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d'offrir amicalement au saint -siège, qui la lui payait.
Nous devons à la vérité d'ajouter que, à part BeDzoni et IJsecca (voir au chap. vu), nous ne retrouvons pas trace d'autres traîtres récompensés dans ces conditions.
Autre arrêté de monsignor Ugolini, à la date du !7jauvierl818:
» S'étant présentés en prison, le premier à Fro- » sinone, les deux autres à Terracine, les nommés :
» Domenico Geccarini, de San Stefano,
» Francesco, de Mola-di-Gaëte,
» Gioachimo Antoni, d'Itri, » désignés aux n°® 7, 18 et 20 du Catalogue des » brigands^ dressé le 18 décembre dernier.
» Ordonnons que toutes personnes, parents ou » autres, arrêtées à cause d'eux en raison de conni- » vence présumée, seront immédiatement élar- » gies.
» Puisse cette mansuétude ouvrir les yeux aux » autres et les induire à implorer les bontés du gou- » vernement au lieu de provoquer ses rigueurs 1 »
Rien que pour Geccarini, il n'y avait pas moins de vingt et une personnes mises sous les verrous.
Seulement cette mansuétude ne s'appliquait qu'aux complices présumés^ innocents pour la plupart. A moins qu'ils ne se présentassent une tête à
la main, l'autorité était an contraire três-rigide à regard des brigands qui se rendaient à merci.
Avec une tète, la liberté.
Sans tête, c'est-à-dire avec un meurtre de tooîns sur la conscience, trente ou quarante cinq ans de carcere duro.
C'était, en un mot, un tel amalgame de contradictions, de faiblesse et de cruauté, que la raison s'y perd. Ainsi, pendant que, d'une part, on élargissait quelques parents de bandits, on fusillait, de l'autre, deux femmes de Sonnino : celle-ci parce qu'on l'avait surprise lavant deux chemises fines et que personne n'en portait chez elle; celle-là , parce qu'on découvrait en sa possession dix-neuf balles de fusil.
L'anxiété était affreuse parmi les bergers, parmi les cultivateurs, parmi les marchands, parmi tous ceux que leur position mettait forcément en rapport avec les mal-vivants. Houspillé par les bandits ou fusillé par l'autorité, tel était le fâcheux dilemme.
— Seigneur brigand, hasardaient les eJus téméraires. Votre confiance m'honore; maïs, si vous vouliez bien vous adresser à quelque autre, ça me ferait un plaisir sensible.
Quand le seigneur brigand était de belle humeur, il daignait sourire. Mais cela était rare; d'ailleurs, pour toutes les bhoses de la vie matérielle, lés mal-
vivants ne pouvaient se passer d'intermédiaires; si ce n'était pas l'un, il fallait que ce fût l'autre.
Les archer» avaient adopte un nouveau système : il$ allaient de berger en berger, s'informant de l'heure à laquelle on ayait aperçu telle bande et de la direction qu'elle avait prise. Le berger était roué decoupss'il nesavait rien. Il ne se passait pas de jour qu'un de ces malheureux, perclus et contusionné, ne fût ramené chez lui sur un brancard.
Les bergers se prévalaient de ces persécutions aux yeux des mai-vivants pour faire acheter leurs services plus cher. Et, de leur côté, ces derniers en devenaient plus féroces à l'égard de la force armée, sur laquelle ils avaient deux vengeances à exercer : la leur est celle des bergers.
Un jour que Masocco et Gasparoni se trouraient, avec toute leur bande, sur le territoire de Vallecorsa, ils résolurent de donner aux archers une rude leçon.
Le bargello des archers à Vallecorsa Gapucci (voir au i*' chapitre), était précisément l'un de leurs persécuteurs les plus acharnés. Leplusdiifi* çile était^ non pas de lui tendre un piége^ mais de l'y faire tomber.
Voici comment ils s'y prirent.
Deux ou trois mal-vivants s'avancèrent en plein jour, jusqu'à l'entrée de Vallecorsa, et, s'y étant
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emparés du premier qui leur tomba sous la main, ils le mirent à mort sans pitié. é
Pendant ce temps, le gros de la bande s'était embusqué en un endroit où la route, faisant plusieurs coudes, offrait à la fois un observatoire et un abri.
