FRÉQUENCE
8 mètres, c’est-à-dire au tiers et à moins du tiers de la distance à laquelle entend une oreille normale. 11 résultait des recherches de Weil que les troubles auditifs augmentaient à l’âge où les sujets sont astreints à la fréquentation des classes; les recherches de Bezold n’ont pas confirmé ce résultat. Cette dureté de l'ouïe est généralement ignorée de l’enfant qui en est atteint, elle l’est également de ses parents et de ses maîtres; aussi Weil pense-t-il avec raison qu’on devrait exiger des écoles que l’audition de tous les enfants qui semblent distraits fût soumise à un examen.
Bezold, comparant dans chaque classe ses tableaux statistiques sur la fréquence de la surdité avec les places obtenues par les écoliers, arriva à ce résultat extrêmement important : « que non seulement la surdité a, d’une manière générale, une influence sur les places obtenues par les élèves, mais qu’on peut encore constater, à ce point de vue, une gradation qui répond au degré de la surdité des sujets. » Étant donnée une classe de 100 élèves, la place moyenne est 50. Or, ceux qui entendaient la voix chuchotée des deux côtés ou d’un seul à 8 mètres et moins de 8 mètres avaient comme place moyenne 54,09 au lieu de 50; ceux qui n’éntendaient des deux côté% la voix chuchotée qu’à 4 mètres et moins de 4 mètres avaient comme place moyenne 64,36, et ceux qui des deux côtés n’entendaient qu’à 2 mètres ou moins de 2 mètres avaient comme place moyenne 67,70.
D’après les comptes rendus statistiques des auristes (1), le sexe masculin est plus souvent atteint que le sexe féminin, dans le rapport de 3 à 2. Les maladies de l’oreille prises dans leur totalité donnent 25 p. 100 pour les maladies de l’oreille externe (eczéma 2 p. 100, otite externe circonscrite 3,5 p. 100, otite externe diffuse 5 p. 100, aspergillus 0,1 p. 100, amas de cérumen 14 p. 100, myringite aiguë 1 p. 100), 67 p. 100 pour les maladies de l’oreille moyenne (inflammation aiguë 17 p. 100, catarrhe chronique et sclérose sans perforation 25 p. 100, inflammation purulente chronique 20 p. 100), 8 p. 100 pour les maladies de l’appareil nerveux.
D’après l’enquête de Bezold, plus de la moitié des affections tubaires concerne des enfants. Les cas de surdité d’origine nerveuse se répartissent ainsi : les enfants 6,9 p. 100, les adultes
(I) Voy. Bürkner, Beitrüge zur Statistik der Ohrenkrankheiten. Àrchiv für Ohrenlieilkund!, t. XX, p. 81 .
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93,1 p. IOO. La proportion est analogue pour les otites moyennes chroniques sans perforation.
Les refroidissements jouent, aux yeux du public, le rôle le plus important dans l’étiologie des maladies de l’oreille ; et, de fait, on ne peut nier qu’ils ne soient, dans une série de cas, la cause de la maladie. C’est ainsi que nous voyons la membrane ou la caisse s’enflammer d’une façon aiguë et, dans les affections chroniques, le mal s’exaspérer, immédiatement à la suite de l’impression du froid (courant d’air, introduction d’eau froide). Certains cas de surdité absolue survenue rapidement à la suite d’un vif refroidissement (après avoir dormi en plein air, etc.) doivent être considérés comme des affections labyrinthiques.
L’oreille saine n’a pas besoin, dans les conditions ordinaires, d’être protégée contre l’action du froid ; c’est seulement par les froids véhéments, par les temps pluvieux, tempétueux, qu’il est bon de boucher l’oreille avec de l’ouate et, surtout chez les enfants, de couvrir cette région. Il faut, dans ces mêmes conditions, faire de même pour toute oreille sujette à des poussées inflammatoires. Les malades atteints d’une perforation de la membrane doivent porter constamment de l’ouate dans l’oreille. L’oreille doit toujours être protégée contre l’introduction d’un liquide froid : aussi doit-elle être tenue bouchée si l’on se baigne, surtout si l’on plonge et si l’on saute dans l’eau. Ceux qui doivent user, à ce propos, des plus grandes précautions sont les sujets à membrane perforée, l’introduction de l’eau froide pouvant donner lieu à une vive inflammation.
Aux personnes sujettes aux refroidissements il faut recommander de porter des vêtements de laine. Elles doivent s’aguerrir au moyen de frictions froides, de bains froids, en vivant occupées au grand air. Le sujet est-il atteint de quelque affection catarrhale de l’oreille ou y est-il prédisposé, il doit ne pas fumer, s’abstenir de boissons alcooliques, ne pas séjourner dans une atmosphère humide ou chargée de poussières.
Les vives impressions sonores momentanées ou continuelles, — le cas le plus fréquent est celui d’explosions, — peuvent amener des déchirures de la membrane du tympan ou des troubles de l’appareil nerveux avec dureté de l’ouïe passagère ou permanente ou surdité complète; aussi y a-t-il parmi les artilleurs un grand nombre de sujets durs d’oreilles. Chez les gens qui par métier sont exposés à un bruit violent continuel, les chaudron-
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•niers, les meuniers, etc., il se développe des lésions de l’appareil nerveux avec dureté de l’ouïe plus ou moins prononcée.
