‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 34 sur 57 · Cornets acoustiques · texte numérisé non relu

Cornets acoustiques

Dans bien des cas de surdité grave, la conversation peut être facilitée au moyen d’instruments qui ont pour but soit de diriger le son vers l’oreille, soit de faire agir sur cette dernière une plus grande quantité d’ondes sonores.

(49» à 50», — 5sr,783), Balaruc (47», — 78*,045), Salins-Moutiers (36» à 38», lier,317), Salies de Béarn (15», — 216er,020). (Note du traducteur.)

THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE

Le son ne diminuant pas d’intensité lorsqu’il est transmis à travers un tube, la parole sera donc aussi bien perçue transmise à l’oreille par ce moyen qu’émise tout près de l’oreille. Si le tube est muni d’un ajutage en entonnoir, ou si sa forme générale affecte la forme d’un cône qui va se rétrécissant, le son est de plus collecté, renforcé et réfléchi vers l’extrémité rétrécie qui s’abouche dans le conduit auditif.

Le nombre des cornets acoustiques en usage est extrêmement considérable; ils diffèrent entre eux et par leur forme et par la matière servant à leur fabrication. Il faut tenir compte, dans le choix que l’on veut faire, d’une part du degré de la surdité, d’autre part de l’affection qui l’a produite. D’une manière générale, on peut poser en principe que plus un instrument est petit, plus son action est faible. Lorsque la surdité résulte d’une otite moyenne scléreuse à marche lente ou d’une affection du labyrinthe, c’est aux instruments fabriqués en matière souple qu’il faut recourir. S’il y a des bourdonnements d’oreille et que l’usage de ces instruments les renforce, il faut renoncer à leur emploi ou tout au moins le restreindre autant que possible, S’agit-il d’une affection installée de longue date, d’une suppuration d’oreille guérie depuis longtemps ou d’un traumatisme ancien, on emploiera avec avantage, surtout dans le cas de surdité très prononcée, les instruments en fer-blanc. C’est l’expérience du malade, prolongée pendant quelque temps, qui souvent décide elle-même de l’utilité d’un cornet acoustique.

Les cornets acoustiques les plus employés sont les suivants :

1. Le cornet acoustique de Dunker. — Il a près d’un mètre de long ; il est fabriqué avec un tissu souple autour duquel s’enroule un fil métallique. Il se termine à une de ses extrémités par un ajutage conique destiné à l’oreille, et à l’autre par un entonnoir en corne qui recueille la parole.

Il est incommode pour les malades de maintenir dans l’oreille pendant un temps un peu long le court embout auriculaire; aussi convient-il de remplacer cet embout par un tube rigide qui sert à tenir l’instrument.

2. Cornets acoustiques en forme d’entonnoir fabriqués en caoutchouc durci ou en tissu souple. — Parmi ces derniers, il en existe dans le commerce de très pratiques en cuir souple; ils peuvent se plier en deux pour être portés dans la poche, et reprennent la forme en entonnoir lorsqu’ils ne subissent plus de pression.

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3. Cornets acoustiques en fer-blanc. — a. Cornets acoustiques qu’on fixe à la tête. Petits cornets coniques recourbés en forme de demi-lune, placés autour de l’oreille de telle façon que leur ouverture se dirige en avant. Les dames surtout les emploient volontiers, parce qu’ils peuvent être dissimulés en très grande partie par l'arrangement de la coiffure; mais leur utilité est bien mince.

b. Cornets acoustiques se rétrécissant en forme de cône : les uns sont droits avec pavillon collecteur du son en entonnoir, les autres recourbés deux fois sur eux-mêmes, ce qui fait qu’ils sont très courts et peuvent être tenus dans le creux de la main.

Politzer a fait construire pour les sourds un tout petit instrument dont le principe repose sur cette remarque faite par lui, que le son est perçu notablement renforcé lorsqu’on agrandit la surface du tragus en appliquant en arrière de lui une petite plaque solide : une plus grande quantité d’ondes sonores se trouve ainsi réfléchie de la conque dans le conduit auditif. Ce petit instrument en caoutchouc durci consiste en un tube coudé à angle droit, dont l’extrémité interne, plus petite, s’introduit dans le conduit auditif, et dont l’extrémité externe, plus large, repose dans le pavillon. Il serait surtout utile lorsque, ainsi que c’est l’ordinaire, le visage du sourd est tourné vers la source sonore. Suivant Politzer, il offre pour la plupart des sourds cet avantage essentiel, de pouvoir être porté dans l’oreille sans être remarqué.

