‹ Les maladies cryptogamiques des cralesChapitre 59 sur 111 · Sorauer, loc. cit., t. II, pag · texte numérisé non relu

Sorauer, loc. cit., t. II, pag

pour le terrain et qui n'a pas de prédisposition à la verse, ainsi que la variété anglaise d'hiver : Spalding's prolific^ qui préfère les terrains sablo-argileux et qui fournit une abondante récolte, présentent beaucoup de résistance à la rouille.

Enfin, suivant les observations faites depuis longtemps et confirmées expérimentalement dans ces derniers temps par M. Vilmorin^, les variétés américaines, même originaires de variétés européennes (exportées d'Angleterre en Amérique), sont bien plus sujettes que ces dernières aux atteintes des cryptogames de la rouille.

Dans les expériences que nous venons de citer, la culture, les fumures, la nature du sol n'avaient cependant exercé aucune influence visible, de sorte qu'il faut croire que la variété seule avait agi. Ces résultats nous fixent sur la résistance de difïérentes variétés et peuvent servir à diriger d'autres essais.

Le secret de cette résistance est dans la rusticité et la santé des variétés. Nous avons vu que les variétés peu rustiques, sujettes à la verse et altérées par d'autres maladies, charbon, carie, etc., sont les plus sensibles à la rouille.

On se préoccupera d'avoir des variétés, autant que possible, rustiques, résistantes à la verse et précoces. Il ne faudrait pas non plus oublier de sulfater les semences pour obtenir des plantes exemptes d'autres maladies.

1. Bulletin de la Société Nationale d'Agriculture de France. Séance du 23 juin 1886.

Mais outre la résistance de la variété, une autre chose attirera l'attention de Tag-riculteur : les fumures. On n'apportera pas aux champs un excès d'engrais surtout riches et azotés \ en raison de la prédilection avec laquelle le parasite attaque, comme nous avons vu, les végétations exubérantes. D'autre part il faut en fournir assez pour donner de la force aux plantes et activer leur assimilation. A la suite de plusieurs expériences comparatives, on a eu l'occasion de remarquer que le seigle, ainsi que le blé, fumé en excès était plus sensible à la rouille.

Malheureusement toutes ces précautions, qu'un beau temps pendant la végétation des céréales rend vraiment efficaces, se montrent insuffisantes, si les pluies sont persistantes et favorisent la germination du parasite.

Et maintenant, voici le moment de la récolte arrivé, les spores brunes ou rouges, dans le cas de l'Uredo, de la rouille sont attachées à la paille après la moisson. Ces germes constituent les agents par lesquels le champignon conserve sa vitalité pendant l'hiver. Si on convertit la paille qui les porte en fumier, on ne les détruit pas, on leur fournit au contraire des conditions nécessaires à la germination du printemps. Le seul moyen pour que ces spores ne puissent communiquer la maladie Tannée suivante, c est de brûler la paille, dont l'emploi pour la nourriture des

1. Voy. Larbaletrier, les Engrais et leur application à la fertilisation du sol. Paris, 1891 (Bibliothèque des connaissances utiles).

animaux n'est pas à conseiller, et qui constituerait une litière médiocre. Les champs profiteront de ces cendres.

Quant aux rouilles monoïques [Paccinia, sorghi^ Uredo glumarum, etc.), si, après la brûlure des pailles pour les Piiccinies et le changement de semences pour Y Uredo, elles continuent leur apparition, il faudra suspendre la culture des plantes qu'elles attaquent pendant quelques années et faire perdre ainsi aux spores qui persistent dans les champs leur pouvoir germinatif. Un enfouissement profond de ces spores après Tannée de l'attaque, au moyen d'une façon aratoire, peut aussi donner des résultants satisfaisants.

