‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 51 sur 57 · Traitement des autres complications · texte numérisé non relu

Traitement des autres complications

Pour les complications qui intéressent l’intérieur de la cavité crânienne, il faut, si l’on soupçonne l’existence d’un abcès du cerveau, que le malade évite avec un soin des plus minutieux tout ce qui fatigue, tout ce qui congestionne la tête. Si l’abcès soupçonné s’accompagne de signes d’excitation de nature inflammatoire, il faut calmer ceux-ci par l’application de sacs de glace, par des émissions sanguines pratiquées dans la région temporale ou mastoïdienne, et entretenir par des purgatifs la régularité des garde-robes. On suit le même traitement dans la méningite, la phlébite ou la thrombose des sinus. L’abcès est-il diagnostiqué, il faut l’ouvrir. D’après de Bergmann, le ciseau est l’instrument qui convient le mieux pour ouvrir la boîte crânienne. Pour trouver l’endroit où cette ouverture doit être pratiquée, on prolonge en arrière le bord orbitaire inférieur suivant une ligne passant par le conduit auditif; à 4 centimètres environ en arrière du conduit, on mène sur cette ligne une per-

pendiculaire dirigée en haut; c’est sur cette perpendiculaire, à une distance de 4 à S centimètres de la ligne horizontale, que la boîte crânienne doit être ouverte. De Bergmann cherche à atteindre l’abcès non avec le trocart, mais avec le bistouri. Il n’est pas nécessaire de pousser une injection dans la cavité de l’abcès. On ménage l’écoulement du pus à l’aide de gros tubes à drainage. Si l’abcès communique avec l'oreille moyenne, on met à nu l’ouverture de communication en enlevant la paroi postérieure du conduit auditif. Schede le premier a guéri un abcès du lobe temporal en l’ouvrant. Macewen a opéré sept cas et obtenu cinq guérisons. Si l’abcès est situé sous la dure-mère, il faut ouvrir largement le foyer. Zaufal, en pratiquant avec le ciseau l’ouverture de l’apophyse mastoïde, trouva dans sa profondeur une collection de pus sanieux avec destruction partielle du fond du sillon sigmoïdien et de la paroi du sinus latéral; il poussa dans le sinus par la solution de continuité de sa paroi une injection d’acide phénique à 2 p. 100. Le malade mourut au bout de quatorze jours d’une affection pulmonaire. A côté du traitement des complications, il ne faut pas négliger de traiter la maladie principale : la caisse et ses anfractuosités doivent être régulièrement nettoyées et désinfectées. Pour calmer les vives douleurs on aura recours à l’hydrate de chloral et à l’opium.

Otite moyenne chronique sans sécrétion. Sclérose de la caisse.

Cette forme d’otite moyenne chronique reconnaît pour cause les états pathologiques qui entraînent l’épaississement et la rigidité de la muqueuse revêtant les parties vibrantes de l’organe auditif, et amènent la production de brides membraneuses et d’adhérences entre les osselets et les parois de la caisse.

On distingue deux formes de l’otite moyenne chronique sans sécrétion, du catarrhe sec de l’oreille moyenne, ainsi que dé Trœltsch désigne cette affection; mais on rencontre fréquemment des degrés intermédiaires qu’on ne peut faire rentrer ni dans l’une ni dans l’autre de ces formes.

L’une est la forme hyperplastique, due à un gonflement liyperémique. En remontant dans l’anamnèse, on découvre généralement que cette forme a été précédée ou accompagnée à

son début d’un catarrhe du pharynx supérieur coïncidant ou non avec un gonflement delà muqueuse tubaire. Ce dernier, s'il a existé, a pu ou disparaître en même temps que cédait le catarrhe du pharynx supérieur ou persister. Le gonflement inflammatoire qui primitivement s’étendait à la muqueuse du pharynx nasal, des trompes, de la caisse, peut finalement rester limité à la muqueuse de celle-ci. 11 a pu y avoir, au début du mal, épanchement dans la caisse; l’épanchement s’est résorbé, les altérations de la muqueuse ont au contraire persisté. En somme, il y a là, comme dans le cas d’inflammation chronique, néoformation de tissu conjonctif et de vaisseaux; des brides membraneuses de tissu conjonctif se développent qui relient les osselets aux parois de la caisse. C’est ainsi qu’on trouve fréquemment sur le cadavre le marteau et l’enclume fixés de part et d’autre dans la partie supérieure de la caisse par des brides de tissu conjonctif; d’autres fois, ces brides n’existent que d’un côté, ne s’attachent qu’au marteau ou qu’à l’enclume. Souvent il se développe des épaississements de la muqueuse de la fenêtre ovale, du revêtement muqueux des osselets et de la membrane du tympan. Toutes ces altérations ont pour effet de diminuer plus ou moins la mobilité des organes qui transmettent les ondes sonores.

Cette première forme d’otite se rencontre chez les personnes particulièrement sujettes aux catarrhes chroniques, chez celles de tempérament scrofuleux. De plus, la persistance de l’inflammation chronique est assez souvent due à la constitution pléthorique du malade. Cette affection atteint encore les sujets que leur métier expose à des changements fréquents de température.

La seconde forme de l’otite moyenne chronique sèche, la sclérose proprement dite de la muqueuse de la caisse, dérive tantôt de la forme précédente, le gonflement hyperémique subissant une métamorphose régressive, tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, elle apparaît d’emblée comme un épaississement interstitiel de la muqueuse sans gonflement hyperémique antérieur. La muqueuse devient extrêmement rigide, peut renfermer des dépôts calcaires; il se produit des ossifications qui unissent solidement aux régions voisines chacune des parties de l’appareil - de transmission. C’est surtout au niveau de la fenêtre ovale qu’il se produit souvent une néoformation de tissu osseux : la

membrane annulaire de la platine de l’étrier s’ossifie, il y a synostose de l’étrier avec immobilité complète de cet osselet dans la fenêtre ovale. 11 peut aussi y avoir ossification de la fenêtre ronde, ankylosé de l’articulation des osselets. Dans tous ces cas la muqueuse est pâle, décolorée, sans gonflement, tout à fait sèche.

Cette forme d’otite moyenne chronique atteint de préférence les sujets de constitution délicate, à tempérament nerveux, rhumatisant ou goutteux, particulièrement aussi ceux chez lesquels il y a une prédisposition héréditaire.

Dans presque un tiers des cas d’otite scléreuse, on constate une affection analogue chez d’autres membres de la famille.

L’affection est presque sans exception bilatérale; tantôt les deux côtés sont atteints au même degré, tantôt le mal présente d’un côté à l’autre des différences plus ou moins considérables.

La marche de l’affection est très variable : tantôt elle se développe lentement, insidieusement, le malade s’aperçoit par hasard qu’il est dur d’oreille, et bien des années peuvent s’écouler avant que la surdité atteigne un haut degré; tantôt le mal fait en peu de temps des progrès considérables. D’autres fois, les symptômes, après avoir atteint un certain degré, restent stationnaires. Il n’est pas rare non plus qu’il se produise dans ces conditions, sous l’influence de poussées aiguës, une aggravation.

Les deux symptômes cardinaux des deux formes d’otite moyenne sèche sont la surdité et les bruits subjectifs. Tantôt ces derniers précèdent la surdité, tantôt c’est la surdité qui se montre en premier : cependant il y a aussi des cas où il n’y a pas du tout de bruits subjectifs. Généralement il n’y a aucun rapport entre la gravité de la surdité et l’intensité des bruits subjectifs, chacun de ces symptômes pouvant chez un même sujet différer beaucoup comme degré. La surdité est plus ou moins accusée suivant que les organes de l’appareil de transmission importants au point de vue de l’audition sont plus ou moins atteints par le processus morbide. La surdité s’est-elle accrue très rapidement, le pronostic est défavorable en ce qui touche la marche ultérieure de l’affection ; si au contraire elle s est développée lentement, il y a lieu d’espérer qu’elle ne progressera qu avec lenteur ou restera stationnaire. Il n’est pas rare que les malades atteints de sclérose de la muqueuse de la

caisse entendent mieux quand il y a dans leur voisinage des bruits intenses (paracousie de Willis);

Lorsque l’inflammation sclérosante dure depuis un certain temps, surviennent souvent des signes qui permettent d’inférer que le labyrinthe participe au processus morbide. C’est ce qui a lieu notamment dans la sclérose proprement dite, lorsque le mal atteint les fenêtres du vestibule.

Les symptômes labyrinthiques et ceux qui tiennent à l’état de l’oreille moyenne se montrent parfois dèsledébutde l’affection :

on doit admettre, ainsi que le soutient Politzer en particulier, qu’il s’agit dans ce cas de troubles trophiques qui frappent à la fois l’oreille moyenne et l’oreille interne. C’est l’épreuve avec le diapason qui nous renseigne sur le degré de participation du labyrinthe.

La surdité dans l’otite scléreuse offre le type suivant : surdité assez prononcée pour les sons graves, audition meilleure pour les sons élevés. Le graphique ci-contre représente cette forme de surdité (2). La perception osseuse relativement bonne (moitié inférieure de la figure) indique que dans ce cas l’appareil nerveux ne participe que peu ou point au processus morbide.

Les malades caractérisent de façon très diverse leurs bruits subjectifs : ce sont des bourdonnements, des bruissements, des chants, des sifflements, des bruits de cloche, des battements, etc.

(1) Dans cette figure, 1 veut dire côté gauche, r, côté droit, À = la, c 1 2 * = ut 3 ,

c2 = ut t , g 2 — S 0 I 4 , c 4 = ut g , g i =soI 6 . (Note du traducteur.)

(2) Le Journal Archiv fur Ohrenheilkunde, apres avoir ouvert contre ma

méthode de représentation graphique une très vive polémique, vient de l’employer lui-même dans son dernier fascicule.

HAtAOIKS DE L’OREILLE.

t r lrllrllrllrlli

I'ig. 42(1).

Ces bruits occupent tantôt l'intérieur de la tête, tantôt l’oreille ; d’autres fois, le malade les rapporte au dehors, et cela sans qu'on soit autorisé à tirer de ces modalités diverses du bruit une conclusion sur la maladie elle-même. Parfois il existe en même temps plusieurs bruits différents, bruits que le malade distingue nettement l’un de l’autre ; dans bien des cas on réussit par le traitement à. délivrer le malade de l’un des deux bruits, mais non de l’autre. Tantôt le bruit reste invariable et continuel, tantôt il se modifie passagèrement, tantôt il cesse complètement par moments. Les bruits continuels sont d’un pronostic défavorable, ceux qui sont sujets à des variations sont d’un pronostic favorable.

