Polypes
Les polypes de l’oreille se développent surtout dans les otorrhées invétérées, négligées. Tantôt ce ne sont que de petits bourgeons reposant sur les parois de la caisse, tantôt ce sont des masses volumineuses remplissant le conduit auditif externe. La grande majorité des polypes de l’oreille a pour point de départ la paroi labyrinthique. Sur 100 cas, Moos et Steinbrügge (1) les ont vus 75 fois tirer leur origine de la paroi
(1) Zeitschrift für Ohrenheilkunde , t. XII, p. 43.
labyrinthique; 25 fois leur point d’implantation était dans le conduit auditif externe. Rarement ils s’insèrent sur les bords de la perforation de la membrane : parfois les osselets, le marteau notamment, sont ensevelis dans la masse polypeuse. Généralement les polypes naissent lorsque les os sont atteints, surtout lorsqu’il y a un séquestre. Ils favorisent l’élimination complète de celui-ci et contribuent largement aussi à le réduire de volume.
Ils s’implantent tantôt par un pédicule mince et grêle, tantôt par une large base. 11 arrive assez souvent qu’un polype de la caisse à pédicule grêle s’échappe par une petite perforation de la membrane et se présente sous l’aspect d’un polype du conduit auditif. On compte plusieurs observations de polypes de la caisse, sans perforation de la membrane. Dix fois, sur les 100 cas observés parMooset Steinbrügge,les polypes accompagnaient une carie. On distingue trois sortes de polypes d’après leur structure : les polypes à tissu de granulation, les fibromes et les myxomes. Les premiers sont ceux qu’on observe le plus souvent (55 p. 100 d’après la statistique de Moos et Steinbrügge) ; ils sont constitués par un tissu conjonctif aréolaire contenant dans ses mailles des globules blancs et des cellules de tissu conjonctif en plus ou moins grand nombre. Ils renferment de nombreux vaisseaux sanguins et un liquide muqueux. Leur structure est papillaire. Lorsque les papilles prennent beaucoup de développement et s’accolent par leurs extrémités, il en résulte des diverticules allongés rappelant les glandes tubulées ou des cavités closes qui forment des kystes muqueux. Si le polype dure plus longtemps, ses éléments cellulaires se transforment en cellules fusiformes et en fibres de tissu conjonctif; il acquiert une consistance plus ferme, plus dure; une partie de ses vaisseaux s’oblitère : la tumeur à tissu de granulation devient un fibrome. Le revêtement des polypes consiste chez ceux qui sont situés assez profondément en épithélium cylindrique, pourvu parfois de cellules vibratiles. Plus le polype s’avance vers l’orifice externe du conduit auditif, plus son épithélium prend une forme aplatie pour passer finalement à l’état d’épiderme. La surface des polypes à tissu de granulation est généralement bosselée, framboisée; celle des fibromes est lisse. Leur couleur varie suivant leur richesse sanguine et l’épithélium qui les recouvre. Les myxomes, d’aspect gélatini-
forme, représentent la forme la plus rare des polypes de l’oreille (b p. 100).
Les polypes, une fois formés, entretiennent l’otorrhée, et celle-ci ne peut guérir qu’après leur ablation. Leur surface saigne facilement à l’occasion de manœuvres pratiquées dans le conduit auditif externe, de nettoyages ou d’injections ; souvent, même sans qu’il y ait eu d’insulte directe, la sécrétion est mêlée de sang, circonstance dont on tirera profit pour le diagnostic.
Les polypes peuvent persister des années sans symptômes autres que la surdité et l’otorrhée. Ils mettent la vie en péril lorsqu’ils font obstacle à l’écoulement du pus qui se produit en arrière d’eux.