‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 41 sur 57 · MARCHE ET TERMINAISONS · texte numérisé non relu

MARCHE ET TERMINAISONS

La durée de l’affection est très variable. Dans bien des cas, le mal, après avoir duré des mois ou des années, guérit de luimême; d’autres fois l’écoulement purulent persiste toute la vie, tantôt plus fort, tantôt plus faible. Si l’otite marche vers la guérison, la muqueuse gonflée s’affaisse, sa surface se recouvre d’une couche solide d’épithélium, et se montre maintenant sèche, rouge clair ou jaunâtre. La perforation de la membrane persiste ou se ferme : souvent il s’établit des adhérences entre la membrane et la paroi labyrinthique. Si la membrane est détruite sur une étendue considérable avec perte des osselets, elle ne se régénère plus; mais si le marteau est conservé, si le bord de la membrane persiste encore, ses pertes de substance, même lorsqu’elles comprennent sa plus grande partie, peuvent être remplacées par un tissu de cicatrice. La guérison survenue, les débris de la membrane se montrent, eu règle générale, forte-

(I) Die Beziehungen der Chorda tympani zur Geschmacksperception au/ den vorderen zwei Dritteln der Zunge, von Ed. Schulte. Zeitschrift für Ohrenheilkunde, t. XV, p. 67.

ment épaissis, souvent infiltrés de dépôts calcaires. Les osselets existent-ils encore, leur mobilité est généralement diminuée ou même totalement abolie; leur revêtement muqueux, la connexion de l’étrier avec la fenêtre ovale, peuvent être devenus complètement rigides. De même la muqueuse qui revêt la fenêtre ronde peut avoir perdu sa faculté de vibrer. Dans ces deux derniers cas, la surdité atteint un très haut degré.

Le pronostic de l’otite moyenne suppurée varie beaucoup, et cela suivant l’étendue des surfaces atteintes, suivant le caractère de l’affection et suivant qu’il existe ou non des complications. Comme dans toute suppuration de l’oreille moyenne il peut survenir des complications, il faut toujours avoir ces dernières présentes à l’esprit et se rappeler les paroles de Wilde : « Tant qu’une otorrhée persiste, nous ne pouvons jamais dire si elle finira, ni quand, ni comment, ni où elle conduira. »

Le porteur d’une otite moyenne purulente ne devra jamais être admis à contracter une assurance sur la vie ou déclaré propre au service militaire. L’otite a-t-elle guéri avec fermeture de la perforation de la membrane, il n’y a plus d’empêchement à ce qu’il s’assure et à ce qu’il soit soldat, La membrane reste-t-elle perforée, la prédisposition à des rechutes dangereuses est très faible si la muqueuse de la caisse est sèche avec état dermoïde ; et dans ce cas, le sujet peut s’assurer sur la vie, bien que sous des conditions plus sévères, et il peut également satisfaire au service militaire (1).

(I) D’après le règlement du recrutement pour l’empire allemand, les maladies suivantes de l’organe de l’ouïe laissent le sujet conditionnellement bon pour le service (il est versé dans la réserve du recrutement) : d, la surdité complète d’une oreille consécutive à une maladie antérieure; e, la dureté de l’ouïe chronique, moyenne comme degré, atteignant les deux oreilles (portée auditive comprise entre 4 mètres et 1 mètre). Au sujet de la voix chuchotée voy. p. 30.

Les cas d’inaptitude au service militaire sont : 28, l’absence d’un pavillon ; 29, la surdité complète et la dureté de l’ouïe bilatérale incurable (une portée auditive inférieure à 1 mètre environ) ; 30, les maladies de l’organe de l’ouïe graves et difficilement curables; 37, la mutité, la surdi-mutité.

Sont déclarés impropres au service de campagne les soldats atteints des maladies désignées sous les rubriques d et e. Sont déclarés impropres au service de campagne et de garnison les soldats atteints des maladies indiquées sous les n°s 28, 29 et 30.