11 importe beaucoup, pour le diagnostic et le pronostic, de : déterminer si la surdité et les bruits subjectifs se laissent influencer par nos procédés d’investigation. La condensation ou la raréfaction de l’air dans le conduit auditif externe, la douche d’air, procurent-elles une amélioration de la surdité ou des bruits? Ce sont là des points qu’il nous faut établir. En est-il ainsi, nous sommes autorisés à conclure que les produits d’inflammation sont encore susceptibles de se détendre, et alors nous pouvons compter que le traitement sera suivi de succès.

Souvent les malades se plaignent de mal de tête, d’une sensation de lourdeur et de plénitude dans la têtè et dans l’oreille : il peut s’y joindre des vertiges. Parfois, il' y a dans l’oreille une douleur lancinante ou sourde, qui, dans bien des cas, survient constamment après les refroidissements les plus légers. Assez souvent le malade éprouve dans le conduit auditif des sensations désagréables, une sensation de sécheresse, de tension, ou des démangeaisons qui le poussent à se gratter. .

Ce n’est que dans la première forme de l’otite moyenne scléreuse que l’examen local renseigne dans une certaine mesure sur le processus intra-tympanique. La membrane est-elle, vivement injectée, — injection qui se traduit par une hyperémie vasculaire accusée surtout près de l’apophyse externe et le long du mhnche du marteau, et par la mise en évidence de la disposition radiée des vaisseaux, —on peut en conclure qu’il existe une hyperémie étendue de la muqueuse de la caisse, si l’idée d’une affection idiopathique de la membrane peut être écartée. De même, si la membrane est opaque, d’une coloration blanchâtre, comme épaissie, on peut en induire que le reste de la

muqueuse de la caisse est le siège de ce même processus d'inflammation chronique avec infiltration. La membrane est-elle rétractée, comme lorsqu’il y a gonflement de la muqueuse tubaire, on en conclura que ce dernier état pathologique a existé autrefois ou qu’il existe encore. Si la membrane et le marteau conservent après la douche d’air ou la raréfaction de l’air du conduit avec le spéculum de Siegle leur situation anormale, on pourra en inférer qu’il existe des adhérences, des synéchies fixant dans cette position la membrane et les osselets.

Dans la seconde forme d’otite chronique sèche, la membrane est en général normale, singulièrement pâle dans bien des cas, avec les contours du marteau ressortant très nettement, et elle n’offre aucune anomalie de position.’

La douche d'air nous renseigne sur l’état des trompes. Dans la forme hÿperplastique, lorsqu’il y a en même temps gonflement de la muqueuse tubaire, le bruit d’auscultation est le plus souvent faible et très fin, parfois interrompu; dans la forme scléreuse au contraire, on entend la colonne d'air aller avec un souffle large et plein heurter vivement la membrane.

D’une manière générale, "le pronostic est défavorable dans l'une et l'autre forme de l’affection. Dans bien des cas on ne parvient pas, même en intervenant de bonne heure, à enrayer les progrès de la surdité, tandis que dans d’autres cas on peut, par le traitement, maintenir celle-ci à l’état stationnaire pendant un temps plus ou moins long. On peut porter un pronostic relativement favorable lorsque la douche d’air a prise sur les signes qui caractérisent l’affection, ou lorsqu’il existe une affection du nez et du pharynx ayant retenti sur l’oreille et suscep-^ tible de guérison.

Traitement.

Le moyen de traitement le plus important que nous possédons contre ces deux formes d’otite moyenne chronique est la douche d’air : la douche d’air en effet a sur le gonflement et l’hyperémie une action régressive, elle replace les organes de l’appareil de transmission dans leur situation normale, elle distend les adhérences de formation nouvelle, à l’occasion elle les rompt. Des injections liquides dans l’oreille moyenne viennent seconder ce traitement mécanique. Parmi le grand nombre de solutions usitées, les plus recommandables sont, pour la

première forme de l’otite moyenne sans sécrétion, pour l’otite moyenne hyperplastique, les solutions astringentes (sulfate de .zinc (F, 50 à 1 gramme pour 100) employées dans le but de dissiper l’état inflammatoire qui existe encore; puis dans les deux formes d’otite, pour favoriser la régression des produits inflammatoires, l’iodure de potassium en solution aqueuse (2 grammes à 5 grammes pour 100). Dans la forme franchement sèche, dite sclérose de la muqueuse de la caisse, la solution préférée par Politzer est celle de bicarbonate de soude (1 gramme à 2 grammes pour 100) (1); on pense par ce moyen ramollir les parties rigides de la caisse en les humidifiant et augmenter par là leur faculté de vibrer; mais le rôle principal dans ce cas revient sans doute à la douche d’air qu’on pratique en même temps. Wreden a recommandé des instillations d’une solution d’hydrate de chloral de 1 à 2 pour 100. Les injections d’acide acétique, de potasse caustique ou autres substances irritantes, fréquemment employées autrefois, peuvent, il est vrai, amener une amélioration passagère, mais plus tard survient une aggravation d’autant plus rapide de la surdité.

Existe-t-il une affection catarrhale du pharynx supérieur ou des trompes, on doit diriger CQntre elle un traitement approprié. On obtient maintes fois par le traitement de cette affection une amélioration de l’état de l’oreille, alors que le traitement local de celle-ci était resté inefficace.

L’introduction de vapeur d’eau dans l’oreille est suivie parfois d’un effet favorable. Immédiatement après, les signes morbides s’exagèrent, mais cet état fait bientôt place à une amélioration. On n’emploie plus que rarement maintenant les vapeurs de chlorhydrate d’ammoniaque qui longtemps furent en usage ; mais on peut employer avec avantage dans le cas de bourdonnements d’oreille, les vapeurs de chloroforme, de menthol ou, d’après Burckhardt-Merian, celles d’iodure d’éthyle : on peut se servir pour cela de la capsule à insufflation décrite plus haut.

A quels intervalles faut-il recourir à ces moyens de traite-

(1) Comme cette solution est facilement envahie par les moisissures, j’emploie, au lieu du bicarbonate de soude, le borate de soude en solution :

Rp. Borate de soude. (ter,30

Glycérine. 5

Eau distillée.. 15

ment? Pour le cathétérisme, il peut être pratiqué chaque jour. Si on y associe des injections dans la caisse, il convient de faire alterner ces dernières avec la douche d’air : un jour la douche d’air seule, le jour suivant l’injection, et ainsi de suite (Politzer'i. On continue ce traitement trois ou quatre semaines, pas davantage, et on ne le reprend qu’après une assez longue interruption. Surtout qu’on ne le prolonge pas au delà de ce délai, à moins qu’on n’obtienne avec lui une amélioration progressive de l’audition ou des bruits. Un traitement continué trop longtemps cause assez souvent une aggravation du mal, et cela même lorsqu’à l’origine il avait amené une amélioration. La* douche d’air est à rejeter si elle ne fait qu’aggraver l’état de l'oreille.

Dans le cas de pléthore abdominale, Carlsbad ou Marienbad, un régime approprié associé à l’usage interne de ces eaux ont souvent une action favorable ; de même le traitement de OErtel s’il y a une affection cardiaque. Dans le cas de scrofule, on prescrira des bains chlorurés-sodiques. Dans la sclérose proprement dite, surtout lorsqu’elle s’accompagne de bourdonnements très pénibles, c’est dans les contrées de grande altitudeque les malades se trouvent le mieux.

Bien que dans nombre de cas il n’y ait pas grand espoir d’améliorer la surdité du malade, cependant, de même que nous ne pouvons refuser nos soins aux phthisiques, même quand il n’y a pas grande chance de succès, de même ne pouvons-nous planter là les malades qu’une affection de l’oreille tourmente, et devons-nous tâcher au moins d’alléger autant que possible leur mal. Si dans beaucoup de cas nous n’améliorons pas la surdité, du moins les malades se trouvent-ils après le traitement dans une situation meilleure quant aux bruits subjectifs et aux autres symptômes pénibles.

La raréfaction de l’air dans le conduit auditif, déjà employée maintes fois par les anciens auristes, est parfois capable d’exercer sur les bruits, plus rarement sur la surdité, une influence favorable. On pratique cette raréfaction soit avec une poire en caoutchouc à parois épaisses, soit avec des appareils spéciaux. Delstanche a recommandé récemment un instrument avec lequel’ on produit une raréfaction intense. Mais généralement l’effet delà raréfaction n’est que passager, il est rarement durable. Parmi les remèdes internes, le bromure de potassium (2 grammes à

4 grammes par jour), l’atropine (0s r ,002 à 0 Br ,003'i, la liqueur de Fowler (2 à 10 gouttes), puis la quinine (0 Br ,10 à 1 gramme), l’acide salicylique (1 à 2 grammes par jour), ont parfois sur le bruit d’oreille une action favorable. On ne négligera pas d’essayer des courants constants (voy. page 73).

Si avec les moyens qui viennent d’être décrits on n’obtient aucun résultat, on doit alors songer à une intervention chirurgicale. Lorsque la tension de la membrane ou son épaississement sont très prononcées, on peut pratiquer sur elle des incisions ou y établir une ouverture artificielle avec le galvanocautère. Les plis qui partent de l’apophyse externe sont-ils fortement tendus, on les sectionne. Y a-t-il enfoncement de la membrane et raccourcissement du tendon du muscle tenseur, on peut faire la ténotomie de ce dernier, pratiquée pour la première fois sur le vivant par Weber-Liel. Cette opération, après être tombée dans le discrédit pendant longtemps, a été récemment pratiquée de nouveau par Kessel et à ma policlinique par Cholewa, et assez souvent avec un résultat favorable (1). Grâce à l’épreuve avec le diapason, nous sommes en mesure d’en poser les indications avec plus de précision et de faire choix plus sûrement que cela n’était possible autrefois des cas qui promettent un succès. Cholewa a posé ces indications comme suit :

1° La perception osseuse et la perception aérienne ne doivent pas être tombées trop bas. Le son des diapasons à note grave doit être encore perçu pendant plusieurs secondes par les os : il doit être entendu par l’air durant un tiers environ de la durée normale de sa perception aérienne. Si le diapason placé sur le crâne est perçu par l’oreille qui entend le mieux, l’opération peut être pratiquée sur les deux oreilles. L’expérience montre que, lorsque l’oreille qui entend le plus dur est seule opérée, la surdité s’améliore non seulement de ce côté, mais aussi du côté non opéré.

2° Dans les scléroses où le diapason placé sur le crâne est perçu par 1 oreille qui entend le plus dur et où l’épreuve de Rinne est de ce côté négative, c’est cette oreille qui entend le plus dur qu’on opère.

3° Lorsqu il y a surdité complète ou cophose d’une oreille

(1) Ueber progressive Schwerhôrigkeit (Sklerose) und ihre Behandlung durch die Tenotomie des Tensor tympani. Zeitschrift fur Ohrenheilkunde, t. XIX.

et surdité progressive de l’autre, celle-là peut-être opérée et une action favorable peut par là être exercée sur la seconde.

