Phlébite , thrombose , infection •purulente
Les parois des vaisseaux du cerveau opposent une très grande résistance à 1 action du pus qui les entoure : le pus collecté
peut séjourner pendant longtemps entre eux et les os cariés ou nécrosés sans que leurs parois soient affectées; cependant parfois le contact du pus les enflamme ou les détruit. Si la perte de substance est étendue, il se produit des hémorrhagies violentes qui peuvent occasioner la mort. S’il n’y a qu’une petite perte de substance, de celles qu’on ne découvre souvent qu’avec peine à l’autopsie, il y a phlébite et thrombose, et pénétration dans la masse du sang de produits de suppuration. Les veines du diploé qui existent dans le rocher semblent jouer ici un rôle très important. La thrombose amène une stase sanguine dans les veines de la périphérie ; elle-même se prolonge en avant et en arrière, s’accompagnant en même temps d’une inflammation des parois veineuses. L’introduction dans le sang de produits purulents, d’éléments thrombotiques récents ou en décomposition, donne lieu à des symptômes pyohémiques, à des troubles de nutrition provoqués par des embolies, à des inflammations dans les organes les plus divers. Lorsque le processus s’étend excentriquement, le thrombus envahi par la suppuration peut amener une méningite purulente.
C’est le sinus latéral qui le plus souvent est atteint le premier; d’autres fois la thrombose inflammatoire se propage du sinus pétreux supérieur qui court le long du bord supérieur du rocher au sinus latéral.
Le premier symptôme et le plus important consiste en de violents frissons, au contraire de ce qu’on observe dans l’abcès du cerveau. Les douleurs sont très vives; elles sont localisées dans la région du sinus enflammé, et la pression les augmente. Il y a d’abord une grande agitation, puis du délire, des crampes, une très grande faiblesse : de temps à autre ces symptômes subissent une rémission. Plus tard apparaissent des signes de dépression, le coma et la mort. Dans des cas rares, les symptômes rétrocèdent, et le malade guérit.
Suivant que la thrombose va s’étendre à, telle ou telle veine, les symptômes varient et permettent ainsi d’en diagnostiquer le siège. La propagation de la thrombose inflammatoire du sinus latéral à la veine jugulaire interne se reconnaît au gonflement œdémateux du cou le long de son trajet ; ou encore, à la palpation, la veine donne au doigt la sensation d’un cordon dur; la douleur à la pression est ordinairement très considérable. L’œdème inflammatoire qui existe au pourtour de la veine jugu-
laire, de son bulbe notamment, peut affecter les troncs nerveux du voisinage, le pneumogastrique, le glosso-pharyngien, l’accessoire de Willis et, comme conséquence, donner lieu à des symptômes d’excitation ou de paralysie. S’il y a oblitération de la veine mastoïdienne qui s’abouche dans le sinus latéral, il y a œdème limité à la région de l’apophyse mastoïde, œdème sur lequel Griesinger le premier a attiré l’attention et qui fut constaté pour la première fois sur le cadavre par Moos. Les veines faciales sont-elles atteintes, il se développe un gonflement érysipélateux des joues et des paupières, qui peut s’accompagner de la formation de bulles. La thrombose se propage-t-elle au sinus caverneux, elle amène, soit d’un côté seulement, soit des deux, un œdème de l’orbite avec exophthalmie et cécité; il peut y avoir aussi gonflement de la région avoisinante. En outre, les cordons nerveux dont le trajet est compris dans cette région peuvent aussi être affectés : ce sont, outre le nerf optique, le nerf moteur oculaire externe, l’oculo-moteur commun, le trijumeau.
Lorsque la thrombose se propage au sinus longitudinal, il y a, par suite de la stase sanguine dans la substance corticale du cerveau, perte de connaissance, convulsions, accès épileptiformes; parfois il s’y joint des épistaxis, conséquence de la stase du sang dans les veines qui, à travers le trou borgne, viennent des cellules ethmoïdales et de la muqueuse du pharynx. Par suite de l’union des deux sinus latéraux au niveau de la protubérance occipitale interne, la thrombose peut passer d’un sinus à l’autre et donner lieu ici aux mêmes symptômes que du côté primitivement affecté.
Si le courant sanguin dissémine dans le reste du corps des éléments de la thrombose, il se produit ainsi dans les régions les plus diverses de l’économie des embolies avec leurs conséquences. Qu’à ces éléments viennent se mêler des micro-organismes septiques, il y a infection purulente avec l’ensemble symptomatique qui lui appartient.