Masocco s'était dit que, en raison du flagrant délit, Capucci ne pourrait se dispenser de faire sortir ses hommes et de marcher à leur tête.
C'était une manière d'allèchement comme lorsqu'on étale dans la plaine une curée quelconque pour y attirer les fauves malfaisants.
Mais le bargello était un habile homme. Il partagea ses archers en trois escouades qui ne sortirent que successivement. Elles devaient faire halte à deux ou trois portées de fusil du village et s'attendre lune l'autre.
A la vue du premier peloton qui s'arrêtait, Masocco reconnut qu'on en attendait un second et se tint coi. Mais lorsque arriva ce second peloton, il crut y voir Capucci et commanda le feu.
Deux archers, parmi lesquels un amnistié de 1814, restèrent sur place. Trois autres furent blessés et moururent quelques jours après de leurs blessures.
Quant à Capucci, il s'était prudemment réservé le troisième peloton, et ne faisait que sortir de Vallecorsa au moment de la fusillade.
De là, les mal-vivants se portèrent sur le terri-
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toire de San-Lorenzo, où ils tuèrent encore deux archers.
En tout sept victimes d'immolées, le même joar, à leurs ressentiments.
Peu de jours après^ Masocco et ses hommes s'étaient apostés dans les environs de Fondi, dans le royaume de Naples. On les avait vus et comptés : des rapports avaient été faits aux autorités. La bande en voulait certainement aux bons Pères, et rien ne paraissait plus facile que de l'investir dans le couvent même, lorsqu'elle y serait.
Tout fut parfaitement concerté. Vers dix heures du soir, deux compagnies d'archers sortirent, à pelil bruit. Tune de Sonnino, l'autre de Vallecorsa. Il neigeait un peu et le temps était des plus froids. Ceux de Sonnino s'étaient arrêtés en un lieu appelé Fontanillo (petite fontaine), à un quart de lieue à l'ouest du couvent.
Tout à coup ils voient se dessiner des ombres, entendent des cliquetis de fusils et des craquements de pieds sur la neige.
— Voilà notre affaire, dit le bargello^ apprêtez vos armes sans bruit.
De leur côté, les survenants devaient avoir éventé quelque mèche, car ils s'arrêtèrent en même temps.
— Attention! dit leur chef, je crois que nous les
tenons.
Quand les deux groupes eurent tiré l'un sur l'autre, il se trouva que Sonninais et Vallecorsains s'étaient enlre-lués. Quatre archers mordaient la poussière.
La bande de Masocco était au couvent, où elle se restaurait devant un bon feu.
Ces hécatombes d'archers étaient un peu faites pour dégoûter du métier. Les candidats aux vacalures devenaient fort rares, et encore ïie les trou- . vait-on que parmi les amnistiés de douteuse encolure qui n'avaient pas d'autre saint auquel se vouer.
Ce fut en ces conjectures, au mois de février 1818, que le cardinal Consalvi se rencontra à Terracine avec un envoyé du royaume de Naples, pour y aplanir quelques difficultés survenues entre les deux gouvernements limitrophes. Le cardinal songea à profiter de son séjour dans une province criblée de brigands pour essayer* de son influence personnelle. Il fit publier dans toutes les églises qu'il désirait voir le chef de bande Masocco, qu'il lui donnait sa parole de le laisser s'en retourner libre comme il serait venu, et que son seul but était d'arriver à une conclusion d'où sortiraient à la fois la pacification de la province et le salut des mal-vivants dans des conditions acceptables.
Deux bandes se partageaient alors la montagne : celle de Masocco, où Antonio Gasparoni comman-
dait toujours en sous-ordre; puis une autre, aux ordres de Gennaro Gasparoni et d'Alessandro Massaroni, qui s'étaient établis à leur compte.
Non -seulement les bandits avaient les mains dans toutes les poches, mais ils avaient encore des oreilles partout, comme le tyran de Syracuse. L'avis du cardinal Consalvi était à peine lu aux prônes depuis quelques heures que les intéressés le savaient par cœur.
Masocco avait, en tout, douze années de maivivance sur le corps et sur la conscience. Il commençait à trouver que c'était lourd, et résolut d'aller au-devant de trois personnages envoyés à sa recherche par Son Éminence.