Dans l’otite moyenne chronique, les altérations, comme nous l'avons vu, ne se localisent pas dans la portion externe de la caisse; il y a des ankylosés, des adhérences tout le long de la chaîne qui forme l’appareil de transmission. La ténotomie du muscle tenseur n’agit point, cela se comprend, sur ces dernières lésions; son action favorable doit donc tenir à d’autres causes.

Kessel a proposé l’ablation des osselets, au besoin avec mobilisation de la platine de l’étrier. Suivant Kessel, cette opération est indiquée dès que l’appareil de l’oreille moyenne est hors d’état de fonctionner, la perception osseuse étant conservée pour des notes comprises dans huit octaves, et de plus lorsqu’il existe des bruits subjectifs violents qui mettent en danger la vie du patient.

J'ai moi-même exécuté plusieurs fois la désarticulation du marteau, et le résultat confirma au moins l’expérience de Kessel, à savoir que l’opération ne nuit pas. Dans un des cas que j’opérai, des bruits d’oreille extrêmement violents, contre lesquels tous les modes de traitement employés jusque-là avaient échoué, furent considérablement diminués, et la surdité qui atteignait un haut degré fut améliorée durant plus d’un an. Il ne faut avec cette opération compter sur un résultat durable qu’en ce qui touche les bruits d’oreille. Pour ce qui est de la mobilisation de la platine de l’étrier, la situation anatomique défavorable de cette dernière interdit de l’exécuter.

Lucæ a cherché, en agissant mécaniquement sur la chaîne des osselets elle-même, à remédier au défaut de mobilité qui existe dans la sclérose. L’instrument dont il se sert dans ce but consiste en une tige métallique munie d’une petite pelote, reposant sur un ressort spiral contenu dans le manche. On pose ce stylet à ressort sur l’apophyse externe et on lui imprime des mouvements de piston.

Politzer a recommandé, pour améliorer l’audition dans les cas d’obstacle siégeant au niveau de l’appareil de transmission, ün petit instrument dans lequel les vibrations de la lame cartilagineuse du pavillon sont transmises à l’oreille au moyen d’une tige conductrice élastique. La tige conductrice qu’il reconnut le mieux convenir consiste en un tube à drainage du plus petit calibre dont l’extrémité interne taillée en biseau forme un petit plateau qui repose sur la membrane. L’extrémité externe du petit tube est en rapport avec un disque de caoutchouc de 1 centimètre à 1 centimètre et demi de diamètre reçue dans la concavité de la conque.

Névralgie de l’oreille. Otalgie nerveuse.

Nous comprenons sous le nom d’otalgie nerveuse les douleurs d’oreille qui surviennent sans inflammation appréciable. Siègent-elles dans les branches du trijumeau ou dans celles du glosso-pharyngien? c’est, une question qui n’est pas à résoudre ici. Les douleurs sont tantôt continuelles, tantôt et le plus souvent intermittentes : dans ce dernier cas, elles surviennent généralement le soir ou dans la nuit. Le plus souvent l’otalgie nerveuse se produit par voie réflexe, son point de départ étant une molaire cariée (1), généralement une molaire de la mâchoire inférieure; elle reconnaît encore pour cause une ulcération du pharynx ou du larynx, une intervention chirurgicale portant sur l’une de ces deux régions. L’otalgie est particulièrement fréquente dans le cas d’ulcération destructive de l’épiglotte. Vidai observa chez une dame, à la suite de l’ablation des amygdales, une douleur dans les deux oreilles qui dura plusieurs heures. Parfois l’otalgie dépend de l’infection paludéenne; dans bien des cas on ne découvre aucune cause étiologique.

L’otalgie causée par une dent cariée est guérie par l’extraction de cette dent. Dans les autres cas l’antipyrine à la dose de 1 gramme agit favorablement, le sulfate de quinine également, même en dehors de l’infection paludéenne. J’ai aussi dans quelques cas employé avec succès l’acide salicylique. Thorner a vu la névralgie disparaître après l’administration renouvelée toutes les trois heures de doses de salol. On a aussi employé l’iodure de potassium, les vapeurs de chloroforme, l’essence de térébenthine, le nitrite d’amyle.

Hémorrhagies dans la caisse.

Les hémorrhagies de la caisse, en dehors de celles qui sont dues à la présence de polypes ou à un traumatisme, se montrent dans les cas de stase veineuse prononcée, de vomissements

(1) Inversement Moos a vu une névralgie dentaire de la mâchoire supérieure succéder à une otite moyenne suppurée. Une dent saine avait été extraite sans succès. La douleur dentaire disparut après l’incision'd’une saillie bombée du segment postéro-supérieur de la membrane et après l’évacuation par l’ouverture produite d’une grande quantité de pus.

violents, dans la coqueluche. L’hémorrhagie, lorsqu'il n’y a pas en même temps perforation de'la membrane, donne lieu à une surdité subite, très accusée, avec douleur, sensation de pression et bruits d’oreille. La membrane est-elle en même temps perforée, la quantité de sang qui s’écoule au dehors est en général médiocre.

Chez une malade que je traitais pour une otite moyenne suppurée avec perforation de la membrane de Shrapnell, il y avait écoulement de sang hors de l’oreille chaque fois qu’elle avait des maux de cœur : il fallait évacuer le sang coagulé avec la canule tympanique. Benni (1) a observé une hémorrhagie bilatérale provenant d’oreilles saines au moment des règles. Il y eut, après une vive douleur soudaine, hémorrhagie abondante par les deux conduits auditifs. A l’examen, on trouva de part et d’autre une perforation de la membrane.

Le traitement consiste dans l’évacuation du sang épanché au moyen du procédé de Politzer, précédé de la paracentèse s’il n’y a pas eu perforation de la membrane. Si l’épanchement sanguin se complique de symptômes inflammatoires, on emploie le froid sous forme de compresses froides.

(1) Bericht über den 2] internationalen otolog. Congress in Mailand. Zeitschrift fur Ohrenheilkunde, t. IX, p. 407.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

Anatomie.

Le labyrinthe osseux forme une masse extrêmement dense, dure comme i’ivoire, incluse dans la masse poreuse du rocher. Il est constitué par des cavités désignées sous les noms de vestibule, de limaçon et de canaux demi-circulaires, qui contiennent le labyrinthe membraneux que baigne intérieurement et extérieurement le liquide labyrinthique (endolymphe et périlymphe).

Le vestibule consiste en une cavité ovale divisée par une crête transversale occupant sa paroi interne, la crête du vestibule, en deux cavités, la fossette hémisphérique (saccule) située en avant, et la fossette elliptique (utricule) située en arrière. La paroi externe du vestibule sépare celui-ci de la caisse : sur cette paroi se trouve la fenêtre ovale (F. o. de la figure schématique 43), dans laquelle est fixée au moyen d’une membrane annulaire la platine de l’étrier. La paroi interne du vestibule est trouée de petits orifices (taches criblées) qui livrent passage aux rameaux du nerf vestibulaire. Les trois canaux demi-circulaires, situés dans (rois plans se coupant tous à angle droit, communiquent par cinq orifices avec la paroi postérieure du vestibule. On distingue un canal demi-circulaire horizontal (C. h.) et deux verticaux dont l’un est transversal (G. f.) et l’autre antéropostérieur (C. s.). Chacun de ces canaux commence par une extrémité dilatée (ampoule) et se termine par une extrémité offrant le même calibre que le reste du canal. Les deux canaux verticaux se terminent dans le vestibule par un canal commun. En avant, le vestibule se continue avec le limaçon dont la pointe est dirigée en dehors. Le limaçon décrit deux tours et demi de spire enroulés autour de lacolumelle (modiolus) dont l’axe est horizontal. De la columelle se détache une lame dite spirale, également osseuse, (L. s. o. de la figure 44 qui représente une coupe transversale schématique d’un tour de spire du limaçon), qui fait saillie dans la cavité du limaçon et se continue par la lame spirale membraneuse, désignée aussi du nom de membrane basilaire (M. b.), jusqu'à la paroi opposée. Les tours de spire du lima-

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

çon sont ainsi divisés en deux canaux parallèles. Le canal supérieur partant du vestibule est désigné du nom de rampe vestibulaire (S. v.), le canal inférieur, qui aboutit à la fenêtre ronde de la caisse, du nom de rampe tympanique (S. t.). Les deux canaux communiquent à la pointe de limaçon par un petit orifice, l’hélicotrème.

Les divisions du vestibule membraneux répondent à celles du vestibule osseux; on y distingue deux petits sacs, le saccule en avant (S. fig. 43), l’utricule en arrière (U.). Des terminaisons nerveuses s’épanouissent sur les minces parois de ces petits sacs, qui commu¬

niquent par un petit canal se continuant avec l’aqueduc du vestibule (A. v.). A la face interne de ces petits sacs adhèrent les cristaux désignés du nom d'otolithes. De l'utricule partent, se dirigeant en arrière les canaux demi-circulaires membraneux, logés dans les canaux demi-

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

circulaires osseux dont iis prennent la forme, et baignée par la périlymphe. Dans le limaçon, outre la membrane basilaire déjà mentionnée, il y a une autre membrane qui se détache de la lame spirale osseuse pour aller rejoindre la paroi externe, c’est la membrane, de Reissner. La membrane basilaire et la membrane de Reissner limitent ainsi un troisième canal, le canal cochléaire (D. c.) rempli d’endolymphe, qui contient les organes servant à la perception du son et communique avec les petits sacs du vestibule par le canalis reuniens. De la rampe tympanique part, juste au devant de la fenêtre ronde, l’aqueduc du limaçon (A. c.) qui se rend à la base du crâne, près du golfe de la veine jugulaire. Cet aqueduc met en communication la périlymphe du labyrinthe et le système lymphatique périphérique. La gaine arachnoïdienne de l’acoustique et l’aqueduc du vestibule servent à l’endolymphe de canaux de décharge, la première vers l’espace sousarachnoïdien, le second vers la face postérieure du rocher. L’aqueduc du vestibule aboutit à une poche en cul-de-sac formée par les feuillets de la dure-mère.

Dans le canal cochléaire se trouvent les arcades de Corti reposant sur la membrane basilaire, rangées parallèlement et se composant chacune de deux bâtonnets, un interne et un externe. Ces arcades, flanquées en dedans et en dehors des cellules ciliées, sont au nombre de plusieurs mille. La largeur de la membrane basilaire qui supporte l’organe de Corti augmente de la base du limaçon à son sommet. Les expansions de fibres de l’acoustique se terminent sur elle entre les bâtonnets et les cellules.

Le nerf acoustique parvenu à l’extrémité du conduit auditif interne se divise en nerf vestibulaire et nerf du limaçon. Le premier se distribue au vestibule et aux canaux demi-circulaires ; le second passe par la columelle, s’épanouit dans la lame spirale osseuse, et forme là un plexus ganglionnaire d’où partent les ramifications terminales destinées à la membrane basilaire.

Physiologie.

