‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 40 sur 57 · CORPS ÉTRANGERS DE LA TROMPE D’EUSTACHE · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DE LA TROMPE D’EUSTACHE

Les cas de corps étrangers de la trompe d’Eustache observés jusqu’ici sont les suivants : Fleischmann trouva à l’autopsie d’un homme, qui avait souffert pendant longtemps de bruits d’oreille, une barbe d'éjpi d’orge dans la trompe. Heckscher y rencontra une plume de corbeau. Andry parle d’un ascaride qui avait par la trompe émigré dans la caisse, et qui causait les plus vives douleurs. Reynolds a rapporté dernièrement un cas dans lequel plusieurs ascarides s’échappèrent du pharynx supérieur au dehors par la caisse et la membrane perforée. Après que Schwartze eut recommandé l’introduction de bougies de laminaire pour le traitement des rétrécissements tubaires, il arriva plusieurs fois que ces bougies se rompirent dans la trompe et que les fragments y restèrent (Mayer, Hinton). Meissner et Yoltolini ont décrit des polypes s’implantant dans la caisse et se prolongeant dans les trompes. Signalons encore ici les bouchons de sécrétion épaissie qui oblitèrent parfois les trompes. Semeleder décrit à ce sujet un cas intéressant observé par Dauscher : un bouchon d’un gris jaunâtre faisant une saillie de 7 millimètres hors de l’orifice tubaire, constaté par la rhinoscopie, fut enlevé au moyen d’une injection poussée par le cathéter. A ce moment, le malade entendit une détonation comparable à un coup de canon, éprouva de la douleur et des vertiges et il y eut sur-le-champ retour de l’audition. — Il arriva à Schalle le fait suivant : il exécutait la douche nasale avec une seringue en caoutchouc durci quand un fragment long de 6 millimètres, épais de 1 millimètre et demi s’en détacha; ce fragment passa dans la caisse, y provoqua une inflammation aiguë et, la membrane s’étant perforée, il put en être enlevé par le conduit auditif. — Urbantschitsch a rapporté un cas

(I) Zeitschrift für Ohrenheilkunde, t. X, p. 176.

intéressant dans lequel un épi d’avoine, long de 3 centimètres, après avoir passé de la bouche dans le pharynx, chemina par la trompe d’Eustache jusque dans la caisse, donna lieu à une otite moyenne avec perforation de la membrane, et continua sa route dans le conduit auditif, d’où la malade put l'extraire avec une épingle à cheveux. — Urbantschitsch mentionne à cè propos un cas rapporté par Albers, dans lequel une aiguille passa du conduit auditif dans le pharynx et lut rejetée par la bouche.

Catarrhe chronique de l’oreille moyenne sans perforation de la membrane. Épanchement dans l’oreille moyenne. Otite moyenne catarrhale chronique.

La forme sécrétante de l’otite moyenne chronique, non accompagnée de perforation de la membrane, peut, d’une part, se montrer indépendamment de toute autre affection : sans cause occasionnelle, sans qu’il y ait eu précédemment de maladie générale, d’exanthème aigu notamment, le revêtement de la caisse devient, avec une réaction locale insignifiante, le siège d’une inflammation chronique avec hyperémie, gonflement et augmentation de la sécrétion. Mais, d’autre part, cette forme d’otite s’associe très souvent à un catarrhe de la muqueuse du pharynx nasal, les trompes étant simultanément affectées. La surdité est dans ces cas plus considérable que dans le catarrhe tubaire simple, et se trouve moins améliorée par la douche d’air. Enfin, l’otite avec épanchement peut faire suite à l’otite catarrhale aiguë ou inflammatoire aiguë, lorsque celle-ci passe à l’état chronique, l’épanchement ne se résorbant pas, ne s’évacuant pas par les trompes, alors que tous les signes d’inflammation se sont dissipés.

L’origine de l’affection n’a aucune influence sur la nature de l’épanchement intra-tympanique : que ce dernier ait pour cause une otite moyenne catarrhale aiguë avec ou sans catarrhe du pharynx nasal, ou qu’il soit idiopathique, indépendant de toute autre affection, il peut être séreux ou il peut être muqueux. Sur 97 cas d’épanchement intra-tympanique chronique, dans lesquels fut pratiquée la paracentèse, Schwartze ( 1 ) trouva l’épanchechement 8 fois séreux, 14 fois séro-muqueux, 67 fois purement muqueux, 8 fois muco-purulent. Dans les cas très invétérés, l’épanchement est le plus souvent muqueux. Ce mucus est en

(1) Archiv fur Ohre.nheilkun.de , t. VI, p. 182.

il 4

général extrêmement visqueux, s’étirant en fils, incolore.