— Messieurs, leur dit-il, à Dieu ne plaise que je doute de la parole de monseigneur le. cardinal Consalvi. S'il ne s'agissait que de moi, j'irais à lui le cœur ouvert et les yeux fermés; mais moi aussi j'ai charge d'âmes, et je dois à mes compagnons de îie pas négliger certaines mesures de prudence dont vous voudrez bien ne pas vous formaliser. Deux d'entre vous resteront ici en otages : ils seront l'objet des plus grands égards.
Cette proposition était assez juste; elle avait été prévue et fut acceptée.
— Je serai de retour avant sept heures du soir, dit alors Masocco à Gasparoni en je tirant à l'écart; faisons la part des éventualités, et mettons-en huit.
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Si tu ne me voyais pas à huit heures du soir, tu ferais fusiller ces messieurs.
Ces mesures prises, il suivit l'envoyé du cardinal et se dirigea vers Terracine.
Masocco, nous ne l'avons pas dit jusqu'ici, avait alors environ trente ans. C'était un homme sans éducation, mais doué de- facultés naturelles, d'un rare bon sens, — on ne s'en douterait guère, — et flairant de loin les hommes et les choses. Grand, gros, le port assez noble, les cheveux et la barbe noirs, il portait toujours un costume splendide et des armes de prix. (Se rappeler Chollet au troisième acte de Fra Diavolo.)
Si l'on ajoute à cela la terrible réputation qu'il s'était faite, on ne sera pas étonné du grand concours de curieux accourus au-devant de lui jusqu'aux portes de Terracine.
Introduit dans la grande salle d'audience du palais épiscopal où se trouvaient beaucoup de dignitaires de l'Église, ainsi que le ministre napolitain et sa suite, Masocco alla droit au cardinal Consalvi, mit un genou en terre et porta respectueusement à ses lèvres le bas de sa robe de pourpre.
Le cardinal le fit se relever et lui demanda avec bonté si le métier qu'il faisait ne lui déplaisait pas.
Révérendissime Éminence, reprit Masocco avec une humilité qui n'excluait pas l'assurance, le métier que je fais déplatt toujours. Les circonstances
seules et les passions mal contenues y mènent pas à pas. S'il y avait au monde un homme assez déshérité du eiel pour le choisir et y trouver du charme, il faudrait en avoir pitié et le considérer comme atteint d'une de ces infirmités de nature dont on n'est pas plus responsable que d'une bosse ou d'un pied-bot.
— Avez-vous des remords? demanda le cardinal; voulez -vous revenir à une existence plus honnête?
— C'est dans ce but que je suis venu me mettre aux pieds de Votre Éminence. Ma détermination est si bien prise que je me livre à elle aux conditions qu'il lui plaira de m'imposer.
Vos compagnons sont-ils disposés à vous imiter dans ce retour vers le bien?
Je réponds d'abord de moi, et je me considère déjà comme constitué, reprit Masocco en déposant ses armes. Quant aux autres, cela dépendra sans doute du plus ou moins de clémence du gouvernement. Dans tous les cas, je me suis'engagé à retourner vers eux pour leur faire part des dispositions de Votre Éminence; et, de plus, la sûreté des otages exige ce retour.
— Allez donc, reprit le cardinal, et reprenez vos armes. La seule expiation que j'impose à eux et vous, est d'être enfermés pendant un an au château Siint-Ange. Vos femmes et vos enfants pour-
ront y j^ëjoùrner avec vous et adoucit* ainsi votre captivité. L'année expirée, on vous internera dans des villes ou dans des villages, où vous serez logés aux frais du gouvernement, avec une pension perpétuelle de neuf écus par mois : ce qui ne vous empêchera pas de vaquer à un travail honnête et d'augmenter vos ressources.
— Ces conditions sont miséricordieuses, reprit Masocco, et je les déclare acceptées d'avance. Tous mes hommes seront ici, ce soir, aux ordres de Votre Éminence.
Ils y furent tous, en effet, au nombre de douSse, dont se composait la bande actuelle.
Restait la bande de Gennaro Gasparonî.