Les vibrations sonores sont transmises au liquide labyrinthique par 1 intermédiaire de la platine de l’étrier enchâssée et mobile dans la fenêtre ovale. Le liquide labyrinthique enfermé dans une cavité osseuse à parois résistantes n’échappe aux changements de pression qu’amènent les mouvements de la platine de l’étrier que parce que la membrane de la fenêtre ronde cède devant lui. L’hélicotrème est trop étroit pour que les oscillations du liquide labyrinthique se transmettent à la fenêtre ronde par cette voie : de la rampe vestibulaire ces oscillations se propagent à la membrane basilaire et aux organes qu’elle supporte, et de là à la rampe tympanique.

La signification fonctionnelle de chacune des parties du labyrinthe n a pas encore été établie d’une manière complète. Il est vraisemblable, suivant l’opinion de Helmholtz, que le vestibule et les ampoules servent à la perception des vibrations sonores non périodiques (bruits),

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX. 237

le limaçon à la perception des vibrations périodiques (sons musicaux). Helmholtz montra de plus qu’il est vraisemblable que les parties de la membrane basilaire voisines de la fenêtre ronde sont mises en vibration lors des sons élevés, et les parties voisines de la coupole lors des sons graves. Helmholtz pensait que chaque arcade de Gorti devait être regardée comme l’appareil de perception d’un son; mais depuis que Hasse a fait remarquer que les oiseaux ne possèdent pas d’organe de Gorti, cette opinion doit être modifiée, et il est à penser que la perception des divers sons musicaux dépend essentiellement des différences de largeur et de tension de la membrane basilaire en rapport avec les cellules ciliées, et que c’est grâce à ces différences que les ondes sonores sont analysées et converties en excitation sensorielle.

La théorie de Helmholtz sur la perception des sons par les organes du limaçon fut confirmée par l’examen histologique d’un cas qu’observèrent Moos et Steinbrügge : il y avait eu pendant la vie absence de perception des sons aigus, et ils trouvèrent à l’autopsie une atrophie des éléments nerveux du tour de spire inférieur du limaçon. Baginski a cherché à établir, par des expériences faites sur des animaux, l’exactitude de la théorie de Helmholtz.

Les canaux demi-circulaires semblent n’avoir rien à faire avec l’audition; d’après les recherches faites jusqu’ici ils semblent plutôt en relation avec les conditions d’équilibre du corps.

Politzer a, par ses travaux intéressants, établi d’une manière rigoureuse le fait de la transmission des oscillations de la pression aérienne du conduit auditif et de la caisse au labyrinthe. Il fixa hermétiquement dans le canal demi-circulaire supérieur un petit tube manométrique rempli d’une solution de carmin, et montra par ce moyen que lorsqu’on condense l’air dans le conduit auditif ou dans la caisse (par la trompe d’Eustache), le liquide monte dans le tube, et qu’il descend lorsque l’air y est raréfié. Plus tard ces recherches furent confirmées et poussées plus loin par Helmholtz, Lucæ, Bezold. Suivant ce dernier, les excursions de la membrane de la fenêtre ronde sont cinq fois aussi grandes que celles du ligament annulaire.

On admettait autrefois que, dans le cas d’enfoncement de la membrane et de la platine de l’étrier, il y avait élévation de la pression intra-labyrinthique ; mais de nouvelles expériences physiologiques tendent à montrer que, lorsque l’air est raréfié dans l’oreille moyenne, ainsi que nous voyons cela se produire dans le cas d’imperméabilité de la trompe, il y a diminution de la pression intra-labyrinthique. Le liquide labyrinthique communiquant avec l’intérieur de la cavité crânienne par les aqueducs et par la gaine arachnoïdienne de l’acoustique, le pression intra-labyrinthique ne peut être modifiée que d’une façon momentanée. G’est seulement dans les cas où les voies d’échappement du liquide labyrinthique seraient le siège d’altérations pathologiques que la pression intra-labyrinthique pourrait subir une modification permanente.

On peut, d’après Bezold (1), se convaincre sur des préparations

(I) Zeitschrift fûr Ohrenheilkunde , t. XVIII, page 202.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

fraîches de temporaux normaux de la perméabilité des deux aqueducs en procédant de la façon suivante : « Si l’on adapte à une ouverture pratiquée sur le canardemi-circulaire supérieur un tube capillaire fixé hermétiquement avec de la gomme laque, qu’on remplit ensuite à moitié avec un liquide coloré, on voit le liquide monter aussitôt dans le tube et souvent très haut, de plusieurs centimètres, lorsqu’on presse avec le doigt sur le sac à endolymphe dans lequel s’abouche l’aqueduc du vestibule. Le liquide s’élève de même dans le tube capillaire lorsqu’on applique fermement le doigt sur l’ouverture de l’aqueduc du limaçon qui se termine en entonnoir sur la paroi inférieure du rocher, à la condition que l’aqueduc soit rempli de liquide jusqu’à son ouverture. Enfin, en troisième lieu, même résultat du côté des voies lymphatiques du conduit auditif interne, si l’on exerce une pression sur l’ouverture de celui-ci, après l’avoir au préalable rempli de liquide. »

Généralités.

Nous avons, dans les chapitres précédents, appris à connaître les maladies de l’appareil de transmission; abordons maintenant l’étude des maladies de l’appareil de perception, du labyrinthe, des nerfs auditifs, de leurs fibres et de leurs centres intra-cérébraux.

Le labyrinthe occupe, vis-à-vis de l’oreille moyenne, une place à part, non seulement par son développement indépendant de celui de cette dernière, mais aussi par ses conditions anatomiques. Entouré d’une coque osseuse extrêmement dense, il tire ses moyens de nutrition presque exclusivement de l’artère auditive interne, branche de l’artère basilaire, par conséquent d’un département vasculaire tout différent de celui qui nourrit l’oreille moyenne. C’est pourquoi le labyrinthe est, aussi par ses maladies, indépendant dans une certaine mesure du reste de l’organe auditif. La participation du labyrinthe à la maladie de la caisse qui s’observe parfois dans les inflammations aiguës intenses et dans les inflammations chroniques de l’oreille moyenne doit s’expliquer en partie par les vaisseaux capillaires qui, comme l’a démontré Politzer, mettent en communication ces deux parties de l’organe de l’ouïe, en partie aussi par des troubles trophiques les atteignant en commun. Les diverses parties de l’appareil nerveux étant par suite de leur situation dérobée, inaccessibles à une exploration directe, il n’est pas surprenant que le diagnostic de la surdité d’origine nerveuse manquât autrefois de précision, et qu’il laisse encore beaucoup à désirer même actuellement, avec nos moyens nouveaux d’exploration. Si l’appareil de perception est seul atteint, le diagnostic est assez facile : l’état absolument normal de toutes les parties de l’organe auditif accessibles à notre examen et la différence marquée entre la perception aérienne et la perception osseuse nous conduisent à placer le siège de l’affection dans l’appareil de perception. Y a-t-il en même temps d'autres symptômes d’origine cérébrale, il faut songer à une maladie de la portion intra-cérébrale du nert

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

auditif. Nous ne possédons pas d’autres points de repère qui nous permettent d’établir un diagnostic différentiel entre les maladies du labyrinthe et celles des nerfs auditifs ou du cerveau ; aussi en sommes-nous réduits dans beaucoup de cas à poser le diagnostic de surdité nerveuse. Lorsque l’appareil de transmission et l’appareil de perception sont affectés en même temps, nous ne sommes pas en état de déterminer la part exacte qui revient à chacun de ces deux appareils dans l’affection.

Hyperémie du labyrinthe.

L’hyperémie du labyrinthe s’observe dans toutes les maladies qui amènent une congestion de la tête, en particulier du cerveau, dans les maladies exanthématiques graves, la fièvre typhoïde, la scarlatine, lorsqu’il y a congestion active ou passive des vaisseaux de la tête, congestion qui relève des causes les plus diverses. Les symptômes principaux de l’hyperémie labyrinthique sont des bruits d’oreille, du vertige, du mal de tête et de la surdité. Il n’est pas rare d’observer, tant que dure l’hyperémie, une injection assez vive le long du manche du marteau, qui s’évanouit lorsque disparaissent les symptômes ci-dessus énoncés. Nombre de cas d’hyperémie labyrinthique, chez les hystériques notamment, doivent s’expliquer par des troubles vaso-moteurs, par une diminution du tonus des nerfs vasculaires due à un affaiblissement de l’action constrictive du grand sympathique. Dans le cours des otites moyennes aiguës ou chroniques il survient des hyperémies labyrinthiques qui sont secondaires à la maladie primitive.

Les troubles auditifs qui s’observent à la suite de l’emploi de divers médicaments, notamment de la quinine et de l’acide salicylique, consistant en tintements d’oreille violents accompagnés d’une surdité plus ou moins accusée, proviennent d’une hyperémie du labyrinthe. Tantôt ces symptômes ne durent que quelques heures, tantôt ils persistent plusieurs jours ; ils disparaissent d’eux-mêmes presque sans exception. 11 résulte des recherches de Roosa et de Kirchner (1) que ces troubles auditifs sont dus à une hyperémie labyrinthique : ils trouvèrent sur des animaux à qui ils avaient administré de fortes doses de quinine et d’acide salicylique de la congestion et des ecchymoses dans

(1) Sitzungberichte der Wïirzburger physik. medicin. CeseUschaft , lî>81.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

la membrane du tympan, la caisse et le labyrinthe. Dans les cas rares où les troubles auditifs persistent et deviennent permanents, on doit les regarder comme causés par un épanchement sanguin dans le labyrinthe.

En ce qui concerne le traitement, on combattra par un traitement approprié les hyperémies labyrinthiques dues à un trouble de la circulation générale : ce traitement variera suivant les circonstances, suivant la constitution du malade et d’après les principes admis en pareil matière. Ainsi Woakes avance que certains bruits d’oreille, qu’il attribue à une hyperémie du labyrinthe, peuvent parfois être guéris par le sel de Carlsbad. Des émissions sanguines pratiquées sur l’apophyse mastoïde sont quelquefois avantageuses. Il n’est pas rare que le traitement électrique du grand sympathique au cou au moyen du courant constant ou du courant induit soit suivi de succès.

Anémie du labyrinthe.

On voit assez souvent survenir des bruits d’oreille et de la surdité chez les anémiques et chez les sujets considérablement affaiblis à la suite de maladies graves. Bruits d’oreille et surdité disparaissent lorsqu’on remédie à l’anémie et qu’on relève l’état des forces. Outre les préparations ferrugineuses, le séjour sur des lieux élevés a une action favorable. On sait que les syncopes s’accompagnent parfois de bruits d’oreille et de surdité.