C’est Politzer surtout qui a eu le mérite de bien déterminer et d’interpréter les signes présentés par la membrane en cas d’épanchement. Nous suivrons sa description dans ses traits principaux. La caisse est-elle totalement remplie par l’épanchement,, la coloration de la membrane est alors plus nourrie, plus foncée, et souvent à sa coloration grise il se mêle une légère teinte vert-bouteille. Si l’épanchement est muco-purulent, la coloration grise plus sombre prend alors un ton jaunâtre, des plus marqués derrière l’ombilic, dans la région du promontoire. Cette coloration jaunâtre, qui provient de la sécrétion vue par transparence, peut être confondue avec l’accollement au promontoire de la membrane, qui s’observe dans les cas d’enfoncement très accusé de celle-ci. Dans le doute, un attouchement avec le stylet fait avec précaution assure le diagnostic. N’y a-t-il dans la caisse qu’une petite quantité de sécrétion, on trouve alors sur la membrane, lorsqu’elle n’est pas opacifiée, une ligne nettement marquée, correspondant au niveau du liquide épanché : c’est là une disposition que Politzer reconnut le premier, mais qui s’observe très rarement. Lorsqu’on fait pencher la tête du malade en avant ou en arrière, cette ligne se déplace, suivant en cela les changements de niveau de l’exsudât. La partie de la membrane inférieure à la ligne de niveau a une coloration plus foncée, tandis que celle qui est au-dessus de cette ligne et qui correspond à la couche d’air contenue dans la caisse a une coloration plus claire. Parfois, après la douche d’air, on aperçoit à travers la membrane des bulles d’air dans la sécrétion. Si la membrane est opacifiée, son examen ne fournit aucune indication sur l’existence d’un épanchement.

La membrane se comporte d’une manière très variable ; lorsqu’il y a rétrécissement tubaire et épanchement d’une petite quantité de sécrétion visqueuse, la membrane est très enfoncée, tandis que dans d’autres cas, notamment lorsqu’il y a sécrétion muco-purulente abondante, elle est aplatie in toto. La portion la plus lâche de la membrane, le quart postéro-supérieur, apparaît quelquefois bombée en forme de poche hémisphérique; le plus souvent dans ce cas il y a épanchement abondant, et nous retrouvons là l’image dont nous avons déjà parlé, qui se produit à la suite dé la douche d’air lors d’atrophie de la membrane, suite d’obstruction tubaire.

L’auscultation ne fournit pas toujours d’indices certains sur l’existence d’un épanchement dans la caisse. Entend-on des râles, ceux-ci peuvent être dus à des bulles de mucus chassées des trompes dans la caisse. Si le liquide épanché a une consistance visqueuse, au£un râle ne se produit. Par contre, on peut conclure d’un bruit de choc nettement perçu à l’absence d’épanchement. La preuve la plus certaine de la présence d’un exsudât dans la caisse est fournie par l’incision exploratrice de la membrane, incision qu’on peut exécuter sans qu’on ait à redouter d’effet fâcheux.

La surdité, lorsqu’il y a épanchement dans la caisse, est considérable, surtout lorsque l’épanchement s’accompagne de gonflement tubaire et de modifications de l’état de tension des organes de transmission. La perception osseuse, lorsque le labyrinthe est indemne, est eq|ièrement conservée. Assez souvent le malade perçoit dans l’oaéjlle des bruits particuliers, des bruits de râle, de craquement ou de claquement; lorsqu’il meut la tête, il sent quelquefois comme quelque chose qui se déplace dans l’oreille. Dans bien des cas, l’audition s’améliore considérablement dans le décubitus dorsal, tandis qu’elle redevient mauvaise lorsque le malade reprend la position debout; ce signe est dû aux mouvements du liquide épanché dans la caisse. Les autres sensations sonores subjectives ne sont pas très accusées en général ; elles sont tantôt plus fortes, tantôt plus faibles, ou font complètement défaut. Parfois cependant les bruits d’oreille et les symptômes vertigineux sont très prononcés.