Killian a fait construire récemment un cornet acoustique en ferblanc en forme de cornet de postillon, très pratique, qui peut être aussi porté comme manche de canne ou comme éventail.

Parmi les instruments employés pour améliorer l’audition, il faut encore citer les petits tubes d’Abraham destinés à maintenir béante la lumière du conduit auditif, dans le cas de collapsus de ses parois. On obtient parfois une amélioration de l’ouïe avec les appareils dits otophones qui, appliqués en arrière des pavillons, les repoussent en avant et en dehors.

Rhodes, de Chicago, a fait breveter récemment sous le nom d’audiphone un instrument qui, dit-il, met les sujets très sourds et les sourds-muets en état d’entendre. L’audiphone consiste essentiellement en une mince plaque de caoutchouc durci maintenue convexe au moyen de fils. Cette plaque doit être appliquée sur les dents de la mâchoire supérieure, et c’est en face d’elle que parle l’interlocuteur. Colladon emploie au lieu de cet instrument, avec un résultat semblable, un disque de carton mince, droit sur trois de ses côtés, échancré en demi-cercle sur le quatrième, ayant 30 centimètres de large sur 40 de haut. On le rend convexe en l’appliquant fortement sur les dents de la mâchoire supérieure.

Un autre instrument, aussi d’invention américaine, est le denta-

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phone; il consiste en une mince plaque de métal placée comme dans le téléphone à l’extrémité d’un entonnoir en bois et en face de laquelle parle l’interlocuteur. Du milieu de la plaque métallique part un fil aboutissant à son autre extré nité à une plaque de bois que le sourd doit tenir entre ses dents. Les ondes sonores sont transmises par le fil de la plaque métallique à la plaque de bois, et des dents au labyrinthe par les os de la tête.

En fait, il résulte d’essais multiples entrepris avec l’audiphone et le dentaphone que le malade entend quelquefois mieux avec ces instruments : mais leur action ne l’emporte pas sur celle des cornets acoustiques qui, pour l’usage de tous les jours, sont beaucoup plus commodes.

Si la surdité est très accusée et si la parole n’est pas entendue, même à l’aide de cornets acoustiques, il faut apprendre au malade à lire sur les lèvres des personnes qui parlent.

MALADIES DU PAVILLON

Anatomie.

Le pavillon a pour substance fondamentale un cartilage réticulé tapissé d’un périchondre qui y adhère très solidement. La peau qui recouvre ce dernier est mince et dépourvue de coussin adipeux. La partie du pavillon qui mène dans le conduit auditif externe a la forme d’une coquille (concha auris) ; deux replis l’encadrent, l’hélix et l’anthélix, qui comprennent entre eux la fossette scaphoïde. Au-dessous de l’origine de l’hélix dans la conque existe, dirigé d’avant en arrière, le tragus que recouvre en partie l’ouverture du conduit auditif. En arrière et vis-à-vis du tragus, l’extrémité de l’anthélix forme une petite saillie, l’antitragus. Une échancrure sépare le tragus de l’antitragus, en bas et en avant de laquelle est l’appendice désigné sous le nom de lobule de l’oreille. Le pavillon se prolonge dans le conduit auditif en se rétrécissant en forme d’entonnoir; un repli saillant marque entre eux la ligne de démarcation.

Eczéma du pavillon.

Le plus souvent l’eczéma aigu atteint en môme temps que le pavillon la peau des régions voisines ; il est assez rare qu’il se limite à l’oreille seule.

Son invasion est d’ordinaire très rapide ; la peau de tout le pavillon devient rouge, considérablement gonflée, ce qui donne à ce dernier une vilaine forme en massue : il y a en même temps une sensation douloureuse de tension et de chaleur. Le gonflement, en gagnant la peau avoisinante de la tête, soulève un peu l’oreille et l’en éloigne ; s’il envahit l’ouverture du conduit auditif, il peut la rétrécir ou l’oblitérer. L’affection est-elle légère, la couche épidermique la plus superficielle est dans la