11 n’est pas rare d’observer, pour l’œil, des cécités dues à une soustraction de sang abondante et rapide : pour l’oreille, on ne connaît qu’un cas rapporté par Urbantschitsch (1) dans lequel il se produisit soudain, à la suite d’une épistaxis profuse, une cophose bilatérale qui ne guérit pas. A l’autopsie on ne trouva rien d’anormal ni dans le labyrinthe, ni dans le cerveau. — Abercrombie parle d’un malade très affaibli qui debout était sourd, mais qui par contre entendait bien lorsqu’il était couché ou qu’il se penchait en avant afin que son visage rougit.

(1) Archiv für Ohrenheilkunde, t. XVI, page 185.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

Hémorrhagies du labyrinthe.

On a trouvé sur le cadavre dans le labyrinthe des épanchements sanguins plus ou moins étendus ou des reliquats d’épanchements sanguins à la suite d’inflammations aiguës comme à la suite d’inflammations chroniques. L’observation cliniquepermei également d’admettre que ces épanchements sanguins i ntra-labyrinlhiqùes se produisent parfois. Si le sang épanché* est en petite quantité, les symptômes sont légers; s’il est en quantité assez considérable, l’hémorrhagie se traduit par l'apparition soudaine d’une surdité très accusée ou d’une cophosecomplète. Ce sont les traumatismes, les fractures du rocher en particulier, qui donnent lieu le plus fréquemment à ces épanchements sanguins intra-labyrinthiques. Le plus souvent la surdité est complète, les bruits d’oreille et les symptômes vertigineux très intenses. Ces signes peuvent, l’épanchement se résorbant, rétrocéder pour la plus grande partie, cependant en général la surdité persiste. Moos a montré qu’une forte commotion, un bruit violent peuvent donner lieu à un épanchement sanguin, dans le labyrinthe. Sans nul doute les cas de surdité complète survenue subitement et ne rétrocédant pas, qu’on observe de temps à autre, sont dus à des hémorrhagies intra-labyrinthiques. J’ai eu l’occasion de voir un jeune garçon sourd-muet qui avait été atteint d’une surdité complète de cette sorte survenue subitement pendant la coqueluche. Il sera question plus loin de l’épanchement sanguin qui serait, dit-on, l’origine de la maladie de Ménière. Insistons seulement ici sur ce fait, que plusieurs fois (Moos, Politzer, Lucæ) on a trouvé sur le cadavre le labyrinthe y compris'les canaux demi-circulaires rempli de sang, sans* qu’il y ait eu de troubles de l’équilibre pendant la vie.

Moos notamment a trouvé plusieurs fois dans des cas d’otite moyenne chronique comme lésion secondaire des dépôts de pigment dans les parties les plus diverses du labyrinthe. En outre Moos a, par des examens microscopiques faits avec le plusgrand soin, fourni la preuve que les troubles auditifs qui surviennent dans lapachyméningite hémorrhagique ont aussi pour cause des hémorrhagies du labyrinthe.

Moos (t) résume ainsi le résultat de ses examens : « Les troubles-

(I) Zeitschrift für Ohrenheilkunde, t. IX, p. 97.

MALADIES DE l/oREILI.E. f®

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

auditifs dans la pachyméningite hémorrhagique ont pour origine des hémorrhagies par diapédèse dans le labyrinthe, accompagnant les hémorrhagies méningées et pouvant en se renouvelant amener l’abolition complète de la fonction auditive. Cette abolition est due à l’atrophie et à la dégénération des organes du labyrinthe, atrophie et dégénération qui frappent d’une façon très marquée le tronc de l’auditif et ses ramifications terminales : les désordres de la circulation sanguine et les troubles de nutrition du tissu intra-labyrinthique jouent un rôle important dans la production de ce processus d’atrophie et de dégénération. »

Inflammation aiguë du labyrinthe.

Les cas d’inflammation aiguë primitive du labyrinthe confirmés par l’autopsie ne sont jusqu’ici qu'en petit nombre, tandis qu’il n’est pas rare d’observer l’inflammation aiguë secondaire du labyrinthe, qu’elle soit consécutive à un traumatisme ou qu’elle fasse partie de l’ensemble symptomatique d’autres affections, notamment de la méningite sporadique ou épidémique.

Polilzer (1) put, dans un cas, pratiquer après la mort un examen minutieux de l’organe auditif. Il s’agissait d’un jeune sourd-muet de treize ans qui, à l’âge de deux ans et demi, avait été pris d’accès éclamptiques avec fièvre, suivis d’une otorrhée bilatérale qui dura peu de temps. A l’autopsie, il trouva des deux côtés la membrane du tympan et la muqueuse de la caisse normales, l’étrier immobile, la niche de la fenêtre ronde comblée par une masse osseuse, les cavités du limaçon et les canaux demi-circulaires occupés dans leur totalité par du tissu osseux de formation nouvelle, le vestibule fortement rétréci. Le rameau vestibulaire et le rameau cochléaire de l’acoustique étaient intacts. Il s’agissait là, suivant Politzer, d’une inflammation aiguë purulente du labyrinthe ; très vraisemblablement le pus s’était fait jour à travers la fenêtre ronde dans la caisse et de là au dehors, et il y avait eu consécutivement production de tissu osseux dans le labyrinthe.

Dans un cas analogue, Moos et Steinbrügge (2) trouvèrent, à côté d’autres lésions variées, des proliférations conjonctives et des productions osseuses ayant pour point de départ le périoste et ayant amené une oblitération partielle des cavités du limaçon au niveau du premier tour de spire et l’immobilisation de la lame spirale membraneuse. — Schwartze a rapporté un cas concernant un adulte. La maladie se manifesta d’abord par du mal de tête, des douleurs d’oreille, du vertige, une démarche chancelante, des bruits d’oreille violents, de la surdité,

(1) Zeits hrift für O/iren/ieitkunde, t. IX, p. 389.

(2) Ibid. t. XII, p. 96.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

des vomissements fréquents. Ces symptômes furent bientôt suivis de ceux de la méningite purulente. A l’autopsie on trouva une inflammation purulente du labyrinthe et une méningite purulente, sans qu’on put constater de relation entre ces deux maladies. L’inflammation du labyrinthe était-elle la maladie primitive, comme Schwartze l'admet, c’est une question qui bien entendu doit être réservée.

Voltolini pense que la cophose qui se montre très rapidement chez des enfants avec l’appareil symptomatique d’une méningite est causée par une inflammation aiguë du labyrinthe membraneux. L’otite labyrinthique de Yoltolini évolue en quelques jours ; les symptômes méningitiques dissipés, subsiste une cophose totale incurable, toujours bilatérale, en outre des vertiges et de la démarche chancelante qui disparaissent après des semaines ou des mois. Bien que le cas de Politzer cité plus haut plaide en faveur de l’existence d’une semblable inflammation aiguë du labyrinthe, cependant il semble plus vraisemblable qu’il s’agit dans la plupart de ces cas d’une méningite simple de la base. La marche de la méningite est assez souvent très rapide. Un enfant bien développé, bien portant jusque-là, tombe vers l’époque de la dentition et jusqu’à la troisième année, tout à coup malade avec de la fièvre : il est pris de convulsions, de délire, de sopor. Les symptômes rétrocèdent aussi vite qu’ils ont apparu, et l’enfant reste idiot, aphasique ou sourd. Dans d’autres cas, il s’agit de formes abortives de la méningite cérébrospinale épidémique (1) ou d’une simple méningite sporadique.

La surdité, dans le cas de méningite suppurée, résulte assez rarement d’une lésion du tronc même de l’auditif ou des fibres centrales; elle a en général pour cause la propagation de l’inflammation au labyrinthe, c'est là ce qui ressort d’une part de ce fait qu’on trouve assez souvent après la mort l’auditif baignant dans le pus sans que dans le cours de la maladie se soit montré le plus léger degré de surdité, d'autre part de l’extrême rareté d’une paralysie faciale associée à de la surdité. Pour qu’une méningite suppurée amène la surdité, il faut de plus que le labyrinthe soit affecté. Cette participation du labyrinthe a pu

(I) D’après les recherches que j'ai faites dans les établissements de sourdsmuets qui existent ici, une maladie de si courte durée, répondant au type, décrit par Voltolini sous le nom d’otite labyrinthique,ne s’observe qu’avec uue certaine rareté; généralement il s’agit d'affections d’assez longue durée dont la convalescence, après la disparition des manifestations méningitiques, marche lentement.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

être constatée plusieurs fois à l’autopsie, dans la méningite cérébro-spinale épidémique.

Sur quarante-trois cas de méningite cérébro-spinale épidémique observés par Moos (1), onze fois la surdité apparut dans les trois premiers jours, dix-sept fois elle se produisit du troisième au dixième jour, quinze fois du quatorzième jour à quatre mois, lorsque les troubles auditifs sont précoces, ils proviennent très 'vraisemblablement, suivant Moos, d’une inflammation purulente ou hémorrhagique du labyrinthe développée en même temps que l’affection méningée. Si les troubles auditifs n’apparaissent que plus tard, il est à penser qu’il s’agit d’une propagation de l’inflammation le long du périnèvre de l’acoustique jusque dans le labyrinthe, d’une névrite descendante avec ses conséquences.

L’inflammation peut encore gagner le labyrinthe par les aqueducs. Lucæ. se fondant sur les résultats d’une autopsie, croit que cette propagation peut aussi se faire par les tractus vasculaires qui se rendent de la dure-mère au tissu spongieux qui entoure la capsule labyrinthique. Le caractère purulent de l’inflammation labyrinthique a été établi par un assez grand nombre d’autopsies (Merkel, Heller, Knapp).

Habermann a rapporté récemment un cas examiné avec grand soin. A la suite de symptômes de méningite grave qui durèrent deux jours, on s’aperçut que le sujet était complètement sourd et qu’il chancelait en marchant. Au bout de six semaines, nouvelle poussée de méningite à laquelle le malade succombe. A l’autopsie on trouva du pus en grande abondance à la base du crâne, un bouchon de pus épais occupant l’orifice de l’aqueduc du limaçon. L’examen microscopique permit de constater une inflammation et une infiltration des nerfs auditif et facial et de la dure-mère qui revêt le méat auditif interne. L’os était érodé et ses anfractuosités remplies d’un tissu de granulation. Les cavités du limaçon, du vestibule et des canaux demi-circulaii'es étaient également remplies d’un tissu de granulation; le labyrinthe membraneux était détruit.

Le pronostic de la surdité, qui dans presque tous les cas est absolue et frappe les deux côtés, est des plus défavorables. Moos rapporte un cas dans lequel il réussit à obtenir une amélioration considérable au moyen du courant constant.

(1) Ueber Meningitis cerebrospinalis epidemica. Heidelberg , 1881, p. 14.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

La méningite guérie, il subsiste des troubles de l’équilibre qui se traduisent par une démarche chancelante, et qui vraisemblablement doivent être attribués à une affection des canaux demi-circulaires.

