CATARRHE AIGU DE L’OREILLE MOYENNE. OTITE MOYENNE CATARRHALE AIGUE
La maladie débute en général tout à coup par une douleur lancinante plus ou moins vive. Le malade se sent l’oreille comme bouchée; à cette sensation d’obstruction s’ajoutent des bruits subjectifs qui ont le caractère de bourdonnements, de bruissements, souvent de battements isochrones au pouls. Il y a diminution de l’audition, d’abord légère, considérable après que l’épanchement s’est produit. C’est cette diminution de l’audition qui distingue principalement cette affection de la myringite aiguë. Assez souvent le sujet entend sa propre voix renforcée dans l’oreillq^malade : sa voix retentit dans son oreille. C’est surtout chez les enfants qu’il y a dès le début trouble de l’état général et fièvre. En général, les douleurs sont très vives ; c’est d’ordinaire la nuit qu’elles sont le plus violentes, tandis que pendant le jour il peut y avoir rémission complète. Ces douleurs sont ressenties non seulement dans l’oreille, mais dans toute la moitié correspondante de la tête; les mouvements de l’articulation de la mâchoire sont douloureux; il en est de même de la pression sur l’apophyse mastoïde, si ses cellules sont intéressées, comme cela arrive souvent chez les enfants.
L’invasion de la maladie est rapide: ses signes se maintiennent un ou plusieurs jours à leur acmé pour se dissiper ensuite avec la même rapidité, surtout lorsque la membrane se perfore et que la sécrétion s’écoule au dehors. Cependant il reste encore pendant quelque temps de la douleur, une sensation de plénitude et de pression dans l’oreille, de la surdité et des bourdonnements.
Dans les cas légers, la maladie peut se borner à une simple hyperémie, sans qu’il se produise d’épanchement. Il y a de la douleur et des bruits subjectifs. C’est surtout chez les enfants que ces hyperémies aiguës, désignées du nom de douleurs d'oreille, éclatent avec une grande violence; elles peuvent être dissipées au bout de quelques heures. D’autres fois la membrane
(1) Deutsche medicinische Wochenschrift, n° 4S, 1888.
se perfore dès la première nuit, et il s’écoule une grande quantité de sécrétion séreuse mêlée de sang, qui plus tard devient muqueuse. La membrane une fois perforée, en général les symptômes inflammatoires s’apaisent. La sécrétion peut être déjà tarie au bout de quelques heures, et la perforation se fermer rapidement.
A l'examen, on trouve la membrane plus ou moins vivement enflammée. Si l’hyperémie se limite principalement à la muqueuse de la caisse sans qu’il y ait inflammation marquée de la membrane elle-même, cette dernière prend une couleur rouge clair diffuse, due à la muqueuse injectée du promontoire vue par transparence. Cependant,, en règle générale, la membrane du tympan participe, elle aussi, à l’inflammation et présente les signes que nous avons appris à connaître au sujet de la myringite aiguë. Il y a d’abord hyperémie des vaisseaux de la membrane, puis rougeur diffuse et gonflement. Par suite de l’imbibition et du ramollissement de l’épiderme, la surface de la membrane prend une teinte trouble, paraît comme recouverte d’un dépôt grisâtre. Le plus souvent la rougeur est plus marquée sur sa moitié postéro-supérieure qui bombe fortement vers le conduit auditif, ce qui est dû à la pression qu’exerce l’épanchement sur sa face interne. Il se forme parfois sur la membrane des kystes, déjà décrits au sujet de la myringite. La membrane du tympan peut se rompre dans sa moitié supérieure ou dan sa moitié inférieure ; d’ordinaire elle se rompt en avant et en bas. Dans les inflammations assez légères dont il est ici question, la perforation est généralement petite, du volume d’une tête d’épingle ou moins grosse, de telle sorte que la guérison peut être rapide.
Les symptômes de la maladie disparus, la membrane du tympan reste encore pendant quelque temps trouble, injectée, pour reprendre bientôt son aspect normal. Plus rarement, et surtout après des poussées inflammatoires répétées, elle peut rester gonflée, opacifiée, avec des dépôts calcaires ou des plaques atrophiques. Parfois l’épanchement de la caisse ne se résorbe pas, et l’otite aiguë passe à un état dont il sera traité au chapitre catarrhe chronique de l’oreille moyenne. Il est rare que la perforation de la membrane persiste et que l’otite aiguë passe à l’état chronique avec transformation de la sécrétion muqueuse en sécrétion purulente.
Des otites moyennes aiguës répétées chez les enfants indiquent la présence de végétations adénoïdes dans le pharynx nasal. Ces végétations une fois enlevées, les otites ne se reproduisent plus.