‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 9 sur 57 · Nettoyage de l’oreille · texte numérisé non relu

Nettoyage de l’oreille

Pour rendre l'oreille accessible à la vue et aux moyens de traitement, il faut, s’il s’y trouve des produits de sécrétion normaux ou pathologiques, les enlever.

S’il n’y a en avant du spéculum que de petits amas d’épiderme ou de petits fragments de cérumen, on peut les écarter avec le stylet — c’est le procédé le plus simple, — ou les extraire avec la pince coudée (fîg. 9). Existe-t-il des produits plus volumineux ou siégeant plus profondément, on les enlève au moyen d’une injection.

Pour parvenir à. enlever ces masses, il faut, en seringuant le conduit auditif, y produire un courant d’eau qui circule. Pour cela, on applique le bout de l’ajutage de la seringue contre une des parois du conduit; le liquide file le long de celte paroi jusque dans la profondeur de l’oreille, revient le long de la paroi opposée et se déverse ensuite au dehors. Il est nécessaire, à cet effet, que l’ajutage de la seringue soit assez mince pour que, une fois placé dans l’orifice du conduit auditif, il reste encore une place suffisante pour l’écoulement du liquide au dehors.

Les seringues munies d’un ajutage épais, en forme de massue, doivent être considérées comme impropres. Pour moi, je me sers journellement d’une seringue dont l’ajutage consiste en un tube de maillechort coudé à angle obtus à 2 centimètres et demi de son extrémité, pour éviter qu’on ne l’enfonce trop profondément par mégarde (fig. 10, moitié de la grandeur naturelle). L’extrémité de la seringue opposée à l’ajutage doit être munie de deux anneaux ou prolongements pour l’index et l’annulaire, tandis

DIAGNOSTIC

que le pouce s'engage dans l’anneau que porte l'extrémité du piston : la seringue peut ainsi être tenue et vidée d'une inain.

Le corps» de la seringue est en verre, de sorte qu’un coup d’œil

renseigne sur son contenu.

Le petit ballon en caoutchouc, avec ajutage tubulé également en caoutchouc (1), qu’on trouve dans le commerce (flg. 11, grandeur naturelle), est, pour une main non exercée et pour les

malades qui se traitenteux-mêmes, l’instrument qui convient le mieux. Il est d’une seule pièce, et la souplesse de son ajutage met à l'abri des blessures du conduit. Si la sécrétion qui occupe l’oreille est liquide, il

suffit d’y projeter une fois le contenu de ce petit ballon pour

(1) La sensation désagréable que produit l’issue de bulles d’air, lorsqu’on pratique une injection avec ce ballon, est un inconvénient mis en avant par de Trœltsch, inconvénient qui peut être facilement évité en remplissant toujours complètement le ballon de liquide. Le maniement de ce ballon doit être montré à chaque malade.

l’enlever. — Avec les petites seringues d’étain ou de verre qu’on emploie souvent, on n’obtient pas un nettoyage suffisant.

Pendant qu'on seringue l’oreille de la main droite, on doit toujours, afin d’effacer l’angle que fait le conduit, saisir le pavillon de la main gauche pour l’attirer en arrière et en dehors : on donne ainsi au conduit auditif une direction rectiligne.

On emploie toujours pour ces lavages un liquide chaud, à la température du corps. S’agit-il simplement de chasser du conduit de petits amas de cérumen ou d’épithélium, on emploie de l’eau ordinaire; dans les affections de la caisse avec perforation de la membrane, on peut ajouter à l’eau de lavage une petite quantité de sel gris ou une substance antiseptique : de l'acide borique (une cuillerée à café d’acide borique dissoute dans un peu d’eau très chaude pour 100 grammes d’eau), de l’acide salicylique(l ou 2 cuillerées à café pleines d’une solution alcoolique d’acide salicylique à 10 p. 100 pour la même quantité d’eau) ; dans les otorrhées fétides, une cuillerée à café pleine d’une solution alcoolique d’acide phénique à 10 p. 100 ou d’une solution de sublimé à 1 p. 100 pour la même quantité d’eau. Dans bien des cas, on emploie utilement, comme l’a proposé Burckhardt-Mérian, pour s’opposer à la coagulation de la sécrétion, une solution de sulfate de soude à 5 p. 100.

Si le liquide est trop froid, il se produit souvent des symptômes vertigineux, des nausées et des vomissements, qui ne surviennent plus dès qu’on emploie un liquide plus chaud. On peut observer ces mêmes symptômes lorsqu’on injecte le liquide avec une grande force. Il faut, pour commencer, l’injecter sous unepression faible, et c’est seulement si celle-ci est bien supportée, qu’on peut l’augmenter un peu.

Pour recueillir le liquide qui s’échappe du conduit, on peut

DIAGNOSTIC

se servir de n’importe quel vase à bord droit, tenu sous l’oreille. Le malade, lorsque c’est lui-même qui se fait l’injection, tient la tête penchée au-dessus d’un bassin de dimensions plus grandes.

Après un ou deux lavages, la tète est inclinée de ce même côté : par ce moyen, le liquide encore retenu dans l’oreille s'en écoule, puis l’entrée du conduit est essuyée avec une serviette. On introduit ensuite le spéculum et on regarde si tout a été enlevé. Y a-t-il encore contre les parois quelques lambeaux membraneux, on les détache avec le stylet, puis on les enlève avec une nouvelle injection ou à l’aide de la pince. S'il reste encore du liquide dans l'oreille, on l’essuie avec de l’ouate à pansement qui a sur l’ouate ordinaire l’avantage d’absorber les liquides. Pour cela, on enroule sur lui-même un petit tampon d’ouate, un peu plus gros qu’un grain d’orge, puis, le saisissant avec la pince coudée, on le porte en s’éclairant sur l’endroit qui reste à assécher. Burckhardl-Mérian employait dans le même but une baguette de métal cannelée suivant sa longueur. On enroule de l’ouate autour d’elle, et on procède avec cette baguette ainsi armée au nettoyage. Si les masses en question adhèrent très intimement aux parois, au point de résister à des lavages répétés et aux tentatives faites avec le stylet pour les détacher, il faut alors, au préalable, les ramollir au moyen d’instillations souvent renouvelées d’une solution de sel ou de bicarbonate de soude à 1 ou 2 p. 100.

Le malade peut enlever lui-même, aussi par la voie sèche, les sécrétions fluides de l’oreille, en y introduisant profondément des tampons d’ouate à l’aide d’une petite pince ou de la baguette de Burckhardt-Mérian. J’ai moi-même fait fabriquer dans ce but un porte-ouate : l’ouate est assujettie entre les branches de ce petit instrument en faisant glisser sur elles une douille (fig. 12).

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