La méningite cérébro-spinale, qui régna en 1864 et 1865 dans diverses parties de l’Allemagne, sévit surtout avec violence dans la Prusse occidentale, la Poméranie et la province de Posen, et vint accroître dans une proportion très considérable le nombre des sourds-muets de ces provinces. D’après la statistique des sourds-muets de la province de Poméranie établie par Wilhelmi, sur 1637 sourds-muets 278 l’étaient devenus par suite de méningite cérébro-spinale. 11 y eut encore d’assez fortes épidémies de méningite cérébro-spinale en Allemagne pendant les années 1870-1871 et 1878.

L’examen cadavérique a établi que l’inflammation du labyrinthe s’associe souvent à l’otite moyenne; même dans de3 otites moyennes assez légères on a trouvé, Moos notamment, le labyrinthe membraneux infiltré de petites cellules, et nombre d’autres observateurs ont constaté dans des cas d’otite moyenne intense une accumulation de pus dans le labyrinthe. Le pus peut, cela est très rare bien entendu, de l’oreille moyenne gagner le labyrinthe par les fenêtres ronde ou ovale après avoir détruit leurs membranes ou encore à la suite de la carie de la paroi labyrinthique. (Pour ce qui concerne les séquestres formés aux dépens du labyrinthe osseux, voyez à la page 192.)

En ce qui touche le traitement des inflammations du labyrinthe, s’agit-il d’une inflammation aiguë, on recourt aux antiphlogistiques, au froid, aux émissions sanguines, aux préparations iodées et mercurielles, aux dérivatifs. Si avec ces moyens on n’obtient aucun résultat, il faut instituer le traitement par la pilocarpine, que Politzer recommanda le premier au Congrès otologique de Milan (1880). Dans nombre de cas invétérés on parvient encore à obtenir une amélioration au moyen de ce traitement, par des sudations continuées pendant deux à trois semaines. Suivant Politzer, on doit pratiquer chaque jour une injection sous-cutanée de 2 A 8 gouttes d’une solution de chlorhydrate de pilocarpine à 2 p. 100. Chez beaucoup de malades l'effet est déjà très marqué avec de petites doses de 0 sr ,005 à 0 Br ,01, tandis que chez d’autres des doses de 0 sr ,02 sont nécessaires. De cinq à quarante-cinq minutes après l’injection, il se

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

produit une sudation abondante et de la salivation. Le traitement par la pilocarpine est contre-indiqué lorsqu’il y a faiblesse du muscle cardiaque.

Inflammation chronique et dégénération des organes du labyrinthe.

Les examens anatomiques du labyrinthe ont révélé une série d’altérations qui doivent être considérées comme le résultat de processus inflammatoires chroniques. Ces altérations ont été rencontrées dans toutes les parties du labyrinthe et consistent soit en des hyperplasies, soit en un processus de dégénération : épaississements du labyrinthe membraneux par suite d’un gonflement hyperémique, tissu conjonctif de formation nouvelle, infiltration cellulaire, dégénération graisseuse, conjonctive ou amyloïde, atrophie, vascularisation exagérée, amas de concrétions calcairesoude pigment, altérationsdu liquidelabyrinthique.

Dans le cas d’atrophie nerveuse atteignant le premier tour de spire du limaçon rapporté par Moos et Steinbrügge (Il et examiné par eux avec le plus grand soin, l’étrier était imparfaitement mobile dans la fenêtre ovale. Cette atrophie du nerf étaitelle due à son inactivité ou avait-elle été amenée par l’exagération persistante de la pression intra-labyrinthique, c’est là une question que Moos et Steinbrügge laissent en suspens.

Lorsqu’il y a diminution de l’audition ou surdité complète coïncidant avec une rétinite pigmentaire, on doit penser que c'est un processus de dégénération à marche lente qui frappe les organes du labyrinthe. Voici les relations qui existent entre ces deux espèces d’affection (2) : 1° elles s’observent souvent chez le même sujet; 2° lorsque la rétinite n’existe que d’un côté, c’est de ce même côté que s’observe la surdité; 3° les malades atteints de rétinite pigmentaire ont souvent des frères et sœurs sourds-muets, et inversement; 4° ces deux infirmités s’accompagnent souvent de débilité intellectuelle.

Græfe (3) parle d’une famille dans laquelle sur cinq enfants

(lj Zeitschrift für Oliretiheilkiinde, t. X, p. 1.

(2) Beitrüge zur Kerintniss der Retinitis piqmentosa. Dr. Max Sieqheim. Breslau, 1886.

(3) Archiv für Ophthalmologie, t. IV, p. 2.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

trois étaient atteints de surdi-mutité et de rétinite pigmentaire, les deux autres étant sains.

Dans un cas de surdité lentement progressive accompagnée de rétinite pigmentaire, je trouvai, en pratiquant l'examen avec le diapason, une diminution uniforme de la durée de l’audition aussi bien pour la' perception aérienne que pour la perception osseuse. Lucæ a trouvé dans un cas une diminution assez notable de la perception des sons élevés.

Les points importants du diagnostic différentiel entre les affections labyrinthiques et les affections de l’appareil de transmission ont été exposés au chapitre Examen de l’audition.

Le labyrinthe est peu accessible à nos moyens de traitement. Dans la plupart des cas il faut se borner aux dérivatifs, aux vésicatoires, aux badigeonnages avec de Ib teinture d’iode, aux frictions avec des pommades iodées ou iodoformées sur l’apophyse mastoïde, au traitement de l’état général et des anomalies constitutionnelles. On peut encore recourir au traitement parla pilocarpine.

Le complexus symptomatique de Ménière.

Ménière, se- fondant sur plusieurs faits qu’il avait observés dont un suivi d’autopsie, créa une espèce morbide qui porte son nom. Les signes par lesquels se traduit la maladie de Ménière sont une démarche incertaine, un vertige violent, des mouvements de rotation, des vomissements, des tendances syncopales, de la surdité, des bruits d’oreille. Dans le cas dont Ménière fit l’autopsie il y avait un épanchement sanguin dans les canaux demi-circulaires. Ménière, remarquant une concordance entre les signes présentés pendant la vie par ce malade et ceux que provoquait Flourens chez des animaux par la section des canaux demi-circulaires, attribua à une lésion des canaux demi-circulaires l’ensemble symptomatique ci-dessus décrit.

Que cet ensemble symptomatique puisse exister dans les affections des canaux demi-circulaires, c’est là un fait qui ne peut être mis en doute; mais il convient de rappeler en y insistant que ces mêmes symptômes peuvent être provoqués, d’une part par les affections de la caisse, d’autre part par des affections des nerfs auditifs et de leurs fibres nerveuses intra-cérébrales. Les observations rapportées à la page 65 nous conduisent à

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

admettre que les signes de la maladie de Ménière s’expliquent par une irritation qui, ayant l’oreille pour point de départ, va agir sur les centres cérébraux, irritation qui donne ainsi lieu aux troubles de l’équilibre, aux désordres de l’estomac et aux autres manifestations nerveuses. Hughlings Jackson pense que toute débilitation de l’organisme constitue un facteur dans la production du vertige auriculaire, et que plus le système nerveux a perdu de sa force de résistance, plus il offre de prise aux irritations qui de l’oreille viennent agir sur lui.

Le complexus symptomatique de Ménière peut donc avoir pour cause :

1° Une action irritative provenant de l’oreille moyenne ;

2° Une affection du labyrinthe;

3° Une affection cérébrale.

1. Les symptômes vertigineux peuvent être occasionnés par des bouchons de cérumen ou des corps étrangers du conduit auditif agissant sur la membrane du tympan, par des produits de sécrétion accumulés dans la caisse ou des polypes de cette région, et même simplement parfois par les modifications de la pression intra-tympanique dues aux désordres de la ventilation de l’oreille moyenne qu’entraînent les maladies de la trompe d’Eustache.

2. Assez souvent les symptômes de la maladie de Ménière apparaissent d’une façon tout à fait soudaine : aussi parle-t-on d’une maladie de Ménière à forme apoplectique. Dans les cas légers, il n’y a qu’une sensation passagère de vertige avec malaise et vomissements. Dans les cas graves, le malade est tout à coup précipité à terre, avec ou sans perte de connaissance; au bout de peu de temps il revient à lui avec une audition diminuée, de violents bruits dans les oreilles, la démarche ■chancelante, en proie à du vertige, à des nausées et à des vomissements. Cette forme de maladie de Ménière atteint le plus souvent des adultes vigoureux, et en général elle ne frappe qu’un seul côté. Parfois le malade avait déjà l’ouïe dure avant Je premier accès. Après celui-ci, la surdité s’aggrave; dans la suite tantôt elle s’améliore pour en revenir à son premier élat, tantôt l’aggravation persiste. Lorsqu’une oreille saine est frappée, sa fonction auditive peut être à jamais abolie dès ce pre^ ■mier accès ; d autres fois celui-ci est suivi d’une surdité plus ou •moins accusée qui peut guérir. Tantôt il n’y a qu’un accès

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

unique, tantôt les accès se renouvellent à des intervalles plus ou moins rapprochés, jusqu’à ce que finalement la surdité devienne complète, si toutefois elle ne l’était pas déjà dès le début. L’accès commence dans la plupart des cas par de violents bourdonnements d’oreille, ou bien les bruits subjectifs existant déjà auparavant se renforcent à ce moment.

Les avis sont partagés sur le siège du processus qui donne lieu à ces symptômes : les uns en font une affection cérébrale, d’autres une affection labyrinthique, d’autres un simple trouble de l’innervation.

Dans un cas de maladie de Ménière à forme apoplectique, je pus constater la production simultanée d’une bulle sanguine dans le conduit auditif externe, la caisse étant saine. J’admis donc comme vraisemblable qu’il s’était produit dans le labyrinthe, comme dans le conduit auditif externe, une rupture vasculaire (1).

Les symptômes de Ménière s’observent le plus souvent chez des enfants qui offrent des manifestations méningitiques ou qui ont été atteints d’une méningite franche. Les symptômes méningitiques, après avoir duré un temps plus ou moins long, s’évanouissent, laissant après eux une surdité et une démarche chancelante qui persistent. Nous avons déjà parlé de la méningite à propos des inflammations aiguës du labyrinthe (voy. page 199). Au sujet des symptômes de Ménière qui s’observent dans la syphilis et à la suite des traumatismes, voyez les chapitres qui suivent.

3. Oscar Wolf (2) a rapporté un cas intéressant dans lequel le syndrôme de Ménière avait pour cause une tumeur du cerveau. L’affection débuta par des bruits d’oreille et de la surdité; il s’y joignit bientôt du vertige se produisant par accès, des nausées et des vomissements. En l’espace de deux ans, ces symptômes augmentèrent peu à peu d’intensité, puis des signes d’affection cérébrale se déclarèrent : élargissement de la pupille, maux de tête violents, troubles psychiques, paralysie faciale, désordres dans le domaine de l’hypoglosse, paralysie

(1) Insistons d’ailleurs sur ce point qu’il peut y avoir épanchement sanguin dans le labyrinthe sans que des symptômes vertigineux se déclarent. L’apparition de ces symptômes ou leur absence semble dépendre de l’irritation ou de la paralysie des nerfs qui les provoquent (Moos).