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suite le siège d’une desquamation (eczema sqaamosum), sans qu’il y ait exsudation. Si l’inflammation est plus vive, ce qui arrive souvent dans l’eczéma de l’oreille, il y a transsudation d’un liquide séreux qui soulève l’épiderme : tantôt ce sont de petites vésicules distinctes les unes des autres, tantôt le soulèvement occupe une étendue plus grande (i eczema rubrum ), et alors on a sous les yeux une surface rouge, suintant abondamment, sur laquelle la sécrétion en se desséchant forme des croûtes (eczema impetiginosum). Le liquide sécrété est souvent en quantité très considérable, il dégoutte continuellement comme d’une éponge qu’on presse. Avec un traitement approprié, il diminue au bout de quelques jours, il en est de même du gonflement et de la rougeur, la couche épidermique se reforme : pendant quelque temps encore il subsiste de la rougeur et une desquamation pityriasiforme qui bientôt font place à une guérison complète .-Souvent, pendant que le mal est en voie d’amélioration, survient une rechute, une nouvelle poussée inflammatoire se déclare. Dans d’autres cas, l’affection traîne en longueur et passe à l’état d’eczéma chronique ; la sécrétion devient purulente, les croûtes augmentent de volume et s’épaississent; le chorion participe, lui aussi, au gonflement. Parfois des rhagades se forment qui causent une vive douleur, surtout si l’on vient à toucher l’oreille. Lorsque la maladie dure pendant un certain temps ou se renouvelle assez fréquemment, il se produit un épaississemeut de la peau qui persiste, même après la guérison de l’eczéma, et donne à l’oreille un aspect informe. Cet épaississement est parfois si considérable qu’il obstrue la lumière du conduit auditif. L’oblitération devient complète lorsque les surfaces opposées se soudent entre elles.

Dans bien des cas, l’eczéma chronique ne se manifeste que par un gonflement assez accusé et de la rougeur avec desquamation modérée à la surface, accompagnés d’une sensation de brûlure et de démangeaison.

L’eczéma peut être limité à certaines régions : ainsi, il peut n’exister qu’au niveau de la ligne d’insertion du pavillon, sous forme de rhagades ; souvent il occupe le lobule après qu’il a été percé, opération que les parents font pratiquer sur les enfants dans bien des contrées, en partie par superstition, comme dérivation, en partie pour y suspendre des objets de parure. Le port de ces objets provoque aussi assez souvent des inflammations

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circonscrites, qui peuvent occasionner l’élargissement du trou percé et finalement la section du bord inférieur du lobule.

Il se forme, surtout chez les enfants, à la suite d’otorrhées, des excoriations et des croûtes h l’ouverture du conduit auditif et sur le pavillon.

Traitement.

Ce qui convient le mieux, à la première période de l’eczéma aigu, est un traitement aussi indifférent que possible. S’il y a~ de la douleur ou une sensation de distension et de démangeaison, le remède qui, comme indifférent et calmant, donne les meilleurs résultats est un badigeonnage avec une solution d’acide phénique ou salicylique à 1 ou 2 p. 100 dans de l’huile d’olive, ou l’application de petites compresses de toile trempées dans cette solution. L’huile est le meilleur moyen de protection contre les agents extérieurs, elle calme la douleur et fait tomber les croûtes. Lorsque l’eczéma suinte abondamment, on le recouvre de poudres, en particulier d’amidon mêlé à de l’oxyde de zinc par parties égales. On peut ajouter à ce mélange de l’acide salicylique ou de l’alun. On se borne, au surplus, à soustraire les parties malades aux influences nocives. Les solutions aqueuses ne sont souvent pas supportées, l’eau augmentant la tension et le gonflement de la peau. S'il y a des croûtes, on doit les faire tomber régulièrement en les ramollissant avec de l’huile. Dans l’eczéma chronique, lorsqu’il n’y a plus de suintement sur les surfaces malades, on emploie avec avantage une pommade à l’acide borique (acide borique, 2 gr.; onguent simple, 10 gr.) ou la pommade de Hebra (Rp. emplâtre de plomb simple (1), vaseline, ââ, mêlez sur un feu doux). On étalé ces pommades sur de petites compresses de toile fine qu’on applique ensuite sur les parties malades. Il faut, avant de procéder à cette application, enlever avec soin tous les produits d’exsudation. C’est seulement lorsque la pommade est en contact direct avec les surfaces malades que la guérison se produit.

Lorsque la peau est fortement infiltrée, on peut employer le savon vert en nature ou en solution dans l’alcool. Si l’on a affaire à une surface sèche en état de desquamation, on em-

(1) L’emplàtre de plomb simple est composé d’huile d’olives, litharge, parties égales. (Note du traducteur.)

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ploiera avec avantage les préparations de goudron : badigeonnages deux fois par jour avec du goudron liquide en solution dans l’huile ou l’alcool. On traite les rhagades avec le nitrate d’argent en substance ou en solution aqueuse. Dans les cas particulièrement rebelles, il peut être nécessaire de recourir à l’arsenic (liqueur de Fowler 2 à 6 gouttes par jour). On devra aussi porter son attention sur l’état général du malade.