Si la sécrétion épanchée est de nature purulente, le processus peut encore amener la carie des parois delà caisse sans qu’il y ait perforation de la membrane, et, par son extension vers la cavité crânienne, causer la mort. C’est dans la phtisie pulmonaire et à la suite de la fièvre typhoïde qu’on observe avec le plus de fréquènce ces sortes d’épanchements purulents. On a trouvé avec une remarquable fréquence chez les nouveau-nés une sécrétion muco-purulente dans les caisses.

Iraitement.

Il doit avoir pour but : 1° d’évacuer le liquide épanché; 2° d’éloigner les causes qui en ont amené la formation ; 3° d agir sur la muqueuse chroniquement enflammée.

Dans bien des cas il suffit d’évacuer entièrement la sécrétion accumulée pour obtenir une guérison durable. Si, au contraire; les causes qui ont .donné lieu à cette accumulation subsistent sans modification, le liquide, après avoir été évacué, se reproduit. Il en est ainsi surtout lorsque ^l’affectîqn est due à un catarrhe du pharynx nasal avec gonflement kfltaire.

L’évacuation du liquide épanché peut s’effecfl^r de différentes façons. En poussant de l’air dans la caisse par Ja trompe d’Eustache, et il est bon pendant ce temps de faire pancher la tête du malade du côté opposé et en avant (Politzer), on déloge par là le liquide, qui s’écoule ensuite dans le pharynx nasjd^-Lorsque l’exsudât est très fluide, cette manœuvre réussit aiswnent,œt on peut alors obtenir l’évacuation complète du liquide rien qu’avec la douche d’air répétée plusieurs fois^ La sortie du limpide, est rendue plus difficile lorsqu’il y a en-tneme temps gonflement de la muqueuse tubaire. Si au contraire ra^sudat est épais, de consistance visqueuse, on ne parvient pas à le faire sortir par cette voie, et il faut recourir à la paracentèse de la membrane (1) : après avoir pratiqué sur celle-ci une large incision, on chasse la sécrétion dans le conduit auditif, toujours avec la doupfie d’air. Dans beaucoup de cas, la douche d'air ne suffit pas ;^n ne parvient à évacuer la sécrétion qu’à l’aide d’injections d’eau salée tiède à 1 p. 100, faites par la sond^Schwartze) ; mais ces injections sont souvent suivies d’inflammations.

Divers auteurs ont recommandé d’aspirer le liquide épanché, les uns par le conduit auditif, à travers l’ouverture faite à la membrane par la paracentèse (Hinton, Schalle), d’autres par les trompes. Dans le premier cas, on s’est servi de la seringue de Pravaz munie d’un tube mince comme ajutage ou d’instruments spéciaux comme l’aspirateur de Schalle; dans le second, on peut employer le petit cathéter tympanique poussé dans la caisse à travers la sonde ordinaire (Weber-Liel). Ces deux procédés sont peu employés : en effet, si la sécrétion est très fluide, ils

(l) Déjà dans son traité (Erlangen, 1845), Frank posait comme règle pratique de perforer toujours la membrane lorsque l’ensemble symptomatique permettait de diagnostiquer une accumulation de mucus dans la caisse. La paracentèse de la membrane est de plus indiquée, dit-il, lorsqu’il y a,imperméabilité de la trompe d’Eustache, épanchement sanguin dans la eaisse et épaississement de la membrane. Les indications de l’opération étaient donc les mêmes que maintenant. Fabrici regardait la paracentèse comme admissible même dans un but diagnostique.

ne sont pas nécessaires, l’évacuation réussissant par un procédé plus simple; si la sécrétion est épaisse, elle est trop visqueuse pour pouvoir être évacuée à travers un petit tube mince, même l’aspiration pratiquée avec une grande force. Pour év&cuer à fond les produits de sécrétion qui* se sont amassés,^on peut employer la canule tympanique qui sera décrite avec détails au sujet de l’otite moyenne purulente chronique.