(2) Zeitschrift für Ohrenheilkunde, t. VIII, p. 380.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

du voile du palais et mort avec signes de pneumonie. A l’autopsie, on trouva dans une tonsille du cervelet une tumeur grosse comme une cerise qui avait comprimé l’origine du nerf acoustique, une autre tumeur dans la substance corticale du cerveau, les méninges enflammées et infiltrées; il s’agissait très vraisemblablement de gommes.

Traitement.

Si le syndrome de Ménière a pour origine une affection de la caisse, il faut appliquer à cette affection le traitement approprié.

Charcot a recommandé le sulfate de quinine contre les accès apoplectiformes : on administre de 0 gr ,30 à 1 gramme de sulfate de quinine par jour et on continue ce traitement pendant un mois; puis, après une pause de quinze jours, on reprend le traitement par le sulfate de quinine. Le salol, à la dose de 1 à 2 grammes a aussi une action favorable. Il importe surtout d’améliorer l’état général et de fortifier le système nerveux par un traitement dirigé avec soin qui augmente sa force de résistance, au besoin par un traitement, par l’eau froide. Il faut traiter la syphilis si elle existe. Contre les symptômes qui persistent après les accès, bourdonnements d’oreille, vertiges, on emploie avec avantage le bromure de potassium, l’iodure de potassium et le courant constant. Dans des cas où on pouvait penser qu’il y avait eu épanchement rapide dans le labyrinthe, Politzer a obtenu de bons résultats avec la pilocarpine.

Commotions du labyrinthe.

Les commotions du labyrinthe sont produites par des violences exercées sur la face externe du crâne (chute, choc, coup) ou sur l’orifice du conduit auditif externe, et surtout par de vives impressions sonores. Ces violences agissent sur l’appareil terminal de 1 auditif en amenant une augmentation subite de la pression intra-labyrinthique, qui peut abolir d’une façon passagère ou permanente le fonctionnement du nerf. Dans les cas graves, il n’y a pas simplement commotion, il se produit de plus dans le labyrinthe des hémorrhagies d’étendue variable.

On a vu des artilleurs devenir sourds tout à coup et pour

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

toujours à la suite d’une vive impression sonore. Dans un cas intéressant rapporté par Brunner(l), une malade, après un coup de carabine tiré tout près d elle, devint sourde pour tous les sons musicaux : « elle entendait frapper les touches d’un piano, mais la perception de la note musicale était totalement abolie. » Ce ne fut que plus tard qu’elle apprit à distinguer de nouveau les notes. Dans les cas légers, le trouble de l’audition se traduit par une modification du timbre de tous les sons perçus, de la propre voix du malade notamment ; les sons élevés s’accompagnent parfois d’harmoniques (Wolf) ; dans d’autres cas, un ton vibrant ou retentissant se surajoute aux sons musicaux et aux bruits. Assez souvent les impressions sonores éveillent en outre une sensation douloureuse.

Outre les troubles fonctionnels de l’audition, il y a de violents bruits subjectifs : ce sont en général des tintements ou des chants à tonalité très élevée.

A ces signes peuvent venir se joindre du vertige, des maux de tête, de l’excitation nerveuse, symptômes qui ne sont pas immédiatement consécutifs au traumatisme, qui ne surviennent que les jours suivants, et qui pour cette raison doivent être attribués à une réaction inflammatoire des organes du labyrinthe. Souvent les manifestations vertigineuses ont un caractère déterminé. Ainsi Hughlings Jackson décrit un cas dans lequel il survint, à la suite d’un coup de canon, du vertige, de l’abasourdissement et une diminution de l’audition. A dater de ce moment il y eut de la dureté de l’ouïe du côté droit, des bruits subjectifs et une tendance à aller à gauche. Le malade, au bras d’une personne qui l’accompagnait, la repoussait vers la gauche. Souvent sa femme devait lui rappeler qu’il allait à gauche.

La perception osseuse est considérablement diminuée ou abolie dans le cas de commotion labyrinthique. Ce fait peut être utilisé, au point de vue du diagnostic, pour reconnaître si le trouble de l’audition est dû à l’affection labyrinthique ou à une blessure de l’oreille moyenne. C’est surtout Politzer qui a montré à examiner la perception osseuse dans le cas de rupture traumatique de la membrane : avec elle en effet nous pouvons nous assurer si le labyrinthe a été touché.

De la dureté de l’ouïe avec bruits de chant n’est pas un fait

(0 Zeitschrift fût' Ohrenheilkunde, t. IX, p. 14?.

252 MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

rare chez les artilleurs, exposés très fréquemment à l’action de bruits violents. Cette circonstance, que la surdité est en général accrue à la suite des exercices de tir, indique assez que chez eux le mal a pour cause des commotions souvent répétées du labyrinthe.

Dans les cas graves, les troubles fonctionnels persistent en général; cependant la guérison peut survenir même dans le cas de surdité complète d’emblée : aussi ne faut-il pas poser toujours un pronostic défavorable.

L’indication capitale du traitement est de soustraire le malade à toutes les causes nocives. Le malade doit éviter tout ce qui peut congestionner l’organe malade : il faut donc lui recommander le repos le plus complet. Il doit éviter autant que possible toutes les impressions sonores vives et tenir le conduit auditif bien bouché. Pour prévenir la réaction inflammatoire, on peut recourir aux émissions sanguines, au froid, aux dérivatifs. Toute médication irritante doit être absolument mise de côté. Plus tard on pourra s’adresser aux résorbants, notamment aux préparations iodées.

Syphilis du labyrinthe.

En dehors des affections du conduit auditif et de la caisse qui relèvent de la'période Secondaire, la syphilis donne lieu à une affection spécifique du labyrinthe.

Hutchinson (i) a le premier appelé l’attention sur ce fait, que la syphilis héréditaire peut être une cause de surdité. Ayant trouvé chez vingt et un hérédo-syphilitiques atteints de surdité l’oreille externe et l’oreille moyenne normales, il émit l’opinion que cette surdité provenait d’une lésion de l’appareil nerveux. Suivant Hinton, cette surdité apparaît à l’époque de la puberté, elle devient rapidement très considérable; elle a pour siège l’appareil nerveux, le son du diapason n’est pas perçu et, sans qu’il y ait de signes bien notables d’une affection de la caisse, la surdité atteint un très haut degré. Le plus souvent il s’agit de sujets délicats, à nutrition alanguie. Hinton pense que le

(l) L’ouvrage d’Hutchinson a été traduit en français et annoté par le D r Herraet : Étude clinique sur certaines maladies de l’œil et de l’oreille consécutives à la syphilis héréditaire, Paris, 1884. (Note du traducteur.)

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

mal est plus grave et offre moins de prise au traitement dans les classes pauvres de la société, que dans les classes aisées au contraire les symptômes se manifestent avec moins d’intensité et que chez elles le traitement donne des résultats. Il est à remarquer que cette affection n’a été en Allemagne le sujet que d’un petit nombre de communications. De Trœltsch note que c’est surtout chez les enfants sourds, nés de parents syphilitiques, qu’on trouve avec une fréquence singulière une diminution considérable de la perception osseuse qui n’est pas en rapport avec la diminution de l’audition pour la parole. J’ai moi-même observé chez une petite fille de six ans et chez une autre de huit ans une surdité complète, survenue très rapidement chez la première, développée lentement chez la seconde, et imputable chez toutes deux à la syphilis héréditaire.

La syphilis héréditaire du labyrinthe est souvent associée à une otite moyenne catarrhale. En outre, la kératite parenchymateuse accompagne assez souvent l’affection labyrinthique ; parfois cette dernière précède la kératite (1). L’invasion rapide de l'affection labyrinthique s’accompagne des symptômes de Ménière, nausées, vertiges, vomissements, démarche chancelante, mal de tête. D’après Knapp, les bruits d’oreille peuvent manquer.

Le pronostic de la syphilis héréditaire du labyrinthe est défavorable. Dans quelques cas, en appliquant de bonne heure un traitement rationnel antisyphilitique, on obtient la guérison. Malheureusement, souvent on ne réussit pas à relever l’état des forces de ces malades généralement délicats. Hinton n’obtint aucun résultat avec les préparations mercurielles et iodées; seules, les insufflations chaudes de vapeurs d’iode poussées dans la caisse lui ont semblé avoir une action favorable. Par contre, Knapp obtint dans un cas une guérison complète avec le calomel et l’iodure de potassium (2).

Dans la syphilis acquise, l’époque à laquelle apparaît l’affection labyrinthique varie beaucoup : celle-ci se montre tantôt à une époque assez avancée de la période secondaire, tantôt à la période tertiaire. Elle peut affecter une marche traînante, débuter

(1) Sur 102 cas de kératite syphilitique, Hutchinson a trouvé 15 fois de la surdité.

(2) Zeissl (Ueber Lues hereditarla tarda. Wiener Klinik, septième fascicule, 1885) recommande dans les cas récents les frictions mercurielles et la décoction de Zittmaun ; dans les cas où les symptômes n’ont plus de tendance à s’aggraver, les préparations iodées, l’iodure de fer en particulier.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

par des signes d’otite moyenne chronique non purulente avec ou sans pharyngite concomitante. Les bruits d’oreille et la surdité légère qui marquent le début s’accroissent tantôt rapidement, tantôt lentement. D’autres fois, il se développe rapidement, presque subitement, une sui’dité très accusée ou complète, ce début soudain s'accompagnant des symptômes de Ménière.

Chez un malade de ma clientèle l’affection labyrinthique fut précédée d’une irido-choroïdite spécifique, et la violence de ses manifestations initiales mirent le malade dans l’état le plus lamentable. Le malade s’était senti tout à coup comme ivre, pris de vertige, avec une sensation de pression et de lourdeur dans la tète. Puis vinrent des nausées, des vomissements répétés, de violents bourdonnements d’oreille et une surdité très accusée. La marche était si chancelante que le malade n’était pas en état de marcher sans soutien. Tout cet ensemble symptomatique guérit rapidement sous l’action de l’iodure de potassium à la dose de 2 grammes par jour.

L’examen de la perception osseuse est important pour le diagnostic de la syphilis du labyrinthe. Lorsque chez un malade, dont la surdité est survenue tout à coup, on trouve la perception osseuse abolie, l’examen de la caisse étant négatif, on portera, dit Politzer, le diagnostic de surdité d’origine syphilitique probable. Toute affection de l’oreille aiguë ou chronique dans laquelle on trouve la perception osseuse abolie, sans qu’on puisse constater d’affection bien marquée de la caisse, doit éveiller le soupçon d’une affection de cause spécifique. Cependant il faut avoir égard à ce fait, que chez les sujets avancés en âge on trouve parfois la perception osseuse abolie, alors même que l'audition est normale.