A présent reprenons les spores brunes ou teleutospores des rouilles hétéroiques, qui pour une raison quelconque : manque de calcination, fumures infectées de pailles, rouillées, transport de spores par des ag'ents naturels, etc., se trouvent sur les champs. Il est évident que ces spores seront inoffensives, à moins que les sporidies formées à Textrémité de leurs stérigmates, au printemps, se fixent sur la feuille de la plante qui sert de second hôte à l'espèce ; par conséquent de l'épine- vinette, Mahonie, etc., pour la rouille des graminées [Paccinia g raminis)^ des Borraginées pour la rouille linéaire [Puccin. Rahigo vera), des Rhamnées pour la rouille couronnée [Puccin. coronata). C'est seulement de ces plantes que dépend la vie ultérieure du champignon : Supprimer donc ces plantes, c'est supprimer les espèces qui croissent à leurs dépens, c'est supprimer la maladie.

Depuis longtemps la relation entre la rouille et Tépinevinette avait été reconnue. C'est ainsi qu'un arrêt du Parlement de Rouen en 1600 ordonnait la destruction de cette plante. Que dopinions émises depuis cette époque ! Que d'expériences contradictoires sur cette épine - vinette ! Tout cela était cependant naturel. hyEcidiani Berberis d'abord n'était pas découvert. Les expériences marchaient au hasard sans avoir la moindre teinture scientifique. Ici on accusait les grains de pollen de l'arbuste comme cause du mal ; là on supprimait les haies de l'épinette-vinette, et avec elles la| maladie ; ailleurs la rouille subsistait menaçante, malgré la suppression de cet arbuste. On ne soupçonnait pas que d'autres espèces, n'ayant pas besoin de l'épine-vinette, mais se contentant d'autres plantes très communes dans les champs, causent aussi la rouille ; que cette maudite épine-vinette pouvait de loin, de plusieurs mètres même, faire sentir sa présence par des fecidiospores transportées par le vent, soit directement sur les céréales, soit sur des graminées sauvages, et nous en avons vu un grand nombre souffrir de la rouille, qui servaient d'intermédiaire à l'extension de la maladie !

M. de Bary, par ses expériences conduites avec sagacité, a résolu cette question, une des plus importantes de la pathologie végétale.

La première conséquence pratique, tirée de cette découverte de M. de Bary, mit terme à deux procès. L'un était intenté par les populations agricoles du Midi de la France,

l'autre par celles de la Prusse orientale, aux sociétés du chemin de fer de Lyon et du chemin de fer de Dantzig, qui avaient planté, le long de quelques chaussées, des haies épaisses d'épine-vinette, pour se défendre contre les tourbillons de neige. Dès ce moment il est devenu impossible aux agriculteurs de cultiver des céréales sur les champs voisins des voies ferrées, à moins de voir les récoltes détruites par la rouille, qui envahissait d'abord les plantes les plus voisines des haies de Bei^heris ipour se répandre ensuite tout autour. A la suite des observations de M. de Bary, les Sociétés de chemin de fer perdirent leur procès, et se virent obligées de remplacer dans leurs haies Tépinevinette par d'autres arbustes. Cette décision a suffi pour rendre la culture des céréales dans lesdites localités possible et prospère.

Autour de ces faits, qui sont de nature à ne laisser aucun doute sur la question, d'autres sont venus se grouper. C'est ainsi qu'en 1869 une expérience en grand fut signalée par M. de Taste à la Société d'Horticulture d'Indre-et- Loire. Des moissons bordées d'une haie d'épine-vinette présentaient tous les ans un développement intense de rouille ; on arracha la haie et la rouille disparut. Une autre expérience tout à fait analogue à la précédente, et portant sur le seigle, a été communiquée à la Société Botanique de France par M. G. Rivet.

Une véritable guerre contre l'épine-vinette fut déclarée dans les localités surtout où la rouille décimait les récoltes.

Quelques ^gouvernements même ont pris des mesures à ce sujet. En Prusse, par exemple, fut émis Tordre de ne pas cultiver dans les jardins ou autre part l'arbuste de Berheris dans un périmètre de 150 mètres de la campagne.