Pour faire la paracentèse, on emploie le bistouri à paracentèse (voy. page 156), après anesthésie préalable de la membrane. Afin de faciliter la sortie de la sécrétion, on pratique l’incision dans la moitié inférieure de la membrane, le plus souvent^dans la partie postérieure. La douche 4’air ou les injections dont on la fait suivre chassent parfois au^ehlïrs de grandes quantités de sécrétion qui proviennent de la <w$sse et de l’apophyse mastoïde. L’ouverture produite se ferme en général au bout de quelques jours; elle ne persiste plus longtemps que lorsqu’il survient une réaction inflammatoire. ÏJyrant les premiers jours qui suivent la paracentèse et l’évaeuratiop complète de la sécrétion, on pratique la douche d’air pouj^débarrasser la caisse du peu de liquide qui y reste et pour remettre la membrane dans sa position normale. Une réaction inflammatoire survient rarement; quand elle survient, c’est d’ordinaire le deuxième ou le troisième jour, et en général elle se dissipe rapidement.

S’il y a en même temps gonflement tubaire avec obstacle au passage de l’air vers la caisse, il faut le combattre de la façon indiquée dans le dernier chapitre. Il ne faut surtout pas négliger de porter son attention sur les maladies du nez et du pharynx supérieur.

Pour hâter la résorption des produits d’exsudation qui persistent encore après l’emploi des moyens dont il vient d’être parlé, on fait par les trompes des injections de solutions alcalines (bicarbonate de soude, 1 gramme pour 100 grammes d’eau distillée, ou mieux encore 3 gouttes d’une solution aqueuse de potasse caustique à 15 p. 100 pour 30 grammes d’eau distillée). S’il y a gonflement hyperémique, on a recours aux astringents : sulfate de zinc, 0 sr ,10 à 0 sr ,20 pour 20 grammes d’eau distillée.

Inflammation purulente chronique de l’oreille moyenne.

Otite moyenne purulente chronique.

Dans le cas d’écoulement purulent de l’oreille, on a affaire, dans l’immense majorité des cas, à une maladie de la caisse ; c’est la muqueuse de*<elle-ci qui produit la sécrétion qui se déverse au dehors pai^une perte de substance de la membrane. Ce n’est que dans un très petit nombre de cas que la sécrétion a sa source dans le conduit auditif externe, celui-ci étant le siège d’une inflammation indépendante.

La cause la plus fréquente de l’otite moyenne purulente chronique est l’otite moyenne inflammatoire aiguë qui, par suite d’un traitement défectueux, d» l’action prolongée d’influences nocives, de conditions défavorables tenant à la constitution du sujet, passe à l’état chronique'. L’otite moyenne inflammatoire aiguë guérit surtout difficilement lorsque la membrane est détruite sur une étendue considérable, ainsi qu’on l’observe souvent dans les maladies exanthématiques. Aussi, dans la plupart des cas de suppuration chronique de la caisse, l’anamnèse révèle-t-elle comme cause de la maladie la scarlatine, la fièvre typhoïde, la rougeole.

La nature de la sécrétion varie beaucoup ; celle-ci peut être séro-purulente, muco-purulente, purulente. A l’examen, on trouve souvent tout le conduit auditif externe rempli de pus ; ce pus est tantôt de consistance uniforme, tantôt mêlé de lambeaux membraneux et de gros grumeaux consistant en pus épaissi ou en épithélium desquamé. Dans bien des cas, l’écoulement est extrêmement abondant, et cela au point que les tampons d’ouate placés dans l’oreille sont très vite mouillés de part en part, et doivent être changés fréquemment; dans d’autres cas, il est si faible qu’à l’examen on ne trouve une couche de pus que dans la profondeur du conduit ou dans la caisse. S’il y a obstacle à la sortie du pus, dans le cas de perforation petite, de tuméfaction considérable de la muqueuse ou de polypes, la sécrétion s’épaissit avec le temps, et il se forme des masses grumeleuses, s’en allant par lambeaux, qui baignent dans du pus fluide ; ces masses se rencontrent surtout dans les parties supérieures et postérieures de la caisse et dans l’antre mastoïdien.

