‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 50 sur 57 · Traitement des lésions osseuses · texte numérisé non relu

Traitement des lésions osseuses

a. Sclérose.

Nous avons vu que la sclérose de l’apophyse mastoïde qui s’associe à l’otite moyenne purulente chronique s’accompagne parfois de douleurs violentes. Toutes les fois que, dans ces conditions, on procéda à l’ouverture de l’apophyse avec le ciseau, on délivra à tout jamais le malade de ses douleurs, même sans qu'il y eût eu mise à nu de l’antre mastoïdien. L’opération est donc justifiée dans ces conditions.

Les badigeonnages avec la teinture d’iode, les onctions avec les pommades les plus diverses ne m’ont donné aucun résultat; seuls, les narcotiques, l’hydrate de chloral en particulier, ont pu calmer momentanément les douleurs.

b. Carie et nécrose.

Si l’on a diagnostiqué une carie, on doit chercher à obtenir la guérison en premier lieu par des lavages réguliers avec une solution phéniquée à 1 ou 2 p. 100 qui débarrassent les parties malades de toute sécrétion et les désinfectent. Il est de plus important de remédier aux vices de constitution qui généralement accompagnent l’affection, ce qui peut être obtenu avec l’huile de foie de morue, le fer, les bains chlorurés-sodiques, etc. Les remèdes irritants, les cautérisations, etc., sont à éviter, parce qu’ils peuvent provoquer des inflammations aiguës dont nous ne sommes pas maîtres de limiter l’étendue. Si la carie se développe vers la face externe de l’apophyse mastoïde, ce qui se reconnaît soit à une ouverture fistuleuse qui troue la peau en ce point, soit à un gonflement de l’apophyse dû à une collection purulente, on doit, après avoir dans ces derniers cas mis l’os à

nu en incisant la peau, pratiquer par là des lavages réguliers. Si le trajet communique avec l’antre mastoïdien et la caisse, le liquide passe de l’ouverture flstuleuse par la caisse et revient au dehors par le conduit auditif. Si le lavage est fait régulièrement et qu’en même temps on relève l’état général, la carie peut aboutir à la guérison, surtout chez les enfants. Si, malgré cela, la sécrétion persiste considérable et fétide, cela indique que la cavité de l’apophyse recèle encore des amas de produits purulents, ou que des granulations ou des séquestres s’y sont formés. Le trajet flstuleux doit alors être mis à découvert et élargi avec la curette ou le ciseau. Avec la curette on grattera les granulations qu'on rencontrera dans la cavité, on enlèvera les portions d’os cariées ou les séquestres. On doit, en opérant, avoir présents à l’esprit les rapports anatomiques dont il est parlé à la page 141, et, de même que pour l’ouverture de l’apophyse mastoïde saine à sa surface, mettre bien à découvert le champ où l’on opère par une large incision de la peau et en maintenant éloignées avec des écarteurs pointus les lèvres de la plaie.

Lorsque, comme l’a décrit Bezold, le pus fuse vers la face interne de l’apophyse masloïde, celle-ci doit être ouverte, non en arrière du conduit auditif et à sa hauteur, mais dans la portion inférieure, qui doit être percée de part en part dans toute son épaisseur, afin d’arriver sur son revers à la source du pus. Dans es cas que j’ai opérés, il m'a suffi d’élargir grandement le trajet osseux flstuleux pour obtenir la guérison. Une fois seulement, je dus pratiquer une large incision en arrière de l’apophyse mastoïde et gratter avec la curette des endroits cariés sur la portion postérieure du temporal.

Nous avons déjà vu plus haut que parfois de petits séquestres s’éliminent spontanément par le conduit auditif externe. Dans d’autres cas, on doit les extraire, et pour cela on emploie, de la façon indiquée au sujet de l’extraction des corps étrangers du conduit, la seringue, le stylet recourbé en crochet ou Je petit crochet pointu. Toutes ces manœuvres doivent être exécutées avec les plus grandes précautions, c’est un point sur lequel il est à peine besoin d’insister. L’extraction, pour être faite avec calme et d une main sûre, doit être entreprise sous le chloroforme. Il est parfois nécessaire, dans le cas de séquestre volumineux, d enlever la paroi postérieure du conduit, afin d avoir assez d espace pour l'amener au dehors. Le séquestre

peut être logé dans l’apophyse mastoïde : occupe-t-il la périphérie de l’apophyse, une incision faite sur la peau suffit parfois pour l’extraire ; d’autres fois il est situé plus profondément, et il faut enlever avec le ciseau ou la curette la éouche corticale de l’apophyse pour se frayer un accès jusqu’à lui. Il est bon de faire l’ouverture extérieure aussi large que possible, afin de mettre le séquestre bien à découvert. Le séquestre une fois enlevé, il faut, dans les jours qui suivent l’opération, maintenir le passage largement béant à l’aide de gros tubes à drainage, afin de pouvoir conserver une vue de l’intérieur du trajet et enlever an besoin les séquestres qui viendraient plus tard à se détacher.

Pour arrêter les hémorrhagies de gros vaisseaux liées quelquefois à la carie, le premier moyen à employer est le tamponnement du conduit auditif avec ou sans perchlorure de fer. Y a-t-il hémorrhagie violente de la carotide, le sang emporte aisément le tampon : aussi celui-ci doit-il être enfoncé avec force dans le conduit auditif. Dans ces cas, le sang passe alors vers la bouche et le nez par la trompe d’Eustache. La compression de la carotide au cou n’arrête P écoulement de sang que tant qu’elle dure. Si par ces moyens on ne réussit pas à arrêter le sang, il faut faire la ligature de la carotide primitive, bien que son pronostic soit défavorable.

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