Nous croyons cependant que ce n'est pas d'une limitation de culture de l'épine-vinette, mais bien de son extirpation «■énérale qu'il s'agit ici. Si on pense au grand nombre de graminées sauvages qui abritent cette même sorte de rouille et qu'on trouve partout dans la campagne, on comprendra comment ces plantes peuvent annuler les distances en servant de foyers intermédiaires pour la propagation de la maladie. Du reste l'extirpation d'une plante qui peut être surpassée ou remplacée par beaucoup d'autres, soit comme arbre d'ornement, soit comme arbuste de clôture, ne paraît présenter aucun inconvénient.

L'arrachement de l'épine-vinette est un moyen tout indiqué pour qui veut se débarrasser de la rouille des graminées ou du Puccinia graminis.

Le Puccinia graminis ne doit pas seul nous préoccuper ; une autre espèce non moins dangereuse, et qui dans ces dernières années, après l'arrachement de l'épine-vinette, paraît prendre une extension inquiétante, est, sans contredit, le Puccinia Ruhigo vera, la rouille linéaire. Elle est très commune, en Italie surtout. D'après les observations de M. Pirotta, professeur à l'Université de Rome, cette espèce est presque la seule qui provoque la rouille des céréales dans la campagne Romaine, où il n'y a pas

même de traces de Berheris. D'autre part, nous avons vu le rôle qu'elle a joué dans les épidémies (en Sicile).

Le seul moyen de s'opposer au développement de cette espèce consiste, comme on le prévoit, dans l'extirpation des Borraginées.

Ce moyen est long et onéreux ; mais, loin de le considérer avec quelques auteurs comme impossible, nous le croyons nécessaire, surtout quand nous pensons qu'il s'agit de plantes dont Texistence, sous la double inculpation de mauvaises herbes et de propagateurs de la rouille, ne doit pas être tolérée.

Quant à la rouille couronnée [Puccinia coronata), qui est plus rare que les autres, toutes les fois quelle se présente avec quelque intensité, c'est à la suppression du Neprun et de la Bourdaine qu'on devra avoir recours pour la combattre.

De tout ce qui précède, il résulte qu'il sera toujours possible aux agriculteurs dune contrée de se débarrasser des rouilles hétéroïques, qui sont du reste les plus à craindre, surtout si ces agriculteurs s'entendent entre eux pour détruire en commun les plantes sauvages qui assurent l'existence aux parasites de ces maladies.

C'est là, il faut le reconnaître, le moyen de lutte le plus efficace, pour lequel cependant les autres précautions déjà décrites : choix de variétés, mode d'emploi de fumures, etc., ne doivent pas être négligées, étant donné que la suppression complète d'un si grand nombre de .plantes, sur-

tout s'il s'agit des Borraginées, n'est pas Tœuvre d'un jour.

Enregistrons ici un palliatif recommandable dans beaucoup de cas, et connu sous le nom de : Cordage des blés.

Nous avons vu que, bien que les Uredospores (la rouille proprement dite des Anglais) soient préjudiciables, c'est surtout comme pouvant amener la production des Teleutospores (le miUIew des Anglais), qu'il faut les redouter. Une fois que la rouille s'est déclarée dans un champ, on fera le possible pour s'opposer à sa propagation et éviter ainsi les suites fâcheuses qu'elle comporterait. Malheureument les moyens pour atteindre ce but nous font défaut. Le seul que nous sachions est le cordage. Il a pour but de faire tomber les gouttelettes de rosée ou de pluie qui existent sur les feuilles, les tiges du froment, de l'avoine, etc., et de détruire ainsi un milieu éminemment favorable à la germination des Uredospores. Le cordage doit avoir lieu avant, pendant et après l'épiaison. Cette opération consiste à faire traîner le matin de très bonne heure (au moment du lever du soleil), une longue corde par deux ouvriers sur les céréales, de façon à les secouer le plus possible.

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