La sécrétion de la muqueuse de la caisse, exposée à l’air,

soumise à la température du corps, est un terrain très favorable aux processus de décomposition : il s’y développe des bactéries de toutes sortes, qui existent en quantité colossale dans la sécrétion à odeur fétide. C’est pourquoi souvent dans les vieilles otorrhées la sécrétion répand une odeur extrêmement désagréable ; c’est une odeur douceâtre de pourriture. Si la sécrétion devient le siège d’une décomposition putride, c’est une odeur très pénétrante, semblable à celle du fromage putrifié. Dans ces cas, il arrive parfois que le stylet d’argent se colore en brun par suite de la production d’hydrogène sulfuré. Le dégoût que provoque cette odeur fétide fait que l'entourage du porteur de l’otorrhée le fuit : chaque personne qui l’approche cherche bientôt à se soustraire à cette atmosphère empestée.

Dans bien des cas, l’écoulement par la trompe d’Eustache vers le pharynx de cette sécrétion à odeur et à goût désagréables incommode les malades : il peut en résulter des troubles de la digestion.

Les perforations de la membrane varient beaucoup comme étendue; dans quelques cas, elles sont à peine larges comme une tête d’épingle ; d’autres fois, toute la membrane est détruite. D’ordinaire, il n’y a qu’une perforation ; il peut y en avoir deux ou même plusieurs, mais le fait est rare. Dans les perforations d’assez grande étendue, le bord de la membrane est généralement conservé, et il en subsiste des débris des deux côtés du manche du marteau. Souvent ce dernier est si fortement attiré en dedans qu’il prend une position horizontale et qu’à l’examen on ne peut distinguer que l’apophyse externe fortement proéminente. Il arrive cependant aussi que le marteau conserve sa situation normale et se projette isolé par en bas. Ce qui reste de la membrane est d’ordinaire épaissi, souvent infiltré de dépôts calcaires, et offre aussi généralement des anomalies de position : ce reliquat est, soit en totalité, soit en partie seulement, enfoncé en dedans et souvent soudé avec la paroi labyrinthique.

La sécrétion une fois enlevée, les perforations petites ont, avec un éclairage peu intense, l’air de points noirs et par là tranchent vivement sur ce qui les entoure; si au contraire la perforation est assez grande, la muqueuse de la caisse se montre à l’arrière-plan. Cettë muqueuse est à l’état de muqueuse chroniquement enflammée, avec gonflement hyperémique, infiltra-

tion cellulaire et néoplasie conjonctive. Elle se montre uniformément gonflée avec une surface lisse, ou hérissée par places d’hypertrophies circonscrites qui donnent à sa surface un aspect granuleux. Dans bien des cas, il y a atrophie de la muqueuse. Pour s’assurer de l’état de la muqueuse, on se servira du stylet.

Les processus dans lesquels il y a perforation de la membrane de Shrapnell occupent une place à part dans la pathologie de l’otite moyenne purulente chronique. La situation défavorable de la perforation rend difficile l’écoulement de la sécrétion, ce qui peut aisément donner lieu à des complications dangereuses. Le siège de la suppuration est d’un accès difficile, ce qui nécessite dans le traitement des modes particuliers d’intervention. Le nombre des cas est relativement grand où les insufflations d’air pratiquées par la trompe sont impuissantes à chasser le pus par l’ouverture de la membrane de Shrapnell, et cela parce qu’il n’y a pas communication entre cette ouverture et la trompe.

Prussak et Politzer ont montré qu’il existe entre la membrane de Shrapnell et le col du marteau une ou plusieurs petites cavités, circonscrites et tapissées par des membranes minces et délicates. Kretschmann a décrit récemment une cavité un peu plus spacieuse qu’il désigne du nom de « loge circonscrite par le marteau, l’enclume et l’écaille du temporal ». Ces données anatomiques firent admettre que c’est dans ces cavités que le pus s’amasse, et que lorsque ces cavités sont closes du côté de la caisse, toute communication entre la trompe d’Eustache et l’ouverture de la perforation se trouve par là interceptée.

Je possède dans ma collection anatomo-pathologique cinq temporaux, sur lesquels on voit les lésions qu’on constate alors (1). Quatre de ces préparations présentent une perforation de la membrane de Shrapnell : des quatre sujets qui les ont fournies, trois succombèrent à un abcès du cerveau et un à une thrombose des sinus. La cinquième préparation provient d’un sujet qui avait souffert d’une otite moyenne purulente chronique non compliquée, avec perforation de la membrane du tympan en avant et en bas et cicatrice de la membrane de Shrapnell.