Moos a fait l’examen microscopique d’un cas de syphilis acquise. L’infection avait eu lieu sept ans avant la mort. L’affection auditive s'était traduite par des bourdonnements extrêmement pénibles, des accès vertigineux et une surdité très prononcée. A l’autopsie on trouva le conduit auditif normal, la caisse normale, une périostite du vestibule, la platine de l’étrier immobile et une infiltration de petites cellules dans le labyrinthe. Dans un cas examiné minutieusement par Politzer, il y avait dans la columelle du limaçon une infiltration assez dense constituée en partie par des cellules rondes en grand nombre, en partie par des corpuscules assez volumineux arrondis ou ovalaires.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX. 235

Les formes légères d’affection labyrinthique due à la syphilis acquise qui affectent une marche lente avec surdité lentement progressive sont encore susceptibles d’être améliorées ou rendues stationnaires, lorsqu’elles sont traitées de bonne heure ; mais les formes graves, à surdité rapide et très prononcée, opposent au traitement une plus grande résistance. Les cas où le traitement u’oflfre aucune chance de succès sont surtout ceux dans lesquels le processus est depuis longtemps stationnaire.

Dans la syphilis acquise on emploie, suivant la période de l’infection à laquelle se manifeste la maladie labyrinthique, le mercure ou l’iodure de potassium. L’affection ne se développant le plus souvent qu'à une époque assez avancée de la syphilis, c’est l'iodure de potassium qui est employé le plus fréquemment.

Les affections de la caisse qui existent en même temps doivent être combattues principalement par la douche d’air, sans recourir aux modes de traitement irritants (1).

Surdité dans la leucémie.

Gottstein, Politzer et Blau ont rapporté des cas de leucémie dans lesquels la surdité était survenue tout à coup et complète après des manifestations vertigineuses plus ou moins intenses, accompagnées de nausées, de vomissements et de bruits subjectifs violents.

Dans le cas de Politzer, l’examen du labyrinthe put être pratiqué après la mort. La rampe tympanique du limaçon fut trouvée remplie d’une néoplasie conjonctive traversée par un système de travées de tissu osseux de formation nouvelle. La lame spirale osseuse et membraneuse était en quelques endroits supplantée par la néoplasie. Il existait des lésions analogues dans le vestibule, et dans les canaux demi-circulaires où elles étaient surtout marquées. L’autopsie montra qu’il s’agissait d’un épanchement de nature leucémique, ayant donné lieu à

(1) Deux de mes malades, l’un complètement sourd, l’autre sourd à un haut degré, avec abolition de la perception osseuse, imputaient le premier la rapidité avec laquelle sa surdité complète s’était développée, le second le haut degré de sa surdité, au traitement électrique auquel ils avaient été soumis. Leur surdité, peu accusée auparavant, s’était, disaient-ils, considérablement accrue aussitôt après le traitement électrique. — Un troisième malade accusait de sa surdité les opérations pratiquées sur ses oreilles, paraceutèse de la membrane, section du tendon du muscle tenseur de la membrane.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

une inflammation avec prolifération de tissu conjonctif et néoformation osseuse. 11 existait en un point un épanchement de date récente.

Surdité dans les oreillons.

Comme dans la leucémie, la surdité est dans les oreillons, complète, très rapide et escortée lors de son apparition du syndrome de Ménière; elle est tantôt unilatérale, tantôt bilatérale. Il n’y a ni manifestations cérébrales, ni fièvre, ni signe d’inflammation. La surdité est absolue.

Knapp pense qu’il s’agit là d'une métastase, comme pour l’orchite qui survient parfois dans les oreillons. Lemoine et Lannois, qui ont vu la parotite et l’affection labyrinthique, coïncider dans leur apparition, estiment au contraire qu’il s’agit là d’une localisation d’une maladie infectieuse générale atteignant des régions multiples de l'économie.

Le pronostic est des plus fâcheux, car jusqu’ici on n’a point rapporté de cas où une amélioration ait pu être obtenue.

Toynbee, à l’autopsie d’un sujet devenu sourd par suite des oreillons, trouva des lésions très marquées dans le labyrinthe.

Maladies du nerf auditif.

Les inflammations du nerf auditif sont des inflammations propagées, venant soit des méninges, soit du labyrinthe. Lorsque les régions voisines sont malades, il se produit parfois des épanchements sanguins dans le névrilème du nerf.

La plus importante des maladies du nerf auditif est son atrophie, produite mécaniquement par la pression qu’exercent sur son tronc des tumeurs ou des produits inflammatoh'es. Cette atrophie peut encore avoir pour cause une lésion de l’extrémité centrale ou de l’extrémité périphérique du nerf, peut-être aussi une affection du tronc lui-même.

A l’atrophie du nerf s’associent assez souvent une métamorphose graisseuse et aussi le dépôt de corpuscules amylacés.

Bœttcher et Moos ont trouvé des dépôts calcaires dans le tronc de l’auditif. Politzer a rencontré dans des cas de marasme général, d’ankylose de l’étrier, de carcinose, une dégénération amyloïde occupant la columelle du limaçon.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

Comme néoplasmes occupant le nerf auditif, on a décrit plusieurs fois des sarcomes, des névromes, des fibromes, des gommes. Les tiraillements exercés par une tumeur peuvent amener une déchirure du nerf. Dans un cas rapporté par Virchow, un psammome ayant son point de départ dans la dure-mère et se prolongeant dans le conduit auditif interne avait amené une paralysie du facial et de l’acoustique.

Autres maladies affectant l’appareil nerveux de l’oreille.

Outre les maladies de l’appareil nerveux qui viennent d’être décrites, on observe encore toute une série d’affections dont la nature n’est pas encore suffisamment éclaircie, et qui doivent être regardées, les unes comme des névroses réflexes, les autres comme des troubles vaso-moteurs.

Ainsi Scanzoni (1) a observé, après l’application de sangsues sur le col de la matrice, une surdité passagère coïncidant avec une excitation vasculaire généralisée et une éruption d’urticaire sur tout le corps.

On observe assez souvent à l’époque des règles, au moment d un avortement ou de l’accouchement, une dureté de l’ouïe ou une surdité complète qui peuvent être passagères ou persister.

Politzer (2) décrit sous le nom de paralysie de l’auditif d’ordre vaso-moteur une forme rare de trouble de l’audition caractérisée par une pâleur subite du visage immédiatement suivie de nausées, de vertiges, de bruits d’oreille et de surdité. Dans un cas observé par Politzer ces désordres se reproduisaient chaque jour. La guérison fut obtenue par la galvanisation du sympathique cervical.

Urbantschitsch (3) a rapporté un cas intéressant de surdité alternante. Les oscillations de la fonction auditive évoluaient dans un cycle de dix jours : pendant cette période de temps, l’audition tombait d’un côté d’un certain maximum à zéro, tandis que simultanément elle s’élevait de l’autre côté de zéro à un maximum déterminé. Urbantschitsch explique ce phénomène par des alternatives dans la tension

(1) Gynœkologische Fragmente. Würzburg. medicin. Zeitschrift, t. 1.

(2) Lehrbuch der Ohrenheilknnde, p. 832.

(3) Wiener medicin. Presse.

MALADIES DE l’OREU.LE. *7

258 MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX

du muscle lenseur de la membrane. Cette explication est-elle exacte? c’est une question sur laquelle on ne peut se prononcer.

Surdité dans l’hystérie.

La perte partielle ou totale du pouvoir auditif est une des manifestations de l’hystérie qui s’observent rarement. La surdité hystérique se montre isolée ou associée à la paralysie d’autres organes : elle fait partie notamment de l'ensemble symptomatique de l’hémianesthésie hystérique, qui s’accompagne également d’une anesthésie de la membrane du tympan et de l’oreille moyenne. Si la surdité n’est pas complète, la perception osseuse est plus fortemenl atteinte que la perception aérienne.

Burq, Charcot et d’autres ont pu amener par l’application de métaux le transfert de la sensibilité d’un côté du corps à l’autre : il en est de même pour l’audition, dont le transfert a été également réalisé par Zaufal, Urbantschitsch, Walton (1). Le pouvoir auditif gagne d’un côté ce qu’il perd de l’autre, et cela de la même quantité. Le transfert a lieu d’abord pour les sons aigus, puis pour les sons graves. Dans le cas rapporté par Urbantschitsch (2), la surdité passa, au moyen d’un aimant en fer à cheval approché de l’apophyse mastoïde, vers le côté auparavant hyperesthésié. Constamment le transfert se fit d’abord pour les sons aigus, puis pour les sons graves. Le retour à l’état primitif eut lieu en l’espace de six minutes environ et dans l’ordre inverse. Zaufal réussit à guérir une surdité hystérique par l’application répétée de pièces d’or. Ouspenski obtint la guérison dans deux cas par la galvanisation du sympathique.

Otite intermittente.

Weber-Liel a décrit le premier une affection intermittente de l’organe auditif due à l’infection paludéenne, et sa description a été depuis plusieurs fois confirmée. Weber-Liel regarde l’otite

(1) Le phénomène du transfert a été découvert pour l’ouïe avant de l’être pour la sensibilité générale, et c’est à un médecin auriste, à M. Gellé, que revient l’honneur de cette découverte. Voyez Gellé, Suite d’études d'otologie , 1875-1882. (Note du traducteur.)

(2) Archiv fur Ohrenheilkunde, t. XVI, p. 171.

MALADIES DE L’APPAREIL NERVEUX. 259

intermittente comme une névrose vaso-motrice. Les symptômes, qui se montrent presque constamment vers le soir ou la nuit', sont : des névralgies, de la surdité et des bruits d’oreille. La membrane du tympan et la caisse sont le siège d’une vive hyperémie, il se produit une sécrétion muco-purulente. D’ordinaire les accès affectent le type quotidien, cependant on a observé aussi le type tierce. L’otite intermittente dure des mois et des années. Parfois ce sont les symptômes névralgiques qui dominent la scène. Ainsi Voltolini rapporte un cas d’otite intermittente dans lequel le malade souffrait chaque nuit des plus vives douleurs d’oreille, douleurs qui disparurent dès le premier jour à la suite de l’administration de 0& r ,05 de sulfate de quinine toutes les heures.

Le traitement de l’otite intermittente consiste dans l'administration du sulfate de quinine, suivant le mode usité dans l’infection paludéenne.

Lésions des fibres intra-cérébrales du nerf auditif et de son centre dans le cerveau.

Avant de suivre le nerf auditif de son tronc vers son origine dans le cerveau, faisons remarquer que son trajet intra-cérébral et sa terminaison dans le cerveau sont encore entourés de bien des obscurités.

Les fibres radiculaires de l’acoustique se distribuent dans la moelle allongée :

1. Au noyau antérieur de l’acoustique, situé dans le pont de Varole;

Page 1