Malheureusement, bien que fait à tous, Tappel du secrétaire d'État n'avait nominativement mentionné que Masocco. Gennaro Gasparonî en fut profondément blessé dans son amour-propre.
— Ah! s*écria-t-il, c'est comme celai On ne daigne pas traiter avec moit... on ne me reconnaît pas pour un chef I... on me prend pour un simple brigand à la suite, sans libre arbitre et résigné d'avance à faire comme les autresl Eh bien, je vais leur prouver qu'il y a un autre chef que Masocco!
Et voilà par quel misérable motif l'autre bande ne profila pas des conditions d'amnistie véritablement généreuses que le cardinal lui offrait.
VAlhergo^Reale, — Le comte Hector de Y... et Candido Rinaldi.
— Soi-disant propriétaire dans ]a Gironde et brigand dans la montagne. — Les dames Scaparelli. — Une œuvr^ d'art.
— Pietro. — Un mauvais' serviteur. — Où M. le comte est réduit à se servir lui-même. — Une épaule en compote. — Docteur et frater. -^ La coqueluche des Scaparelli. -^ Polybe et Xénopbon. — Annibal, Scipion et la bataille du Tésin. — La signorina Emilia. — Pergolèse et Sacchini. — Escarmouches sentimentales. — Jamais et toujours. — Fouette, postillon! — Un mariage pour rire où tout le monde pleure. -*- A brigand, brigand et demi.
Nous laisserons pendant quelque temps Masocco et sa bande sur la route du château Saint-Ange, pour raconter une étrange histoire, complètement historique qui se rattache à cette époque et à notre sujet.
Un soir de décembre 1817, une chaise de poste était arrivée à VAlbergo-Reale (auberge Royale), à Terracine.
Cette chaise de poche amenait un jeune homme d'une trentaine d'années, de franche mine et de bonne tournure, que son passe-port désignait sous le nom de comte Hector de Y..., propriétaire dans la Gironde.
Le comte avait les cheveux noirs, le teint mat tirant sur l'ambre pâle, et parlait si bien le toscan, que rien ne l'aurait empêché de passer pour un Italien.
Il est vrai qu'il parlait également bien le français, et que rien ne l'empêchait d'être de Gascogne.
Le lendemain, il venait de visiter les ruines de Tancten palais de Théodoric, roi des Goths, et entrait, en touriste, à la cathédrale, lorsqu'il se croisa avec deux dames qui en sortaient et remontèrent dans une voiture qui les attendait.
A en juger par l'âge de ces dames, l'une devait être la mère, l'autre la fille.
Celle-ci avait de dix-sept à dix-huit ans, — un âge presque mûr en Italie. — Quant à dire si elle était éblouissante de beauté, nous ne trouvons aucun renseignement sur elle, et nous ne l'avons jamais vue.
Seulement, elle devait avoir tout au moins la beauté du diable, et peut-être même un peu plus, si nous en jugeons par l'effet qu'elle parut produire sur monsieur le comte.
Une nuée de mendiants obstruait le portail de la cathédrale.
— Connaissez-vous ces dames? demanda le comte à l'un deux en lui jetant dans la main quelques baloques.
— Si je les connais I reprit le mendiant ; elles
viennenl tous les jours à l'église. Ce sont les dames Scaparelli, les plus riches du diocèse.
— Et elles habitent?...
— Leur villa àe Ponte-Maggiore^ à une poste de Terracine.
Le soir, le jeune comte apprit de Vostessa de XAlbergO'Reale^ que la signorina Scaparelli était fille unique et qu'elle ne connaissait pas sa fortune.
Cette locution est de tous les pays. Ne pas connaître sa fortune devrait surtout s'appliquer aux pauvres diables qui ont de bonnes raisons pour cela.
Quelques jours après, le comte annonça qu'il allait continuer son voyage à pied, en artiste, et qu'il reprendrait sa chaise de poste au retour.
— Prenez garde à la bande de Masocco, lui dit Vostessa.
— Qui cela, Masocco?
— Un chef de brigands qui rançonne les voyageurs quand il ne les tue pas.
— Je n'ai que des lettres de crédit qui ne pourraient pas lui servir; et quant à ma vie, qu'en ferait-il, bon Dieul
Vostessa fit un signe de croix et offrit au jeune homme une amulette qui le préserverait peut-être de tout danger.