La caisse présente les lésions suivantes : dans trois cas, la partie supérieure de la caisse, que les Américains désignent du

(1) Ueber Vertinderungen in der Paukenhôhle bei Perforation der Shrapnell’schen Membran. Von Dr. Arthur Hartmann in Berlin. Deutsche medicinische Wochenschrift, n° 45, 1888.

uom d’ «attique», et pour laquelle je préférerais lu nom de «coupole», se trouve séparée delà partie inférieure par des membranes qui, au niveau du col du marteau, en avant et en arrière de celui-ci, sont tendues entre la paroi interne et la paroi externe de la caisse. Ces membranes partant du tendon du muscle tenseur vont s’insérer, en avant au-dessus de l’ouverture tympanique de la trompe, en arrière sur la paroi inférieure de l’entrée de l’antre mastoïdien. Dans un cas, la séparation est complète ; dans deux, un petit orifice situé au devant du tendon du muscle tenseur, fait communiquer la partie antérieure de la coupole et la partie antéro-inférieure de la caisse. De plus, il existe sur ces préparations des brides membraneuses entre la membrane du tympan et la paroi labyrinthique.

Dans ces conditions, il y a obstacle au passage de l’air et des liquides de la trompe d’Eustache vers I^l perforation de la membrane de Shrapnell. On ne peut espérer évacuer à fond la sécrétion épaissie et les produits amoncelés dans la coupole qu’au moyen de lavages faits à l’aide de la canule tympanique, car les lavages pratiqués par la trompe n’atteignent pas la partie supérieure de la coupole.

La quatrième pièce montre des adhérences entre la membrane du tympan et l’enclume d’une part, et l’enclume et la paroi interne de la caisse d’autre part, adhérences qui établissent une séparation entre la partie postérieure de la coupole et la partie postéro-inférieure de la caisse.

Sur la cinquième préparation avec cicatrice de la membrane de Shrapnell, des brides membraneuses partent du marteau et de l’enclume pour aller s’insérer sur la paroi externe de la coupole. Ces brides laissent entre elles un trajet ouvert par en haut que remplit un bouchon de sécrétion.

Dans trois de ces cas, il y avait des polypes qui, partant du bord de la perforation, occupaient en partie la perforation ellemême, en partie la portion externe de la coupole. Les osselets, la tête du marteau notamment, sont atteints de carie.

La caisse et l’antre mastoïdien contenaient, sur deux de ces pièces anatomiques, des masses dites cholestéatomateuses ou tumeurs perlées, et sur deux autres des amas de pus épaissi, caséeux.

A en juger par ces préparations, il ne semble pas que les cavités préformées de Prussak, de Politzer, de Kretschmann, cavités

circonscrites par des membranes très délicates, jouent dans le processus un rôle essentiel; il semble plutôt qu’il se développe au voisinage des lieux où se déposent des amas de pus épaissi et d’épithélium, où des granulations se forment, des brides membraneuses qui circonscrivent ces masses agissant cômme corps étrangers et tendent à les isoler du reste de la caisse.

De cette diversité des brides membraneuses de formation nouvelle tendues entre les parois de la caisse et les osselets résulte, au point de vue thérapeutique, cette autre conséquence, que, si l’on veut enlever la membrane du tympan et les osselets (opération de Kessel), il faut, pour y parvenir, commencer par enlever largement leurs liens d’attache.

A l’état normal, la muqueuse de la caisse possède dans la membrane du tympan un appareil de protection contre les agents extérieurs : mais si celle-ci vient à manquer, la muqueuse est exposée à toutes les influences de l’atmosphère. Aussi n’est-il pas rare de voir survenir, dans le cours de l’otite moyenne purulente chronique, des poussées aiguës. Lors de ces poussées, la sécrétion se réduit un moment, pour devenir dès le second ou le troisième jour d'autant plus abondante. L’inflammation de la caisse et de la membrane se ravive, accompagnée de douleurs violentes auxquelles se joignent des bourdonnements d’oreille, des bruits pulsatiles et une surdité plus accusée. Assez souvent les exacerbations succèdent à des manœuvres faites en vue du traitement, à des opérations ou à l’emploi de médicaments irritants. Même la muqueuse enflammée revenue à un état absolument normal, il subsiste une prédisposition aux rechutes lorsqu’il y a perte de substance de la membrane. Cette rechute est provoquée le plus souvent par l’introduction d’eau froide en se lavant ou en prenant un bain.

