LES MM-VIVANTS
compte sur votre promesse de me ramener ce jeune homme... A propos, j'ai une idée.
— Et loi, demanda 50^/0 voce Massaroni à son compagnon, en clignant de l'œil, n'as-lu pas une idée aussi?
— La même que toi, je suppose, reprit Antonio sur le même ton.
— Je voudrais que vous ne revinssiez que demain malin, dit le commissaire, à onze heures précises.
— A onze heures précises, répétèrent les bandits.
Et ils sortirent du guêpier où ils s'étaient fourrés.
Màsocco, instruit de Téchauffourée de ses deux
compagnons, les attendait avec la plus vive anxiété,
et se préparait déjà à faire irruption dans Valle-
corsa même pour les dégager.
L'idée que le commissaire avait laissé pressentir était d'envoyer un exprès à Frôsinone et de faire â quelques dames de la société la galanterie de leur montrer le jeune Varroni.
Ces dames arrivèrent le lendemain matin, parées comme des châsses, celles-ci à dos de mules, celles- Jà en .voiturins.
Seulement, elles en furent pour leurs frais de toilette et de voyage, l'idée commune de Gasparoni et de Massaroni ayant précisément été de ne plus revenir du tout.
^ En France, et fort heureusement dans la plupart des États européens, on ne saurait se faire une idée de ces compromis, de ces accointances anodines, de ce mutuel échange de petits cadeaux, — qui — entretiennent l'amitié, — entre les criminels et l'autorité. Nous prenons un bandit ou il nous échappe, comme Jud, par exemple; il est libre ou condamné selon ses mérites; ce n'est rien ou c'est tout. Mais, en aucun cas, la justice ne descend de son piédestal pour traiter à l'amiable et discuter ses prérogatives.
Il faut, pour en arriver là, le désarroi complet où finissent par tomber les gouvernements fanatiques, — et par conséquent despotiques. — Il faut que, sous le brigand d'aujourd'hui, on se sente exposé à retrouver le complice des anciens jours ou à pressentir le sbire de demain.
Aussi sommes-nous résignés d'avance à ce que le lecteur français nous taxe parfois d'exagération.
Les préliminaires de Vallecorsa ayant échoué, Masocco retourna avec une partie de sa bande à ses petites occupations habituelles.
Nous disons avec une partie de sa bande, parce que, parmi elle, se trouvait un jeune homme dont le corps appartenait bien à la malvivance, mais dont les aspirations et le cœur étaient restés avec sa jeune femme au village de Prossedi.
Ce jeune homme était Giuseppe De cesaris, déjà
nommé, lequel devait à ses tresses arrachées par le brigadier Rita le malheur de son premier crime.
Au moment où on levait le camp pour retourner à la montagne. De cesaris alla à Masocco et lui déclara nettement qu'il voulait profiter des bonnes intentions de l'autorité et se constituer prisonnier.
Le chef répondit qu'il ne retenait personne de force, et que chacun était libre d'en agir à sa guise.
— Seulement, ajouta-t-il, réfléchis bien, dans la crainte de te repentir lorsqu'il ne sera plus temps.
De cesaris persista, et après avoir amicalement pris congé de ses compagnons, il alla se rendre au commissaire de Vallecorsa, suivi de quelques brigands, la plupart novices, qui avaient également pris la détermination de se rendre.
De cesaris avait calculé qu'il serait condamné à trente ans de galère, que 3a Sainteté en défalquant les deux tiers, il ne lui en resterait plus que dix, lesquels dix pourraient se réduire encore s'il se conduisait bien.
Or, il avait à peine vingt-trois ans, et le bonheur pourrait lui revenir vers la trenlaine. En attendant il lui sourirait de loin, à travers les barreaux du bagne, ce qui est toujours une consolation.
Le gouvernement était trop honnête pour revenir ouvertement sur la promesse de son délégué ; mais, quant à l'éluder, c'était autre chose.
1^68 brigands cons^litué&r eurent donc la vie sauve,
mais ils furent, selon leur degré de cKminalit6, divisés en quatre catégories :
La première, condamnée à perpétuité.
La secondée quatre-vingt-dix ans; là troislèlne à soixante, et la quatrième à quarante-cinq ans de fers.
Quels pouvaient être les deux tiers d'utié peine perpétuelle? le problème nous setnble insoluble.
Oti le sentit sans doute, car là condamnation infligée à De cesaris fut iitimédiatement réduite à quatre-vingt-dix années, ce qui n'ajournait plus qu'à six lustres sa félicité conjugale.
Aussi trouva-t'îi que le gouvernement se moquait du monde, et, transféré au bagne de Civita- Vecehia, il s'en échappa sans scrupule peu de mois après.
Nous raconterons bientôt lei^ Circonstances de cette évasion.
Récompenses honnêtes. — Encore la risiretta, — Un homme bien né. — Trop ou pas asiez. — A quel saint se vouer ? — Où reparaît le bargello Capucci. — Une écliauflfourée. — Hécatombe d'archers. — Le cardinal Coi salvi et Masocco. -f> Conditions d'amnistie. — Masocco an moral et au physique. -^ Tenir pon rang. "— Des mauvais tours que joue Tamourpropré.
Le gouvernement romain confirma, en cette année 1816, quelques édils promulgués sous la domination française. Entre autres celui qui ordonnait d'éclaircir les fractions de bois avoisinant les grandes routes, et celte fameuse ristretta^ loi de famine qui entourait de tant d'obstacles le pâturage 'des troupeaux, que ceux-ci finissaient par mourir d'échauffement et parfois de faim dans les étables.
On comprend que les fermiers ne s'en arrangeaient pas mieux que les troupeaux. 11 n'y avait que les mal-vivants à qui cela ne fit absolument rien.
Vdicî la copie textuelle d'une pièce que nous avons sous les yeux :
> En conformité de notre ôdit dû 28 octobre > 1816, ayant éié légalement reconnu que Virgl- » lius Bcnzoni, du village de Mnrolo, in?crit au
» numéro 12 sur la liste des mal-vivants par nous c publiée, a tué Francesco Garretara, inscrit en la » susdite liste au numéro 18, ordonnons que la ré- » compense de cinq cents ëcus, promise en Tédit » que dessus, lui sera délivrée selon la forme pres- » crite; lequel Benzoni se trouve entièrement li- » bërë, sans que personne à l'avenir, le puisse » molester.
» Frosinone, du palais apostolique, le 11 juin » 1817.
» Signé, G. Ugolini,
» Délégat apostolique. >
Ge Benzoni était un homme bien né^ devenu criminel dans une circonstance que nous ignorons, et que la malvivance avait refusé de s'affilier parce qu'elle ne voulait pas d'un monsieir.
Nous avons déjà cité un cas semblable , au deuxième chapitre de ces Mémoires, à propos de ce Vincenso Panici que l'on se rajppelle avoir attenté à la liberté de la princesse d'Étrurie.
Repoussé par ses pairs, Benzoni s'était mis à brigander tout seul, à son compte personnel, jusqu'à ce qu'un de ses parents étant venu s'associer à lui, il l'avait, une belle nuit, tué par surprise.
C'était la tét9 de ce parent (jue Ben^opi venait