Traitement des polypes. — Avant de procéder à l’ablation
d’un polype, on cherchera à s’éclairer sur son lieu d’origine, et aussi sur la question de savoir s’il est pédiculé ou s’il s’implante par une large base. Pour cela, le meilleur moyen est de le circonscrire avec le stylet d’un mouvement circulaire, en allant de la surface vers la profondeur jusqu’à ce que le stylet se heurte à une résistance (Politzer). Il s’en faut cependant que nous soyons toujours en état de pouvoir nous faire à ce sujet une opinion certaine.
L’ablation du polype se fait avec le serre-nœud. On employait autrefois un instrument construit pour cet objet par Wilde; celui usité maintenant est celui de Blake, qui est plus simple. Dans celui-ci, le fil, au lieu de courir de chaque côté d’une tige massive, passe dans un tube à l’extrémité duquel est formée l’anse. Ce tube est fixé à angle obtus au moyen d’une vis sur une tige carrée ; sur cette dernière glisse une douille munie d’un ou'mieux de deux anneaux, comme dans l’instrument représenté dans la figure 41. Les extrémités du fil sont fixées autour de la douille, et de plus la tige carrée porte à son extrémité un troisième anneau avec lequel on tient commodément l’instrument en main. En faisant glisser les deux anneaux latéraux vers le troisième, l’anse formée avec le fil à l’extrémité du tube s’engage dans ce dernier, et le polype qui s’y trouve compris est ainsi sectionné.
Dans le serre-nœud de Blake, le tube est fermé à son extrémité, qui est seulement percée de deux trous pour le passage des deux bouts du fil. Dans l’instrument représenté ci-contre, cette extrémité est ouverte, elle est aplatie de façon (Jue les deux moitiés du fil vont s’appliquer dans les angles (i). L’anse attirée dans le tube s’y efface entièrement, et de cette façon sectionne complètement même des polypes d’une certaine consistance; avec le serre-nœud de Blake, au contraire, il arrive souvent que la section n’est pas complète et qu’il faut terminer 1 opération par l’arrachement ou la torsion du polype.
On se sert comme fil d’un fil de fer flexible et très mince, comme celui dont se servent les bouquetières, ou d’un mince fil dargent. On donne à l’anse une forme répondant au volume du polype, on l’arrondit sur un spéculum à oreille et on l’incline un peu sur le plat. Le lieu d’insertion du polype est-il connu,
(1) Le même instrument, avec d’autres ajutages, peut servir à opérer les polypes du nez et les végétations adénoïdes du pharynx nasal.
on dirige le tube du serre-nœud vers l’endroit du conduit où il se trouve en engageant le polype dans l’anse aussi profondément que possible ; puis on tire l’anse vers soi. En général, on ne réussit pas à enlever d’un coup toute la masse polypeuse; il arrive plus souvent qu’on est obligé, après avoir étanché avec des tampons d’ouate le peu de sang qui s’écoule, d’introduire de nouveau l’anse une ou plusieurs fois, pour enlever ce qui reste encore. Autant cette opération est facile lorsque le polype occupe la portion externe du conduit auditif et que ce dernier est très large, autant elle est difficile lorsque le conduit auditif est étroit et que le polype siège très profondément dans le conduit auditif et la caisse ; cependant on parvient aussi à l’atteindre avec un serre-nœud à tube mince et avec un bon éclairage. Si l’on échoue, il faut recourir aux caustiques. L’ablation du polype avec le serre-nœud entraîne presque sans exception une hémorrhagie très légère ; ce n’est que dans des cas extrêmement rares qu’on doit procéder au tamponnement.
L’anse galvano-caustique n’est nécessaire que pour les polypes très fermes; car, d’une manière générale, pour enlever les polypes, l’anse froide est d’un maniement plus simple et plus facile, et avec elle on n’a pas à craindre, comme avec le fil incandescent, de blesser le conduit auditif, ce qui cause une vive douleur. Récemment Moos et Steinbrügge ont très chaudement recommandé le galvano-cautère pour détruire les restes de polypes.
Ce qui convient le mieux pour enlever les petits polypes ou les restes d’un polype opéré avec le serre-nœud est la curette représentée page 156.
Les caustiques employés sont le perchlorure de fer, le nitrate d’argent et l’acide chromique. Ceux dont l’action est la moins énergique sont les deux premiers ; on les emploiera pour les granulations et les polypes très mous. L’acide chromique, fondu sur le stylet, est celui qui détruit le plus sûrement les polypes fermes et les restes de polypes. 11 faut avoir soin, en l’employant, de ne pas le mettre en contact avec les parties voisines saines, ce qui pourrait facilement amener de l’inflammation. Aussi n’est-il permis de l’employer que lorsqu’on manie le stylet d’une main sûre.
Politzer a préconisé un remède très commode pour guérir les polypes, l’alcool rectifié. Il parvint à guérir même des polypes
fermes, fibreux, par son emploi longtemps prolongé. L’alcool est versé trois fois par jour dans l’oreille avec une cuillère à thé, et on l’y laisse séjourner de dix à quinze minutes. Ce procédé se recommande, ajoute-t-il, toutes les fois qu’on ne peut atteindre le point d’implantation du polype, en outre chez les malades qui redoutent une opération et chez les enfants.
J’ai, dans environ quarante cas, usé pendant des semaines du traitement par l’alcool. J’arrivai à réduire rapidement et considérablement la suppuration qui accompagnait les polypes et, dans la plupart des cas, à obtenir une diminution de volume de ceux-ci : il n’y eut disparition complète que dans deux. Le traitement par l’alcool est, dans bien des cas, sans aucune action.