La surdité dans l’otite moyenne purulente ne dépend que pour partie de la largeur de la perforation de la membrane. Elle tient surtout au dommage, variable suivant les cas, apporté au pouvoir vibrant des fenêtres labyrinthiques : c’est ainsi qu’il peut y avoir, dans certains cas, surdité très considérable avec une perforation petite, et, dans d’autres, audition bonne avec absence complète de la membrane, du marteau et de l’enclume. En règle générale, la perception osseuse est conservée et renforcée; si elle aussi se trouve considérablement réduite, on doit en conclure qu’il y a en même temps lésion encore persis-

tante du labyrinthe. Généralement l’audition se maintient remarquablement bonne dans le cas de perforation de la membrane de Shrapnell.

Les douleurs d’oreille, les bruits subjectifs font généralement défaut, cependant ces signes s’observent encore dans bien des cas. Les douleurs peuvent se montrer, en premier lieu, lorsqu’il y a rétention de la sécrétion, puis lorsque l’inflammation et le processus destructif s’étendent, et de plus, comme les autopsies que j’ai pratiquées m’autorisent, je crois, à l’admettre, lorsque les os sont le siège d’un processus de condensation, lorsque l’apophyse mastoïde se sclérose. Moos a attiré l'attention sur l’existence de névralgies du trijumeau dans le cours des affections suppurées de l’oreille moyenne. Ces névralgies ne frappent qu’une branche du trijumeau, le plus souvent la première, plus rarement la seconde ou la troisième, et cela toujours du côté de l’affection auriculaire et seulement de ce côté (1).

Mosler (2) a observé un cas grave d’accès d’éternuements dus à, une inflammation purulente de l’oreille moyenne (environ trente accès d’éternuements à la file ; entre chacun d’eux intervalle d’une demi-minute à une minute seulement). La malade était, pendant les accès, dans l’état le plus lamentable. On pouvait les exaspérer en pressant sur l’oreille malade ; ils augmentèrent avec l’aggravation de l’otite et devinrent plus rares quand celle-ci vint à s’améliorer.

Urbantschitsch a constaté l’extrême fréquence des anomalies du goût dans l’otite moyenne purulente (46 fois sur 50 cas), anomalies limitées à la face dorsale de la langue du côté malade et dues à la propagation de l’inflammation à la corde du tympan. On a aussi observé dans l’otite moyenne purulente l’abolition complète du goût sur la moitié correspondante de la langue. Un malade, chez lequel j’avais procédé au grattage d’un reste de polype occupant le bord postérieur de la membrane, eut à la suite une paralysie du goût sur les deux tiers antérieurs de la face dorsale de la langue du même côté, paralysie due à

(1) Suivant Moos, on observe des névralgies du trijumeau dans les affections de l’oreille qui suivent : dans l’inflammation aiguë purulente de la caisse, dans l’inflammation chronique de l’apophyse mastoïde sans phlébite du sinus latéral et enfin dans les cholestéatomes de la caisse. Moos a communiqué à la section otologique du Congrès des naturalistes à Fribourg un cas dans lequel la névralgie était causée par une exostose du conduit auditif externe.

(2) Virchow's Archiv , t. XIV, p. 557.

la blessure de la corde du tympan qui fournit des rameaux gustatifs à cette portion de la langue (1).

L’irritation directe de la corde du tympan par des injections, des insufflations de poudre, par le contact du stylet, lors de l’enlèvement de polypes, provoque assez souvent sur la moitié correspondante de la langue des sensations gustatives.

La propagation de l’inflammation au canal de Fallope peut amener une paralysie transitoire ou persistante du facial due soit à l’infiltration inflammatoire du nerf, soit à une compression exercée sur celui-ci par les parois du canal. Dans l’un et l’autre cas, il peut y avoir amélioration ou guérison complète par régression de l’inflammation, résorption des produits déposés, ou suppression de la compression exercée. Dans les cas graves, il y a ramollissement par suppuration et destruction du tronc nerveux. Lorsque la paroi du canal est détruite par la carie, le pronostic est très défavorable; cependant, dans le cas de séquestre formé dans l’apophyse mastoïde, la guérison survient parfois après l’enlèvement du séquestre. D’une manière générale, le pronostic est plus favorable chez l’enfant que chez l’adulte.

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