‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 52 sur 57 · Au noyau interne · texte numérisé non relu

Au noyau interne

3. Au noyau externe de l’acoustique ; ces deux derniers occupent le plancher du quatrième ventricule.

De ces noyaux de l’acoustique situés dans la moelle allongée partent des fibres qui se rendent :

1. Les unes, en suivant le pédoncule cérébelleux, vers la moitié correspondante et vers la moitié opposée du cervelet, où elles se perdent dans un noyau périphérique ;

2. Les autres vers le lobe temporal en suivant le pédoncule cérébral et en traversant la capsule interne. Ces fibres traversent le plan médian au-dessous des tubercules quadrijumaux, au-dessus du pont de Varole. Cependant, d’après Wernicke, il n’est pas encore démontré que l’acoustique ne soit relié au lobe temporal que par des fibres croisées ;

3. Il y a de plus dans le cerveau des fibres croisées qui mettent en rapport le lobe temporal d’un côté avec le cervelet de l’autre côté.

D’après les recherches expérimentales de Ferrier et de Munk, c’est dans le lobe temporal que siégerait le centre auditif. Munk distingue

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une surdité intellectuelle et une surdité corticale. La première se produit lorsque chez des animaux en expérience on enlève un morceau situé superficiellement de l’écorce du lobe temporal. Le chien ne comprend plus les mots qu’on lui a appris : « pst, arrive, donne la patte », etc.; mais il les entend, car il dresse l’oreille du côté d’où vient le bruit. Si l’on enlève une portion plus grande de substance à la surface du lobe temporal, toute la sphère auditive, suivant la dénomination de Munk, il y a alors surdité corticale ; le chien ne réagit plus du tout sous l’action de n’importe quel bruit.

Wernicke, se fondant sur le résultat d’autopsies de sujets observés pendant la vie, émit le premier l’opinion que le centre des images sonores siège dans la première circonvolution temporale. Les symptômes produits par une lésion de la première circonvolution temporale sont désignés sous le nom d’aphasie sensorielle (Wernicke) ou de surdité verbale (Kussmaul). Les malades atteints de cette lésion sont bien en état de s’exprimer par la parole ou l’écriture, mais ils ne comprennent pas les mots qu’ils entendent. Ils perçoivent bien les sons et les bruits, mais ils ne sont pas capables de saisir ce que le mot prononcé représente pour l’ouïe. Les états pathologiques qui donnent lieu à cette affection sont l’atrophie, les hémorrhagies, le ramollissement.

Malheureusement les neuropathologistes ont jusqu’ici prêté peu d’attention aux troubles de l’audition dans les maladies cérébrales, de sorte qu’on ne peut tirer que peu de profit de leurs observations prises d’ailleurs avec grand soin. D’après les cas de lésions des noyaux de l’acoustique, observés jusqu’ici en petit nombre, il n’est pas certain qu’il y ait alors surdité complète. Il est en particulier très surprenant que la surdité complète ait été très rarement observée dans la paralysie bulbaire. Dans le cas de lésion du noyau périphérique du cervelet, l’oreille du même côté serait, dit-on, plus sourde que celle du côté opposé. Les tumeurs du cervelet se caractérisent par des névralgies occipitales, des troubles de la coordination, une démarche incertaine, de la gêne dans les mouvements.) Hutin a observé une surdité complète tout à fait croisée dans un cas de tumeur du lobe temporal; Vetter également, dans un cas de lésion de la •capsule interne (1). Mais dans ces deux cas l’examen de l’oreille .n’a pas été pratiqué.

Dans la région du lieu d’entrecroisement des pédoncules cérébraux et dans celle des tubercules quadrijumeux sont les moyaux du moteur oculaire externe et du trijumeau, de sorte

(1) \oy. Moos, Zur Genese rier Gehôrstôrungen bei Gehirntumoren. Otololÿisch. Congress. Basel, 1884, Comptes rendus, p. 22.

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que dans les lésions de cetle région le trouble de l’audilion se lie à du strabisme et à de la diplopie, à du xerosis de la cornée, à des névralgies du trijumeau et à de la paralysie des muscles de la mastication.

Les circonvolutions temporales antérieures avoisinent la troisième circonvolution frontale dont la lésion produit l’aphasie. Aussi y a-t-il parfois, dans le cas de lésion en foyer de cette région du côté gauche, association de la surdité verbale et de l’aphasie. Dans un cas rapporté par Westphal ( Berlin . klinisch. Wochenschrift, n° 49,1884), le lobe temporal gauche était presque totalement détruit, et il n’y avait eu ni surdité verbale ni surdité proprement dite, ce qui remet en question les résultats des expériences entreprises sur des animaux.