Inflammation aiguë du pavillon. Périchondrite du pavillon.

L’inflammation aiguë du périchondre du pavillon est une affection assez rare.

La face antérieure du pavillon devient le siège d’un gonflement rouge sombre, à, surface lisse, qui augmente rapidement d’étendue et peut occuper toute la face antérieure du pavillon et dépasser le volume d’un œuf de pigeon : l’orifice du conduit auditif est dans ce dernier cas complètement bouché. La tumeur est douloureuse, brûlante au toucher et fluctuante. Si l’on y pratique une incision, on tombe dans une cavité remplie d’un liquide ordinairement visqueux, tantôt assez clair, tantôt un peu trouble, plus rarement purulent ou sanguin. L’examen avec le stylet montre le périchondre détaché du cartilage; les parties qui entourent la poche et celles qui la recouvrent sont le siège d’un gonflement dur et n’ont que peu de tendance, même après l’évacuation du liquide, à revenir à leur état primitif. Elles restent pendant longtemps ou pour toujours épaissies et déformées. Si l’on n’y fait pas d’incision, la tumeur peut persister pendant des mois en ne diminuant que lentement de volume. J’ai vu, dans un cas, la périchondrite atteindre tout le système cartilagineux de l’oreille externe ; la guérison exigea beaucoup de temps, les diverses portions du cartilage se prenant les unes après les autres. J’ai vu une fois la périchondrite succéder à une brûlure ; la tumeur fut incisée et drainée, et la guérison survint avec atrophie du pavillon.

Le traitement de la périchondrite est, à sa première période, antiphlogistique. D’ordinaire, les malades ne se présentent à notre observation que lorsque la collection liquide s’est produite; les parties molles qui la recouvrent doivent alors être

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largement incisées et on ménage au liquide qui se forme de nouveau un libre écoulement, soit en plaçant dans la plaie des tubes à drainage, soit en remplissant la cavité de gaze iodoformée. Si l’écoulement est intercepté, le liquide s’amasse de nouveau, et la tumeur doit être de nouveau incisée. S’il se produit des granulations, il faut les enlever avec la curette. Hessler dut dans un cas, pour amener la guérison, procéder à l’excision d’un fragment de cartilage nécrosé.

Kystes du pavillon.

Jusque dans ces derniers temps, on décrivait sous le nom d’hématomes les tumeurs du pavillon à contenu liquide survenues sans signes bien vifs d’inflammation; mais j’ai montré (1) que cette désignation n’était pas exacte dans bien des cas, puisque même en incisant la tumeur de bonne heure, on n’y trouvait pas trace d’épanchement sanguin.

La production des tumeurs de cette nature doit, je pense, être attribuée aux lésions du cartilage de l’oreille qui ont été bien des fois constatées à l’autopsie. Fischer, plus tard Virchow, Mayer, Parreidt et d’autres, récemment Pollack, ont trouvé dans le cartilage auriculaire de sujets dyscrasiques ou aliénés, et également chez des vieillards, des cavités aplaties, de volume variable, situées dans le cartilage lui-même ou entre le cartilage et le périchondre. Suivant Mayer, le processus qui donne naissance à ces cavités consiste en une métamorphose hyaline et en une désagrégation flbrillaire du cartilage réticulé, avec liquéfaction et formation de cavités comme stade terminal. Mayer a trouvé ces foyers de ramollissement si fréquemment dans le cartilage qu’on pourrait hésiter, comme il le dit, à les regarder comme pathologiques. Sans nul doute, ces foyers de ramollissement jouent un rôle dans la production des kystes et des hématomes. Que, pour une raison quelconque, il y ait sécrétion plus abondante de liquide à l’intérieur de ces lacunes, le périchondre est soulevé davantage, et il en résulte une cavité plus grande que nous désignerons du nom de kyste du pavillon. Mais que par suite d’un coup, d’une chute sur l’oreille ou de quelque

(1) Ueber Cystenbildung in der O/trmuschel. Zeitschrift für Ohrenheilkunde,

t. XIX.

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manœuvre brutale exercée sur elle, il y ait fracture du cartilage ou déchirure des vaisseaux du périchondre, le sang s’épanchera dans ces lacunes qui acquerront également un volume considérable, et on les trouvera remplies de sang : ce sera un hématome.