Les artilleurs doivent chercher à se garantir dans une certaine mesure des violentes impressions sonores au moyen de tampons d’ouate solidement enfoncés dans le conduit.
Changer de profession est le seul moyen d’arrêter les progrès de la surdité, lorsqu’ils sont dus au genre de métier.
Moos (1) a appelé l’attention sur la surdité qui se développe •chez les conducteurs de locomotive et les chauffeurs ; cette surdité mérite particulièrement d’être prise en considération, ceux •qui en sont atteints pouvant être la cause de graves accidents parce qu’ils n’ont pas entendu les signaux acoustiques et les •ordres qui leur sont transmis verbalement.
Des blessures de l'oreille plus ou moins graves ne sont pas rares, surtout chez les enfants, à la suite de coups appliqués sur l’oreille. Les parents et les maîtres devront donc avoir toujours présente à l’esprit cette vérité, que l’oreille de l’enfant n’est pas tun endroit qui convient à l'application des moyens disciplinaires.
Les remèdes employés contre les maux de dents occasionnent parfois des inflammations de l’oreille ou sont l’origine de corps ■étrangers : c’est ainsi qu’on verse dans l’oreille pour combattre lie mal de dents du chloroforme, de l’eau de Cologne, de l’éther •ou d’autres liquides, qu’on y enfonce des pilules, des oignons et autres objets. On doit se garder de recourir à tous ces moyens.
Afin d’éviter Yobsbuction du conduit auditif par l’accumulation du cérumen, il est nécessaire de le nettoyer quelquefois. On ne procède à ce nettoyage chez les enfants que lorsque le dépôt de •cérumen se voit du dehors ; on l’enlèvera, soit avec un coin de serviette enroulé, soit avec un cure-oreille. 11 ne faut pas aller plus profondément. Chez l’adulte, ce qui convient le mieux pour •enlever le cérumen épaissi est le cure oreille en usage ou mon fporte-ouate (fig. 12). Les instruments acérés ou pointus peuvent •blesser la membrane et érafler la peau du conduit. Des lavages faits au hasard peuvent ramollir l’épiderme, en amener la chute et provoquer de l’inflammation ; aussi doit-on se garder d’y recourir sans motif; il en est de même des instillations d’huile et •de l’introduction de vapeurs chaudes dans l’oreille.
•fl) Zeitschrift fUr Ohrenlicilkunde, t. IX, p. 370.
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Un. grand nombre de maladies de l’organe auditif sont causées et entretenues par des affections du nez et du pharynx nasal, attendu que les affections catarrhales aiguës ou chroniques de ces régions se propagent aux muqueuses tubaire et tympanique et que le gonflement de la muqueuse de ces mêmes régions entrave la ventilation des trompes. Le rôle le plus important revient ici, surtout dans l’enfance, aux végétations adénoïdes du pharynx supérieur. 11 résulte des statistiques de Killian (1) portant sur les sujets atteints de végétations adénoïdes traités à ma clinique pendant l’été de 1886, que parmi les malades audessous de 15 ans affectés de gonflement tubaire, d’otite moyenne ou d’un reliquat de ces affections, 40 p. 100 étaient atteints de végétations adénoïdes; de 16 à 20 ans, la proportion était de 12 p.| 100; de 21 à 30 ans, de 11,3 p. 100. Ces chiffres montrent la haute importance de ces productions du pharynx supérieur (2). Toutes les fois qu’un enfant souffre d.’upe maladie de l’oreille, il faut rechercher si son pharynx supérieur n’est pas occupé par ces productions; si elles existent, il faut les enlever, et pour cela le mieux est de se servir de la curette que j’ai recommandée.
J’ai pu constater chez 4 p. 100 de mes malades l’existence d’une hypertrophie polypoïde de l’extrémité postérieure des cornets inférieurs.
Parmi les' maladies générales qui peuvent occasionner des affections de l’oreille, les maladies exanthématiques jouent, avec la scrofule et la tuberculose, le rôle le plus important, car souvent des affections de l’oreille s’installent durant leur cours. La scarlatine et la fièvre typhoïde, la rougeole et la variole sont à citer en première ligne. La tuberculose et la syphilis peuvent aussi présenter des déterminations auriculaires. De plus, toutes les maladies qui s’accompagnent de troubles circulatoires peuvent exercer sur l’oreille une influence défavorable (affections cardiaques, pléthore, emphysème, goitre, anévrysmes), en partie parce qu’elles provoquent des affections de l’oreille, en partie
(1) Einiges iiber adenoide Wucherungen und ihre Operation mit der Ilartmannschen Kurette. Von Dr Killian in Freiburg, Deutsche medicinische Wochenschrift , n° 25, 1888.
(2) On pourra consulter sur ce sujet l’ouvrage de M. Moldenhauer sur les maladies des fosses nasales et du pharynx nasal, dont nous avons publié une traduction en 1888. ( Note du traducteur.)