— A propos, demanda le comte en donnant une
bague en échange de cette prière mentale, et ce bandit, où perche-t-il?
— Partout et nulle part.
— Merci du renseignement, dit le comte en riant; je prendrai de Tautre côté.
Deux ou trois heures plus tard, un jeune homme se présentait aux avant-postes de Masocco, réclamant une audience de ce chef.
Ce jeune homme avait une trentaine d'années, comme le comte Hector; il avait les mêmes yeux, le même nez, la même bouche, les mêmes cheveux et le môme teint légèrement bistré. Seulement, ir était, disait-il, un simple paysan des environs de Florence, et répondait au nom de Candide Rinaldi.
— Je tenais un poignard à la main, dit-il à Masocco; mon frère atné s'est jeté dessus. Comme nous étions en train de nous quereller pour une part d'héritage, on prétend que je l'ai tué, et je n'oserais pas affirmer que Ton se trompe de beaucoup.
En attendant que la chose s'éclaircisse, je suiâ venu prendre l'air de ce côté, et je vous demande de l'emploi.
Il y avait, sous le paysan, une certaine apparence de monsieur qui commença par déplaire à Masocco; mais, d'un autre côté, le nouveau venu y mettait tant de rondeur, l'homme du monde et l'homme du peuple s'amalgamaient sibien,Rinaldiexpliquait si gaie-
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ment comme quoi, son père le destinant à la moinaille, on l'avait enfermé en un couvent d'où il s'était enfui, un beau jour, avec la caisse de l'économe, la nièce de l'abbé et une douzaine de mots latins dans la cervelle pour tout bagage, que Masocco, revenant de sa prévention, finit par l'accueillir à bras ouverts.
Au bout de quelque temps, Rinaldi était devenu la coqueluche du chef et le boute-entrain de la bande. 11 était ardent au danger et au plaisir. Il charmait les veillées par ses histoires. Il défiait et battait les plus vaillants au tir, à la soif, à la course, à l'indigestion, aux tours de force, à l'escamotage, à la danse, à l'escrime, à tout ce qui fait l'admiration du vulgaire. On ne jurait plus que par lui.
Un jour que les mal-vivants revenaient de faire une école en arrêtant un carrosse parfaitement vide, Candide Rinaldi prit Masocco à part et lui tint ce langage :
— Cher maître, lui dit-il, je suis étonné qu'un homme comme vous ne mette pas un peu plus d'art dans ses entreprises : enlever des voyageurs, dépister des archers, rançonner quelques possesseurs de troupeaux ou de bicoques, ne trouvez-vous pas que cela finit par devenir bien monotone à la longue?
— Je ne dis pas non, reprit Masocco, mais on prend ce qu'on trouve.
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— Soit, mais en se donnant la peine de cheVcher on trouverait mieux. Ainsi je vous ai dépisté, moi, une jolie besogne, propre, agréable et de bon rapport. Ni rudesse, ni brusquerie : peu ou pas de danger à courir. Gela vous va-t-il?
— Il me semble que je serais bien difficile si... Je me charge de préparer le terrain et de l'ensemencer; vous n'aurez plus que la récolte à faire.
— Et tu ne demandes que la part de prise?
— Rien que ma part, cher maître, comme le plus humble de vos compagnons. Seulement, il y a parmi le riche butin que je convoite, un joli petit cœur de dix-sept à dix-huit ans que je demande à dévaliser tout seul. Il me faut pour cela quinze jours de culture préparatoire, et le concours de l'un de vos hommes les plus intelligents, Pietro par exemple. Voulez-vous me les accorder et vous en rapporter à moi, jusqu'à la moisson? vous ferez semblant de nous confier une mission é
— Prends Pietro» reprit Masocco, et pars quand tu voudras.
Le soir même du jour où CandidoRinaldi quittait la bande dont il était l'un des plus beaux ornements, le comte Hector reparaissait à XAlbergo Reale^ où il retrouvait sa chaise et ses malles.
Cette fois, il était accompagné, disait-il, d'un domestique italien, dont il avait fait la précieuse acquisition par les chemins.