Par contre Kussmaul, dans un cas de surdité complète de l’oreille gauche, trouva une destruction très étendue de l’hémisphère cérébral droit, de sorte qu’il tint pour certain qu'il s’agissait dans ce cas d’une surdité totale du côté gauche croisée {Berlin, klinisch. Wochenschrift, n° 33, 1886).

L’apoplexie est rarement accompagnée de troubles de l’audition ; ceux-ci existent parfois cependant lorsqu’il y a épanchement sanguin dans un côté du pont de Yarole. Les anévrysmes des artères, de l’artère basilaire en particulier, ne sont pas suivies en général de troubles de l’audilion. Griesinger signale cefail, que plusieurs malades qui en avaient été atteints se plaignaient de battements dans la région occipitale.

Les désordres de la vue sont beaucoup plus fréquents que ceux de l’ouïe dans le cas de tumeurs cérébrales. Ce sont surtout les tumeurs de la base du crâne qui peuvent amener des troubles de l’audition par la pression ou les tiraillements qu’elles exercent sur le tronc de l’acoustique. Comme, suivant Huguenin, la présence de tumeurs cérébrales amène en général une inflammation des méninges qui entraîne à sa suite une névrite descendante des nerfs olfactif, optique, acoustique, les désordres de l’un de ces organes des sens ne peuvent offrir qu’une valeur très limitée pour le diagnostic du siège d’une tumeur cérébrale.

Suivant Gradenigo (1), une hyperexcitabilité considérable et persistante de l’acoustique, l’organe auditif étant intact, est un signe d’affection intra-crânienne.

(1) Archi'i für Ohrenheilkunde, t. XXVII, p. 11 S.

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Ladame trouva des troubles de l’audition :

7 fois sur 77 cas de tumeur du cervelet, 7. fois sur 26 cas de tumeur du pont de Varole, 5 fois sur 13 cas de tumeur occupant la fosse cérébrale moyenne, 2 fois sur 14 cas de tumeur de la région de la glande pituitaire, 3 fois sur 27 cas de tumeur du lobe moyen, 6 fois sur 52 cas de tumeurs multiples.

Dans 5 cas les troubles de l’audition étaient absolu aient isolés, sans désordre d’aucun autre organe des sens. Dans 17 cas la surdité était complète (dans un des cas, la surdité complète ne fut que passagère). Les autres troubles de l’audition consistaient : 9 fois en une simple diminution de l’audition, 6 fois en bourdonnements d’oreille ; des hallucinations sont notées dans 2 cas. Dans un cas, le bourdonnement dura sept ans et resta pendant longtemps l’unique symptôme; une autre fois il constitua le seul désordre de l’organe auditif pendant toute la maladie (Moos).

Les blessures du conduit auditif externe sont assez rares, grâce à la situation du conduit qui le protège ; elles peuvent être causées par des objets pointus ou mousses qui y pénètrent. Des violences exercées sur la mâchoire inférieure, une chute ou un coup sur le menton, peuvent amener une fracture de la paroi antérieure du conduit auditif, paroi qui contribue à former la cavité glénoïde dans laquelle est reçu le condyle du maxillaire inférieur ; il s’ensuit une hémorrhagie par le conduit auditif. Dans des cas rares, le condyle du maxillaire inférieur s’enclave dans le conduit auditif externe. Enfin la partie osseuse du conduit auditif est généralement intéressée dans les fractures qui atteignent tout le temporal.

Les blessures les plus fréquentes qui atteignent l’organe de l’ouïe sont les ruptures de la membrane, que nous avons déjà étudiées à propos des maladies de la membrane.

J’ai cité à la page 121 deux cas de déchirure delà membrane du tympan au moyen d’une aiguille à tricoter, avec blessure probable du labyrinthe, accompagnée des manifestations vertigi neuses les plus violentes. On peut rapprocher de ces cas un cas rapporté par Schwartze dans lequel il y eut, à la suite de la blessure produite par l’aiguille à tricoter, un écoulement de li quide cérébro-spinal qui dura huit jours et si abondant que le liquide tombait continuellement goutte à goutte. Il y eut déplus pendant quatre semaines des signes d’irritation cérébrale. S’agissait-il dans ce cas d’une blessure de la paroi labyrinthique ou

d’une perforation de la voûte de la caisse avec dilacération de la dure-mère, c’est là un point qui reste incertain.

