Comptes-rendus, Académie des sciences, 5 janvier
BACTIÎRIES. 17
dies des végétaux' ? Le fait est qu'ils contribuent tous les jours à éclairer quelques phénomènes morbifiques de nos plantes-.
En tout cas, leur connaissance intéresse au plus haut degré l'hygiène, la médecine, l'agriculture, en un mot toutes les classes sociales. C'est ainsi que des savants des plus autorisés et des hommes de science des plus considérés se sont appliqués à leur étude.
Au point de vue de leur développement, les bactéries présentent des formes diverses suivant leur âge et le milieu nutritif où elles sont placées. — Elles peuvent être sphériques, microcoques, en forme de bâtonnets, hacciles^ enroulées en spirale, spirilles^ etc.
Malgré cette polymorphie, qui est bien démontrée pour un grand nombre d'entre elles, il n'en est pas moins vrai qu'une bactérie d'une espèce donnée ne peut pas se transformer en une bactérie d'une autre espèce. La nature d'une bactérie n'est pas donnée seulement par sa forme, mais aussi par l'aspect de ses cultures et par ses propriétés physiologiques et pathologiques.
1. Il y a, en effet, un bon nombre de maladies même graves, comme par exemple celles qui déciment en ce moment les vignobles de la Californie et les rizières de la Lombardie, Brusone, pour ne citer que les principales, qui paraissent contagieuses et dont on ne connaît point la cause.
2. La tuberculose de l'olivier, la gangrène de la tige de la pomme déterre, la maladie bactérienne des pommiers et poiriers dans llllinois (Etats-Unis), etc..
LovERDO. Les maladies cryptogamiques. 2
Enfin leur organisation très simple les place aux derniers échelons du règne végétal, à côté des algues par leurs caractères morphologiques, et des champignons par leurs conditions biologiques, — parasitisme. Ici, d'accord avec M. Saccardo, nous avons surtout pris en considération ces derniers caractères.
Cependant, si ces organismes trouvent dans les céréales avariées un milieu favorable à leur développement*, sur les mêmes plantes vivantes elles n'occasionnent, d'après ce qu'on connaît aujourd'hui, qu'un seul phénomène morbide, celui causé par le :
BACILLUS SORGHI. Burill.
Maladie du sorgho sucré (angl. Sorghum Bligt.)
En 1882, MM. Palmeri et Gomes furent les premiers à observer une altération particulière sur les pieds du sorgho à sucre cultivé sur un petit terrain de Castellamare (près
1. Très abondants dans les céréales avariées, ces organismes ne paraissent pas être tout à fait étrangers à la cause de quelques maladies chez les personnes qui en consomment sous forme de pain ou de polenta. On a beaucoup écrit sur cette question en particulier, et sur les rapports entre les micro-organismes du maïs avarié et la cause de la pellagre. Récemment, MM. les docteurs A. Monti et V. Turelli de Pavie ont entrepris d'étudier rigoureusement cette question. (Voir Rendiconti dell'Accadem. dei Lincei, vol. VI, 2^ sér., fasc. 4 et 5, 1890.)
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de Naples), qu'ils attribuèrent d'abord à l'action de VUstilago Beiliana, Kûlin*.
La même maladie, ayant aussi fait son apparition l'année suivante, a attiré encore plus l'attention de ces botanistes, qui, ayant exprimé des chaumes de sorgho ainsi altérés, ont pu observer que le suc sortait rouge, et qu'il donnait de suite lieu à la fermentation alcoolique succédant à la fermentation acétique. Ce suc, en effet, soumis, à peine extrait, à la distillation, donnait de l'alcool, tandis que celui des tiges saines n'offrait aucune trace de ce corps.
Ces auteurs, après avoir décrit les symptômes de cette maladie, attribuèrent la cause à des saccharomycètes et signalèrent aussi la présence d'une minime bactérie qu'ils ont cru pouvoir identifier avec le Bacierium terno Duj.
Depuis lors en Europe il n'en a plus été question. Aux Etats-Unis, au contraire, Forbes signalait la même maladie dès 1883, et soumettait des pieds de sorgho ainsi atteints à l'examen de M. Burill, professeur à l'Université de rillinois. C'est en 1886 que ce dernier remarqua dans les tissus altérés la présence de nombreux microbes, auxquels il donna le nom de Bacillus Sorghi.
Enfin en 1888 nous voyons la même maladie envahir les cultures du sorgho à sucre de la station expérimentale de
1. Palmeri e Cornes, Notizie preliminari sopra alcuni fenomeni di fermentazione del Sorgo saccarino vivente. (Accad. délie scienze Fis. e Mat. di Napoli, fasc. 12, 1883.)
Kansas, et M. Kellerman lui consacrer une étude spéciale \ que nous allons résumer ici.