Le n° 30 était autrefois ainsi conçu : « Perforation persistante delà membrane et autres maladies de l’organe de l’ouïe graves et difficilement curables. » Cependant, pendant l’année 1878-1879, 462 des soldats incorporés durent être congédiés comme impropres au service militaire pour cause de perforation

La persistance de la sécrétion peut être due à l’irritation exercée par des amas de sécrétion généralement en état de décomposition sur la muqueuse sous-jacente ; elle a souvent pour cause la présence de polypes ou une lésion concomitante des parois osseuses (carie, nécrose). Dans un nombre de cas qui n’est pas sans importance, l’otite moyenne purulente cause la mort par suite de l’extension du processus aux vaisseaux du voisinage (phlébite des sinus, thrombose des sinus), ou à l’intérieur de la cavité crânienne (méningite, abcès du cerveau). L’amoncellement et la stagnation des produits de sécrétion dans la caisse et ses anfractuosités, notamment dans l’apophyse mastoïde, favorisent l’apparition de ces complications.

COMPLICATIONS S’AJOUTANT A L’iNFLAMMATION PURULENTE DE L’OREILLE MOYENNE.

i. Amas de produits de sécrétion et formation de cholestéatomes dans la caisse et ses anfractuosités.

La rétention et l’amas de produits de sécrétion a lieu surtout lorsqu’il existe des obstacles qui, barrant le chemin au pus, s’opposent k sa libre évacuation : telles sont les perforations de la membrane étroites, à situation défavorable, les adhérences de la membrane avec la paroi labyrinthique, les polypes, les gonflements occupant la caisse ou le conduit auditif externe. Lorsqu’il y a ainsi obstacle à l’issue de la sécrétion, celle-ci subit une sorte de filtration : les parties solides qui entrent dans sa composition restent, et les parties fluides s’écoulent au dehors. La sécrétion ainsi condensée donne lieu à des masses de consistance caséeuse ou grumeleuse.

Alors que l’écoulement persiste encore ou lorsqu’il a déjà pris fin, il se forme parfois des tumeurs perlées ou cholestéatomes. Ces cholestéatomes sont constituées par un amoncellement de cellules épithéliales desquamées, formant des lambeaux membraneux ou des masses sphériques à couches concentriques du volume d’un pois à celui d’une noix. Les cellules épithéliales

de la membrane. Depuis cette modification au règlement, c’est donc aux médecins en chef de l’armée qu'il appartient de décider si une maladie de l’oreille est dangereuse, ou si elle est légère, exempte de complications, si donc elle ne rend nullement impropre au service un soldat d’ailleurs sain et vigoureux. Gela suppose ainsi chez les médecins en chef de l’armée une connaissance exacte de la pathologie de l’oreille.

qui constituent ces tumeurs sont des cellules épithéliales plates à gros noyau, mêlées de cristaux de cholestérine en plus ou moins grande abondance. Ces masses épithéliales doivent être considérées comme le produit de desquamation de la muqueuse qui a subi la dégénérescence dermoïde. C’est le plus souvent l'antre mastoïdien, plus rarement la caisse, qui est le siège de cette desquamation. Généralement on reconnaît l’existence de ces produits de sécrétion à l’examen direct : c’est ainsi qu’on peut découvrir en arrière de l’endroit rétréci, notamment dans la profondeur de la caisse, des amas de pus épaissi ou des lambeaux membraneux qui peuvent être détachés avec le stylet, puis enlevés. Parfois la caisse et l’antre mastoïdien sont complètement remplis de masses caséeuses ou cholestéatomateuses. L’otorrhée est très faible ou peut faire totalement défaut.

Ces produits accumulés exercent sur les parois osseuses une irritation qui peut en amener la sclérose, l’atrophie par pression, la carie et la nécrose. Suivant la direction prise par le processus, ces masses se feront jour au dehors par la surface externe de l’apophyse mastoïde et le conduit auditif, ou feront irruption dans les vaisseaux du voisinage et la cavité crânienne.

Les signes par lesquels ces dépôts peuvent révéler leur présence sont une sensation de pression et de lourdeur dans la tête, des maux de tête, des vertiges, de la fièvre. Souvent il survient des exacerbations aiguës accompagnées d’une vive douleur. Ces produits amassés une fois enlevés, les symptômes se dissipent, à moins que quelque complication ne soit déjà venue s’y joindre.

Si l’issue de la sécrétion est totalement entravée, les symptômes les plus violents se déclarent, fièvre intense, douleurs des plus vives dans l’oreille et dans la tête, manifestations méningées, vertiges, vomissements.

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