Saint-André. A cette occasion, une foule de marchands, de fermiers, de paysans, devaient traverser la plaine de Frosinone pour se trouver de bon matin à la fête.

Après avoir fait promettra aux gens dp sa bande de ne molester qui que ce fût dans la nuit de la Saint-André, Gasparoni se dirigea vers Alatri et

enlra dans l'hôtellerie, qu'il trouva pleine de monde, hommes, femmes et filles.

La moitié de la bande fut laissée en dehors, et l'autre moitié pénétra dans la grande salle de l'hôtellerie à la suite de son chef.

En voyant Tétrange costume des nouveaux arrivants, chacun se mit à trembler. Gasparoni voulut rassurer son monde.

w— Mesdames et messieurs, dit-il dé son air le plus affable, n'ayez aucune crainte. Ni moi ni mes compagnons n'attenterons à voti*e vie, à votre honneur, à votre argent. Je vous en donne ma parole^ et Antonio Gasparoni ne sait pas ce que c'est que d'y manquer.

L'orateur comptait beaucoup sur Teffet de ce petit discours; mais au nom terfible de Gasparoni, Teffroi devint général. Chacun cherchait un rtioyen de cacher son argent; les femmes ôiaient leurs pendants d'oreilles et les glissaient dalis leur corsage; quatre soldats qui buvaient dans un coin tremblaient plus que tout le monde.

Gasparoni s'apercevant que son éloquence avait , fait une impression toute contraire à celle qu'il attendait s'avança vers les militaires, leur tendit la main et trinqua avec eux ; il fit ainsi le tour des autres tables, donnant force poignées de main et acceptant le verre de tous. Il se fit servira soupçr,

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