Caractères extérieurs de la maladie. — Une coloration jaunâtre, formant des taches qui se manifestent sur la surface interne de la gaine, est g-énéralement le premier indice du mal. Ces taches, commençant par la ligule ou par l'extrémité supérieure de la gaîne, possèdent une forme irrégulière. Ainsi quelquefois elles longent les grosses nervures ou les faisceaux fibro-vasculaires de la gaine et s'y limitent ; dans d'autres cas elles forment des points isolés, qui, limités d'abord entre les nervures secondaires, s'agrandissent de plus en plus, deviennent confluents, s'étendent du bas en haut de la gaine et ne sont arrêtés que par les nœuds de la tige (fig. 1 A). La coloration jaunâtre que ces taches possédaient au commencement devient de plus en plus foncée, et, après avoir passé par toutes les nuances intermédiaires, elles tournent vite au rouge, puis ■au rouge brun, puis au rouge foncé et prennent enfin une couleur presque noire. Ces altérations, qui se retrouvent aussi sur les tissus sous-jacents, ne se manifestent que plus tard à la partie extérieure de la gaine.
M. Kellerman remarque qu'il n'est pas rare de trouver sur les parties atteintes quelques insectes (diptères ou
1. Sorghum Bligt. in Report of Botanic Department of the Kansas exper. Stations, 1888.
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aphides), qui contribuent à hâter le détachement de la gaîne, mais qui sont étrangers à la cause de la maladie.
La maladie se manifeste aussi dans la tige par une coloration jaune des faisceaux fibro-vasculaires, se détachant nettement du parenchyme blanc qui les entoure. Cette couleur tourne vite à l'orangé plus ou moins intense, se répand tout autour sur le parenchyme et passe, finalement, au rouge brun, nuance qui paraît caractériser particulièrement cette affection.
Dans beaucoup de cas le collet lui-même n'est pas respecté, et ses tissus sont désorganisés.
Enfin les racines aussi ne sont pas toujours exemptes de cette coloration, qui se manifeste par la couleur rouge caractéristique, d'abord sur les racines inférieures et plus profondes, pour ne laisser à la fin que les racines superfîcielles comme soutien de la plante. Celle-ci, conséquemment, cède au moindre effort.
Caractères microscopiques. — Si on soumet maintenant les parties attaquées à Texamen microscopique, on constate que les parois des cellules ne sont pas altérées, ou qu'elles présentent, tout au plus, une légère coloration rouge. Le contenu protoplasmique, au contraire, se contracte, comme s'il avait été traité avec de l'alcool ; il se sépare des parois cellulosiques et perd sa consistance plastique ; les grains de chlorophylle se décolorent et se brisent en petits morceaux ; toute la masse se contracte et prend, selon les cas,
Taspect coriace d'un noyau au milieu de la cellule, ou bien elle se divise en petits morceaux qui nagent dans un liquide coloré en rouge. Les grains d'amidon, qui ordinairement dans ce dernier cas se décomposent, peuvent aussi persister dans les cellules, et, par leur petitesse, leur forme lenticulaire et leurs mouvements oscillatoires se confondre avec les microbes. On peut les reconnaître facilement au moyen de l'iode. Enfin, le parasite continuant toujours son action destructive, la masse protoplasmique finit par se présenter sous un aspect laiteux qui rappelle celui de l'émulsion de certaines substances huileuses.
Etude bactériologique du microbe. — La cause de la maladie du sorgho à sucre, dont nous venons de donner les caractères, est due, d'après MAL Burill et Kellerman, au Schizomycète que l'on constate dans les organes atteints, au moyen d'un fort grossissement microscopique. La preuve nous est fournie par les expériences de M. Burill, qui, par des inoculations artificielles, est arrivé à reproduire six fois sur neuf le parasite, et avec lui la maladie, sur des plantes saines et vigoureuses.
L'organisme en question, comme tous les Bactériens en général, est d'une simplicité extrême. Son corps, infiniment petit, est constitué d'une substance protoplasmique enveloppée par une membrane cellulosique excessivement mince, qui se présente au microscope sous l'aspect dune ligne de démarcation (fîg. 1 B). C'est là l'expression la plus simple
BACILLUS SORGIII.
de la cellule végétale. Ces cellules s'offrent sous la forme de courts bâtonnets mesurant à peine 1 1/3 à 4 {x* de longueur sur 1/2 à 1 1/4 (X de largeur. Elles pullulent en grand nombre dans les organes attaqués et se reproduisent avec une rapidité surprenante.
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FiG. 1. — A. Face interne d'une gaîne de sorgho sucré tachée de la maladie (D'après une chromolithographie.) — Bacillus sorghi. B. Bâtonnets de diiTérentes dimensions. — C. Cellules sporifères et spores. — D. Forme microcoque. — E. Développement de la hactérie en cultures artificielles. (D'après Kellerman.)
Leur reproduction a lieu généralement par scissiparité : chaque individu se sectionne transversalement en deux individus nouveaux qui se séparent, le plus souvent, complètement Tun de l'autre, mais qui peuvent aussi rester en