Bezold (1) a rapporté un cas extrêmement intéressant de blessure de l’organe auditif. Le couteau, enfoncé perpendiculairement à la face externe du crâne, avait pénétré par l’ouverture du conduit auditif et le tragus vers la face antérieure de l’os tympanique, il avait passé entre la paroi antérieure du conduit et l’apophyse articulaire du maxillaire inférieur vers les parties profondes, et blessé la carotide interne et la trompe d’Eustachè.

L’organe de l’ouïe est très souvent atteint lors de fractures de la base du crâne; celles-ci s’étendent au temporal, intéressent le labyrinthe et surtout la caisse.

Le temporal est, comme le veut son développement, composé de trois parties. On retrouve encore chez l’adulte des vestiges de cette séparation originelle. Le temporal se compose : a, de l’écaille, pars squamosa; b, de la pyramide ou rocher, pars petrosa; c, de la partie lympanique, pars tympanica. Les deux premières parties se réunissent au niveau de la suture pétro-squameuse qui court parallèle à l’axe antéro-postérieur de la caisse, sur sa voûte et sur la voûte de l’antre mastoïdien, et va rejoindre l’incisure pariétale. De là la suture prend une direction verticale, un peu inclinée en avant, et passe au-dessus de l’apophyse mastoïde, pour revenir par la paroi postérieure du conduit auditif osseux, à la partie supérieure de la caisse. A ces deux parties vient se joindre en avant et en bas la partie tympanique qui constitue la moitié antérieure du conduit auditif osseux, et contribue à former la fente de Glaser et le canal musculo-tubaire.

On peut distinguer deux espèces de fractures du temporal : 1. celles dans lesquelles les traits de fracture suivent principalement les lignes de séparation tracées par le développement de l’os; 2. les fractures transversales du rocher, dans lesquelles les traits de fracture passent par le méat auditif interne et le vestibule du labyrinthe.

Dans les premières, la ligne de fracture va souvent de la pointe du rocher à l’hiatus du canal de Fallope et passe parla voûte de la caisse. Généralement le conduit auditif osseux est traversé par deux lignes de fracture qui, se dirigeant en dehors et en bas, s’étendent de son extrémité supérieure et interne à sa paroi postérieure et à sa paroi antérieure. Dans ces cas la membrane n’est pas touchée ou elle ne l’est que dans sa partie supé-

(1) Berlin, klinisch. Wochenschrift, n° 40, 1883.

rieure et postérieure. Le canal de Fallope peut être intéressé dans les fractures par diastase comme dans les fractures transversales.

D’une manière générale, les fractures transversales du rocher sont produites parles violences exercées sur la région occipitale, les fractures qui passent par l’axe du rocher par les violences, exercées sur la face latérale du crâne.

L’écoulement de sang par l’oreille peut faire défaut, même dans le cas de fractures étendues; d’autre part il peut se montrer lors de fractures peu importantes. Il provient du conduit auditif ou delà caisse; dans ce dernier cas il y a déchirure de la membrane du tympan. Les hémorrhagies violentes, qui surviennent quelquefois, proviennent de l’artère méningée moyenne.

Si l’hémorrhagie qui accompagne la déchirure de la membrane du tympan persiste un certain temps, on peut en conclure qu’il y a fracture du temporal.

Le traumatisme est-il suivi de l’écoulement d’un liquide séreux, de consistance aqueuse, s’échappant parfois en assez grande abondance, ce liquide est le liquide cérébro-spinal, et il s’agit d’une fracture de la boîte crânienne avec déchirure de la dure-mère. Il semble probable, d’après les recherches de Schwalbe, que l’ouverture du labyrinthe par une fracture peut aussi donner lieu à un écoulement du liquide cérébro-spinal, par l’intermédiaire du trou auditif interne.

Le pronostic des fractures de la base du crâne est en général très défavorable ; cependant on a rapporté des cas de fractures très graves, très étendues, qui guérirent. Lorsque le labyrinthe est compris dans la fracture, la surdité est complète. Un épanchement sanguin dans la caisse amène une surdité considérable. Celle-ci rétrocède lorsque l’épanchement se résorbe. Le vertige et les bourdonnements persistent en général longtemps.

Politzer (1) a décrit un cas de fracture transversale intéressant parce fait que la méningite vint se surajouter à la fracture à une époque tardive.

Un homme vigoureux, pris tout à coup de syncope, tomba en arrière sur le sol durci par la gelée. Lorsqu’au bout de plusieurs heures il revint à lui, il y avait surdité complète des deux côtés, troubles du langage, douleurs dans la région occipitale, vomissements, bourdonnements d’oreille, vertige, mal de tête. Un examen pratiqué six semaines

(I) Archiv fier Ohrenheilkiende, t. II, p. 88.

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