Ces formations kystiques semblent atteindre de préférence les hommes, et les hommes dans la force de l’âge. Sur 10 cas que j’ai observés, il n’y avait que deux femmes. Dans aucun de ces cas il n’y avait ni maladie mentale, ni traumatisme antérieur. Alors même que la tumeur datait de peu de temps, je trouvai constamment dans son intérieur, après l’avoir incisée, un liquide visqueux, tout â fait limpide, légèrement jaunâtre. Dans aucun de ces cas, le liquide ne présentait de coloration rougeâtre ou noirâtre; l’intérieur du kyste ne contenait ni détritus, ni fibrine coagulée, rien donc qui pût faire croire à une hémorrhagie antérieure.

Le traitement du kyste consiste à fendre largement la peau qui le recouvre ; le liquide évacué, on remplit la poche de gaze iodoformée, plus tard on peut placer un drain en étain. La guérison demande de cinq à huit jours environ, à moins que, par suite d’une antisepsie insuffisante, des produits septiques n’aient pénétré dans la plaie. Dans ce dernier cas, il y a réaction inflammatoire accompagnée de douleurs, de gonflement, de rougeur et d’une sensation de chaleur : la paroi supérieure du kyste formée par le périchondre ne se laisse plus déprimer ; si l’on tente d’exprimer le contenu du kyste par pression, la paroi rigide revient dans sa position première lorsqu’on cesse de presser, et l’air se trouve aspiré dans la cavité. Dans ces cas, la guérison exige plusieurs semaines. Je fus obligé chez un malade d’établir une large contre-ouverture et de faire passer par les deux orifices un tube à drainage.

Tumeur sanguine de l’oreille. Othématome.

L’hématome du pavillon a été le sujet de nombreuses discussions : ce sont les causes qui lui donnent naissance qui ont suscité toutes ces controverses.

L’othématome a été observé souvent chez des aliénés, de sorte qu’on a admis que cette affection était liée à un processus sem-

94 MALADIES DU PAVILLON

blable à celui qui chez eux se passe clans la cavité crânienne, à la pachyméningite hémorrhagique en particulier.’ Gudden le premier a imputé l’apparition de l’othématome aux « poings rudes des infirmiers », et depuis on l’a attribué surtout à des actions traumatiques. Il y eut de 1860 à 1870 entre les médecins aliénistes une véritable guerre de plume, comme dit liasse (1), dans laquelle certains apportèrent beaucoup d’aigreur. Hasse résume ainsi les observations qui furent à cette époque rapportées en grand nombre : « L’othématome est une tumeur fluctuante de l’oreille externe, à début soudain, qui se produit presque exclusivement chez des aliénés, très rarement chez des sujets sains. L’affection offre tous les signes d’une inflammation : le pavillon se gonfle, devient rouge, chaud, il est vraisemblablement toujours douloureux au début. » Au sujet de l’opinion de Mayer que l’hématome ne survient que par suite d’une prédisposition due à la dégénération du tissu cartilagineux , voici comment Virchow (2) s’exprimait dernièrement : « Assurément un cartilage de l’oreille ainsi conformé est tout particulièrement sujet aux déchirures, mais il me semble qu’à ces cas où la prédisposition est suffisamment marquée on doit en opposer certains autres où l’origine purement traumatique est indéniable. » Virchow donne ensuite comme exemple le résultat de ses constatations sur un lutteur japonais de trente-quatre ans, dont « les oreilles bosselées offraient par place des épaississements alternant avec des parties rétractées », état analogue à celui que Gudden en son temps avait constaté sur les statues antiques des gladiateurs. Il est d’usage au Japon, dit-on, que le lutteur heurte la poitrine de son adversaire avec la face latérale de la tête.

Le sang s’épanche entre le périchondre et le cartilage ou entre les couches du cartilage même, et cela presque sans exception sur la face antérieure du pavillon. La peau est d’une coloration bleuâtre, plus ou moins soulevée suivant la quantité de sang épanché ; il est de règle qu’il y ait de la douleur et une sensation de tension et de brûlure. Suivant le temps écoulé depuis l’épanchement, le contenu de la tumeur consiste en sang frais, en un liquide séro-sanguin ou en fibrine coagulée ; cette dernière peut

(1) Renie’s und Pfeiffer's Zeitschrift für rationnelle Medicin, t. XXIV, 1865.

(2) Pan/cratiasten Ohren bei einem japanischen Ringer. Virchow’s Archiv, t. CI, 1885.

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se transformer en tissu conjonctif ou en flbro-cartilage. Lorsque l’épanchement sanguin a été abondant, les néoformations de tissu et les rétractions qui s’ensuivent déforment le pavillon. Il

est extrêmement rare Le tableau suivant matome et du kyste.

que le contenu de la indique les signes d

poche suppure, ifférentiels de l’othé-

OTHÉMATOME.

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