LA MALADIE CÉRÉBRO-GASTRIQUE
Celte perte momentanée de la conscience peut porter ' sur les sujets les plus variables. C'est ainsi que j'ai soigné un officier fort intelligent qui, durant la période digestive, oubliait tout à coup, pendant quelques secondes, la notion des lieux, au point de ne plus retrouver la porte de sa chambre ou de ne pouvoir plus se rappeler la direction dans laquelle il marchait, et cela avec une parfaite conscience de son oubli. Tous ces troubles inquiètent beaucoup les malades et lear inspirent la peur de la folie.
La volonté est profondément atteinte. Le malade hésite devant la moindre décision. Dernièrement je voyais un propriétaire rural, âgé de cinquante ans, venu à Paris pour prendre une consultation au sujet de son estomac, et qui demeura près de deux mois à l'hôtel, sans défaire sa malle, obsédé par l'idée de savoir s'il resterait à Paris pour se soigner ou s'il retournerait dans son pays, et incapable de se décider entre ces alternatives.
Un Américain venu à Paris pour se faire soigner de troubles psychiques, n'ayant reçu ma visite, par suite d'une absence, que cinq jours après son arrivée, était resté tout habillé, tel qu'il avait voyagé, assis sur une malle dans la chambre d'hôtel, sans avoir pu prendre sur lui de se mouvoir, si bien que je trouvai près de lui les vestiges des repas qu'on avait essayé de lui faire prendre. On crut devoir l'interner dans une maison de santé, malgré mon avis défavorable. Son état s'y aggrava rapidement; on dut l'en faire sortir. Soumis à an traitement anti-dyspeptique suivi d'un traitement nervin, son état s'améliora sensiblement.
Lesens Lcs scusations musculaires sont irrégulière-
mascuudre. ^ft^nt pcrçucs; la marcho est indécise ou titubante, la station debout manque de stabilité, les muscles sont agités par des tressaillements involontaires, les crampes sont fréquentes et douloureuses.
lm organes « Lcs imprcssious quc le monde extérieur envoie au
**** ""*• cerveau ne sont plus reçues comme dans l'état de santé. Un rayon lumineux vif, un son éclatant, une odeur forte sont une cause de souffrance, donnant le vertige ou une sensation de faiblesse. L'état cérébral réagit sur chacun des sens. L'œil voit mal les objets : ils sont cachés par un nuage plus ou moins épais; ils se dessinent par plusieurs images à la fois ; un rayon lumineux vif s'efface lentement de l'œil ; la vue s'affaiblit; le malade a de la peine à lire parce que les lettres dansent au-devant des yeux et, quand le trouble cérébral est devenu plus intense, il ne peut plus lire du tout. J'ai
observé des cas d'amaurose passagère; des hallucioalions même de la vue peuvent se produire à l'heure où se manifestent les phénomènes de la dyspepsie. Un malade de mon hôpital avait chaque jour, à quatre heures de l'après-midi, des hallucinations qui l'incommodaient fort; dès que l'estomac fut guéri, les hallucinations disparurent.
«Le tympan de l'oreille devient excitable comme la rétine; un son fort et douloureux s'efface lentement ; l'oreille gauche est occupée par un bourdonnement durant quelques heures au début, mais qui deviendra continu, si la dyspepsie n'est pas traitée; il s'étendra même à l'oreille gauche. A la longue, l'ouïe devient très dure ; ce genre de surdité n'est pas rare dans les dyspepsies anciennes.
c Les désordres du sensdu tact consistentenunehyperesthésie de la peau et des muscles du côté gauche ou du côté droit du corps ou en une hyperesthésie généralisée si la dyspepsie est de vieille date ou très aiguë, en sensations électriquessurlapeau, en démangeaisons intolérables. Le goût et l'odorat sont altérés aussi et sont sujets également à de véritables hallucinations. > (Leven.)
Les psychoses gastriques. — La dipsomanie.
Les hallucinations.
- Lea psychoses Quelqucs auteurs ont même avancé que certaines
gastriques. foHes ditcs sympathiqucs pouvaient reconnaître une origine digestive. Guislain a observé une femme qui, chaque fois qu'elle était constipée, avait des hallucinations auditives et visuelles. Esquirol pensait que certaines mélancolies étaient dues à un déplacement du côlon transverse. Bayle citait les désordres cérébraux secondaires à l'entérite et à la gastro-entérite. Bergmann a voulu prouver que la mélancolie et la manie dépendaient souvent d'un rétrécissement du côlon. Holthof pense que le catarrhe duodénal chronique peut devenir la condition d'affections mentales sérieuses chez les individus prédisposés; non seulement cet état mental prend la forme de l'hypochondrie, mais il peut arriver à la mélancolie avec idées de persécution, d'indignité, exagération maladive de la conscience; dans d'autres cas, il s'agit de profondes modifications du caractère qui devient inquiet, chagrin, irritable et querelleur. Régis déclare qu'en dehors des bizarreries du caractère,